Le drapeau de la Bretagne, appelé Gwenn ha du ("blanc et noir", en breton), est un drapeau qui se compose de neuf bandes horizontales noires et blanches d’égale largeur, disposées alternativement, et d’un canton supérieur (côté mât) de couleur blanche parsemé d'une multitude de mouchetures d'hermine. Le nombre des mouchetures et leur forme ne sont pas fixés, la version la plus répandue comprend onze mouchetures arrangées selon trois rangées horizontales (4, 3 et 4). Le rapport entre la hauteur et la largeur du drapeau est de 2:3.
Utilisation de la moucheture d'hermine en Bretagne Conan Mériadec et la légende de l'hermine Allant en expédition guerrière, le roi Conan Mériadec aurait aperçu un jour une hermine blanche hésitant à franchir un ruisseau boueux et poussant des cris plaintifs. Le roi s'arrêta pour la regarder, la croyant blessée. Un de ses officiers lui dit : « Seigneur, cette petite bête est une hermine. Elle n'est pas blessée. Sa seule douleur, c'est qu'elle ne peut pas traverser sans tacher sa belle robe blanche, car l'hermine préfère la mort à la moindre souillure ». Bien que terrorisée, l'hermine se laissa prendre par le roi. On dit qu'en souvenir de cette scène, Conan fit broder sur ses bannières une hermine avec cette devise : « Plutôt la mort que la souillure ».. L'hermine est utilisée en raison de cet évènement comme symbole de puretéD'où la devise latine qui lui est associée : « Potius mori quam foedari » (« Plutôt la mort que la souillure » ou « Plutôt la mort que faillir »), en breton « Kentoc'h mervel eget bezañ saotre ». Cette devise liée à l'hermine, emblème héraldique adopté par les ducs de Bretagne, est associée à une légende qui raconte qu'une hermine acculée au bord d'une mare boueuse par un renard ou par les chasseurs d'Anne de Bretagne (selon les légendes, le personnage cité peut aussi bien être Konan Meriadeg, le roi Nominoë ou Barbe-Torte), préféra se retourner et lui faire face plutôt que de salir sa fourrure immaculée en traversant la mare..
Étendards antérieurs
Premiers drapeaux Aucune source illustrée contemporaine ne permet de connaître les éventuels emblèmes utilisés par les rois et ducs bretons antérieurement au . La première référence littéraire connue à un emblème vexillaire breton évoque un « vert étendard aux sept saints de Bretagne » qui aurait été arboré à la fin du haut Moyen Âge d'après une version de la chanson de Roland du : . vignette|upright=0.8|Bannière théorique des premiers monarques bretons. Selon Divi Kervella, les souverains bretons auraient utilisé un drapeau blanc traversé d'une bande rouge, ce dessin étant une simplification du dragon rouge sur fond blanc. Cette proposition se base sur l'étude d'une miniature du ainsi que celle des anciennes barres ducales de Lanmeur et d'Acigné et sur la fréquence de la combinaison du rouge et du blanc sur les blasons des juveigneurs ducaux bretons comme des descendants de leurs officiers.
L'échiqueté de Dreux vignette|upright=0.6|alt=Etendard de Pierre Mauclerc|Bannière de Pierre Mauclerc, Folio 71v de l'Armorial de Gelre.
L'utilisation de l'hermine en Bretagne date de 1202, la duchesse de Bretagne Alix épouse le duc Pierre de Dreux. À l’époque, seul l’ainé des enfants pouvait garder le blason familial, les autres enfants devaient 'briser les armes', c’est-à-dire ajouter une brisure, un signe distinctif. Pierre de Dreux ajoute au blason familial une brisure de moucheture d’hermine..
L’hermine est utilisée sur les armoiries que les ducs de Bretagne utilisaient depuis le ..
Le Kroaz Du (Croix noire)
vignette|upright=0.8|Le Kroaz Du. Certains auteurs récents attribuent son origine à la troisième croisade (1188). Une conférence à Gisors entre le pape Clément III, le roi de France Philippe Auguste, le roi d'Angleterre Henri II Plantagenêt ainsi que le comte de Flandre Philippe d'Alsace, aurait décidé d'attribuer une croix par nationalité afin de distinguer les nations. Les Bretons auraient pris la croix noire. Cependant, d'autres auteurs démentent cette théorie et affirment que les croisés bretons portaient la croix rouge sur fond blanc, comme tous les autres croisés. Ils placent l'adoption de la croix noire pendant la guerre de Cent Ans. vignette|upright=0.8|alt=Miniature du Combat des Trente au .|Chevaliers bretons (à gauche) arborant la croix noire. Miniature du (Combat des Trente).
