Le terme générique paganisme est employé depuis le par des chrétiens pour désigner la religion de ceux qui sont polythéistes.
Définition Le paganisme désigne le polythéisme antique, auquel les gens des campagnes (latin, pagani) restèrent longtemps fidèles.
Il remonte au latin paganus : au , ce mot pouvait servir à désigner les habitants des campagnes par opposition à ceux des villes ou bien les civils par opposition aux militaires. Entre les , le latiniste chrétien Tertullien opposait déjà les milites christi, les « soldats du Christ », aux pagani fideles, ceux qui restaient fidèles à leur pays, à leurs traditions et à leurs racines.. Le terme a ensuite été adopté dans la littérature chrétienneMaijastina Kahlos, Debate and dialogue : Christian and pagan cultures c. 360-430, Ashgate Publishing, 2007, .. Même s'il y désigne toujours ceux qui ne sont pas chrétiens, son acception y est cependant ambiguë. Il est parfois employé de façon péjorative pour désigner ceux qui sont tenus pour être des ignorants, parfois de façon neutre pour désigner les philosophes grecs, parfois encore pour désigner des chrétiens jugés mal convertis ou tièdes dans leur foiVoir l'usage du terme chez Salvien de Marseille.. À partir de 370, des lois impériales regroupées au dans le code théodosien emploient le terme paganus pour désigner ceux qui pratiquent la magie, ceux qui sont considérés comme superstitieux ou dans l'erreur. Le terme a depuis conservé une connotation péjorative..
Christianisme et paganisme Les réformes de Constantin Ier (empereur romain) (de 310 à 337) établissent la liberté de culte tout en étant favorables aux chrétiens et à l'expansion du christianisme. En 312, Constantin met en place plusieurs réformes ayant pour effet de reconnaître au clergé chrétien le même statut que le clergé païen. Sous son règne a lieu le premier concile de Nicée en 325. Un demi-siècle plus tard, l'édit de Thessalonique (), promulgué par les empereurs romains Théodose Ier et Gratien, fait du christianisme nicéen l'unique religion officielle.
De nombreux pères de l'Église (auteurs chrétiens du IIe au , et surtout des IVe et ) ayant écrit « contre les païens », le paganisme a eu Lucien Jerphagnon qualifie le paganisme combattu par Augustin dans La Cité de Dieu contre les païens de « paganisme de papier ». Lucien Jerphagnon, « Préface » de Saint Augustin, La Cité de Dieu, Gallimard, La Pléiade., comme s'il s'agissait de la religion de ceux qui ne sont pas chrétiens. Le paganisme tel qu'il a été exposé par les Pères de l'Église mais plusieurs entre autres chosesPierre Gisel, Qu'est-ce qu'une religion ?, . Pour Pierre Gisel : , il s'agit plutôt de l'ensemble sans homogénéité des positions philosophiques et des croyances rejetées par les Pères de l'Église. Le paganisme est ainsi, dans l'antiquité tardive, une attitude combattue par des chrétiens puis par les autorités. C'est surtout à l'époque moderne, avec l'essor de l'histoire des religions que le paganisme commence à être perçu et étudié comme une religion parmi d'autres. Le paganisme peut être sous forme de , ou bien comme une comme l'a fait Marc Augé dans Le génie du paganismeMarc Augé, Génie du paganisme, Gallimard, Paris, 1982. ; voir aussi Alain de Benoist, Comment peut-on être païen ?.
Le mot paganus n'a pas son équivalent chez les écrivains chrétiens de langue grecque qui utilisent le terme moins péjoratif de « nations » ou « religions nationales » (ethnikoï) (calque de l'hébreu).
Il s'agit, dans presque tous les cas, du rejet de toutes les formes de comportement religieux pré-chrétien, principalement de tout polythéisme (antique), et assez vite de tout ce qui peut s'interpréter (de la part d'une orthodoxie chrétienne en devenir) comme une hérésie (Ethnophrones). Les païens sont de la sorte les populations à évangéliser, convertir et/ou combattre et soumettre : .
