Le revenu minimum d'insertion (RMI) était une allocation française, en vigueur entre le et le . Financé par l'État concernant l'allocation et par les conseils départementaux (ex conseils généraux) concernant les actions d'insertion, il était versé par les caisses d'allocations familiales (CAF) ou la mutualité sociale agricole (MSA) aux personnes sans ressources ou ayant des ressources inférieures à un plafond fixé par décret.
Ce dispositif a successivement été appelé « allocataire du RMI » ou « bénéficiaire du RMI », puis « RMIste » ou « RMiste », pour aboutir à « érémiste ».
Le RMI était une prestation incessible et insaisissable sauf en cas de trop-perçu. Dans ce dernier cas, le recouvrement de l'indu s'opérait par retenue de 20 % sur les prestations à échoir.
En , bénéficiaires l'ont perçu en France (métropole et DOM)La population des allocataires du RMI : Tendances d’évolution et disparités départementales - DREES, Études et Résultats, , avril 2007 (voir archive). Une majorité de ces personnes vivaient seules. En 2010, les allocataires du RSA (revenu de solidarité active) socle sont , dont 19,3 % sont des femmes seules et 39,7 % sont des hommes seuls.
Butant depuis sa création sur la critique d'absence de projets et d'encouragement réel à l'insertion et face au nombre toujours plus élevé de bénéficiaires, le RMI est remplacé le par le revenu de solidarité active (RSA), une allocation plus large qui se donne pour but de remédier aux principaux défauts du RMI.
Certains autres pays développés ont également mis en place un système de revenu minimum.
Historique thumb|Le père Joseph Wresinski, dont les propositions ont inspiré Michel Rocard dans l'instauration du RMILe père Joseph Wresinski, inspirateur d'une Église proche des pauvres - Radio Vatican, 4 juillet 2016. Dès le , il y eut en Angleterre une initiative que l’on peut considérer comme équivalente, pour l’époque, à l’actuel RMI. Il s’agit de la Loi de Speenhamland adopté en 1795 par les juges du Berkshire. Alors que la loi sur les enclosures répartit les terres agricoles entre des propriétaires exclusifs, les journaliers paysans et les ouvriers ne peuvent plus exploiter les terrains communaux pour s’assurer un complément de subsistance, ce qui se traduit par un développement de la pauvreté. Les juges de Speenhamland décident alors de leur allouer un complément de ressources afin de leur garantir un minimum vital« Vers un revenu minimum inconditionnel ? », Revue du MAUSS, semestrielle , semestre 1996, .
Bien que le RMI soit un dispositif destiné à répondre de manière pragmatique à une urgence sociale liée à la montée du chômage, celui-ci correspond, dans une certaine mesure, au revenu social dont les fondements ont été posés en 1934 par l’économiste Jacques Duboin, théoricien de l’économie distributive.
L'origine de l'idée est discutée en France au sein du Parti socialiste. Le RMI voit le jour à Besançon le sous l'appellation dans un premier temps « d'aide aux femmes », dans un second temps « d'aide aux familles » par Mireille Baumann, conseillère municipale.. Il est renommé par la suite, et devient le « Minimum social garanti ». Des initiatives locales testent le principe, comme à Rennes sous le nom de « Complément local de ressources », expérience conduite sur plusieurs années par ATD Quart Monde et qui contribuera beaucoup aux dispositions légales suivantes.
À la même époque, Lionel Stoléru, après un voyage aux États-Unis où le sujet était discuté, introduit l'idée en France en développant le concept d'impôt négatif dans Vaincre la pauvreté dans les pays riches (1974). Il est une modification majeure du système de protection sociale existant jusqu'alors.
thumb|upright|left|C'est sous le gouvernement de Michel Rocard en 1988 que le RMI a été créé Le RMI vise à insérer les personnes les plus en difficulté dans le monde du travail. Le rapporteur de la loi fut Jean-Michel Belorgey, député PS. La loi 88-1088 du , instituant le RMI, fut votée à une large majorité : seuls trois députés s'y opposèrent (Gilbert Gantier, Alain Griotteray, et Georges Mesmin) et vingt-quatre s'abstinrentIbid.. Elle fut appliquée à partir du par le gouvernement de Michel Rocard à l'origine de cette loi, pour qui « le RMI a sauvé de l'absence de ressources près de deux millions de français »Rocard : « Le RMI a sauvé 2 millions de personnes » - L'Obs, décembre 2008.
