Josip Broz Tito (en alphabet cyrillique, Jосип Броз Тито Prononciation en serbo-croate retranscrite selon la norme API.), né Josip Broz le à Kumrovec (Autriche-Hongrie, actuelle Croatie) et mort le à Ljubljana (république socialiste de Slovénie), communément appelé « Tito » ou le maréchal Tito, est un homme d'État yougoslave. Il est la figure centrale de la Yougoslavie communiste, de 1945 à 1980.
Josip Broz participa durant l'entre-deux-guerres aux activités du Parti communiste yougoslave clandestin, puis mena diverses missions en Europe pour le compte du Komintern. Il utilisa, pendant cette période, les noms de guerre de , puis de . Revenu en Yougoslavie à la fin des années 1930, il prit la tête du Parti communiste. Durant la Seconde Guerre mondiale, il prit la tête de la résistance communiste en Yougoslavie et parvint, au bout de quatre ans de conflit sanglant, à triompher de l'ensemble de ses adversaires et à réunifier sous sa bannière la Yougoslavie qui avait été démembrée à la suite de l'invasion de 1941.
S'étant assuré le monopole du pouvoir dès 1945, il fonda après-guerre le régime communiste yougoslave, dont il resta le principal dirigeant jusqu'à sa mort en 1980, avec les titres officiels de président du Conseil exécutif (chef du gouvernement), puis de président de la République (président à vie à partir de 1974). Il était également « maréchal de Yougoslavie » (du à sa mort, en 1980), le grade le plus élevé de l'armée de ce pays, dont il fut le seul titulaire. En tant que chef de gouvernement puis chef d'État, Tito utilisait de manière officielle le nom de Josip Broz Tito (parfois orthographié Josip Broz-TitoTraité d'assistance militaire entre la Yougoslavie et les États-Unis, 1951, collection des Traités des Nations Unies, volume 174, page 209.), en accolant son nom de guerre à son nom de naissanceVisit of President Tito of Yugoslavia Joint Statement, déclaration commune américano-yougoslave à l'occasion d'une rencontre entre Tito et Jimmy Carter, 9 mars 1978..
La Yougoslavie ayant rompu avec l'URSS en 1948, Tito opta ensuite, pendant la guerre froide, pour une politique de neutralité et de bonnes relations avec l'Ouest. Il fut, à ce titre, l'un des fondateurs du mouvement des non-alignés.
Biographie Débuts vignette|gauche|La maison natale de Tito. Josip Broz. est né le à Kumrovec dans le Zagorje en Croatie-Slavonie, composante de la Transleithanie, dans la partie hongroise de l'Autriche-Hongrie.
Il est le de la famille de Franjo et Marija Broz. Son père était croate alors que sa mère, Marija Javeršek, était slovène.
Après avoir passé une partie de son enfance avec son grand-père maternel à Podsreda dans l'actuelle Slovénie, il entre à l'école primaire à Kumrovec en Croatie, qu'il quitte en 1905. En 1907, il est embauché en tant que machiniste à Sisak. Sensibilisé au mouvement ouvrier, il célèbre la fête du Travail pour la première fois. En 1910, il rejoint le syndicat des ouvriers de la métallurgie et, en même temps, le Parti social-démocrate du royaume de Croatie-Slavonie.
Entre 1911 et 1913, il travaille de courtes périodes à Kamnik, Čenkov en Cisleithanie, Munich et Mannheim dans le Reich allemand où il est employé par le constructeur automobile Benz. Il revient ensuite dans l'Empire austro-hongrois à Wiener Neustadt, où il travaille pour Daimler en tant que pilote d'essais.
