L’abbaye d'Echternach est un ancien monastère de moines bénédictins sis au bord de la Sûre, à Echternach au Luxembourg. Fondée au par saint Willibrord, avec l'appui de sainte Irmina d'Œren, elle fut supprimée lors de l’occupation française à la fin du . vignette|450x450px|Vue aérienne de l'abbaye d'Echternach et du palais abbatial. vignette|Basilique (ancienne abbatiale) d'Echternach L’église abbatiale a été déclarée basilique mineure en 1939. Sa forme actuelle date des XIe et XIIIe siècles. Elle fut pillée par les soldats français en 1795 et plusieurs fois partiellement détruite. Une partie de ses bâtiments furent reconstruits en 1868, d'autres en 1953 après les destructions dues à la Bataille des Ardennes en . Ses confessionnaux Renaissance subsitent, des vitraux et surtout sa crypte mérovingienne (avec des vestiges de fresques du XIe siècle) qui abrite le tombeau en marbre blanc de saint Willibrord. vignette|L'ancien palais abbatial. Le palais abbatial jouxte l’église abbatiale. Il a été achevé en 1727.

L'abbaye d'Echternach est devenue un centre de pèlerinages donnant lieu à la procession dansante d'Echternach.

Origine et fondation Au , une communauté monastique s’installe au bord de la Sûre dans un domaine qui était une ancienne villa romaine. Les terres appartiennent au diocèse de Trèves qui donne la permission d’y construire un prieuré.

Période carolingienne

Dans le but d’évangéliser la région, en 698 saint Willibrord, récemment consacré évêque d'Utrecht, est autorisé à y construire un monastère plus grand. Il en est l’abbé jusqu'à sa mort, à Echternach même, en 739.

Willibrord édifie la première église abbatiale en 700 avec le soutien financier de Pépin de Herstal. En 714, Pépin le Bref, fils de Charles Martel, est baptisé à Echternach. Très en faveur auprès de la famille carolingienne et déjà connu comme l’apôtre des Frisons, Willibrord obtient de plus l’aide de Wilfred, évêque d’York, qui lui envoie des moines irlandais de l’abbaye de Ripon pour évangéliser la région. Pour ce faire, il reçoit d'Angleterre, un ouvrage manuscrit particulier : les Évangiles d'Echternach. Ce dernier sera conservé par l'abbaye jusqu'en 1802, date à laquelle, le bibliophile lorrain Jean-Baptiste MaugérardDamien Halter, « Jean-Baptiste Maugérard », dans Isabelle Guyot-Bachy et Jean-Christophe Blanchard (dir.), Dictionnaire de la Lorraine savante, Metz : Éditions des Paraiges, 2022, p. 224-225. est envoyé sur place et y saisit plusieurs manuscrits pour le compte de l'État français dont l'évangéliaire. Dès lors il sera conservé à la Bibliothèque NationaleJean-Claude MULLER, « Faites-moi grâce de ne pas dédaigner mon envoi : Réquisitions de manuscrits et trafic d'incunables à Metz, à Luxembourg et au pas de Trèves par Jean-Baptiste Maugérard sous le Consulat », Hémecht, 52/1 (2000), p. 5-80..

Après sa mort en 739, Willibrord est enterré dans son abbatiale : sa sépulture attire bientôt les pèlerins, surtout après sa canonisation. vignette|Sarcophage de saint Willibrord (dans la crypte). En 751, Pépin élève le monastère au rang d'« abbaye royale » et lui donne son autonomie. Autour des murs de l’abbaye se développe un bourg qui deviendra une des villes les plus prospères du comté de Luxembourg. En 785, le troisième abbé d’Echternach, Bernard, est nommé archevêque de Sens. À sa mort en 797, Charlemagne prend le contrôle de l’abbaye.

L'abbaye devient un centre réputé de production de manuscrits enluminés du BnF : Sacramentaire d'Echternach.Bibliothèque nationale de Luxembourg : Incipit Dialogorum Gregorii papae urbis Rome liber.. Le scriptorium est connu dans tout le royaume franc. D’importants manuscrits enluminés produits à Echternach nous sont parvenus. La réputation de l’abbaye est telle que Charlemagne y envoie son écolâtre Alcuin s’y former avant d’ouvrir l’école palatine d’Aix-la-Chapelle. La standardisation de la lettre minuscule caroline doit beaucoup à l’abbaye d’Echternach.

Très liée à la royauté franque l’abbaye décline rapidement lorsqu’elle perd ce patronage. Une restauration a lieu vers 971 lorsque l’empereur Otton y envoie une quarantaine de moines bénédictins de Trèves.