Histoire du concept Premiers emplois du mot paganus dans le sens de « non-chrétien » La première attestation de l'emploi de ce terme pour désigner ceux qui ne sont pas chrétiens se trouve sur l'épitaphe de la tombe d'une enfant de Sicile, Julia Florentina, ayant vécu quelques mois durant les premières décennies du Jacques Zeiller, « Paganus. Sur l'origine de l'acception religieuse du mot » dans Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, , N. 6, 1940. .. L'épitaphe fait état de sa brève vie en indiquant qu'elle est née païenne (nata pagana), puis qu'à l'âge de 18 mois, quelques heures avant son dernier souffle, elle fut baptisée. L'épitaphe évoque ensuite la douleur des parents et l'inhumation par un prêtre dans un lieu où reposaient des martyrs. Ce que signale cette inscription à propos du terme paganus est que, selon un usage du début du , des gens naissent « païens », mais ils peuvent devenir chrétiens par le baptême.
Au milieu du , Marius Victorinus est le premier auteur chrétien à employer le terme paganus en son sens nouveau. Alors qu'il commente un passage de la lettre de Paul aux Galates où il est question des Juifs et des GrecsLettre de saint Paul aux Galates, 4 ,3., Marius Victorinus précise : « les Grecs, c'est-à-dire les païens (apud Graecos, id est apud paganos) »Marius Victorinus, Epistola Pauli ad Galatas, Libro II, 4, 3. Texte en latin de l'édition Migne sur Documenta Catholica Omnia, col. 1175.. À cette époque, ceux qui sont désignés comme « les Grecs » sont les anciens philosophes dont les œuvres sont à la base de toute éducation littéraire. Marius Victorinus identifie ainsi les païens aux hommes unanimement reconnus comme comptant parmi les plus savants de l'histoire. Au , Isidore de Séville reprendra cette idée en proposant une étymologie fantaisiste du terme païen. Il affirme que paganus vient du grec pagos, comme dans Aréopage. Le nom pagos aurait ainsi, selon Isidore, désigné les habitants d'Athènes. Mais en fait, dans Aréo-pagos, le grec pagos signifie simplement « colline », l'Aréopage étant la « colline d'Arès ». Le terme paganus vient quant à lui du latin pagus qui désignait les paysans ou ce qui est de la campagne, et certainement pas les habitants d'Athènes. Augustin d'Hippone écrit pour sa part qu'il nomme païens : « les adorateurs de la multitude des faux dieux »Augustin, Rétractations.. Orose considère tout simplement que les païens sont des paysans.
Pour ce qui concerne les textes législatifs, le terme apparaît en premier lieu dans une loi promulguée en 370 par l'empereur Valentinien, il est ensuite assez fréquemment employé dans un ensemble de lois religieuses promulguées de 381 à 423 et regroupées dans le livre XVI du code de Théodose. Selon ces lois, les païens sont ceux qui pratiquent la magie, qui sont considérés comme superstitieux ou dans l'erreur.
Débats étymologiques L'origine du terme paganus est sujette à discussion dans les milieux de la recherche. Pour certains, paganus signifiait « civil », pour d'autres, « paysan ».
Dans le premier cas, les chrétiens se considèrent comme des soldats du Christ (les païens étant alors ceux qui sont exclus de cette arméeLionel Mary et Michel Sot (Dir.), Impies et païens entre Antiquité et Moyen Âge, Picard, 2002.). En effet, le terme païen est dérivé du latin tardif paganus, dérivé lui-même du latin classique pagus qui signifiait à l'origine « région délimitée par des repères », paganus en était également venu à signifier « de ou se rapportant à la campagne », « paysan », « villageois » ; par extension, « rustique », « inculte », « rustre» ; dans le jargon militaire romain, ce terme était utilisé pour désigner les 'non-combattants', 'civils', 'soldats non qualifié'. Il est lié à pango ou pangere (« enfoncer », « fixer », « attacher » ou « apposer »), et vient finalement de l’indo-européen commun *pak- (« solide, fixe »), apparenté ou dérivé de pango et signifiant proprement « borne fichée en terre », de là « territoire délimité par des bornes, district, circonscription territoriale rurale ».
