L’Oural ou les monts Oural est une chaîne de montagnes hercynienne située en Russie. Elle s’étire sur plus de , de la baie Baydarata, en mer de Kara, au nord et jusqu'au fleuve Oural, qui marque l'extrémité méridionale de la chaîne. Les monts Oural puis le fleuve homonyme marquent traditionnellement la limite géographique entre l’Europe et l’Asie. Les reliefs souvent fortement érodés culminent à une altitude de au mont Narodnaïa, dans la partie septentrionale de la chaîne. Le massif se décompose du nord au sud en plusieurs sous-ensembles aux caractéristiques (vigueur du relief, flore, climat) contrastées qui parfois relèvent de la haute montagne malgré l’ancienneté du massif. Dotée d'une grande richesse en minerais, en particulier de fer, elle est devenue au le foyer d'une puissante industrie métallurgique : de nombreux centres urbains ont été créés au pied du massif par les Russes venus de l’ouest. L’industrie s’est fortement développée dans la partie sud-est au cours du mais aujourd’hui avec l’épuisement des gisements de fer les plus riches, la région est à la recherche de relais de croissance.
Toponymie Oural pourrait provenir du finno-ougrien ourala (« sommet ») dérivé de l'ancien radical our Roger Brunet, La Russie, dictionnaire géographique, la Documentation française, 2001 . ou du mot mansi ur signifiant tous deux « montagne ».
Géologie Formation
L'Oural est une chaîne de montagnes très ancienne dont l'orogénèse (la création) s'est produite il y a 250 à 300 millions d'années (fin du Carbonifère et au Permien). Les différents continents qui existaient à cette époque se sont rapprochés pour former une masse émergée unique appelée Pangée.
Au cours de ce processus, il y a environ 260 millions d’années, les paléocontinents de Sibérie et Kazakhstania sont entrés en collision avec le supercontinent Laurussia (qui comprenait ce qui correspond aujourd’hui à l’Europe du Nord et l’Amérique du Nord) sur son bord oriental, fermant l'océan Ouralien et élevant la chaîne de l’Oural..
Un immense gisement de sel gemme (50 % des réserves mondiales) situé près de Perm s’est constitué à cette époque par évaporation de l’eau des lagunes qui subsistaient (l'Oural était situé sous les tropiques et soumis à un climat continental et sec).
Au cours du tertiaire, le massif est soumis à des mouvements verticaux qui ont fragmenté les épaisses couches sédimentaires en créant des failles selon un axe nord-sud parsemées de massifs intrusifs. L’érosion fluviale au sud et glaciaire au nord modèle un relief de type appalachien avec des formations karstiques au sud.
Cette genèse a fait apparaître du nord au sud le long de la bordure orientale de l’Oural une dizaine de milliers de gisements métallifères (fer, cuivre, platine, or, aluminium, argent, nickel, manganèse…) particulièrement riches dont l’exploitation a été le moteur de la colonisation russe du massif et du vigoureux développement de la région au . Les roches métamorphiques renferment également de nombreux gisements de pierres semi-précieuses de tout type (cristal de roche, serpentine, malachite, jaspe, onyx, etc.).
Milieux naturels Les montagnes de l’Oural sont situées entre, à l’ouest, la plaine d'Europe orientale et, à l’est, la plaine de Sibérie occidentale. La chaine de montagnes commence au nord sur les rives de la mer de Kara (mer bordière de l'océan Arctique) suit d'abord une direction sud-ouest sur , puis prend une direction plein sud ; elle atteint sa plus grande largeur au niveau de Iekaterinbourg et s’achève plus au sud sur la rive du fleuve Oural entre Orenbourg et Orsk le long de la frontière avec le Kazakhstan. Sa largeur n’excède jamais .