À partir de la fin du , les comtes de Luxembourg sont héréditairement avoués de l'abbaye d'Echternach..

Le monastère est de nouveau réformé en 1028 par la nomination du nouvel abbé Humbert et se retrouve sous la protection directe des empereurs et notamment d'Henri III du Saint-Empire. C’est durant ce nouvel âge d’or que sont composés, dans son scriptorium, le 'Codex Aureus d'Echternach', un codex biblique entièrement écrit à l’encre d’or (), ainsi que le Codex Aureus de l'Escurial et les évangiles de Goslar. À une période légèrement postérieure est produite toujours sur place la Bible géante d’Echternach.

D'autres ouvrages ont été élaborés dans le scriptorium de l'abbaye en particulier pour traiter un conflit entre l'abbaye et l'archevêché de Trèves tel le Liber aureus Epternacensis et le Libellus de Libertate Epternacensi Propuguata.

Suppression de l’abbaye

Les abbés d'Echternach sont princes du Saint-Empire et se succèdent jusqu’à la fin du . Le dernier d’entre eux meurt en 1793. Il n'a pas de successeur : aucune élection n’a lieu. Le , le général Colaud entre à la tête des troupes françaises dans la ville d’Echternach.

Les moines qui restent sont chassés de l’abbaye qui est pillée. Le tombeau de saint Willibrord est profané. Monastère et église sont vendus comme biens nationaux en 1797. Jean-Henri Dondelinger, qui remporte les enchères, aménage les bâtiments en usine de porcelaine.

Restaurations vignette|L'abbaye d'Echternach en 1869. Vers le milieu du , le chœur de l'église s'effondre partiellement et menace de s’écrouler complètement. Aussi, en 1862, une association pour la restauration et la remise en état de l’églisehttps://basilika.lu/_res/uploads/2022/08/basilikafolder630x210-f-2022.pdf (Kirchbauverein) voit le jour à Echternach. Dès 1868, une reconstruction de style néo-roman est terminée. L’église est à nouveau consacrée.

Reconnaissant son importance comme centre national de pèlerinage à saint Willibrord, le pape Pie XII accorde en 1939 à l’église le statut de basilique mineure. Une procession dansante en l'honneur de saint Willibrord se déroule annuellement le mardi de Pentecôte.vignette|Le chevet s'écroule en 1861.La partie ouest de la basilique est détruite en 1944 puis est reconstruite en style roman comme à l'origine. La façade s'inspire de la basilique de Paray-le-Monial et l'édifice est de nouveau consacré en 1953.

La crypte du a survécu aux vicissitudes des temps sans dommage majeur.

Le lycée classique d'Echternach et son internat occupent désormais une grande partie des bâtiments monastiques.

Chaque Pentecôte a lieu le Procession dansante d'Echternach.