La loi du modifie les modalités de gestion du RMI. Elle transfère notamment la responsabilité du pilotage du dispositif aux conseils généraux dans le cadre de l'acte II de la décentralisation. La collectivité départementale prend toute décision en matière d'insertion (élaboration et suivi des contrats d'insertion, entrée et sortie du dispositif RMI), de modalité de gestion de la prestation, même si la loi rappelle que les Caisses d'allocations familiales et les caisses de Mutualité sociale agricole sont les organismes habilités à payer les droits. L'État s'assure quant à lui de l'application de la législation et de la réglementation qui reste nationale (les collectivités départementales ont la possibilité de créer des prestations supplémentaires et complémentaires au RMI) et procède à l'évaluation régulière du nouveau dispositif législatif.
Par la loi du sur Légifrance., le gouvernement Raffarin III a décentralisé le RMI et créé le revenu minimum d'activité (RMA) destiné à faciliter la réinsertion professionnelle des bénéficiaires du RMI. Ce nouveau dispositif, qui renforce considérablement les obligations d'insertion du bénéficiaire, est applicable depuis le .
Le RMI a été remplacé le par le RSA, avec un changement notable de philosophie et un élargissement de la population concernée, mais une prorogation de certains éléments (seuils, montants, etc.)
Conditions d’attribution Bénéficiaires Le bénéficiaire du RMI devait remplir les conditions suivantes : résider en France métropolitaine ou dans un département d'outre-mer (il n'existe pas de RMI dans les territoires d'Outre-Mer) ; être âgé d’au moins 25 ans, ou avoir un ou plusieurs enfants à charge ou être enceinte, (ou sans avoir d'enfants, vivre seul(e)ou en couple) ; pour les étrangers (non ressortissants de l’UE), être titulaire d’une carte de résident ou d’un titre de séjour justifiant d’un séjour régulier en France depuis au moins cinq ans ; ne pas avoir de revenus ou avoir des revenus dont le montant total est inférieur au RMI. Lorsque les ressources sont difficilement déterminables, notamment pour les professions non salariées, elles sont évaluées forfaitairement par le Conseil Général à l'ouverture du droit, puis annuellement ; ne pas être élève, étudiant, stagiaire, sauf si la formation suivie constitue une activité d’insertion prévue par le contrat d’insertion.
Ressources Le RMI était une allocation différentielle, c’est-à-dire égale à la différence entre, d'une part, le montant maximum du RMI calculé selon la composition du foyer, et, d'autre part, l'ensemble des ressources mensuelles de la famille (allocataire, conjoint, enfants de moins de 25 ans). De ce fait, il était versé subsidiairement par rapport à d'autres revenus auxquels le bénéficiaire potentiel pouvait prétendre (tout comme un autre minimum social, l'allocation de parent isolé) : les bénéficiaires étaient tenus de faire valoir prioritairement leurs autres droits éventuels, notamment allocations ASSEDIC, prestations familiales, pensions de retraite.