Le climat est continental avec des différences importantes selon la latitude et le versant. Les conditions climatiques ont fortement conditionné l’occupation et la nature des activités humaines. Dans le nord du massif, la température moyenne en juillet est de 6 à alors qu’elle est de dans la partie la plus méridionale. Les masses d’air humides proviennent pour l’essentiel de l’océan Atlantique : le versant occidental du massif reçoit en moyenne de 100 à de précipitations de plus que le versant orientalLudmila Koryakova et Andrej Epimakhov, The Urals and Western Siberia in the Bronze and Iron Ages, 2007.. L’Oural pré-polaire et polaire est sous l’influence des vents soufflant depuis l’océan Arctique.
De nombreux fleuves russes ont leur source sur les versants orientaux et occidentaux de l’Oural : des affluents de l’Ob (Sosva, Isset, Toura, Sosva du Nord, …), des affluents de la Volga (Kama, Belaïa, Oufa), l’Oural, la Petchora…
vignette|Subdivisions de l'Oural.
L’Oural est traditionnellement subdivisé en cinq parties.
L’Oural méridional L'Oural méridional est la partie du massif située entre les latitudes 51 °N et 55 °N.
Le fleuve Oural le délimite au nord et à l’est. Les crêtes sont organisées en trois chaînes parallèles de direction nord-sud dont la plus à l’est, peu élevée, culmine à , tandis que les deux autres (dont l'Ouraltaou culminant à ) comprennent quelques sommets qui culminent au mont Iamantaou (). Toute la région est couverte de pâturages et de forêts à feuilles caduques. La région comporte de nombreux lacs dont celui de Tourgoïak près de Miass. On y trouve plusieurs gisements miniers de cuivre, zinc et fer. L’Oural méridional occupe une superficie de répartie entre le Tatarstan (7 %), l’oblast d’Orenbourg (17 %), la république de Bachkirie (24 %), l’oblast de Tcheliabinsk (14 %) et l’oblast de Kourgan (2 %)Southern Urals, peakbagger.com.. La réserve naturelle de l'Oural du Sud couvre un territoire de .
L’Oural central L'Oural central est compris entre les latitudes 56° N et 59° N.
C'est un plateau bas, très boisé et riche en matières premières (pétrole, fer, bauxite, cuivre, amiante, chrome, platine et or), ce qui en fait une région industrielle importante, depuis le . On y produit actuellement environ 1/3 de l’acier russe. L’absence de relief vigoureux en a fait le point de passage des principales voies de communication est-ouest de la Russie : Transsibérien, routes. La végétation est constituée de forêts de résineux et les sols sont généralement riches. L’Oural central occupe une superficie de répartie entre l’oblast de Perm (17 %), la république de Bachkirie (12 %), l’oblast de Tcheliabinsk (8 %), l’oblast de Sverdlovsk (40 %), l’oblast de Kourgan (19 %) et l’oblast de Tioumen (4 %)Central Urals, peakbagger.com..
L’Oural septentrional L'Oural septentrional est compris entre les latitudes 59° et 64°.
Dans cette partie le massif montagneux est étroit mais caractérisé par des sommets élevés culminant au (). L’Oural septentrional occupe une superficie de répartie entre la république des Komis (2 %), le district autonome des Khanty-Mansi (43 %), l’oblast de Sverdlovsk (30 %), l’oblast de Perm (17 %) et l’oblast de Tioumen (8 %)Northern Urals, peakbagger.com..
L’Oural pré-polaire
Le massif, très étroit et particulièrement accidenté, est compris entre les latitudes 64° et 65° 30'.
C’est là que se trouvent les deux plus hauts sommets de l’Oural : le mont Narodnaïa () et le mont Karpinski (). La végétation est constituée d’une toundra dépourvue d’arbres. La région est pratiquement inhabitée. L’Oural pré-polaire occupe une superficie de répartie entre les la république des Komis (28 %), le district autonome de Iamalo-Nénetsie (55 %) et celui des Khanty-Mansi (18 %)Prepolar Urals, peakbagger.com..
L’Oural polaire
Au-delà de 64° de latitude commence l'Oural polaire.