Paganus a probablement acquis son sens dans la nomenclature chrétienne via le jargon militaire romain. Les premiers chrétiens ont adopté des motifs militaires et se sont vus comme milites christi (soldats du Christ). Tertullien (v.150~v.230) valorise les milites christi, « les soldats du Christ, les chrétiens » contre les pagana fides « ceux qui croient au pays, les fidèles de la religion impériale »De corona militis, De la couronne du soldat, 11, Apud hunc tam miles est paganus fidelis quam paganus est miles fidelis, « Avec lui, le citoyen croyant devient soldat, et civil celui qui croit à l'armée. ». C'est la référence morale de l'« Opus Dei » catholique, de l'« Armée du Seigneur » orthodoxe et de l'« Armée du salut » protestante, ainsi que des anciens ordres de moines-soldats.
Dans le second cas, les chrétiens sont identifiés aux citoyens romains vivant en collectivité et « paganus ou paganos », dans le sens d'« homme du pays », d'« indigène » en dehors des limites de la communauté chrétienne et conservant les religions antérieures, apparaît dans la langue littéraire à la fin du . Le premier auteur à utiliser paganus est Marius Victorinus. Paganus fonctionne toujours en rapport d’opposition à l'idée d'association, de collectivité, de communauté, et c’est à travers cela qu’il faut chercher l’origine du sens médiéval de païen. D'ailleurs, le paganisme n'était pas spécifiquement rural et il est resté longtemps bien ancré dans les villes et fort répandu dans les élites intellectuelles. C'est le cas en particulier à Rome où le Sénat était encore à majorité païenne sous Théodose . Ce n'est donc pas au sens de « paysan » que paganus a été utilisé dans le domaine religieux. Jusqu'à une époque assez tardive, une bonne partie du clergé chrétien des régions occidentales est d'origine orientale et souvent rurale : grecque, syrienne, égyptienne, et paganus ne semble donc pas s’opposer pas à urbanus et n’est pas un synonyme de rusticus. Le terme n’a rien à voir avec le monde paysan, sauf en de rares cas, comme chez Paul Orose. À la suite du sac de Rome de 410 par les Wisigoths un peu plus de quinze ans après les persécutions chrétiennes du paganisme sous Théodose , les païens considérèrent alors que l’avènement du christianisme était à l’origine de la chute de la cité. En réponse, Augustin d'Hippone écrivit De civitate Dei contra paganos (La Cité de Dieu contre les païens). Il y oppose la « cité de l'homme » déchue à la « cité de Dieu » dont tous les chrétiens sont finalement citoyens. Par conséquent, les envahisseurs étrangers n'étaient « pas de la ville » ou « ruraux ».
Philastrius utilise ce terme en donnant une explication qui confirme qu’à la fin du « Paganus » est un équivalent d’« Hellène » (terme par lequel les Grecs de Byzance désignaient leurs ancêtres polythéistes, alors qu'eux-mêmes se définissaient comme Rhômaioi : « Romées », signifiant : « Romains chrétiens »). Chez saint Augustin, on trouve un rapprochement entre « pagani » et « gentiles », mais en général l’évêque d’Hippone emploie paganus sans explication, pour désigner les non-chrétiens. Dans le code de Théodose II, empereur romain d'Orient, en (409), païen remplace définitivement l'ancien terme de « gentils », pour désigner toutes les croyances non-chrétiennesDictionnaire historique de la langue française, dir. Alain Rey, dictionnaires Le Robert..
Le néopaganisme Il y a tendance à confondre, volontairement ou non, le « paganisme » ou religion des Gentils avec .