La bataille de l’Escalade (ou nuit de l'Escalade) est le nom donné à un événement historique militaire lié à la ville de Genève. Elle désigne la tentative infructueuse de prise d'assaut des fortifications de la république protestante de Genève par le catholique duc de Savoie Charles-Emmanuel qui lança ses troupes dans la nuit du 11 au selon le calendrier julien (21 au selon le calendrier grégorien). Cette victoire est commémorée à Genève chaque année le .

L'Escalade doit son nom à la tentative d'escalade, par les Savoyards, des murailles de la ville fortifiée au moyen d'échelles en bois démontables. Sa célébration annuelle donne lieu à toutes sortes de manifestations populaires (course, cortèges, marmite en chocolat) et fait partie des traditions vivantes de Suisse. vignette|Cortège historique dans la nuit du . vignette|Vitrail de L'Escalade, Temple de Saint-Gervais.

Contexte historique left|thumb|Charles- de Savoie.

Depuis plusieurs siècles, les comtes de Genevois, puis les ducs de Savoie, convoitent la ville de Genève dont ils assument la souveraineté plus nominale que réelle en la personne d'un prince-évêque. Après de nombreuses escarmouches, les bourgeois de Genève et les Eidguenots, favorables à un rapprochement avec Berne, obtiennent enfin l'indépendance économique et politique de la cité, le , sous le règne de de Savoie. Genève, associée aux républiques helvétiques et à la France, chasse son évêque Pierre de La Baume (1533) qui trouve refuge à Annecy ; elle devient le centre du calvinisme (cinq ans après l'arrivée du réformateur picard en 1536) ; enfin, elle fortifie ses murailles face à son puissant voisin savoyard (milieu du ).

La ville de Genève rase ses cinq faubourgs dès 1531 et construit un système de bastions qui intègre Saint-Gervais sur la rive droite. Au Moyen Age, cette rive à l’exception du bourg de Saint-Gervais, constitue la baronnie de Gex acquise par la Savoie en 1355. En 1508, Charles III offre les Pâquis à l’hôpital des pestiférés attenant au cimetière de Plainpalais. Berne conquiert le Pays de Gex en 1536 et le cède à la République de Genève créée la même année. La ville l’intègre aux Franchises, tandis que le hameau du Petit-Saconnex, qui sera incendié en 1590, dépend du mandement de Peney jusqu’à la fin de l’ancien régime.

Les Eaux-Vives font partie de la paroisse de la Madeleine jusqu’à la Réforme. Ce faubourg est également détruit par les Genevois lors du renforcement des fortifications de la ville, de même, que celui de Saint-Léger lors de la fermeture de la porte du même nom. La rive gauche de l’Arve correspondant aux territoires de l’ancienne commune de Plainpalais et à la ville de Carouge sera disputée par la Savoie jusqu’à son attribution à la République de Genève par le traité de Turin en 1754.

Le duc Emmanuel-Philibert de Savoie (1528-1580), successeur de , cherche de son côté à séduire Genève, mais les bourgeois se raidissent contre toutes ses manœuvres diplomatiques et renforcent leur défense. En 1559, à la suite d'un traité de paix conclu entre la France et l’Espagne, le Piémont et la Savoie sont réattribués au duc Emmanuel-Philibert. En 1564, Berne lui restitue le pays de Gex et les territoires de la rive sud du Léman, tout en conservant le pays de Vaud. Après le traité de Lausanne de 1564, le duc ratifie le le traité de Berne qui institue un modus vivendi entre les deux voisins. Genève se sentant à nouveau menacée par la Savoie souhaite être intégrée dans la Confédération suisse en 1571. En 1572, le massacre de la Saint-Barthélemy ravive chez les catholiques l’espoir d’éradiquer l’hérésie protestante et contribue à faire échec au projet. Dès son avènement en 1580, le premier acte de son fils, le duc Charles- de Savoie (1562-1630) est de rompre avec Genève. Une tentative de coup de main sur le port de Genève par des bourgeois de Thonon avorte en 1581. L'année suivante, les milices de Thonon, sous les ordres de Philippe de Savoie, comte de Raconis, échouent dans deux tentatives de prise de Genève. En 1583, Lesdiguières adresse une mise en garde aux syndics de Genève. En 1584, Zurich et Berne concluent un traité de combourgeoisie avec Genève qui perdure jusqu’en 1798.

