Le Double (en ) est le deuxième roman de l’écrivain russe Fiodor Dostoïevski publié le dans Les Annales de la Patrie.

Contrairement à sa première œuvre, Les Pauvres Gens, ce roman rencontre un accueil glacial. Le sentiment d’échec est tel pour le jeune auteur qu’il tente vainement de réécrire Le Double dans les années qui suivirent. En 1861, il retravailla une nouvelle version, qu’il intègre à ses Œuvres complètes en 1866Le Double, note du traducteur André Markowicz, ..

Le titre

Dans l’édition de 1865, Le Double porte le sous-titre PoèmeÀ l’instar du roman Les Âmes mortes de Nicolas Gogol, publié en 1842. alors que dans l’édition originale parue dans Les Annales de la Patrie en 1846, le sous-titre était Aventures de M. GoliadkineLe Double, note de Gustave Aucouturier, , Bibliothèque de la Pléiade..

Parution

Le jour même de la publication du roman, Fiodor, enthousiaste, écrit une lettre à son frère Mikhaïl :

Dans une autre lettre quelques semaines plus tard, l'écrivain fait part de l'accueil pour le moins mitigé qu'a reçu son roman, son désenchantement et sur les difficultés de son :

Le récit Le roman traite de la lutte intérieure du personnage principal, que Dostoïevski nomme , Jacob Petrovitch Goliadkine, ce dernier nom étant traduisible grossièrement par « nu » ou « insignifiant ».

Le narrateur dépeint un fonctionnaire pétersbourgeois dont la vie est bouleversée par l’apparition soudaine d’un double de lui-même. Celui-ci tente de détruire la réputation de Goliadkine et clame sa position. À la fois dans sa vie publique, dans la bureaucratie russe et également dans l’environnement social de Goliadkine. Le double est généralement appelé « le jeune », alors que Goliadkine (l’original) est appelé « l’aîné ». La stupéfaction de Goliadkine résulte du fait que personne, dans son entourage, n’est particulièrement choqué de voir son double - en tout point identique - débarquant dans sa vie. L’entourage n’y voit qu’un homme avec qui il aurait .

Personnages Jacob Pétrovitch Goliadkine : , fonctionnaire subalterne, amoureux déçu de Clara ; Pétrouchka : serviteur de Goliadkine ; Christian Ivanovitch Rutenspitz : , Ostafiev et Pissarenko : garçons de bureau au ministère ; Nestor Ignatiévitch Vakhamiéiev : supérieur hiérarchique de Goliadkine, secrétaire de département ; André Filippovitch, chef de section dans la même administration ; Son Excellence : Responsable administratif de tous les fonctionnaires ; Olsoufiï Ivanovitch Berendieïev : conseiller d’État, haut fonctionnaire (conseiller d'état) en retraite, ex-bienfaiteur du héros ; Clara Olsoufievna Berendieïev : fille unique d’Olsoufiï Ivanovitch ; Vladimir Sémionovitch : , fiancé de Clara, a obtenu une promotion grâce à son oncle André Filippovitch. Antoine Antonovitch Siètotchkine : chef de bureau au ministère, collégue d'André Filippovitch et autrefois d'Olsoufiï Ivanovitch et parrain de Clara Olsoufievna ; Son double. Serge Mikhéiev, planton ; Fiédossiéitch, huissier pansu.

Résumé Iakov Pétrovitch Goliadkine, conseiller titulaire (fonctionnaire de dans la table des Rangs) à Saint-Pétersbourg, vit seul avec son valet Pétrouchka dans un immeuble de rapport à la rue des Six-BoutiquesLe Double, , Bibliothèque de la Pléiade.. Il a loué pour la journée un habit de cérémonie, des bottes et un attelage. Il compte et recompte avec beaucoup de satisfaction ce qui lui paraît une grosse somme (750 roubles-papier) qu’il a en sa possession.

Ayant pris livraison de son coupé, Goliadkine se dirige sur la perspective Nevski. En chemin, il croise deux jeunes collègues que par mépris il ne salue pas, puis est dépassé par le drojki d’Andréï Filippovitch, un supérieur hiérarchique qu’il fait mine de ne pas reconnaître, mais qui l’a, quant à lui, très bien reconnu. Obsédé par le respect des convenances mondaines et les règles de la bienséance, Goliadkine est décontenancé par cet impair et plonge dans la perplexité.

