thumb|upright|Prostituée en 1890. thumb|upright|Prostituée à Tijuana, au Mexique.
La prostitution (du latin prostitutio) est une forme d'échange économico-sexuel : offre d'une prestation sexuelle contre rémunération. Elle recouvre généralement un espace social hétérogène composé souvent d’individus issus de milieux modestes ou très modestes, parfois marginaux, qui trouvent dans cette activité un moyen d’existence et de subsistance. Elle est à 80 % exercée par des femmes. même s'il existe une prostitution masculine. Les études sur la prostitution montrent que Female Prostitution, Customers, and Violence, MARTIN A. MONTO, University of Portland, 17/11/2015, Qui sont les clients ?, Fondation Jean-et-Jeanne-Scelles. En France, selon les chiffres de la proposition de loi visant à sanctionner les clients de prostituées de 2013, 99 % des clients sont des hommes alors que 85 % des prostituées sont des femmesProstitution. Faut-il pénaliser les clients ?, Ouest-France, 27/11/2013. En 2012, de 40 à 42 millions de personnes se prostituent dans le monde, neuf sur dix d'entre elles dépendent d'un proxénète, les trois quarts d'entre elles ont entre 13 et 25 ans et leur espérance de vie est de 40 ans. Le statut légal de la prostitution varie selon les pays et peut également être classé de l'illégalité aux activités légales professionnelles. En 2010, les revenus annuels de la prostitution sont estimés à plus de 187 milliards de dollars revenus annuels de la prostitution. 30 octobre 2010.. Un à deux millions de femmes dans le monde sont vendues chaque année comme des objets sexuels pour la prostitution par des réseaux internationaux, la majeure partie venant de pays pauvres pour être exploitée notamment dans des pays riches..
D'un point de vue législatif, on peut distinguer trois conceptions de la prostitution, produisant trois approches politiques des États sur son exercice : le réglementarisme, l'abolitionnisme (et sa variante néoabolitionniste) et le prohibitionnisme. Qu’ils condamnent ou qu’ils administrent la prostitution, qu’ils fassent des personnes prostituées des coupables ou des victimes, ces régimes convergent néanmoins dans leurs enjeux et dans leurs effets quant à la définition de la prostitution comme un « problème public ».
La prostitution est régulièrement l'objet de vives controverses entre politiques et intellectuels qui sont en faveur d'une légalisation de l'activité et ceux qui sont partisans de son interdiction. De telles controverses ont notamment lieu au sein des mouvements féministes.
Histoire thumb|Fresque du lupanar de Pompéi, datant du , montrant une prostituée et son client. thumb|Thamar et Juda de Arent de Gelder, 1667. Illustration de la prostitution dans la Bible et dans la Torah (Genèse 38:16).
À Rome, comme ailleurs dans le bassin méditerranéen, ceux qui possèdent des esclaves peuvent en user à leur guise puisque l'esclave est une propriété privée. La femme esclave est d’ailleurs exclue du champ d’application des lois sur l’adultère : son compagnon ne peut l’accuser, que son amant soit le maître ou un tiers. Par ailleurs, les lois condamnant les maîtres qui prostituent leurs esclaves sont si peu efficaces qu’elles vont être souvent reproclamées du , de même que les lois assimilant à l’adultère les rapports sexuels entre la maîtresse et son esclave. Cependant, la prostitution reste florissante à Rome où elle se présente sous des formes multiples : les prostitués se trouvent en maison signalée par des bougies allumées pendant les heures d'ouvertureLes maisons closes émission Deux mille ans d'Histoire sur France Inter le 20 octobre 2010, dans des auberges, dans des loges, ou dans la rue, devant les arcades (appelées fornix d'où le terme de fornication) comme devant la porte de leurs domiciles. Dans les maisons closes, le client peut échanger un type de jeton, appelé spintria, contre une faveur sexuelle spécifique. Très tôt, dès le , les prostitués sont inscrits sur un registre spécial et doivent être munis d’une licence d’exercice. Civilement, ils sont frappés d’indignité. Leur condition varie, des plus miséreuses, esclaves, aux courtisans et courtisanes de luxe dont les services se monnaient très cher. Les réseaux sont alimentés par le trafic d’esclaves alimenté par les guerres et la piraterie : à Délos, sont vendus chaque jour, et dans l’empire ce sont des dizaines de milliers d’enfants et d’adolescents qui approvisionnent chaque année ce marché de la prostitution.
Les sociétés judéo-chrétiennes connaissent la condamnation prohibitionniste depuis les premiers temps du judaïsme. Cette interdiction s'est imposée dans l'Empire romain en parallèle de l'adoption du christianisme. Les mesures abolitionnistes, malgré leur inefficacité patente, sont maintenues jusqu'au . À cette date, une relative période de tolérance commence, accompagnée d'une réglementation adaptée. Au , à la suite des ravages de la syphilis venue du Nouveau Monde qui touche toutes les couches de la société, l’opprobre sur la sexualité hors des liens du mariage réapparaît fortement dans toute l'Europe. Le voit l’émergence d’une certaine tolérance étatique et d’un encadrement juridique et sanitaire. À la fin du , avec les combats de Josephine Butler, l'abolitionnisme moderne naît en Grande-Bretagne victorienne.