Le , le roi de France , allié de Genève, est assassiné et remplacé par son beau-frère qui poursuit activement sa politique d'alliance avec les Genevois. La guerre entre la Savoie et la France, entrecoupée de trêves, se poursuit pour aboutir au traité de Vervins de 1598, puis au traité de Lyon de 1601 : la Savoie conserve le marquisat de Saluces mais perd ses provinces de la Bresse, du Bugey, du Valromey, la baronnie de Bresse et tout le cours du Rhône depuis sa sortie de Genève ; ces territoires sont définitivement rattachés au royaume de France. En Savoie, le traité de Lyon produit une impression douloureuse, car la séparation des provinces d'outre-Rhône expose Genève .

, malgré ses déconvenues territoriales, les années de guerres entre la Savoie et Genève (entre 1589 et 1593) et les difficultés qu'il inflige à son peuple dont les terres sont ravagées par l'occupation des troupes de mercenaires étrangers, n'en démord pas. Après la cession à la France du pays de Gex, de la Bresse et du Bugey, au début de l'année 1602, Charles-Emmanuel Ier commence à mettre en œuvre ses desseins contre Genève, pourtant lâché par son beau-frère et par le pape qui, tous deux, voient d'un mauvais œil une énième tentative dans un climat de paix fragile entre les grandes puissances européennes. Le duc au caractère entêté projette malgré tout de fêter Noël à Genève. Plus spécifiquement, il entend réussir là où ses prédécesseurs ont échoué : il veut reprendre la ville, en faire sa capitale et y réintroduire la foi catholique.

Après l’Escalade de 1602, la France et l’Espagne font pression sur la Savoie pour la reconnaissance de l’indépendance de Genève et la ratification du traité de Saint-Julien en 1603.

Bataille Préparatifs

Dans les premiers jours de décembre, tout est prêt : des espions étaient venus repérer les lieux de l'attaque. Le duc Charles- quitte Turin en catimini, passe incognito le col du Mont-Cenis, traverse la Savoie et vient se cacher à Saint-Julien-en-Genevois à environ de Genève. L'armée commandée par le comte Charles de Simiane d'Albigny, ancien chef de la Ligue catholique du Dauphiné, est forte d'environ ; elle se compose de Napolitains, d'Espagnols, de Piémontais et de quelques vieux réfugiés ligueurs. Les chefs de cette troupe de mercenaires sont le Picard François de Brunaulieu, gouverneur de Bonne le jésuite écossais Alexander Hume (~1565-1606)Voir John Durkan, A post-Reformation miscellany dans The lnnes Review, vol. 53, (print. 2002), p. 108-126., le Piémontais Semori, le Bressan d'Attignac ainsi que trois gentilshommes dauphinois, de Galliffet, de Bernardy et de Commiers. Ils choisissent 300 soldats bien armés, munis de pétards, de claies et d'échelles à coulisse, soldats que l'on fait communier avant l'assaut. Seuls deux seigneurs savoisiens participent à l'escalade : Jacques de Chaffardon et François de Gerbaix de Sonnaz. Le reste de la troupe et son chef, le comte d'Albigny, restent l'arme au pied.

Escalade vignette|Peinture de Karl Jauslin (1842-1904).

