Rangifer tarandus, le caribou (au Canada) ou renne (en Europe), est une espèce de cervidés originaire des régions arctiques et subarctiques de l'Europe, de l'Asie et de l'Amérique du Nord. Il a également été introduit dans l'archipel antarctique français des îles Kerguelen où il s'est naturalisé et vit désormais à l'état sauvage.
Les plus grandes hardes de caribous sauvages se trouvent en Alaska et dans le nord du Québec et du Labrador. Le renne a été domestiqué, notamment dans le Nord de l'Europe et en Sibérie où il sert d'animal de trait, de bât et de course.
Étymologie Le mot caribou, utilisé pour décrire l’espèce par les premiers explorateurs français, tire son origine du mot micmac « xalibu », qui veut dire « celui qui gratte le sol avec sa patte » ou « qui creuse avec une pelle ». Les explorateurs anglais de l’Arctique n’ont jamais adopté le terme inuktitut « tuktu » pour désigner le caribou.
Dans leur journal, ils utilisaient plutôt le terme anglais « deer », comme raccourci de « reindeer ».
Le terme renne vient de la langue same, dans laquelle le mot « reino » signifie jeune renne. D’autres termes français, comme « rangier » et « rangifère », remontent à l’an 1500 Extrait du Guide de l’enseignant pour l’étude des caribous sauvages de l’Amérique du Nord publié par le ministère des ressources naturelles du Québec
Description Le renne, ou caribou, est un animal robuste pouvant peser jusqu’à pour un mâle adulte pour une taille moyenne de au garrot, les femelles font un poids moyen d'environ pour une taille au garrot de environ. Son pelage peut être brun ou gris, sa queue est courte. Les poils sont creux comme un tube et l'aident à nager en plus de l'isoler du froid. Adaptation à la variation saisonnière de la luminosité dans les régions polaires, la couleur des yeux du renne passe du marron doré en été au bleu profond en hiver.
Mâles et femelles portent des bois (panache en québécois) recouverts d'un veloursLe « velours » est en zoologie, un tissu tégumentaire qui assure la protection, la vascularisation et l'innervation des bois chez la plupart des cervidés l'été. Les bois prennent alors une teinte rouge, puis brun foncé. Les vaisseaux sanguins des bois, qui assurent leur croissance, contribuent à cette coloration. Le panache des mâles tombe au début de l'hiver et celui des femelles plus tard au printempsPourquoi les rennes perdent-ils leurs bois en hiver ?, Ça m'intéresse, 25 décembre 2020.. Les rennes du père Noël sont ainsi des femelles. Les sabots sont larges, adaptés à la marche dans la neige ou la boue des sols qui dégèlent, ainsi qu'à la nage et au pelletage de la neige pour atteindre la nourriture.
thumb|left|Le renne est adapté à des environnements extrêmes, froids, acides et pauvres (en termes de productivité biologique) Le renne se nourrit d'herbe, de buissons, d'écorces et de lichen, qu'il doit parfois chercher sous la neige. En fonction des saisons, il doit effectuer de longues migrations dans la toundra pour survivre, n'hésitant pas à traverser fleuves et bras de mer.
C'est un animal doué d'une adaptation au fil du temps qui a su survivre aux différents changements climatiques car le renne a côtoyé le mammouth et le rhinocéros laineux. Ceci grâce à ses faibles exigences alimentaires, et à ses multiples adaptations pour pouvoir survivre en fonction du climat, comme l'absence d'horloge circadienneW. Lu et al., A circadian clock is not required in an arctic mammal, Current Biology, 2010.. Sa dépendance vis-à-vis du lichen n'est pas un problème car cette nourriture est présente sur Terre depuis très longtemps. Le lichen est une nourriture riche qui fermente dans le rumen de l'animal, ce qui dégage de la chaleur et réchauffe le renne ; ainsi il n'a pas besoin d'avoir une activité physique pour se réchauffer, ce qui limite ses dépenses énergétiques.
thumb|left|Lichen à caribou, parc national des Grands-Jardins, Québec Le principal prédateur est le loup qui suit de près les troupeaux. Les ours noirs, bruns et polaires représentent aussi une menace. Cependant, les rennes en bonne santé sont bien plus rapides à la course que la plupart de leurs prédateurs. Ce sont surtout les individus faibles, malades, jeunes ou âgés qui succombent aux prédateurs. Le renne peut facilement courir à près de en cas de danger. De plus, les bois des grands mâles font une arme redoutable pour affronter les loups ou un ours seul.