Comme beaucoup de sujets de l'empire d'Autriche-Hongrie, Tito parlait couramment allemand — maîtrisant parfaitement la différence entre l'accent autrichien et les accents allemands. Par sa naissance, il pratique également les langues serbo-croates même s'il lui arrivait de confondre des motsEn 2013, les médias ont couvert une étude déclassifiée de la NSA qui concluait que Tito ne parlait pas le serbo-croate comme un locuteur natif. Le rapport a noté que son discours avait des caractéristiques d'autres langues slaves (comme le russe et le polonais). L'hypothèse selon laquelle « un non-Yougoslave, peut-être un Russe ou un Polonais » aurait pris l'identité de Tito était incluse avec une note indiquant que cela se serait produit pendant ou avant la Seconde Guerre mondiale. Ce rapport est cependant contesté par les experts croates. Pour eux, son fort accent,est en réalité typique de la région de Zagorje dont Tito était originaire.. Il apprendra bientôt le russe, qu'il parlera très correctement, et plus tard, l'anglais.. Son biographe officiel, Vladimir Dedijer, a déclaré en 1953 que Tito parlait .. Lors du Congrès mondial d'espéranto tenu à Zagreb en 1953, Tito révèle en outre sa connaissance de l'espéranto, qu'il avait appris pendant son séjour en prison..
Premières actions politiques Fin 1913, Josip Broz est mobilisé et sert dans l'armée de l'Autriche-Hongrie. En , il remporte la médaille d'argent d'un concours d'escrime au sein de l'armée austro-hongroise à Budapest. Il est envoyé à Ruma (Voïvodine). Arrêté pour propagande pacifiste, il est emprisonné à la forteresse de Petrovaradin près de Novi Sad.
En 1915, il est envoyé en Galicie, sur le front de l'Est, combattre contre la Russie. En Bucovine, il est gravement blessé par un éclat d'obus. En avril, le bataillon entier est fait prisonnier par les Russes.
Après avoir passé plusieurs mois à l'hôpital, Broz est envoyé dans un camp en Oural, fin 1916. En , il est arrêté pour avoir organisé des manifestations de prisonniers de guerre. Il s'évade et rejoint les manifestations de Pétrograd (Saint-Pétersbourg) des 16 et . Il projette de fuir en Finlande pour échapper à la police, mais il est arrêté et enfermé à la forteresse Pierre-et-Paul de Saint-Pétersbourg pendant trois semaines. Après avoir été transféré à Koungour (aujourd'hui dans le kraï de Perm), il s'échappe d'un train. En novembre, il s'engage dans l'Armée rouge à Omsk (Sibérie). En 1918, il s'inscrit au Parti communiste russe.
En 1920, il devient membre du Parti communiste de Yougoslavie, bientôt interdit.
Agent de Staline lors des purges de 1937 Josip Broz devient agent clandestin du parti dans son pays natal (entre 1923 et 1928), activités qui lui valent d'être emprisonné pendant 5 ans (entre 1928 et 1934). Il prend le pseudonyme germanophone de Walter. En 1935, il travaille un an dans la section Balkans du Komintern et est élève à l'École internationale Lénine. Il est membre du parti communiste soviétique et du NKVD, la police secrète soviétique, ancêtre du KGB.
En 1936, le Komintern envoie le camarade Walter en Yougoslavie pour purger le parti. Il prendra le pseudonyme de « Tito ». En 1937, Staline fait exécuter le secrétaire général du Parti communiste de Yougoslavie, , à Moscou. Tito est alors nommé par Staline secrétaire général du Parti communiste de Yougoslavie, toujours hors-la-loi. Selon l'historien Jean-Jacques Marie., il fut également question à Moscou de liquider Tito, mais Staline s'y opposa et le laissa repartir d'URSS.
Pendant cette période, Tito suit la politique du Komintern et soutient Staline, critiquant les démocraties occidentales, l'Italie fasciste et l'Allemagne nazie. Au moment de la guerre d'Espagne, il participe au recrutement et à l'organisation du bataillon Dimitrov, unité balkanique des Brigades internationales.
Seconde Guerre mondiale
Après l'invasion de la Yougoslavie par les forces armées allemandes en , les communistes sont parmi les premiers à organiser un mouvement de résistance. Le , le bureau politique du Parti communiste de Yougoslavie se réunit à Zagreb et décide de commencer la résistance, nommant Tito chef du comité militaire. Tito se révèle être un redoutable meneur politique et militaire. vignette|gauche|Tito en 1942. Les premières actions antifascistes dans l'Europe occupée commencent le près de Sisak par l'attaque d'un train de réserve allemand par un groupe de 49 hommes..
