Lübeck est une ville hanséatique d'Allemagne du Nord, dans le Land de Schleswig-Holstein. Avec une population de (2021), c'est la deuxième ville du Schleswig-Holstein, après Kiel, la capitale du Land. Son code de plaque d'immatriculation est HL, pour Hansestadt Lübeck.
Ce port de la mer Baltique est également surnommé « la reine de la Hanse » : c'était en effet la capitale de la Ligue hanséatique.
La ville fait partie de la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, notamment pour son architecture de briques rouges.
Histoire Préhistoire De nombreux dolmens du Néolithique témoignent d'une première occupation dans les limites et aux alentours de la ville actuelle.
Antiquité
Moyen Âge L’est du Holstein fut colonisé par des tribus Slaves — principalement les Wagriens et les Polabes — à partir de la fin du , dans le contexte du retrait partiel des populations germaniques. Vers .
À la suite de la victoire de Charlemagne sur les Saxons, le territoire du Holstein oriental fut attribué aux Abodrites, alliés de l’Empire carolingien.
La colline insulaire de , ou Bucu, située entre la Trave et la Wakenitz, était occupée dès le par un habitat fortifié slave. Des fouilles archéologiques ont révélé une structure défensive comprenant une fosse large d'environ 3,5 m et profonde de 2,5 m, protégeant un habitat d'environ 6 hectaresSchmidt, Michael: Burg Bucu – Archäologische Untersuchungen zur slawischen Burganlage in Lübeck, Archäologisches Korrespondenzblatt, vol. 37, 2007, p. 211-230. Sur un promontoire formé par la Trave et la , une première fortification en bois et terre fut édifiée vers , comme l’attestent les datations dendrochronologiques. Au , Liubice était, avec Starigrad (« vieille cité ») aujourd’hui Oldenbourg, l’un des deux principaux centres politiques des Abodrites.
Sous le règne du prince abordite chrétien Gottschalk (env. 1043–1066), la place forte fut reconstruite et dotée d’un nouveau rempart daté de . La ville, en conflit permanent avec les Lutices, peuple slave opposé à la christianisation, connut un essor religieux et commercial avant que Gottschalk ne soit assassiné en , événement qui entraîna la destruction partielle des infrastructures chrétiennes. En , le prince Henri (fils de Gottschalk) prit le pouvoir après avoir éliminé Kruto et fit de Liubice sa résidence. Sous son règne, la cité se dota : d’une église en pierre, construite vers , à l’intérieur de la forteresse ; d’une colonie de marchands saxons établie à proximité, avec enceinte propre et église dédiée ; d’un port actif sur la Trave ; et, possiblement, d’un atelier monétaire local. À la mort d’Henri en , les luttes internes affaiblirent la principauté. En — ou selon certaines sources en —, Liubice fut incendiée par les Ranes (ou Rugiens), une tribu slave de Rügen. Le site perdit alors son rôle politique et ne retrouva pas son importance passée avant la fondation de la ville actuelle de Lübeck en .
La colonisation allemande et le château fort de Lübeck La ville de Lübeck dans sa situation actuelle sur la colline, fut ensuite refondée en 1143 par le comte Adolphe II de Schauenburg et Holstein en réutilisant les fortifications existantesHammel-Kiesow, Rolf: Die Hanse, C.H. Beck, 2019, p. 22-24. Lübeck devint la première ville portuaire allemande sur la mer Baltique.
Le chroniqueur Helmold von Bosau, dans sa Chronica Slavorum rédigée vers 1147, décrit un château protégé par un talus de bois et de terreHelmold von Bosau: Chronica Slavorum, éd. Bernhard Schmeidler, Monumenta Germaniae Historica Scriptores rerum Germanicarum, 1937, livre I, chap. 52. Des fouilles ont mis au jour un puits daté autour de 1155, attestant d'une occupation continueSchmidt, Michael: Burg Bucu – Archäologische Untersuchungen zur slawischen Burganlage in Lübeck, op. cit., p. 223.
En 1158, Adolphe II dut céder le château à Henri le Lion dans un contexte de tensions politiques liées à la succession danoiseHammel-Kiesow, Rolf: Lübeck – Die erste deutsche Hafenstadt an der Ostsee, in: Hansische Geschichtsblätter, vol. 118, 2000, p. 11-15. Après un incendie en 1159, Henri fit reconstruire la villeHammel-Kiesow, Rolf: Die Hanse, op. cit., p. 24.