Il s’arrête une première fois à la rue de la Fonderie, où il fait une visite impromptue chez son médecin, Krestian Ivanovitch Rutenspitz, qui lui a récemment conseillé de sortir de son isolement, de voir du monde et surtout . Goliadkine affirme préférer la tranquillité et lui explique qu’il ne sait pas s’exprimer en public, qu’il est un « petit ». Puis il fond en larmes sans raison et affirme qu’il a . Après un discours particulièrement décousu et incompréhensible, il quitte précipitamment le médecin plutôt abasourdi.

Ensuite, il tue le temps à Gostiny Dvor et fait mine d’acheter des objets onéreux. Il va manger dans un restaurant luxueux de la perspective Nevski où il rencontre les deux collègues du matin, qui se moquent de lui quand il leur fait une leçon de morale. Il les quitte pour se rendre au dîner qui est le seul but de sa journée. En effet, il est invité chez Olsoufi Ivanovitch Berendiéïev, un haut fonctionnaire qui a été autrefois son bienfaiteur, à l’occasion de l’anniversaire de sa fille Klara, dont Goliadkine est amoureux. Mais les domestiques ont reçu l’ordre formel de ne pas laisser entrer Goliadkine, qui doit repartir.

L’auteur décrit le dîner, fastueux, les convives, tous de la meilleure société et notre héros, qui est caché dans le vestibule. Il attend son heure et va faire irruption dans la fête, irruption qui sera grotesque. Par trois fois il se précipite sur Klara, par trois fois il n’arrive pas à s’exprimer, et se fait finalement expulser.

Fatigué, il rentre chez lui en marchant sous la neige ; il est seul dans les rues. Il croise par deux fois un homme, ce qui a le don de l’effrayer ; il se précipite chez lui mais cet homme le devance de quelques mètres, il le rattrape enfin en arrivant dans sa chambre, cet homme est son double.

Le lendemain, en proie à un sentiment aigu de persécution à cause des événements de la veille, il se rend à son service. Son double vient rapidement s’installer en face de lui. Goliadkine ne comprend pas, devient-il fou ? Est-il le jouet d’une machination ? Son chef lui apprend que son double porte le même nom que lui et qu’il vient d’être nommé dans le service. Après réflexion, il trouve une ressemblance miraculeuse entre les deux hommes.

À la sortie du travail, Goliadkine et son double engagent la conversation. Le double est intimidé, il ne veut pas déranger, il veut s’expliquer. Goliadkine invite son double à son domicile. Ce dernier lui raconte sa vie. Goliadkine est de plus en plus en confiance. Ils soupent chez lui et l’alcool aidant, Goliadkine est maintenant enthousiaste et il raconte à son double les petits secrets de sa vie, de son travail. Ils s’endorment tous deux ivres.

Goliadkine se réveille, le double a disparu, il est déjà parti au service. À ce point du récit, le double s’appelle dorénavant « Goliadkine-cadet ». Quand Goliadkine croise le cadet, ce dernier, au lieu de le remercier pour la soirée, le toise de haut, il crée un incident pour prendre la place de Goliadkine-aîné qui doit aller remettre un rapport au chef de service. Il se moque devant ses collègues de Goliadkine-aîné, qui va se plaindre à son chef de service mais une fois de plus, les mots ne sortent pas, il est son pire ennemi. Toutes ses tentatives pour revenir dans son bon droit se retournent contre lui.

Réception Depuis sa parution en 1846, et malgré les tentatives de réécriture, Le Double est considéré de façon plutôt négative par l'ensemble de la critique littéraire.

Cependant, l'écrivain Vladimir Nabokov s'en démarque clairement et porte sur le texte un regard beaucoup plus positif :

Adaptations Au cinématographique Partner, film italien réalisé par Bernardo Bertolucci en 1968 The Double, film britannique réalisé par Richard Ayoade en 2013

Au théâtre 2020 : Le Nez, adaptation et mise en scène Ronan Rivière, Théâtre 13, Le Mois Molière, Lucernaire, Festival Off d'Avignon, tournée.

Notes et références

Annexes Bibliographie Fiodor Dostoïevski, Le Double. Poème pétersbourgeois dans Récits, chroniques et polémiques, traduction et notes de Gustave Aucouturier, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris, 1969 Fiodor Dostoïevski, Le Double. Poème pétersbourgeois, traduction d’André Markowicz, Coll. Babel, Actes Sud, Arles 1998,

Dionne, Philippe(2006)« Le plaisir de l'indétermination : une lecture de l'ambiguïté narrative dans Le Double de Dostoïevski » Mémoire. Montréal, Université du Québec, Maîtrise en études littéraires.

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