Le , Tito, en tant que commandant suprême des Partisans, fait imprimer et diffuser publiquement un plaidoyer pour la résistance armée contre l'occupation nazie. Ses troupes, désignées sous le nom de partisans, sont les protagonistes d'une grande et vigoureuse campagne de guérilla et ils commencent à libérer des parties du territoire. Ils créent une assemblée, le Conseil antifasciste de libération nationale de Yougoslavie qui, lors de sa seconde session, le , annonce son intention de reconstruire la Yougoslavie sur une base fédérale et proclame un gouvernement provisoire, le Comité national de libération de la Yougoslavie, dont Tito est le Premier ministre. Les adversaires sont nombreux : Allemands, Italiens, Oustachis (fascistes croates), Bulgares et Hongrois. Les Partisans entrent également en conflit ouvert avec l'autre principal mouvement de résistance, les Tchetniks (monarchistes serbes) de Draža Mihailović, en raison de leurs différends idéologiques, mais également en raison des massacres inter-ethniques de Croates et de Bosniaques musulmans. À la fin 1943, les partisans de Tito reçoivent le soutien matériel des Alliés, aux dépens des Tchetniks. La bonne conduite des Partisans, tant avec les populations civiles que lors des combats — où ils résistent victorieusement à 6 offensives de l'Axe — les rend très populaires au sein de la population civile.
Après l'avoir identifié et localisé, les Allemands lancent le une grande opération afin de le capturer ou de l'éliminer (Opération Rösselsprung). Cette opération sera un échec, en ce qui concerne son objectif principal, mais infligera cependant de lourdes pertes humaines et matérielles à la résistance yougoslave.
La prise du pouvoir vignette|gauche|Tito (à droite sur la photo) à Drvar en mai 1944.
Après l'expulsion des Allemands de Serbie (Belgrade est libérée, avec l'aide de l'Armée rouge en ), Tito devient d'abord le chef d'un gouvernement provisoire le , avec le représentant monarchiste Ivan Šubašić au sein d'un qui regroupe toutes les tendances politiques anti-fascistes : communistes, démocrates, représentants du gouvernement royal en exil. Ce gouvernement de coalition se met d'accord sur la tenue d'élections en pour se prononcer sur la forme de gouvernement.
Les élections de novembre 1945 Le , Tito avait signé un accord avec l'Union soviétique permettant l'« entrée temporaire de troupes soviétiques sur le territoire yougoslave »Stvaranje Titove Jugoslavije, page 479, ..
La présence de l'Armée rouge lui permet de s'imposer face aux monarchistes, et les élections du se déroulent, alors que le Parti communiste yougoslave (PCY) domine déjà tous les rouages de la vie publique et peut effectuer toutes les pressions nécessaires. Le représentant des démocrates, Milan Grol, quitte alors le Front national et son journal est interdit. Un système d'urnes truquées permet de connaître les électeurs non-membres du Front national, qui sont emprisonnés peu après.. Le Front national alors composé du seul PCY, obtient 91% des voix.
La nouvelle assemblée constituante nomme Tito Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, ce qui lui permet de diriger les politiques intérieure et extérieure du pays. Tito crée la police politique secrète, l'UDBA (Uprava državne bezbednosti/sigurnosti/varnosti, Administration pour la Sécurité de l'État) dont le rôle officiel est de traquer les collaborateurs des nazis.
Sous le prétexte de collaboration., Tito fait fusiller. () son rival, le résistant Draža Mihailović, commandant des Tchetniks, fidèle au roi et ferme opposant des fascistes comme des communistes. L'assassinat déguisé de cet opposant d'obédience monarchiste laisse alors le champ libre aux partisans communistes de Tito.
Le roi Pierre II de Yougoslavie est déposé et mis à l'écart le et Tito peut fonder la république fédérative populaire de Yougoslavie, qui est proclamée le même jour.
La mise en place du nouveau régime