Le fait de limiter ses dépenses énergétiques lui permet de survivre l'hiver en grande partie sur les réserves qu'il a accumulées durant l'été. Il s'économise lors de ses déplacements grâce à des raquettes naturelles, ses sabots, qui sont très larges, pourvus d'une touffe de poils entre les doigts sur le dessous et qui s'enfoncent peu. Les femelles en gestation et les jeunes conservent leurs bois durant l'hiver pour avoir plus de facilités pour accéder à la nourriture car ils ont moins constitué de réserves que les mâles.
La période de rut se situe en octobre et occasionne des luttes entre mâles pour obtenir un harem de femelles. La gestation, qui a lieu durant tout l'hiver, va durer entre sept et neuf mois : les mères peuvent stopper le développement du fœtus durant plus ou moins deux mois ; si la nourriture disponible ne permet pas à la fois la survie de la mère et la croissance du fœtus, le développement de ce dernier est mis entre parenthèses et la mise bas sera décalée. Lorsque le petit arrive à maturité, la mère peut encore retarder de quelques jours la mise bas afin d'attendre des conditions climatiques idéales, pas trop de chaleur, ni de pluie, pour augmenter les chances de survie du petit.
Systématique Le nom valide complet (avec auteur) de ce taxon est Rangifer tarandus (Linnaeus, 1758). L'espèce a été initialement classée dans le genre Cervus sous le protonyme Cervus tarandus Linnaeus, 1758.
Rangifer tarandus a pour synonymes : Cervus tarandus Linnaeus, 1758 Rangifer muscatinensis Leidy, 1879 Rangifer spitzbergensis Rangifer tarandus subsp. platyrhynchos (Vrolik, 1829)
Sous-espèces thumb|upright=1.4|Répartition approximative des sous-espèces de caribou en Amérique du Nord. Le chevauchement est possible pour les aires contiguës. Groenlandicus et pearyi se côtoient sur certaines îles arctiques.
Amérique du Nord R. tarandus caribou (caribou des forêts ou caribou des bois). On le trouvait à l'origine dans toutes les forêts boréales de l'Amérique du Nord, depuis l'Alaska et l'État de Washington à l'ouest jusqu'au Labrador et à la Nouvelle-Angleterre à l'est. L'espèce a disparu de la majeure partie de cette aire de répartition originelle, mais des groupes importants subsistent au Québec et au Labrador, au Canada. Des groupes plus restreints sont protégés ailleurs, comme dans l'Alberta. Seule la population de caribous de Terre-Neuve et du Labrador est considérée comme espèce non en péril. R. tarandus dawsoni, dans l'île Graham, faisant partie de Haida Gwaii, anciennement îles de la Reine-Charlotte, en Colombie-Britannique, au Canada. Éteinte avant les années 1920 Caribou de la sous-espèce dawsoni sur le site de COSEPAC. R. tarandus eogroenlandicus, dans l'est du Groenland. Éteinte vers 1900. R. tarandus granti, en Alaska, au Yukon et dans les Territoires du Nord-Ouest du Canada. R. tarandus groenlandicus, au Nunavut et dans les Territoires du Nord-Ouest du Canada, ainsi que dans l'est du Groenland. R. tarandus pearyi, dans les îles du nord du Nunavut et des Territoires du Nord-Ouest du Canada.
Eurasie R. tarandus fennicus, qu'on trouve encore à l'état sauvage dans deux régions, l'une dans la république de Carélie russe, et une plus petite dans le centre de la Finlande. R. tarandus platyrhynchus, dans l'archipel du Svalbard, au Nord de la Norvège. C'est la plus petite sous-espèce de Renne. R. tarandus tarandus, dans les toundras et les forêts boréales arctiques de l'Eurasie, depuis la péninsule Scandinave jusqu'au Nord de la Sibérie. Ces rennes ont également été introduits dans l'archipel sub-antarctique des îles Kerguelen où ils vivent désormais à l'état sauvage.
