vignette|redresse=.5|Symbole des squatters.

Le mouvement autonome en France ou la mouvance autonome en France est une tendance socioculturelle et politique émergeant dans les années 1960, qui tire ses influences de l'anarchisme et du situationnisme. En réference au concept d'autonomie ouvrière, il préconise l'indépendance vis-à-vis des partis politiques, des syndicats, de l'État (par le rejet de l'électoralisme ou des pratiques réglementées par la loi), du capitalisme (par le rejet des relations commerciales) et surtout, l'autonomie de chaque groupe local par rapport à toute organisation centralisée.

Les autonomes se distinguent principalement des groupes d'extrême gauche et des groupuscules anarchistes par leur recours à des formes d'action illégales, une critique radicale du travail salarié, la recherche du plaisir immédiat et une vie plus ou moins communautaire. Ces caractéristiques font du mouvement autonome un phénomène unique dans le paysage politique et social français.

Description La mouvance autonome en France a toujours été, et est toujours, divisée en des dizaines de groupes parisiens, régionaux et locaux indépendants les uns des autres. Certains rassemblent des individus autour d'une idéologie et d'une praxis.. La plupart s'inspirent en partie des thèses situationnistes, et refusent toute idéologie et dogmes figés. Ses pratiques illégales comprennent le squat, l'autoréduction, l'émeute, le sabotage et la lutte arméeSébastien Schifres, La Mouvance autonome en France de 1976 à 1984, Mémoire de maîtrise d’histoire contemporaine et sociologie politique, Université Paris-Nanterre, 2004, texte intégral.. Les autonomes se distinguent aussi par leur forme d’organisation basée sur la démocratie directe et l’autonomie de chaque groupe. Cette forme d’organisation peut se décliner de différentes manières : coordinations composées de délégués de chaque groupe, assemblées générales, mais aussi et le plus souvent réseau informel, voire inorganisation ou désorganisation. Certains groupes ont un fonctionnement plus autoritaire, avec ses chefs et ses leaders. Le mouvement autonome en France se fonde avant sur tout le rejet de l’extrême gauche traditionnelle, sous sa forme trotskyste, ou maoïste ou anarchiste. Le mouvement rassemble des groupes liés au mouvement ouvrier, puis aux nouveaux mouvements sociaux

. Les médias réduisent habituellement le mouvement autonome à sa dimension violente..

Les autonomes sont classés par la plupart des journalistes et historiens à l'extrême gauche de l'échiquier politique., bien qu'eux mêmes ne se définissent que très rarement comme étant de gauche, ni extrème ni ultra, mais autonomes, libertaires, anarchistes, et situationnistes ( pro- ou post-), . Ceux se disant conseillistes sont issus de l'ultragauche. Les autonomes se distinguent de l'ultra-gauche par leur insurrectionnalisme, leur antifascisme et leur soutien aux luttes de libération nationale.. Pour les conseillistes, l'insurrection devrait être menée par un mouvement de masse rassemblant la majorité de la classe ouvrière dans le cadre d'une grève générale : les conseils insurrectionnels. Ces militants d'ultra-gauche se concentrent sur les grèves.. Les autonomes privilégient l'action émeutière et peuvent mener des opérations quasi militaires réalisées par de petits groupes dont les plus connus sont les Noyaux armés pour l'autonomie populaire (NAPAP) ou Action directe.

C'est également un mouvement contre-culturel et philosophique vaste qui comprend notamment critique de la psychiatrie, théorie militaire, écologie radicale et réflexion sur les rôles de genre..

Arthur Pouliquen décrit l'autonomie comme tout en étant caractérisée par des pratiques incarnant ses idéaux. Ce mouvement étant composé d'individus qui ne s'y reconnaissent pas forcément.

Au milieu des années 1970, il y aurait environ 1000 à 4000 membres au sein de la mouvance. contre moins d'une centaine à la fin des années 1980. et autour d'un millier à la fin des années 2000., période où la mouvance semble sans grande cohésion..

Violence S'il existe des différences entre les différents groupes autonomes des années 1960 et 70, ils ont pour point commun, l'usage de la violence (casse en manifestation, affrontements avec la police). Le mouvement autonome est en majorité masculin.

Dans le langage courant, parler des autonomes ou du mouvement autonome fait référence aux pratiques violentes des manifestants relatées par la presse, comme les débordements du lors d'une manifestation parisienne des sidérurgistes lorrains. La dynamique autonome connaît un emballement médiatique à partir de 1976 et son apogée entre 1977 et 1979. Elle s'amoindrit temporairement. Certains attribuent cet amoindrissement à la naissance d'Action directe, d'autres à l'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981.

Action directe est la principale organisation quasi militaire du mouvement autonome de 1979 à 1987.. Elle représente une tendance du mouvement, mais des groupes ne se reconnaissent pas dans son approche militariste : les « Occupants-Rénovateurs » Reportage sur les occupants rénovateurs rue de l'Ourq Paris le 10 aout 1983, FR3 Ile de France et les « Fossoyeurs du Vieux Monde »..

La pratique du Black bloc, à partir des années 2010., illustre certaines formes de violence qui semble intrinsèque au mouvement.