Abbés

vignette|droite|Theofried d'Echternach vignette|droite|Petrus Richardotus Willibrord de Northumbrie († , abbé de 698 à 739), fondateur et premier abbé Adalbert (739-775), second abbé (775-797), troisième abbé, en 785 archevêque de Sens Hetton (avant 838-), Evêque de TrèvesGerlinde NIEMEYER, 'Die Herkunft der Vita Willehadi', Deutsches Archiv 12 (1956), 17–35, ebd. S. 32. Reginar (864-870), abbé laïc Adalhard Ier (jusqu'à 870), abbé laïc Carloman (874-876), fils de l'empereur Charles II le Chauve Adalhard II (jusqu'à 890), abbé laïc Hermann Ier de Souabe (926-949), abbé laïc Sigefroid de Luxembourg (vers 950), abbé laïc Ravanger (Ravenger(ius)) (973-1007)Historisch-Politisch-Geographischer Atlas der gantzen Welt, Verlag Johann Samuel Heinsius, Leipzig 1745. Urold(us) (1007-1027) Humbert(us) (1028-1051) Reginbert (1051-1081) (1081-1110). Godfried (Godefridus) (1122-1155) Ludwig (Ludovicus) (1173-1181), abbé de l'abbaye Saint-Matthias jusqu'à 1188Petrus Becker OSB: Die Benediktinerabtei St. Eucharius-St. Matthias vor Trier. In GERMANIA SACRA, NEUE FOLGE 34. Verlag Walter de Gruyter, Berlin 1996, S. 594. Godfried (Godefridus) II (1181-1210) Bartholomäus von Esch (1210-1231) Richard (1270-1296) ou (1280-1297). Heinrich von Schönecken (1298-1324) Theoderich von Are (1329-1341), abbé Johann(es) I. von Winningen (1341-1353), abbé Johann(es) II. von Novavilla = Jean de Neuville (1353-1357), abbé Wilhelm von Kerpen (abbé de 1358 à 1374), abbé Hertwin de (13751377), 43ème abbé Philipp von Homburg (1377-1378) Wirich von Adenbach (1378-1400) Peter Beissel von (1400-1412), abbé Nikolaus von Gymnich (1412-1418), abbé Peter II von Hübingen (Pierre de Hubines) (abbé de 1418 à 1438), abbé Winand von Gluwel (Wynant de Gluwel) (abbé de 1438 à 1465), abbé Colinus (Colin Plick von Oirwick) (abbé de 1465 à 1476)Regesta Imperii XIII, H. 9 n. 197 – Regesten Kaiser Friedrichs III (1440–1493)., abbé Francis Plick von Oirwick (abbé de 1476 à 1477), abbé ??? Burchard Poszwin von Neuerburg (Burkard Posswyn, Burkhard Poissgen) (1490-1506), abbé Robert von Monreal (1506-1539), abbé. (Mathias de Lutzeradt) (1539), abbé Godfried (Gottfried, Godefridus) III von Aspremont (Godefroid d'Aspremont) (1540-1562), abbé Antonius Hovaeus Haecmundanus (Antoon van Hove, Antoon (Antonius) van der Hoef von Egmond, frz. Antoine Hovay)  († , abbé de 1563 à 1568), abbé Martin Maas (Marten Maes a Meerbeeck, Martinus Masius) (1520–1585, abbé de 1569 à 1585), abbé Johann(es) III Gladt (Jean Glatz) (abbé de 1586 à 1594), abbé (1544 - , abbé de 1595 à 1607), abbé Peter III Richard (Pierre Richardot) = Petrus Richardotus (vers 1575-1628, abbé de 1607 à 1628), abbé Peter IV (Pierre, Petrus) Fisch von Rosport († , abbé de 1628 à 1657)Archives nationales de Luxembourg, ANLux A-XXIX-1297. Loutsch, Armorial du pays de Luxembourg, S. 360., abbé Richard II. Paschasius (1657–1667)Archives nationales de Luxembourg, ANLux A-XXIX-1297. Loutsch, Armorial du pays de Luxembourg, S. 634., abbé Philippe de Neufforge (de Neuveforge, de Neuforge) ( - , abbé de 1667 à 1684)Archives nationales de Luxembourg, ANLux A-XXIX-1297., abbé Willibrord Hotton (1684–1693)Archives nationales de Luxembourg, ANLux A-XXIX-1297. Loutsch, Armorial du pays de Luxembourg, S. 446., abbé Benedikt Zender (Benoît Zender) (1694 - 1717)Archives nationales de Luxembourg, ANLux A-XXIX-1297. Loutsch, Armorial du pays de Luxembourg, S. 835., abbé Matthias Hartz (1717 - 1728), abbé Gregor(ius) (Grégoire) Schouppe († , abbé de 1728 à 1751), abbé Michael Hormann (1751-1775), abbé Emmanuel Limpach († , abbé de 1775 à 1793), abbé Prieur Binsfeld

Les cloches de l'Abbaye La basilique pontificale Saint-Willibord d'Echternach possède le plus grand carillon de tout le Luxembourg avec neuf cloches qui sonnent à la volée appelée «lancé-franc». Les deux plus grandes se situent dans la tour Nord tandis que les sept autres sont locataires de la tour Sud. Sur les épaules de chaque cloche y figurent des décorations et une inscription écrite en latin consacrant chacune à un saint protecteur et à ses fonctions sacrées ainsi qu'un bref récit de son histoire.. +Le carillon des toursN°DédicataireNote (nominale)PoidsDiamètre à la baseFondeur et lieu de couléeAnnée de coulée1Saint-Willibrord fa2 +8/16èmes de demi-ton6 985 kilos221,5 centimètresHans Auguste MARK à Brocksheid20002Saint-Benoîtla bémol2 +7/165 530 kilos200 centimètres19993Saint-Sébastiensi2 +7/163 095 kilos174,2 centimètresHermann RÜETSCHI à Aarau19494Notre-Dameré bémol3 +9/161 814 kilos145,6 centmètres5Sainte-Barbemi bémol3 +6/161 265 kilos132 centimètres6Saint-Wilgisusfa3 +7/16926 kilos116 centimètres7Sainte-Irminela bémol3 +9/16564 kilos96,7 centimètres8Sainte-Plectrudesi3 +7/16385 kilos87,4 centimètres9Saint-Jeando4 +6/16355 kilos78,1 centimètresHans Auguste MARK à Brocksheid1999.