Les caribous thumb|left|Caribou au zoo sauvage de Saint-Félicien (Québec, Canada).En Amérique du Nord, les plus anciens fossiles de caribou (Rangifer tarandus) datent de Banfield, A.W.F. 1961. A revision of the reindeer and caribou genus Rangifer. Natl. Mus. Can. Bull. 277. 137 p.. L’espèce semblait alors abondante dans la taïga, à partir de la marge des glaciers jusqu’au Nouveau-Mexique. Les changements climatiques subséquents ont modifié considérablement l’aire de répartition du caribou. À l’arrivée des premiers Européens, on le retrouvait dans toutes les provinces canadiennes ainsi que dans la plupart des États américains limitrophes du Canada. Dans l’est du continent, il était présent dans les états de New York, du Vermont, du New Hampshire et du MaineMoisan, G. 1956. Le caribou de Gaspé I. Histoire et distribution. Naturaliste Can. 83: 225-234.. Aujourd’hui, il est surtout présent au nord du . Il subsiste aujourd'hui quatre sous-espèces de caribou en Amérique du Nord : le caribou de Peary (Rangifer tarandus pearyi), le caribou de Grant (Rangifer tarandus granti), le caribou de la toundra (Rangifer tarandus groenlandicus) et le caribou des bois (Rangifer tarandus caribou).
Le caribou des bois vit dans la forêt boréale, de l'Alaska jusqu’à Terre-Neuve. Environ un million de caribous des bois de l'écotype toundrique (migrateur) vivent dans deux grandes populations au Nord du Québec et au Labrador et traversent environ chaque année pour se nourrir. Leurs passages détériorent la disponibilité alimentaire rapidement et ils doivent se déplacer constamment. La compétition pour la nourriture engendre d'ailleurs d'importants cycles d'abondance. Au sud du fleuve Saint-Laurent, un peu plus de 30 bêtes survivent sur les hauts plateaux du parc national de la Gaspésie. Cette population (sédentaire) de l'écotype montagnard fut déclarée vulnérable en 2001, puis menacée en 2009, par le gouvernement du Québec. Outre les deux populations toundriques et la population montagnarde, on retrouve au Québec de nombreuses petites populations forestières (sédentaires) disséminées dans la forêt boréale, principalement au nord du . On retrouve aussi deux populations forestières isolées plus au sud. D'abord, celle de Val-d'Or dans le nord-ouest du Québec (Canada), qui compte à peine une vingtaine de bêtes. La population de caribous la plus méridionale est celle de Charlevoix, localisée à environ au nord de Québec (ville), Canada. Cette population forestière comprend environ 80 individus. Elle a été réintroduite à la fin des années 1960 et au début des années 1970 à la suite de sa disparition durant les années 1920. L'écotype forestier a été désigné vulnérable par le gouvernement du Québec en 2005.
Au cœur de l'été, près de broutent dans les plaines côtières gorgées d'eau qui bordent la mer de Beaufort, tout au nord de l'Amérique. Les femelles s'y rendent sans les mâles. Elles font ainsi naître leurs petits loin de la plupart des loups qui craignent les sols détrempés. Leur cycle est synchronisé par celui de la toundra.
Sitôt que son petit est né, généralement unique, la mère dévore avidement le placenta qui l'enveloppait. Elle récupère ainsi des éléments nutritifs et des hormones qui vont déclencher sa lactation. Elle passe les premiers jours en tête-à-tête avec le nouveau-né, le léchant et l'allaitant à l'écart du troupeau. Dans la toundra, une escorte de séducteurs accompagne le retour des génitrices.
En Alaska et au Yukon, les Gwich’in chassent les caribous et en tirent 75 % de leurs protéines.
Répartition géographique vignette|gauche|upright=1.2|
Répartition des dénominations Renne ou Caribou alt=Troupeau de rennes en Islande|vignette|Groupe de rennes en Islande thumb|droite|Renne domestique en Laponie