Par opposition à l'extrême droite, l'extrême gauche est l'ensemble des mouvements, organisations et partis politiques (ainsi que leurs membres et électeurs) qui siègent le plus à gauche dans les hémicycles parlementaires.

Idéologiquement, c'est aussi un ensemble de courants, de mouvements, d'organisations et de partis politiques situés à l'aile la plus radicale de la gauche. Elle se caractérise par une critique fondamentale du capitalisme et par la volonté de transformer en profondeur, voire d’abolir, les structures économiques, sociales et politiques des sociétés contemporaines, et ce avec une volonté révolutionnaire. Elle regroupe des doctrines prônant une forte égalité économique et sociale, la remise en cause de la propriété privée des moyens de production et la suppression des rapports de domination économique. Ses principales références théoriques se trouvent dans le marxisme, l’anarchisme et les différentes traditions communistes révolutionnaires, dont le conseillisme.

L'extrême gauche se caractérise par un nombre important d'organisations. Elles sont parfois éphémères et souvent de dimension modeste, appelées parfois , dont le rapport à la violence est variable. Certaines ont participé au processus électoral mais sans obtenir de sièges au parlement dans le cadre de la démocratie parlementaire. De manière beaucoup plus marginale et seulement à certaines époques limitées, d'autres petits groupes clandestins comme les Brigades rouges en Italie ou la Fraction armée rouge en Allemagne ont pratiqué la lutte armée ou le terrorisme. Entre les deux, se situent des groupes qui ont pratiqué une violence de rue affichée mais pendant une période réduite, du milieu des années 1960 au milieu des années 1970, sans basculer jusqu'au terrorisme.

Parmi les politologues et historiens de la politique francophones, seule Christine Pina a, dans l'un de ses livres, inclus dans l'extrême gauche de certains pays des partis distincts des partis traditionnels d'extrême gauche : il s'agit du Parti populaire socialiste danois (qui participe pour la première fois en 2011 au gouvernement, dirigé par la sociale-démocrate Helle Thorning-Schmidt) et du Parti socialiste néerlandais (fondé en comme parti maoïste et n'ayant jamais dépassé 6 % des voix). Au contraire, les autres auteurs définissent un périmètre plus classique. Serge Cosseron n'y inclut que les mouvances anarchistes et trotskystes, Frédéric Charpier et Dominique Reynié utilisent le terme comme un synonyme de trotskyste, mais les partis maoïstes apparus dans la seconde moitié des années 1960 et au début des années 1970 étaient aussi considérés comme appartenant à l'extrême gauche.

Fondements idéologiques

Parmi les arguments mis en avant par l'extrême gauche pour souligner l'importance d'écouter ses idées, citons la montée de l'extrême droite et ses effets potentiels comme le nationalisme observable en temps de crises économiquesJean-Yves Camus, « La montée de l'extrême droite en Europe », Universalia 2003, Encyclopædia Universalis, 2003, ..

Pour Karl Popper dans La société ouverte et ses ennemis, Karl Popper, La société ouverte et ses ennemis, tome 1 ( de l'édition?).. L'égalitarisme est dans ce contexte la doctrine qui considère que les hommes sont de nature égale et conduit à traiter tous les hommes également.

Moyens mis en œuvre

l'activisme terroriste à certaines époques bien datées, comme Action directe en France, les Brigades rouges en ItalieChristophe Bourseiller, Les maoïstes, la folle histoire des gardes rouges français, 2007 Points, chap. 7 et la Fraction armée rouge en Allemagne.

Pour Serge Cosseron, il existe plusieurs stratégies parmi les mouvements d’extrême gauche : « Les uns ont une politique léniniste classique (renforcement du parti), et d'autres ont une politique plus « mouvementiste » tentant de s'articuler à des mouvements sociaux »« Un rassemblement à gauche reste impossible » », débat avec Serge Cosseron, auteur du Dictionnaire de l'extrême gauche, lemonde.fr, .. Les deux n'étant pas incompatibles.

Ces mouvances n'ont pas de représentation dans les assemblées parlementaires et au gouvernement car ils restent pour la majorité à l'écart des élections et des accords gouvernementaux. Ils y montrent souvent de l'indifférence ou du dédain, car n'y voyant pas de véritables espaces politiques, pensant plutôt que "le pouvoir est dans la rue". En France, certains groupes comme la LCR (aujourd'hui NPA) et LO vont néanmoins faire le choix de se présenter aux élections afin de les utiliser comme moyen pour diffuser leurs idées.

Courants

L'extrême gauche est composée de divers courants (convergents ou antagonistes) parmi lesquels : une partie du communisme et du marxisme (léninisme (trotskisme, bordiguisme, stalinisme et maoïsme), conseillisme et luxemburgisme) ; une partie de l'anarchisme (communisme libertaire, municipalisme libertaire et collectivisme libertaire) ; une partie du syndicalisme (syndicaliste révolutionnaire et anarcho-syndicalisme) ; une partie du mouvement autonome (spontanéisme (mao-spontex) et opéraïsme).

Voici une liste de courants d'extrême gauche :

Appellation

L'extrême gauche désigne des partis, notions et idées distincts de celles de la gauche radicale. L'association des deux, est , estime Alan Confesson, docteur en science politique., même si les deux sont parfois mélangés dans l'expression floue et ambigüe de .

