vignette|Statue de vestale, au musée du palais Braschi, à Rome.

Une vestale (en latin ) est une prêtresse de la Rome antique dédiée à Vesta.

Le collège des vestales et son bien-être sont considérés comme essentiels au maintien et à la sécurité de Rome. Elles doivent entretenir le foyer public du temple de Vesta situé dans le Forum romain.

Les vestales sont libérées des obligations sociales habituelles du mariage et de la maternité, et font vœu de continence pendant trente ans afin de se consacrer à l'étude et au respect des rituels de l'État qui sont interdits aux collèges de prêtres masculins.

Histoire Sous la royauté et la république vignette|upright=1.3|Tarpeia, une des premières vestales qui, après avoir livré le Capitole aux soldats sabins, est ensevelie sous les boucliers et les bracelets des Sabins. vignette|upright=1.3|Denier de 89 av. J.-C. où l'on peut voir sur l'avers Tarpeia, une des premières vestales nommées, ensevelie sous les boucliers des Sabins. Les historiens Tite-Live, Plutarque et Aulu-Gelle attribuent la création de la prêtrise des vestales au roi Numa Pompilius, deuxième roi légendaire de Rome, qui règne de 717 à 673 av. J.-C.

Selon Tite-Live, Numa leur attribue des salaires payés sur le trésor public. L'historien mentionne que la prêtrise de Vesta tire ses origines d'Albe la Longue.

Aulu-Gelle, érudit du , écrit que la première vestale prise à ses parents est emmenée par la main par Numa Pompilius.

Plutarque attribue la fondation du temple de Vesta à Numa, qui nomme d'abord deux prêtresses ; Servius Tullius, sixième roi de Rome, fait passer leur nombre à six. Ambroise de Milan fait allusion à une septième vestale durant l'Antiquité tardive. Numa Pompilius fait également désigner le pour surveiller les vestales. Pour l’historien grec Denys d'Halicarnasse, elles sont d'abord quatre, puis le cinquième roi de Rome, Tarquin l'Ancien, ajoute deux vierges sacrées. En tout état de cause, les vestales sont au nombre de six à l'époque historique.

Les premières vestales, selon l’écrivain romain Varron, s'appellent Gegania, Veneneia, Canuleia et Tarpeia. Tarpeia, fille de Spurius Tarpeius, est décrite comme une traîtresse dans la légende.

En 390 av. J.-C., lors de l'incursion des Gaulois dans Rome, les vestales sont mises en sécurité à Caere, ville étrusque voisine et amie de Rome : elles sont ainsi épargnées lors du sac de Rome.

En 273 av. J.-C., la vestale Sextilia, accusée d'adultère, est enterrée vive près de la porte Capène.

Vers 204 av. J.-C., la vestale Claudia Quinta accueille miraculeusement la statue de la déesse Cybèle.

En 114 av. J.-C., l'inconduite des vestales Aemilia, Marcia et Licinia, qui multiplient les amants, est dénoncée par un esclave. Le grand pontife Lucius Caecilius Metellus Delmaticus ne condamne qu'Aemilia et acquitte les deux autres. L'affaire est rejugée l'année suivante par Lucius Cassius Longinus Ravilla à la demande du peuple indigné par le premier jugement, et les trois vestales sont exécutées.

Au , lorsque Sylla menace la vie du jeune Jules César pendant ses proscriptions, les vestales intercèdent en sa faveur et Sylla lui accorde son pardon.

En 73 av. J.-C., Catilina, accusé d'avoir eu une liaison criminelle avec la vestale Fabia — demi-sœur de Terentia, l'épouse de Cicéron —, est finalement acquitté.

À l’époque impériale

vignette|upright=1.1|Statue d'une datant du . L’empereur Auguste inclut les vestales dans toutes les grandes dédicaces et cérémonies. On leur attribue certains pouvoirs divins. Pline l'Ancien, par exemple, dans son Histoire naturelle, discutant de l'efficacité de la prière et des formules rituelles, écrit : .

L'historien Suétone signale une certaine désaffection des Romains pour cette institution au début de l’Empire :

Inversement, l’historien Tacite témoigne sous Tibère du zèle de deux familles patriciennes à proposer leur fille pour remplacer une défunte vestale. Tibère choisit celle dont les parents n’avaient jamais divorcé, et consola l’autre candidate d’une dot d’un million de sesterces.

Le respect accordé aux vestales reste grand. Personnes sacrées, elles sont intouchables, et nul ne peut leur interdire d'aller où bon leur semble, ce qui permet de leur confier des missions d'intermédiaires de dernier recours : en 48, Messaline, devinant que Claude va la condamner pour son inconduite, fait intervenir la grande vestale Vibidia en sa faveur, pour solliciter une rencontre avec son époux : ; en 69, lors de la guerre civile de l'année des quatre empereurs, les vestales apportent des propositions de négociation venant de Vitellius aux partisans de Vespasien.

Suétone signale un scandale sous Domitien (81-96) :

L'affaire témoigne d’une dissolution des mœurs des vestales, du moins si les accusations sont exactes car l'instruction du procès de Cornelia est douteuse, et repose sur un témoignage extorqué. C'est le seul scandale rapporté par Suétone pour tout le , en dehors de l'insinuation d'un viol de vestale commis par Néron.

Après l'incendie qui ravage une partie du centre de Rome à la fin du règne de Commode, la Maison des vestales est reconstruite sous Septime Sévère. Au , plusieurs statues et inscriptions honorifiques y sont élevées en l'honneur des grandes vestales ; ces monuments et leurs textes témoignent du maintien du prestige de la fonction, de la vitalité du culte, du recrutement social élevé des vestales et de l'étendue de leurs relations sociales.

