Gaza (en arabe : , , ) est la principale ville de la bande de Gaza. Elle est parfois appelée « ville de Gaza » ou « Gaza-ville » pour la distinguer du territoire auquel elle donne son nom.

Habitée depuis l'Antiquité, Gaza connaît un essor du temps des Cananéens au , puis différents empires et ethnies s'y sont succédé. À notre époque, après avoir été placée sous l'autorité civile et militaire de l'Autorité palestinienne dès l'application des accords de Jéricho et Gaza de 1994 avec Israël, elle est depuis juin 2007 la ville la plus importante sous l'autorité du Hamas.

La ville est presque entièrement détruite par l'armée israélienne lors de la guerre dans la bande de Gaza, commencée en octobre 2023 après l'attaque du Hamas contre Israël du 7 octobre. S'ensuivent un siège de l'enclave, des bombardements massifs et une invasion terrestre.

Avant la guerre, la ville de Gaza comptait près de tandis que la population totale de la bande de Gaza dépasse , dont environ un tiers vivaient dans des camps de réfugiés palestiniens., un autre tiers étant constitué des réfugiés vivant en dehors des camps.. Ses habitants sont les Gazaouis.

Le , l'Organisation des Nations unies déclare officiellement l'état de famine à Gaza, en raison de « l'obstruction systématique d'Israël » sur l'entrée de l'aide humanitaire.

Étymologie Le nom de Gaza découle de la racine cananéenne Ġazzā, la « forte » ou « forteresse »..

Histoire

Gaza est attestée au au temps des Cananéens. La ville fait alors partie de l'Égypte. Depuis, différentes autorités et ethnies s'y sont succédé, la ville étant régulièrement assiégée et prise. Appartenances historiques Philistins -1190 - -734 Assyrie -734 - -604 Empire néo-babylonien -604 - -601 XXVIe dynastie égyptienne -601 - -598 Empire néo-babylonien -598 - -525 Empire perse (Achéménides) -525 - -332 Royaume de Macédoine -332 - -314 Royaume lagide -314 - -198 Royaume séleucide -198 - -145 Hasmonéens -145 - -97 Royaume de Judée -97 - -63 République romaine (Syrie, province romaine) -63 - -27 Empire romain (Syrie, province romaine) -27 - 395 Empire romain d'Orient 395 - 637 Califat Rashidun 637 - 1149 Royaume franc de Jérusalem 1149 - 1187 Ayyoubides (Saladin) 1187 - 1260 Baharites (Mamelouks) 1260 - 1516 Province ottomane d'Égypte 1516 - novembre 1917 Territoires ennemis occupés (France et Royaume-Uni) novembre 1917 - septembre 1923 Palestine mandataire (Grande Bretagne) septembre 1923 - mai 1948 Égypte mai 1948 - novembre 1956 Israël novembre 1956 - mars 1957 Égypte mars 1957 - 10 juin 1967 Israël (Territoires palestiniens occupés) 10 juin 1967 - septembre 2005 État de Palestine septembre 2005 - présent

Antiquité

vignette|Statue de Zeus datant du , trouvée à Gaza.

La première référence à la ville de Gaza remonte au règne du pharaon égyptien (mort en 1425 av. J.-C.). La ville est également citée dans les lettres d'Amarna (sous la ). Son intérêt principal réside dans sa position stratégique sur la route côtière reliant l'Égypte antique et la Syrie. C'est alors un marché important et un poste avancé égyptien faisant partie du « Chemin d'Horus » (série de forteresses réparties entre TcharouPoste frontière à l'est du Delta du Nil. et Gaza).