Après la chute de Henri en 1181, Lübeck fut placée sous administration impériale, sans que cela n'entraîne encore de changement de statut juridique. Elle fut ensuite brièvement rattachée au Duché de Saxe jusqu'en 1192, puis au Comté de Holstein, bien que ce contrôle ait été contesté et de courte duréeHammel-Kiesow, Rolf : Die Hanse, C.H. Beck, 2019, p. 25.Westphal, Siegfried : Die rechtliche Entwicklung der Stadt Lübeck bis zum Jahr 1226, in : Zeitschrift der Gesellschaft für Lübeckische Geschichte und Altertumskunde, vol. 43, 1963, p. 17-29.. De 1217 à 1227, la ville et le château furent sous domination du roi Valdemar II de Danemark, qui confirma les privilèges urbainsHofmeister, Adolf : Urkundenbuch der Stadt Lübeck, vol. 1, Lübeck, 1843, n° 27..
Le , l'empereur Frédéric II accorda à Lübeck le statut de ville impériale libre par une charte impériale (Privilegium Fridericianum)Hofmeister, Adolf : Urkundenbuch der Stadt Lübeck, vol. 1, Lübeck, 1843, n° 44.. Toutefois, ce statut resta sans effet immédiat, la ville demeurant de facto sous occupation danoise jusqu'à la bataille de Bornhöved en 1227, qui mit fin à la domination du Danemark en Holstein et en WagrieRöhricht, Reinhold : Geschichte des Königreichs Dänemark, Perthes, Gotha, 1890, p. 212-214..
En 1229, l'ancien château fut remplacé par un monastère dominicain dédié à sainte Marie-Madeleine (Burgkloster), devenu l’un des plus importants établissements monastiques du nord de l’AllemagneVogeler, Martha: Das Lübecker Burgkloster und seine Baugeschichte, Lübeck, Schmidt-Römhild, 1985. Aujourd'hui, le site est intégré au European Hansemuseum et fait partie du périmètre classé au Patrimoine mondial de l'UNESCOUNESCO: Hanseatic City of Lübeck, fiche 272, consultée le 4 août 2025.
Le temps de la Hanse
Grâce à sa position stratégique entre la mer du Nord et la mer Baltique, à l'embouchure de la Trave, Lübeck profita dès le milieu du XIIe siècle d’un essor rapide fondé sur le commerce maritime. En 1159, après l’abandon du projet concurrent de Löwenstadt et la cession du site par le comte Adolphe II de Schauenburg et Holstein, Henri le Lion fit reconstruire la ville à la suite de sa destruction par un incendie en 1157. Pour cela, il renonça à sa résidence de Bardowick, affirmant ainsi l'importance stratégique du siteHammel-Kiesow, Rolf : Die Hanse, C.H. Beck, 2019, p. 25-27..
En 1160, Lübeck obtint le droit urbain de Soest (Soester Stadtrecht), qui servit de base juridique à son autonomie municipaleWestphal, Siegfried : Die rechtliche Entwicklung der Stadt Lübeck bis zum Jahr 1226, in : Zeitschrift der Gesellschaft für Lübeckische Geschichte und Altertumskunde, vol. 43, 1963, p. 19-21.. Cette étape est aujourd’hui considérée comme le début de la Hanse des marchands, antérieure à la formation de la Hanse des villes proprement dite.
Le tournant décisif eut lieu en 1161 avec le privilège d’Artlenbourg, par lequel Henri le Lion garantissait aux marchands de Lübeck l’égalité de droits avec les marchands goths (Gotländer), jusque-là dominants dans le commerce en mer BaltiqueUrkunde Heinrichs des Löwen für Lübeck (Privileg von Artlenburg), 1161, in : Urkundenbuch der Stadt Lübeck, vol. 1, Lübeck, 1843, n° 9.. Cette égalité juridique renforça considérablement la position des marchands saxons sur les routes commerciales de la Baltique.
Parallèlement, les chroniques d’Helmold von Bosau (Chronica Slavorum) et de son successeur Arnold von Lübeck témoignent dès cette époque du développement de Lübeck et des relations avec les tribus slaves des régions environnantesHelmold von Bosau : Chronica Slavorum, éd. Bernhard Schmeidler, Monumenta Germaniae Historica, Scriptores rerum Germanicarum, 1937 ; Arnold von Lübeck : Chronica Slavorum Continuatio..