La France, qui a été le pays d'origine du réglementarisme, change d'orientation en 1946 et adopte un régime abolitionniste, à la suite de la loi dite « Marthe Richard »La prostitution en question, Sur le site mouvementdunid.org. L'Italie suit en 1958 avec la loi dite « Merlin ».
La philosophe américaine Judith Butler affirme que « toute féministe digne de ce nom devrait s'occuper de la syndicalisation des prostituées » et regrette que les positions abolitionnistes et prohibitionnistes privent « de la capacité de consentir ». À l'inverse, la juriste Catharine MacKinnon affirme que « Judith Butler et les autres sont seulement des voix pour une certaine forme de misogynie et de déni » et soutient un lien entre prostitution, pornographie et violence faite aux femmes. En France un débat similaire oppose notamment Élisabeth Badinter à Sylviane Agacinski.
Lois et politiques
Survol de l'état des lois Certaines juridictions interdisent l'achat de service sexuel (condamnant les clients) ou l'acte de prostitution (l'échange de services sexuels pour de l'argent) ; d'autres pays interdisent seulement les activités typiquement associées avec la prostitution (la sollicitation dans un lieu public, l'exploitation d'un bordel, le fait de fournir des locaux pour la pratique de la prostitution, le proxénétisme, etc), ce qui rend difficile de se livrer à la prostitution sans enfreindre la loi ; tandis que dans un petit nombre de pays la prostitution est légale et réglementée.
Dans les pays qui permettent la prostitution, on peut distinguer deux situations différentes : les pays où la prostitution est tolérée seulement parce qu'il n'y a pas une loi spécifique qui interdit l'acte (en général ce sont des pays qui interdisent la prostitution organisée), et les pays où la prostitution est légale et réglementée : ici il y a une loi spécifique qui autorise explicitement la pratique si certaines conditions sont respectées (par exemple si la prostituée est enregistrée auprès de l'organisme compétent, si elle subit des contrôles de santé réguliers, etc. ; en général ce sont des pays qui permettent les maisons closes). Les références associées à chaque pays pointent soit sur un article précisant l'existence de la prostitution dans le pays, soit sur des références légales.
Canada
En décembre 2014, le Canada a changé d'approche dans la réglementation de la prostitution, en passant d'une politique législative qui réprimait les actes de prostitution par les prostituées vers un régime juridique qui réprime surtout l'achat de services sexuels par les clients, tout en maintenant l'interdiction du proxénétisme et de tirer autrement profit de la prostitution..
France En France, depuis la loi du 13 avril 2016, l'exercice de la prostitution est toléré mais l'achat de services sexuels est interdit.
Le proxénétisme, y compris le « proxénétisme hôtelier » (mise à disposition de chambres, servir d'intermédiaire avec un client) et le « proxénétisme de soutien » (notamment « l’aide, l’assistance, ou la protection de la prostitution d’autrui ; tirer profit de la prostitution d’autrui ») sont également interdits et punis sept ans de prison et 150 000 euros d'amende. La loi sur le proxénétisme est particulièrement sévère lorsque le proxénète agit sur des mineurs, des personnes vulnérables comme les femmes enceintes ou les handicapés, s'il est un parent de la personne prostituée ou s'il a plusieurs prostituées, qu'il porte une arme, est menaçant ou agit via un réseau social. La condamnation est alors de dix ans de prison et 1 500 000 euros d'amende.
Droit de l'Union européenne Au niveau du droit européen, l'exercice de la prostitution en tant qu'activité indépendante tombe dans le cadre de la libre circulation des services, tel que prévu par l' TFUEArrêt de la CJUE du 20 novembre 2001, aff. C-268/99, Jany et al., ECLI:EU:C:2001:616, point 50 lire l'arrêt.
Traitement politique vignette|450x450px|État de la législation dans le monde Traditionnellement, on classe les positions politiques sur la prostitution en trois positions distinctes, proposant pour la prostitution des cadres juridiques différents. Si ces positions ont des vues différentes sur la nature même du fait prostitutionnel, elles ont en commun d'envisager la prostitution comme un problème social, que ce soit pour des raisons sanitaires, morales ou sécuritaires.
Le prohibitionnisme préconise l'interdiction de la prostitution, via la condamnation des prostituées, des proxénètes et, parfois, celle des clients. Le prohibitionnisme légitime la pénalisation des prostituées par une culpabilisation de l'acte prostitutionnel, dénoncé comme immoral et dangereux. Des pays prohibitionnistes sont : les États-Unis où personnes prostituées, proxénètes et clients sont punis par la loi (sauf dans dix comtés du Nevada, où la prostitution est réglementée) site du gouvernement français : fiche par pays, le statut de la prostitution tant masculine que féminine se trouve dans la section compléments : diplomatie, l'Égypte, le Maroc, les Comores, le Belize, l'Arabie saouditeArabie saoudite, sur le site agora.qc.ca, la Birmanie, la Corée du Sud, les Émirats arabes unis, l'Iran., le Laos, la Mongolie, le Népal, les Philippines, la république populaire de Chine2008 Human Rights Report: China (includes Tibet, Hong Kong, and Macau), sur le site state.gov du 25 février 2009, le Sri Lanka, le Viêt Nam2008 Human Rights Reports: Viêt Nam, sur le site state.gov du 25 février 2009, le YémenPDM : Troisième rapport présenté par le Yémen au Comité des droits de l'homme (extraits), sur le site peinedemort.org.