Les partis politiques désignés comme d' rejettent parfois cette appellation qui peut être interprétée comme une assimilation avec l'extrémisme. : en Allemagne, où leur image étaient très négative jusqu'aux alliances nouées par les Verts avec les sociaux-démocrates au début des années 1980, ils ont préféré l'appellation d'opposition extra-parlementaire. Le chercheur en sciences politiques Sofiane Ouaret estime ainsi qu'il faut remplacer l'expression par celle de car la première serait connotée négativement, comme un pendant de celle d'extrême-droite, et utilisée comme un instrument de délégitimationSofiane Ouaret, The construction and the management of a "transnational extreme left-wing network" in Europe, European and International Studies, King's College de Londres, 15 juin 2012, page 2.. En France, où l'extrême-gauche a joué un rôle actif contre la Guerre d'Algérie et où Alain Krivine obtient 1% des voix dès la présidentielle de 1969, l'assimilation avec l'extrémisme a posé moins de problème mais les groupes d'extrême-gauche , selon le sociologue Sylvain Boulouque.

En France

Origines

Selon le politologe Rémi Lefebvre, l’extrême gauche a représenté historiquement et depuis 1920, ce qui était . Par exemple, sont considérés comme d’extrême gauche les partis trotskistes connus pour se présenter aux élections présidentielles, depuis 1969 en France, , c'est-à-dire des partis qui ..

Journaliste Babeuf sous le Directoire en 1796

D'autres auteurs font remonter la pensée de l'extrême gauche plus loin dans le temps, en estimant que ses idées ont été incarnées, peu après la Révolution françaiseChristine Pina, L’extrême gauche en Europe, Paris, Les études de la Documentation française, 2005., à l'époque du Directoire, non pas par des députés mais par le journaliste Gracchus Babeuf, un révolutionnaire français qui voulait une société sans classe, même s'il n'a jamais été élu à la représentation nationale. Il avait pour objectif de renverser le Directoire, qui concentre tous les pouvoirs à partir de 1795, dans le but d'établir une , en créant une « Conjuration des Égaux ». Les idées correspondantes sont présentées dans un livre de Sylvain Maréchal et de Babeuf intitulé Manifeste des Égaux, publié en 1796. On peut y lire :

« Néo-babouvistes » sous la monarchie de Juillet

Quarante après, sous la monarchie de Juillet, époque où le Parlement ne joue plus aucun rôle, le , cette doctrine créée par Babeuf, va inspirer dans les années 1830 et 1840 une poignée de révolutionnaires qui seront nommés les et ne sont pas non plus députés... Le babouvisme sera également une genèse pour le communisme, ce dernier étant plus tard théorisé entre autres par Friedrich Engels et Karl Marx., et enfin Rosa Luxemburg déclare que Babeuf est le premier précurseur des soulèvements révolutionnaires contre le capitalisme..

Lénine, auteur de la théorie contre l'extrême gauche

Aboutissant en 1917 à la chute du régime tsariste, la révolution russe instaure en Russie un régime se réclamant des idées socialistes et mettant fin au terrorisme pratiqué contre l'Empire russe par certains autres révolutionnairesDictionnaire du communisme, Larousse à présent, . Voir par exemple la Narodnaïa Volia.. En 1920, Lénine est l'auteur d'une théorie contre l'extrême gauche à qui il donne une visibilité sous l'appellation de et qu'il considère comme une : La Maladie infantile du communisme (le « gauchisme »).

Exclusion des communistes antistaliniens

vignette|redresse|Léon Trotski, personnage important dans le développement de l'extrême gauche.

Au cours des années suivant 1924, le stalinisme se développe en Union soviétique, une dictature basée sur la terreur et le culte de la personnalité.

Le trotskisme est une réaction à ces dérives graves, et s'adapte avec la théorie de la « révolution permanente » pour y faire face. En tant qu'antistaliniens, ils sont progressivement exclus des , et créent leurs propres organisations. En France, c'est le cas du groupe La Révolution prolétarienne, de la Ligue communiste (trotskiste), ou encore du Cercle communiste démocratique.

En 1938, les partisans de Trotski proclament la création de la Quatrième Internationale. Dès 1922, une autre « Quatrième Internationale ouvrière » avait été proclamée : l'Internationale communiste ouvrière. D'autres courants se retrouvent dans l'Opposition communiste internationale ou le Centre marxiste révolutionnaire international.

Difficultés de la mouvance d'extrême gauche au milieu des années 1930

Plusieurs courants d'extrême gauche se développent au sein de la Section française de l'Internationale ouvrière, en 1934. Deux ans après, c'est au tour des trotskistes d'être évincés de ce parti.

L'échec des minorités révolutionnaires à s'intégrer à la gauche au moment du Front populaire français a en particulier été décrit en 1973 par l'historien Jean-Pierre RiouxJean-Pierre Rioux et Racine-Furlaud Nicole, Révolutionnaires du Front populaire, Revue française de science politique, 1975..

Exclue du parti en 1938, peu après le Front populaire et en pleine Guerre civile espagnole, la mouvance trotskiste crée alors le Parti socialiste ouvrier et paysan. Au milieu des années 1970, un autre historien a retracé les tentatives d'unification et d'organisation des trotskistes français au milieu des années 1930, notamment des pivertistes dans la SFIO et au cours de la naissance du PSOP, perturbées par Nicole Racine-Furlaud, Rabaut (Jean) - Tout est possible ! Les « gauchistes français 1929-1944", Revue française de science politique, 1975..

Leur activité est décrite fin par un reportage d'Emmanuel d'Astier de La Vigerie sur une double page centrale de l'hebdomadaire Vu, magazine aux sympathies communistes (fondé par Lucien Vogel en 1928 sur le modèle du Berliner Illustriete Zeitung). Selon l'historien Vincent Chambarlhac, il peut être rapproché du rapport d'une dizaine de pages rédigé le par Georges Cogniot (futur directeur de L'Humanité) à la demande du Présidium de l’Internationale Communiste (IC), titré « Aperçu de l’activité des trotskistes en France », au moment du second procès de Moscou contre la vieille garde bolchevique. Selon l'historien, ces deux documents signalent , alors que la SFIO, .