Le montant mensuel maximum du RMI dépendait du nombre d'enfants à chargeSous le titre " Le revenu minimum garanti : les idées, les faits, les choix ", S. Milano donne les revenus mensuels suivants : 2000 F (une personne seule), 3000 F (couple sans enfants, augmenté de 600 F par enfant). (cf. J.-F. Bocquillon et M. Mariage, ..., P. 44 et 45) (chiffres au RMI sur le site de la CAF — il s'agissait de chiffres théoriques, en pratique presque toujours diminués de 54 à , puisque l'allocataire percevait également généralement une aide au logement) :
Nombre d'enfant(s) Personne seule Couple 0 454,63 € 681,95 € 1 681,95 € 818,34 € 2 818,34 € 954,73 € Par enfant en plus 181,85 € 181,85 €
Toutes les ressources perçues au cours des trois mois précédant celui de la demande, quelles que soient leurs origines, étaient retenues : les salaires ; les retraites ; les pensions et les rentes ; les indemnités journalières pour maladie ou accident de travail ; les allocations de chômage ; les pensions alimentaires et les prestations compensatoires ; la plupart des prestations familiales (exceptions : les prestations à affectation spéciale telles l'allocation de rentrée scolaire ou la prime de déménagement).
Dans le cas où l’allocataire percevait une aide au logement ou bien s’il n’avait pas de charges de logement (propriétaire sans charges d’emprunt, hébergement à titre gratuit…), le RMI était diminué de pour une personne seule, pour deux personnes et pour trois personnes et plus (chiffres au ) : c'est l'application du forfait logement.
En revanche, le RMI pouvait être cumulé avec la totalité des revenus issus d’une activité professionnelle ou d’une formation rémunérée jusqu’à la première révision trimestrielle, puis il était alors affecté d’un abattement au-delà de ces trois mois. Cet abattement était de 50 % de la rémunération de tout autre contrat ou stage de formation pendant les neuf mois suivants (chiffres au ). Il s'agissait d'un dispositif d'intéressement qui visait à encourager les bénéficiaires du RMI à reprendre une activité salariée et éviter ce que les économistes appellent la « trappe à inactivité » ou « trappe à pauvreté » (il était plus intéressant dans certaines conditions de continuer à bénéficier de prestations sociales que de reprendre une activité professionnelle rémunérée).
Droits et obligations Droits Outre le versement de l’allocation, le RMI ouvrait un certain nombre de droits sociaux (droits connexesRapport d'information de la commission des Affaires sociales sur les minima sociaux (Sénat)) tels que : le droit automatique à la sécurité sociale (CMU et CMU-complémentaire)ministère emploi, logement, cohésion socialehttp://www.cmu.fr/site/cmu.php4?Id=17&style=&col= CMU complémentaire, y avez vous droit?]. Il faut préciser que la CMUCouverture Maladie Universelle est attribuée sous conditions de ressources indépendamment du RMI ; un dégrèvement d'office de la taxe d'habitationportail de l'administration publique, et par conséquent de la redevance audiovisuelleportail de l'administration publique ; le versement d'une Aide au logementAllocation de logement (site de la CAF), calculée en fonction du loyer nu sans les charges et des ressources. Elle représente en 2002 en moyenne 185 euros par moisétude du Ministère de l'équipement, 2003, page 21; une réduction sociale téléphoniquePortail de l'administration publique (uniquement destinée aux abonnés à une ligne fixe téléphonique chez France Telecom). Son montant s’élève en 2008 à 9,51 euros par mois, soit un abonnement social téléphonique à 6,49 euros par mois TTC au lieu de 16 eurosFrance Telecom - Abonnement Social ; dans certaines régions ou communes, des réductions dans les transports en commun (gratuité en région Île-de-France par exemple depuis le et gratuité totale des transports allant du métro, bus et déplacements SNCF dans le département de la Haute-Garonne) ; dans certaines communes, des bons d'électricité et de chauffage ; un mois au lieu de trois de préavis pour le départ d'une location d'un appartement non meublé ; la gratuité dans de nombreux musées et monuments en France, dont tous ceux gérés par la réunion des musées nationaux ou la CNMHS (monuments nationaux)Musées nationaux - Tarifications spéciales. Cependant cette gratuité est souvent accordée à l’ensemble des demandeurs d’emploi, et non pas réservée aux seuls allocataires du RMI ;