En 1182, l’empereur Frédéric Barberousse investit le duc Bogislav Ide Poméranie du fief de Lübeck et du duché de PoméranieSchultz, Werner : Lübeck und die pommerschen Herzöge im Mittelalter, in : Hansische Geschichtsblätter, vol. 92, 1974, p. 12-14.. Puis, en 1188, un privilège impérial accorda à Lübeck un territoire et des droits commerciaux étendus, renforçant sa position face aux villes rivalesUrkunde Friedrichs I. für Lübeck, 1188, in : Urkundenbuch der Stadt Lübeck, vol. 1, Lübeck, 1843, n° 33..
La constitution municipale mise en place par Henri le Lion établissait un conseil de vingt membres, issus exclusivement de l’élite marchande, et cooptés selon un mécanisme interne. Jusqu’à quatre maires pouvaient être élus parmi eux. Une règle importante interdisait la présence simultanée de plusieurs membres d’une même famille, ce qui visait à limiter les dynastiesGraßmann, Antjekathrin : Lübeckische Geschichte, Schmidt-Römhild, 1989, p. 98-101.. Ce modèle oligarchique se maintint en grande partie jusqu’au .
Temps modernes Au cours du , Lübeck devint la capitale de la Ligue hanséatique et la deuxième ville d’Allemagne après Cologne. Elle exerçait alors une juridiction d’appel pour l’ensemble de la Hanse, et son droit urbain (Lübisches Recht) servit de modèle à de nombreuses villes en Baltique et en Allemagne du NordHammel-Kiesow, Rolf : Die Hanse, op. cit., p. 45-48..
En coopération étroite avec Hambourg, Lübeck dominait une grande partie du commerce entre la Scandinavie, Novgorod et l’Europe occidentale. Pour protéger ses routes maritimes, la ville entretenait une flotte militaire importante, utilisée notamment contre la piraterieDollinger, Philippe : La Hanse, Aubier, 1964, p. 158-162..
Le déclin progressif de la Hanse, amorcé à la fin du , réduisit l’influence de Lübeck, qui demeura néanmoins un centre commercial actif jusqu’à l’époque moderneHammel-Kiesow, Rolf : Die Hanse, op. cit., p. 90-93..
Époque contemporaine Prise par les Français le (bataille de Lübeck), Lübeck fut formellement incorporée à l'Empire français en 1810 (elle devint l’une des sous-préfectures du département français des Bouches-de-l'Elbe), puis restituée par le congrès de Vienne.
La ville est intégrée dans la confédération de l'Allemagne du Nord créée en 1866 qui fera elle-même partie de l'Empire allemand fondé en 1871.
thumb|Entrée du bataillon Fusilier le 18 juin 1871 à Lübeck. Pendant la guerre franco-allemande, le bataillon de fusiliers de Lübeck faisait partie du d'infanterie.
Le jour de la bataille de Loigny, le , le commandant de la 17e division, Hugo von Kottwitz, s'avança devant le bataillon Fusilier du régiment, les exhortant à « commémorer la bravoure de la Ligue hanséatique ». Son attaque se porta au nord tandis que les autres bataillons se tournaient vers Loigny. Ce choc surprit tellement les Français qu'ils furent envahis sur leur flanc. La bataille devait devenir le mythe fondateur du dernier régiment de Lübeck, le .
Lorsque le commandant du bataillon revint à Lübeck avec son bataillon, il fut nommé commandant du régiment.
En 1919, la ville hérite de la gestion de la fortune d'Emil Possehl, marchand et industriel, qui lui légua son héritage sous la forme d'une fondation à but non lucratif ; Possehl, basée à Lübeck, gère aujourd'hui plus d'une centaine de sociétés européennes.
En 1937, Lübeck perdit son autonomie territoriale par le décret dit loi du Grand-Hambourg (en allemand : Groß-Hamburg-Gesetz) l'intégrant à la province du Schleswig-Holstein qui faisait alors partie de la Prusse.
La nuit du 28 au voit le premier bombardement massif d'une grande ville allemande par la Royal Air Force britannique.
Le bilan est très lourd : 320 morts, 784 blessés, habitations détruites, incendie de la vieille ville, destruction de l'église Sainte-Marie, de la cathédrale et d'autres monuments. L'église gothique Saint-Jacques est l'une des seules à ne pas avoir été touchée.
Le , dans la baie de Lübeck eut lieu le naufrage du Cap Arcona, du Thielbek et du Deutschland coulés par la RAF. Le bilan est de à .