La codéine, ou 3-méthylmorphine, est l'un des alcaloïdes contenus dans le pavot somnifère (Papaver somniferum). Elle est utilisée comme analgésique et comme antitussif narcotique. Elle a été isolée pour la première fois en 1832 par le chimiste français Pierre Jean Robiquet. Son nom provient du nom en grec de la tête de pavot : , .

Morphinique, la codéine est utilisée seule mais aussi en association avec du paracétamol ou de l'ibuprofène pour en potentialiser l'effet analgésique, souvent dans des préparations classées au de l'échelle des antalgiques de l'OMS.

Comme tous les antidouleurs à base d'opioïdes, elle présente un risque de dépendance physique et psychologique rapide, une accoutumance qui oblige à en augmenter progressivement les doses pour conserver le même effet, et le surdosage peut entraîner une détresse respiratoire grave, voire mortelle dont la naloxone est l'antidote d'urgence. En France, l'automédication à base de codéine est interdite. Depuis mars 2025, tous les médicaments à base de codéine nécessitent une prescription sur ordonnance sécurisée pour limiter les risques d'abus et de dépendance.

Chimie La codéine est un alcaloïde morphinique, présent sous forme de base dans l'opium. Néanmoins, elle est utilisée en thérapeutique majoritairement sous forme de sels (phosphate notamment). Elle est extrêmement proche de la morphine, dont elle ne diffère que par un groupement méthyle en position 3. On peut d'ailleurs effectuer la synthèse de la morphine à partir de codéine par déméthylation.. Des laboratoires clandestins réalisent d'ailleurs cette synthèse pour en tirer la morphine, utilisée comme précurseur de l'héroïne. et d'autres synthétisent la désomorphine à partir de la codéine.

Pharmacologie

Pharmacocinétique Comme l'oxycodone et le tramadol, la codéine est un opioïde prodrogue : inactif lorsque avalé et nécessitant d'être transformé par l'organisme pour être efficace. Lors d'une prise par voie orale, la codéine est absorbée dans l'estomac et l'intestin, et subit un important effet de premier passage hépatique. Elle est transformée par déméthylation en morphine à hauteur de 10 %. L'élément responsable de cette transformation est une enzyme, le cytochrome CYP2D6.

Toutefois tous les individus ne présentent pas la même fonction enzymatique, et le CYP2D6 présente un fort polymorphisme génétique. Certains individus métaboliseront vite, et d'autres très lentement, avec d'un côté un risque de surdose, et de l'autre un risque d'inefficacité du traitement. La demi-vie d'élimination de la codéine est de deux à quatre heures.

Pharmacodynamie

L'effet analgésique de la codéine est réputé plus long que celui de la morphine, à cause de la transformation qu'elle subit dans l'organisme et de la variété de métabolites d'activité mineure qui lui sont corrélés. Toutefois, l'analgésie procurée n'est pas aussi efficace que celle de la morphine et certains effets recherchés ou secondaires de la codéine sont antagonistes ou très partiels par rapport à ceux de la sédation morphinique. En effet la morphine libérée par les molécules de codéine ne se concentre pas de la même manière sur les récepteurs endogènes que la morphine utilisée telle quelle. Son activité centrale est moins profonde, se montrant jusqu'à trente fois moins puissante à dose égale, c'est-à-dire trois à cinq fois moins efficace à dose comparable ou équivalente que la morphine dans une recherche d'analgésie ou de sédation importante ( de codéine pour seulement de morphine). Les changements des concentrations plasmatiques de la codéine sont également moins rapides, ce qui la rend moins toxicomanogène que la morphine. L'effet de manque apparaît de manière plus insidieuse.

La codéine s'utilise essentiellement par voie orale .Liste des médicaments contenant la substance fournie par le Dictionnaire Vidal., son administration par voie intraveineuse exposant le sujet à de gros risques d'œdème pulmonaire par réaction histaminique. Indications thérapeutiques Douleurs et toux sèche La codéine est essentiellement utilisée dans le cadre du traitement de la douleur d'origine centrale (SNC, système nerveux central), soit en mono-thérapie dans les pays qui l'autorisent, soit associée au paracétamol ou à l'aspirine. Il existe une forme pédiatrique qui était délivrée uniquement sur ordonnance du fait de son dosage délicat chez l'enfant, mais l'Agence européenne du médicament l'interdit en 2015sur le site de l'EMA et recension sur le site pourquoidocteur.fr. .

Les sels employés dans un cadre antalgique sont ceux de la codéine phosphateCodéine, fiche substance proposée par le Dictionnaire Vidal. (anhydride, CAS : 52-28-8, ou hémihydrate, CAS : 41444-62-6). Sur ordonnance, sa prescription peut atteindre de codéine phosphate par jour, soit de codéine base, mais peut monter jusqu'à de codéine phosphate par jour pour certaines préparations et sous surveillance médicale accrue notamment en raison du seuil de toxicité du paracétamol qui lui est associé.

Elle entre également dans la pharmacopée des traitements antitussifs quand la toux est sèche (non grasse, non productive) ou d'irritation. Les formes en sirop des sels de codéine permettent une action rapide. La toux grasse ou d'expectoration ne doit pas être traitée par opiacé à moins de se montrer irritante ou épuisante et de se faire sous surveillance médicale. La codéthyline (ou éthylmorphine) aurait les mêmes propriétés à dose identique bien que son dosage soit le plus souvent moins important. Les formes de codéine employées comme antitussif sont plus variées que celles utilisées dans la douleur. On emploie la codéine base (absorption plus lente) ou différents sels (phosphate et camsilate). Le poids des sels peut engendrer une confusion quant à la quantité réelle de codéine qu'ils contiennent. Ainsi, de codéine camsilate correspondent à près de de codéine phosphate et de codéine base. de chlorhydrate de codéthyline correspondent à un peu plus de de codéthyline base. Les doses classiques chez l'adulte sont de de codéine exprimée en base par unité de prise à répéter deux à quatre fois par jour, de préférence quand survient la toux et en respectant un espacement minimum de quatre à six heures entre chaque prise (soit maximum de codéine base par jour, typiquement deux à quatre fois par jour). Un traitement antitussif est de courte durée et réservé à l'apparition des symptômes. Suivant les associations contenues dans les médicaments, les doses préconisées et les modalités de délivrance sont strictement énoncées dans la notice et sur la boite.