Le drapeau à croix noire, appelé en breton, n'est en effet attesté qu'à partir du dans la documentation écrite comme dans l'iconographie. Il apparaît sur une enluminure d'un manuscrit du , Compillations de Cronicques et Ystores des Bretons, illustrant le combat des Trente en 1351. La croix noire était cousue sur les vêtements des soldats bretons pour les distinguer au combat aux .
La bannière d'hermine vignette|upright=0.8|alt=Drapeau de la Bretagne en 1532|Le drapeau de la province de Bretagne en 1532 (version moderne).
En 1316, quatre ans après son avènement, Jean III abandonna l'échiqueté de Dreux, pour le semé de mouchetures d'hermine, dit en héraldique française « d'hermine plain ». Elle sera utilisée jusqu'au . Les raisons de cette modification tardive (les changements d'armoiries étaient rares au chez les grands princes) et remarquable ont été analysées par Michel Pastoureau.
L'hermine est plutôt, à cette époque, la marque des rois et des juges. La bannière du prince de Bretagne offre alors un écho savamment équilibré au semé de fleurs de lys du roi de France.
vignette|upright=0.8|alt=Drapeau de Saint-Pierre-et-Miquelon.|Drapeau de Saint-Pierre-et-Miquelon.
Le pavillon à croix noire herminée vignette|upright=0.8|alt=Pavillon à croix noire de la flotte bretonne du au .|Pavillon à croix noire de la flotte bretonne du . Si les portes Mordelaises de Rennes portent encore dans la première moitié du les deux emblèmes accolés sur leur pierre pré-éminencière, l'iconographie des montre assez tôt la fusion des deux emblèmes bretons : la bannière d'hermine, marque féodale commandant l'ost, et l'étendard à croix noire à destination des troupes appointées. On voit alors un drapeau blanc à une croix noire cantonnée de mouchetures d'hermines en nombre indéfini devenir la marque de la flotte et des troupes ducales. Ce pavillon fut bientôt adopté par les grands ports bretons (Brest, Guérande, Nantes, Saint-Malo), tel quel ou avec quelques variantes particulières.
Ils restèrent en usage du au moins jusqu'au à une modification près : L'insertion d'une croix blanche française à l'intérieur — ou par-dessus — la croix noire bretonne.
Du , l'amirauté de Bretagne conserve le pavillon de la flotte bretonne, une croix noire avec quatre puis un seul quartier d'hermine ; les bâtiments bretons arboraient également des flammes de guerre hachurées verticalement de blanc et de noir. Ce pavillon est aussi celui de la ville ducale de Guérande et de ses navires rouliers.
Autres étendards Guerre de Succession de Bretagne vignette|redresse=0.8|alt=Flamme de la garde ducale bretonne après .|Flamme de la garde ducale bretonne après .
Lors de la guerre de Succession de Bretagne (1341-1364), les deux prétendants utilisent des flammes différentes, reprenant les couleurs aujourd’hui utilisées par le drapeau breton. Il s'agit pour le cas de Jean de Montfort de flammes noires et pour celui de Charles de Blois et Jeanne de Penthièvre de flammes blanches. C'est à partir de cette période que le blanc et le noir commencent à être utilisés par les Bretons et leurs souverains. Le s'inspire de cette tradition.
Régiment de Bretagne vignette|upright=0.8|alt=Drapeau d'ordonnance du régiment Bretagne.|Drapeau d'ordonnance.
Le régiment de Bretagne dispose d'un drapeau aurore et noir..
Avant le Gwenn ha Du Aux , différentes versions du drapeau d'hermine sont employées avant d'être progressivement remplacées par le . Au cours des années 1920, de nombreuses propositions sont effectuées afin de doter la Bretagne d'un nouveau drapeau. La plupart se basant sur des éléments de la culture bretonne ou celte (comme le dragon rouge brittonique, la croix noire, la bannière de Saint-Yves ou encore le Triskèle.) Cependant, aucune d'entre elles n'arrivera à s'imposer. Le drapeau de Brittia de Jean-Pierre Calloc'h était une croix noire avec un canton d'hermine (onze mouchetures).