L'attaque est lancée dans la nuit du 11 au à deux heures du matin. La nuit est noire et brumeuse, froide et sans neige. La lune, alors dans son premier quart, s'est couchée à 0 h 55 derrière le JuraCe qui laisse suffisamment de clarté aux Savoyards pour approcher de Genève, et qui leur permet l'heure venue de bénéficier de l'obscurité prévue. J. J. Dériaz,« La marche des Savoyards à travers la région de Conches, les 11 et ». 366 Anniversaire de l'Escalade, Genève 1968. ., et les vigiles ont plus tendance à se réchauffer à l'intérieur qu'à rester sur les murs de la ville. Le plan original est de pétarder la porte-Neuve, afin de pouvoir laisser entrer le gros des troupes. Les Savoyards approchent de Genève en longeant l'Arve, puis en remontant le Rhône, jusqu'à la Corraterie, ceci afin que le bruit du courant et des moulins construits sur le fleuve masquent le bruit des armes et du déploiement des effectifs. Le plan semble se dérouler à merveille et l'avant-garde, composée d'environ 300 soldats d'élite, armés et protégés de cuirasses teintes en noir (pour encore plus de discrétion) escalade la courtine, à mi-chemin entre le bastion de l'Oye et la porte de la Monnaie (porte qui, par mesure d'économie, n'est alors plus gardée). Les fascines comblent le fossé qui court le long de la Corraterie au pied du rempart de de haut (faisant partie de l'enceinte dite de la Réforme, construite entre le milieu et la fin du afin de garantir la protection de la nouvelle indépendance religieuse et politique) ; 3 échelles, composées de segments démontables pour le transport, sont dressées. Un jésuite écossais, le père Alexandre Hume, encourage les soldats et leur promet le ciel en cas de mort au combat. Puis, très vite, la majorité du contingent savoyard franchit la muraille. Genève dort toujours et semble déjà prise lorsque d'Albigny fait annoncer à Charles- resté à Étrembières, ce qu'il pense être déjà une victoire. Le duc, lui, dépêche aussitôt des messagers dans toute l'Europe. Pourtant, entendant un bruit étrange, deux sentinelles genevoises sortent vers le rempart de la Corraterie et tombent nez à nez avec les assaillants. La première est rapidement estourbie, mais la seconde a le temps de lâcher un coup d'arquebuse. L'alarme est donnée à 2 h 30, la Clémence (cloche de la cathédrale Saint-Pierre) et le tocsin sonnent, très vite relayées par toutes les cloches des temples de Genève. Les citoyens se lèvent, saisissent des armes et, en chemise de nuit, viennent prêter main-forte aux milices bourgeoises. Même les femmes s'en mêlent, certaines manipulant lances et hallebardes. Les plus connues se nomment Catherine Cheynel et Jeanne Piaget.

La bataille fait rage sur tout le front sud de la ville : de la porte de la Monnaie à la porte-Neuve, le long de la Corraterie, ainsi que vers les portes de la Tertasse et de la Treille (portes de la seconde enceinte, ou enceinte intérieure de la ville . À cet instant, les mercenaires peuvent encore l'emporter s'ils arrivent à ouvrir la porte-Neuve en permettant ainsi au gros des troupes stationnées à Plainpalais de pénétrer dans la ville. Mais Isaac Mercier, s'apercevant des manœuvres savoyardes et du travail du pétardier Picot, coupe la corde qui retient la herse, bloquant définitivement l'accès aux vantaux de la porte, et met fin aux espoirs ennemis. Le gros des troupes reste hors les murs tandis que ceux qui ont réussi à les franchir se font massacrer ou choisissent délibérément de se précipiter par delà les murailles. Au même moment, depuis le bastion de l'Oye, l'artillerie genevoise s'active et mitraille avec de la caillasse en direction du rempart afin de briser les échelles par lesquelles les ennemis en déroute tentent de fuir. Entendant au loin ce bruit, les troupes stationnées à Plainpalais pensent que la porte-Neuve vient de sauter. Se précipitant alors vers la ville, ils sont reçus par la canonnade et battent en retraite.

Bilan de l'attaque Du côté savoyard