Dissolution de l’institution L’empereur chrétien Théodose interdit le culte païen en Orient le , puis se rend fin 394 à Rome après sa victoire sur l'usurpateur Eugène. Selon l’historien byzantin Zosime, il annonce au Sénat romain, qui refuse la conversion, que le fisc ne paiera plus les frais du culte et de sacrifice d'une religion que lui-même n'approuve pas. Cette décision vide de leur force les rites de la religion romaine antique, qui doivent être célébrés au nom de l'État romain. Après onze siècles d'existence, privé de ses moyens, le collège des vestales est aboli et le feu sacré est éteint. Zosime raconte comment Serena, épouse de Stilicon et nièce de Théodose, entre dans le temple, prend le collier de la statue de la déesse et le place à son propre cou. La plus ancienne des vestales restée sur place la maudit, elle, son mari et ses enfants, pour son impiété, mais cela ne préoccupe pas Serena. Pourtant, toujours d'après Zosime, Serena est alors soumise à de terribles rêves lui laissant présager une mort prématurée. Son mari Stilicon est exécuté sur ordre de l'empereur en 408, et Rome est prise et pillée en 410. En réponse aux rumeurs selon lesquelles le sac de Rome et la désintégration de son empire sont dus à la domination chrétienne et à son intolérance des anciens dieux — qui défendent la ville depuis plus de mille ans —, saint Augustin riposte en justifiant l'événement dans son ouvrage La Cité de DieuPierre Chuvin, même ouvrage, p.87-88.

Coelia Concordia, la dernière vestale et de l’histoire, quitte le collège des vestales après sa dissolution et .

Statut Mode de sélection

vignette|upright=1.1|Vue des ruines de la maison des Vestales depuis le mont Palatin. On distingue, en haut à gauche, les restes du temple circulaire de Vesta. Dans la cour, les statues et les inscriptions honorant les vestales ont été replacées à la suite des fouilles archéologiques et peuvent ne pas être à leur place originelle. Les critères de sélection des Vestales sont décrits par l’historien Aulu-Gelle, citant Antistitius Labeo, auteur d'un traité de droit pontifical, et Ateius Capiton, tous deux juristes de l'époque d'Auguste. À partir du milieu de l'époque républicaine, pour les recruter, des fillettes de sont choisies par le parmi un groupe de vingt candidates de haute naissance qui ont encore leurs deux parents. À l'origine, la jeune fille devait être patricienne, puis la fonction s'est ouverte aux plébéiennes car il devenait difficile de trouver des nobles disposés à confier leur fille pour une durée de trente ans, et enfin la fonction s’est ouverte aux filles d'affranchis.

Les candidates doivent être sans défaut physique ni mental, et non émancipées par leur père : le passage à l’état de vestale les rend orphelines aux yeux de la loi. Elles doivent également être nées de parents libres et n'exerçant pas de professions déshonorantes (). Leurs deux parents doivent également résider en Italie ; une dispense à ce propos a toutefois été rendue possible à partir de l’an 18. Des exemptions sont également possibles, par exemple pour la sœur d'une vestale ou la fille d'un flamine. Parfois, certaines candidates admises n'ont pas exercé, comme le montre le cas des sœurs Oculutae.

La cérémonie de choix est connue sous le nom de (capture). Le père, c'est-à-dire son tuteur légal, présente sa fille au grand pontife. Une fois qu’une jeune fille est choisie, le l'emmène loin de ses parents avec les paroles suivantes : « afin de pratiquer les rites sacrés que la règle prescrit à une vestale de célébrer, dans l'intérêt du peuple romain et des Quirites, en tant que candidate choisie selon la plus pure des lois, c'est toi qu'à ce titre je prends, Amata (« bien-aimée ? »), comme prêtresse vestale ». Dès qu’elle entre dans l', elle est au service et sous la protection de la déesse.

Les candidates au remplacement d'une prêtresse morte sont présentées à la grande vestale pour la sélection de la plus vertueuse. Les plus âgées n’ont pas à être vierges (il peut s’agir de jeunes veuves ou même de divorcées, bien que cela soit désapprouvé et considéré de mauvais augure). Tacite raconte comment Gaius Fonteius Agrippa et Domitius Pollio offrent leurs filles en l’an 19 pour pourvoir un poste vacant. Celle de Domitius Pollio est préférée uniquement parce qu’Agrippa vient de divorcer. Le , en la personne de Tibère, « console » Agrippa en lui offrant une dot d'un million de sesterces.

Service

Leur collège s'organise en trois groupes d'âges différents, sous l'autorité de la grande vierge Vestale () : les plus jeunes sont instruites par les plus anciennes pendant dix ans, celles de la classe d'âge intermédiaire entretiennent le feu civique en permanence. À l'issue de son temps de sacerdoce, la vestale peut, si elle le souhaite, revenir à la vie civile et se marier. La plupart choisissent néanmoins de continuer leur sacerdoce : Tacite mentionne une certaine Occia qui officie pendant cinquante-sept ans, jusqu'à sa mort.

Leurs tâches comprennent le maintien du feu sacré de Vesta, déesse du foyer et de la maison, la collecte de l’eau depuis une source sacrée, la préparation de la nourriture utilisée dans les rituels, telle une farine spéciale appelée qui est saupoudrée sur les offrandes publiques à un dieu, et l'entretien des objets sacrés du sanctuaire.

Les vestales assurent aussi la garde de quelques objets sacrés, dont le Palladium, statue sacrée de Pallas Athéna apportée à Rome par Énée selon la légende.

Statut et privilèges vignette|Vestale, par Jean Raoux. Les vestales possèdent un statut juridique très particulier. Alors qu'une femme romaine est mineure toute sa vie, elles sont affranchies de l'autorité paternelle () et exemptées de la tutelle. Elles ont le droit de rédiger leur testament du vivant de leur père.