Dans les années 1190 avant J.-C., les Philistins, un des peuples de la mer (originaires de Crète selon une tradition biblique)J. Elayi, Histoire de la Phénicie, Paris, 2013 s'installent sur la côte sud cananéenne (de Gaza à Jaffa), après avoir attaqué l'Égypte. Les Philistins laisseront leur nom bien plus tard à l'ensemble du territoire, que les Romains appelleront « Palestine ». La ville philistine d'environ quatre-vingts hectares, murée, est construite sur une colline à quarante-cinq mètres d'altitude, à de la mer Méditerranée. Gaza est mentionnée dans la Bible Hébraïque comme l'une des villes principales des Philistins en guerre contre Israël : c'est là que le juge Samson est capturécfr. Juges, 16 et qu'il meurt en faisant s'écrouler un temple philistin.

gauche|vignette|Le siège de Gaza en

En 525 , la cité est conquise par , grand roi achéménide de l'Empire perse, pour servir de tête de pont à toutes ses campagnes vers l'Égypte. La ville est prise en 332 par le Macédonien Alexandre le Grand à l'issue d'un siège. Les habitants sont massacrés ou réduits en esclavage. vignette|La bataille de Gaza en 312 . Puis, dans le contexte des guerres des Diadoques pour la succession d'Alexandre le Grand, la bataille de Gaza oppose en 312 les Macédoniens , satrape d'Égypte, à Démétrios , fils du général Antigone le Borgne, maître de l'AsieA.M. Devine, « Diodoru' account of the Battles of Gaza », Acta Classica, , 1985, . Victorieux, Ptolémée doit néanmoins rapidement abandonner ses conquêtes en Syrie et en PhénicieDiodore, , 93, 7..

En 145 , Gaza est conquise par Jonathan Maccabée, frère de Juda Maccabée et fondateur de la dynastie judéenne des Hasmonéens.

Époques romaine et byzantine

vignette|Mosaïque de Madeba (), représentant Gaza avec ses deux églises byzantines.En 63 avant notre ère, Gaza devient une partie de la Judée en tant que province romaine.

Après les Romains, de grandes mosaïques byzantines témoignent de la richesse artistique de cette époque. Le christianisme se répand et les premiers monastères apparaissent, comme celui de Hilarion de Gaza. vignette|Mosaïque de l'ancienne synagogue de Gaza, du (probablement détruite au ).|gaucheLe port de Gaza exporte tout autour de la Méditerranée un vin blanc fameux produit dans le Neguev : le vinum Gazetum.

La synagogue de Gaza est construite en 508/509 dans le centre de la ville antique de Gaza, aujourd'hui le quartier de Rimal, où vivait la communauté juive de Gaza (du jusqu'au milieu du ). Parmi les mosaïques retrouvées, se trouve celle représentant le roi David jouant une lyre, avec son nom écrit en hébreu Connie Kestenbaum Green, Gaza Synagogue Mosaic, 6th century CE, Biblical Archaeology Review Magazine (Mar/Apr 1994)..

Gaza est représentée sur la carte de Madaba datant du .

Moyen Âge gauche|vignette|Les arcades de la en 2017, avant sa destruction fin 2023 par l'armée israélienne. La ville est considérée comme le lieu où serait mort Hachim ibn Abd Manaf, l'arrière-grand-père de Mahomet au cours d'une expédition commerciale, d'où le surnom de la ville « la Gaza de Hashim », « Ghazzat Hashim ». Une mosquée en son nom s'y trouve, la , et sous les arcades serait présente sa tombe.

La conquête de Gaza par les Arabes intervient très tôt, sans doute en 634 ou 637. Le général musulman d'origine copte Amr ibn al-As conquiert la Palestine et Jérusalem. L'histoire n'est pas évoquée par les sources arabes mais l'est par les sources byzantines : la population civile, alors non musulmane, doit payer tribut aux Arabes ; la petite communauté juive — présente à Gaza depuis la période hellénistique et également dans la ville de Rafah — paye cet impôt de protection, et les dhimmis ne sont pas inquiétés. La garnison, constituée de soixante soldats, est emprisonnée et mise à mort quelque temps plus tard. Sous les Omeyyades, une garnison militaire et un atelier monétaire sont implantés en ville. L'islamisation de la cité est progressive : c'est là que naît l'imam al-Chafii (fondateur de l'école de jurisprudence chafiite), mais ce n'est pas là qu'il vécut et enseigna.

vignette|Intérieur de l'église Saint-Porphyre datant du .