Au début du , certains nationalistes désirent un nouveau drapeau pour représenter la Bretagne car ils reprochent plusieurs choses au drapeau d'hermine plain. Le drapeau est perçu plus comme une bannière héraldique moyenâgeuse et féodale qu'un symbole moderne d'un peuple développant une conscience nationale. De plus, ils lui reprochent (à tort) d'être la bannière de Pierre Mauclerc, considéré comme un mauvais souverain de Bretagne. On lui reproche également de pouvoir être confondu avec un drapeau royaliste légitimiste par confusion du semé de mouchetures d'hermine avec le semé de fleurs de lys des rois de France. Enfin, de pouvoir être confondu de loin avec le drapeau blanc de la reddition : en effet sur les drapeaux de l'époque, peints ou cousus à la main, les hermines étaient beaucoup plus espacées qu'aujourd’hui sur le champ blanc du drapeau.
Avant que le ne s'impose comme l'« emblème moderne de la Bretagne », le drapeau d'hermine, symbole du duché de Bretagne, en tenait lieu. Dès le , le besoin d'identification se faisant sentir dans le mouvement breton, les drapeaux d'hermine, en différentes versions, ont resurgi lors de nombreuses manifestations culturelles et religieuses (chrétiennes et druidiques).
Juste avant la Grande guerre, on redécouvre le drapeau herminé à croix noire qu'utilise la Fédération régionaliste de Bretagne, mais il reste cantonné à des mouvements catholiques, notamment le mouvement scout Bleimor.
Historique
Naissance du drapeau vignette|upright=0.8|alt=Morvan Marchal avant 1939|Morvan Marchal avant 1939 Le premier « » est conçu en 1925 par Morvan Marchal..
Prenant une approche moderniste, il cherche à rompre avec la bannière d'hermines parfois utilisée depuis le Moyen Âge, jugée trop proche du drapeau monarchiste français, dont les fleurs de lys sur fond blanc sont souvent confondues avec les hermines sur fond blanc de la bannière bretonne.. Les quatre bandes blanches sont choisies pour représenter les régions dans lesquelles le breton est parlé, et les cinq bandes noires celles où le gallo est parlé. Le carré d'hermines est gardé comme référence à l'ancien duché.. Il s'inspire du drapeau américain.Pascal Ory, L'histoire culturelle face à l'image : le drapeau, un enjeu oublié ?, Diffusion des savoirs ENS Paris [audio] en histoire. et peut-être du drapeau grec..Le drapeau actuel de la Grèce fut adopté en 1978 et est similaire au pavillon maritime adopté en 1822.. vignette|upright=0.6|alt=Blason de la ville de Rennes.|Blason de la ville de Rennes.
Morvan Marchal reprend l’hermine et les bandes alternées blanches et noires du blason de la ville de Rennes. Cependant, cet argument aurait été avancé a posteriori, l'origine bretonne du étant plus acceptable que celle du Drapeau des États-Unis.vignette|upright=0.8|alt=Drapeau des États-Unis à , de 1912 à 1959.|Drapeau des États-Unis à , de 1912 à 1959.
À l'origine, il s’agit de donner un emblème au mouvement Unvaniez yaouankiz Vreiz (Union de la jeunesse de Bretagne). Une souscription est lancée, relayée par Breiz Atao qui s'affirme alors comme la « revue mensuelle du nationalisme breton et du fédéralisme international »..
Les couleurs des bandes du drapeau recouvrent celles du et des anciennes bannières ducales noires et blanches utilisées pendant et après la guerre de Succession de Bretagne.
En 1937, il en décrit la signification générale : vignette|upright=0.8|alt=Version de 1923-1925, avec mouchetures coupées sur les bords.|Version de 1923-1925, avec mouchetures coupées sur les bords. J'ai donc pensé et continue à croire, qu'en conservant au maximum les hermines primitives, l'on pouvait composer un drapeau breton d'esprit moderne. En voici la signification :