Un usage prolongé ou abusif entraîne respectivement une tolérance, une accoutumance, une assuétude, puis une pharmacodépendance caractérisée (psychique et physique).

Bien que la codéine fasse partie de la liste modèle des médicaments essentiels de l'Organisation mondiale de la santé (liste mise à jour en )., l’agence européenne du médicament recommande sa contre-indication en Europe chez l'enfant de moins de ..

Formes galéniques On peut regrouper ces spécialités dans deux catégories : les antitussifs, sous forme de comprimés ou de sirops, ils contiennent généralement moins de de codéine, puis ceux destinés à soulager les douleurs modérées à sévères. Dans ce cas, la codéine est alors souvent associée avec du paracétamol ou de l'ibuprofène.

En France, les spécialités faiblement dosées en codéine (jusqu'à 20 mg par comprimé) pouvaient être vendues sans ordonnance. Le , le Ministère de la Santé annonce que tous les médicaments à base de codéine (ainsi que de dextrométhorphane, éthylmorphine et noscapine) seront désormais vendus sur ordonnance. Cette décision fait suite à l'augmentation des détournements récréatifs, certains ayant entraîné des décès.. Depuis , ils doivent être prescrits sur une ordonnance sécurisée.

Cas de la psychiatrie Avant l'interdiction de la consommation de l'opium et autres opiacés aux États-Unis (1906), la communauté médicale utilisait ces derniers afin de traiter certains troubles anxieux. De nos jours, la gamme de produits permettant de lutter contre ces troubles étant plus étoffée, il est d'usage de ne pas recourir à la morphine et à la codéine pour soigner ces pathologies psychologiques parfois invalidantes, les bénéfices n'excédant pas les risques. L'effet euphorisant initial des opioïdes, qui peut temporairement soulager la détresse psychologique, s'estompe rapidement. Le patient doit alors constamment augmenter les doses pour obtenir l'effet initial. La dépendance psychique et physique s'installe et les symptômes de sevrage (terreurs nocturnes, sueurs, frissons, douleurs musculaires, problèmes gastriques, besoin irrépressible de consommer des opioïdes etc) font leur apparition. Le risque de surdosage accidentel et de mort par asphyxie associé à ces médicaments est élevé. Par ailleurs, des études rigoureuses montrent que, paradoxalement, le traitement prolongé par opioïdes augmente le risque de dépression incidente, récurrente et résistante au traitement.

Des études cliniques récentes présentent des résultats contradictoires en ce qui concerne le rapport entre opioïdes et symptômes psychotiques. Alors que certaines prêtent à certains opioïdes un effet anti-psychotique faible mais significatif, d'autres études montrent qu'une psychose peut survenir chez des patients sans antécédents psychiatriques, dans des cas rares, lors de l'administration d'un opioïde ou lors du sevrage d'opioïdes de synthèse tels que le tramadol.

Effets indésirables

La codéine peut produire un état général de somnolence, il est généralement déconseillé de prendre un médicament contenant de la codéine avant de conduire une voiture ou tout autre engin mécanique nécessitant une attention soutenue. En France, une mention de mise en garde figure sur les boîtes de médicaments incluant de la codéine ( et ). L'effet apparaît le plus souvent comme fonction de la dose et en début de traitement. Bien qu'avéré, il reste rare et éventuellement peu marqué. Cependant de manière occasionnelle, la simple prise de de codéine peut déclencher cette sédation avec une intensité gênante. L'état potentiel d'une fatigue initiale de l'individu peut s'avérer prédéterminant, la codéine levant certaines barrières de résistance à la fatigue en agissant de manière non spécifique comme un hypnotique. Elle n'en montre cependant pas de qualité adaptée ni constante dans un tel usage. En outre elle provoque parfois une difficulté d'endormissement du fait de certaines de ses propriétés excitantes, ce qui peut sembler paradoxal par rapport à son effet sédatif. D'autres facteurs sont à prendre en compte tel que le sexe, l'âge, le poids ou encore l'éventualité d'un métaboliseur fort ; on parle de sensibilité individuelle. Au cours du traitement, ces signes disparaissent généralement en quelques jours. À défaut, il est recommandé de réviser la posologie.

La codéine peut également induire un état d'euphorie caractéristique des opiacés, mais rarement sur des doses usuelles, même considérées comme modérées à fortes ( de codéine phosphate par prise). Le soulagement apporté par le médicament en est souvent la manifestation dominante et cela ne doit pas être confondu avec un effet psychotrope présumé. En l'absence de maux, les manifestations symptomatiques sur l'humeur sont généralement absentes aux doses thérapeutiques d'usage. L'administration de doses unitaires élevées de codéine fait apparaître un état narcotique (somnolence marquée, baisse de la vigilance) associé à des effets histaminiques importants (vasodilatation, fortes démangeaisons, rougeurs cutanées). Ces manifestations surviennent dès 60 mg par prise, et se généralisent entre 80 et 150 mg. En raison de ce seuil de toxicité et du risque majeur de dépression respiratoire, de telles doses n'ont plus aucune justification clinique pour un traitement par codéine.