La cité fait peu parler d'elle jusqu'au et, au moment de la Croisade, elle a beaucoup décliné. Elle est en ruines et peut-être désertée quand les Croisés occupent le site en 1149 et y construisent un château fort dans la partie la plus élevée. Ce château est confié à la garde des Templiers. Au sud du château, se développe la ville franque avec une grande église gothique qui est aujourd'hui la grande mosquée de Gaza, al-Omari, construite pendant la période des Omeyyades au . Une autre église, Saint-Porphyre (orthodoxe), datant du , plus petite, est considérée comme la plus ancienne de la ville encore active. Tenue par les Templiers, apparemment prospère si l'on en juge par la qualité de sa grande église, Gaza constitue l'avant-poste du Royaume franc de Jérusalem face à l'Égypte. Les sources franques la nomment Gazara, et en ancien français Gadres. Elle ne constitue pas un lieu de pèlerinage, et sa renommée en France ne vient que d'une chanson de geste composée vers 1170, Li Fuerre de Gadres (le sac de Gaza), évoquant la prise de la ville par Alexandre le Grand.

À la fin de 1170, le sultan Saladin s'empare de la ville basse mais échoue à prendre le château. Ce n'est qu'en 1187, au lendemain de la bataille de Hattin, qu'il obtient l'évacuation de Gaza par les Templiers et la remise des forteresses de Gaza et de Darom (Deir el-Balah, au sud de Gaza). Le roi d'Angleterre Richard Cœur de Lion reprend Darom et Gaza en 1192, mais négocie ensuite avec Saladin l'abandon de ces positions jugées trop exposées, qu'il fait évacuer après en avoir détruit les fortifications.

En 1239, un retour offensif des Francs est brisé à Beit Hanoun, bourgade du nord de Gaza, dont la mosquée abrite les tombes des musulmans qui sont tués au cours de cette bataille. En 1244, a lieu à Hirbiyyah (en latin Furbia, en français « La Forbie ») une bataille bien plus importante opposant une coalition égypto-khowarizmienne et une coalition syro-franque : le roi Al-Salih Ismaël de Damas avait promis aux Templiers de leur restituer Gaza en cas de victoire, mais ils sont défaits. Gaza demeure au pouvoir des Ayyoubides d'Égypte, puis de Syrie, jusqu'en 1260 où la ville est occupée un temps par les Mongols avant d'être reprise par le chef mamelouk Baybars.

Dans les années 1480, des voyageurs indiquent que Gaza est la ville la plus importante de Palestine. Elle est habitée par des Éthiopiens, des Arabes, des Égyptiens, des Syriens, des Indiens, des Juifs (soixante-six familles), des Samaritains (quatre familles) et des chrétiens, plus de sept-mille hommes, au milieu de dix-mille chameaux. Seuls les Juifs y produisent le vin local..

L'époque des Mamelouks (fin - début ) fut pour Gaza une période prospère de renaissance, malgré des crises.

Temps modernes Les Ottomans mettent fin au règne des Mamelouks en 1516 après la bataille de Khan Younès. La ville de Gaza et toute la région sont administrées pendant cinq siècles par la province ottomane d'Égypte jusqu'au début du . Reliant l’Asie et l’Afrique, le Levant à l’Égypte et à l’Afrique du Nord, les caravanes de la péninsule arabique à l'Europe, la liaison gazaouie appelée la « voie d’Horus » sous les pharaons devient la « voie du Sultan » à l’époque ottomane. vignette|Cour du Qasr al Bacha (1922) Dans la seconde partie du , Gaza est décrite par des pèlerins et voyageurs. Elle est la capitale de la province de Palestine qu'un pacha gouverne. Elle n'est plus entourée de murs mais de monticules de pierres. Le turc, l'arabe et le grec sont les langues qui y sont parlées. Elle possède des bains somptueux et d'immenses bazars. La Grande mosquée est entourée de six mosquées et nombre d'oratoires. On y trouve également une église arménienne et une autre, grecque, ainsi qu'une synagogue et un bain rituel juif. Grâce à Nathan de Gaza, l’endroit devient à cette époque un centre de mysticisme juif.