Le massif étroit est constitué de montagnes basses morcelées avec un diverticule à l'ouest : les monts Paï-Tchoï. La végétation est constituée d’une toundra dépourvue d’arbres. La région est pratiquement inhabitée. L’Oural polaire occupe une superficie de répartie entre la république des Komis (24 %), le district autonome de Iamalo-Nénetsie (4 %) et celui des Nenets (72 %)Arctic Urals, peakbagger.com.. Il est prolongé au nord par l'île Vaïgatch et les îles de Nouvelle-Zemble.
Écologie Flore
Faune
Histoire
L'Oural était occupé à la fin de la préhistoire par des peuples aux pratiques variées (nomades, semi-nomades, métallurgistes, éleveurs) et aux origines ethniques diverses. Une étude publiée initialement en 2007, relié. Le même collé , 2014. a fait le point sur le rôle de diffusion de la technologie du bronze que certaines populations, comme l'ensemble des cultures de Seima-Turbino et de la culture d'Andronovo ainsi que, dans la plaine de l'Ouest de la Sibérie, la culture du KarassoukThe Cambridge History of Ancient China: From the Origins of Civilization to 221BC 1999, on line. Figure 13 : ensemble d'objets de bronze de la culture du Karassouk (dessins).. Tous ont eu un rôle essentiel dans la dissémination de la technologie du bronze jusqu'à la Chine au cours du second millénaire avant l'ère commune, pages 297 sqq.. En particulier dans l'Ouest de la Chine : la culture de Qijia (2200-1600) (essentiellement au Gansu), celle de Siba (1900-1500) (corridor du Hexi) et au nord, Ordos : Culture de Zhukaigou, v. 2000-1400 ainsi que sur le site de Tianshanbeilu (2000-1550) dans l'Est du Xinjiang. Les contacts ont été multiples et attestés par la présence sur tous ces sites des débuts de l'âge du bronze de couteaux de bronze, formes et technologie venues de la région de l'Oural et, au-delà, du Kazakhstan, à lame courbe dont le manche est muni d'un anneau, souvent servi par les cornes enroulées d'un capridé, permettant de le suspendre aisément. Ces technologies du bronze semblent avoir été appropriées par certains petits ateliers locaux en Chine. Et l'usage massif du bronze a suivi, selon une autre technologie, bien plus spectaculaire à multiples moules, pour des objets de culte dans les cultures d'Erlitou, au cours de la culture d'Erligang, puis dans la culture de la dynastie Shang.
Les témoignages écrits anciens sur l'Oural sont peu nombreux et vagues. Hérodote mentionne l’existence du massif. Au , les voyageurs et marchands arabes avaient connaissance d’un pays nordique appelé Ougra.
La république de Novgorod, au , effectue la première une exploration systématique de l'Oural et entre en relation régulière avec les populations finno-ougriennes.
La Russie commence à s'intéresser à l'Oural après la chute du khanat de Kazan conquis par Ivan le Terrible en 1552. La disparition du khanat donne accès aux immenses territoires situés à l'est de la Russie : le cours moyen et inférieur de la Volga, l'Oural et enfin la Sibérie. Ivan IV concède en 1558 à une famille d'entrepreneurs venue du nord de la Russie, les Stroganov, le soin de mettre en exploitation le versant oriental de l’Oural, plus précisément le bassin supérieur de la Kama à condition d’assurer la défense de la région contre les attaques des peuplades locales et surtout des Tatars retranchés à l’est de l’Oural dans l’éphémère khanat de SibirRevue en ligne Regard sur l’Est, « Les Stroganov, inventeurs de l’Oural ? », 01/05/2001 .. Les immenses gisements de sel situés dans la région de Perm sont mis en exploitation. Des gisements d’étain sont découverts et les premières fonderies sont créées. Parallèlement, la famille Stroganov finance des expéditions contre le khanat de Sibir (Sibérie, 1428-1600), qui s’effondre en 1600.
La partie méridionale du massif montagneux et ses piémonts commencent à cette époque à être colonisés de manière assez lâche : colonisation russe de la Sibérie. Au début du , des usines métallurgiques sont installées près des gisements de fer découverts dans le massif sous l'impulsion de Pierre le Grand qui veut créer une industrie de l'armement pour faire de la Russie une puissance militaire.