Influences théoriques et tendances Dans les années 1970, apparaissent plusieurs sensibilités différentes. Leurs influences viennent de courants de pensées multiples. Des théoriciens du mouvement autonome sont influencés par les négristes ou opéraïstes, les communistes libertaires, les « désirants » (qui s'inspirent de la pensée de Michel Foucault, Gilles Deleuze, et Félix Guattari), les « teppistes » (partisans de la délinquance révolutionnaire).. Une petite minorité du mouvement autonome n'est pas opposée à l'idée d'un État fort, notamment dans la perspective ultérieure de défendre les acquis de l'autonomie. Les différentes sensibilités du mouvement viennent d'événements structurants : l'Internationale situationniste, ou la situation sociale des groupes qui le composent. Il existe des pôles étudiants (Normale sup', Paris Dauphine, Nanterre, et autres universités parisiennes et de province), des pôles de jeunes représentant les « nouvelles marges » de banlieue, et des pôles ouvriers et internationalistes dans les régions minières, et les grandes villes et régions industrielles (Nantes, Toulouse, Marseille, Montpellier et les Cévennes, etc.) avec une forte proportion d'immigrés de divers pays..

Organisation et reconnaissance sociale

Particularités Pour Isabelle Sommier, professeure de sociologie, les caractéristiques de la mouvance autonome française se confondraient au avec celles de la mouvance libertaire : rapprochement par groupe d'affinité, action directe, participation aux luttes anticarcérales, à celle des sans-papiers ou contre la biométrie. Cette analyse omet le fait que ni les collectifs autonomes, ni les organisations libertaires ne sont des groupes affinitaires..

Dans le mouvement libertaire, la Confédération nationale du travail (CNT), par exemple, est un syndicat : son fonctionnement est trop formel pour les autonomes, ses formes d'action sont cantonnées au cadre légal et son axe de lutte se concentre sur le monde du travail. Cette organisation n'a rien en commun avec les autonomes, ce qui est le cas des autres organisations libertaires..

Histoire La transmission d'une mémoire du mouvement autonome se fait particulièrement peu en son sein, ce qui s'explique par .

Origines (milieu du - milieu du ) La naissance d'un mouvement autonome ou d'une mouvance autonome est difficile à dater en France. Des groupes révolutionnaires se réclamant de l'autonomie ouvrière existent depuis le ., qu'ils soient marxistes ou syndicalistes-révolutionnaires. Pour les syndicalistes-révolutionnaires, l'autonomie ouvrière est synonyme d'autonomie par rapport aux partis politiques. Cette autonomie s'incarne dans les syndicats. Parmi les marxistes, la référence à l'autonomie ouvrière est mise en avant à partir de 1919 par les conseillistes qui s'opposent à l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) et au modèle de dictature du parti représenté par Vladimir Ilitch Lénine. Pour les conseillistes, l'autonomie ouvrière est synonyme d'autonomie non seulement par rapport aux partis mais également par rapport aux syndicats. Les syndicalistes-révolutionnaires et les conseillistes se rejoignent dans leur conception de l'autonomie ouvrière uniquement sur la question de l'autonomie par rapport aux partis politiques : c'est un concept antiléniniste.

L'impulsion des années 1960 À la suite d'une longue tradition de groupes autonomes, souvent clandestins, depuis le connus sous le nom général d'autonomie ouvrière, l'autonomie politique en tant que pratique se développe à partir de la fin des années 1960. Des groupes de réflexion comme Socialisme ou Barbarie de Claude Lefort et Cornelius Castoriadis théorisent la nécessité pour les prolétaires de viser l'autonomie individuelle et collective, soit une démocratie « radicale ». Ils influencent Guy Debord et les situationistes.. Dans cette effervescence révolutionnaire, la mouvance autonome est influencée par les idées anarchistes, communistes libertaires, conseillistes, situationnistes.

L'apparition de groupes autonomes libertaires (pré-situationnistes souvent) à Paris, et dans différentes régions date d'avant les événements de mai 1968. Ils signent très rarement leurs tracts, brochures et actions Groupes autonomes libertaires (regroupés dans l'Union des groupes autonomes libertaires (UGAL, 1969-1971)) ou Groupes autonomes d'action, préférant les signer de noms très ponctuels et éphèmères comme Comité ou Groupe de ceci ou cela . Ils se distinguent par l'anonymat et la clandestinité, se fondent avec les « inorganisés » dans les mouvements sociaux en les radicalisant, changent systématiquement de nom à chaque action et publication, agissent par des apparitions émeutières dans les manifestations, des dommages causés à divers bâtiments publics (casernes, gendarmeries, perceptions, etc.), soutiennent activement les anarchistes ibériques, et pratiquent la « récupération prolétarienne » par le vol dans les entreprises.. Leur anonymat volontaire et leur refus de la mise en avant de leur organisation et de leurs individualités, expliquent le fait qu'encore en 2026, leurs existences sont quasi ignorées par les historiens et sociologues , " un sujet unilatéralement évité par les politiciens professionnels de toutes étagères ", bien que leurs actions et leurs influences , y compris dans les Nouveaux Mouvements Sociaux et l'écologie politique aient été importantes..

La plupart de ces groupes ont aussi une façade légale, sous d'autres noms, et avec le statut d'associations loi de 1901, ou de coopératives, gèrent des lieux ouverts au public, comme des cafés-librairies-bibliothèques, imprimeries, embryons de coopératives biologiques, et organisent diverses manifestations culturelles : conférence, débats, concerts, et expositions artistiques, en essayant de rompre avec les dualismes artistes/spectateurs, conférenciers/auditeurs, producteurs/clients.

Un petit nombre prône et pratique la révolution. et la recherche des plaisirs immédiats, y compris et surtout dans la vie quotidienne, pratique de la vie en communauté, l'amour libre ., la production et l'échange de produits alimentaires, s'isole volontairement des groupes gauchistes aux pratiques et à la vie quotidienne plus traditionnelles.