Eugène Jean Auguste Atget, né le à Libourne et mort le à , est un photographe français.

Il est principalement connu pour ses photographies documentaires sur le Paris de la fin du .

Biographie Enfance et premières années vignette|redresse|gauche| Eugène Atget est né à Libourne d'un couple d'artisans originaires de la banlieue parisienne. Orphelin à l'âge de cinq ans, il est élevé par ses grands-parents à Bordeaux. Après de courtes études secondaires, il s'embarque comme garçon de cabine sur un paquebot de ligne et travaille, de 1875 à 1877, sur des lignes desservant l'Amérique du Sud.

En 1878, de retour à Paris, il tente d'entrer, sans succès, aux cours d'art dramatique du Conservatoire. Il doit alors accomplir son service militaire. En 1879, il tente de nouveau le Conservatoire et réussit, mais l'assiduité est incompatible avec ses obligations militaires. Il est exclu du Conservatoire en 1881.. Il commence une carrière d'acteur qu'il poursuivra durant quinze ans, sans grande réussite : il joue des rôles mineurs dans des théâtres de banlieue. En 1885, il entre dans une troupe ambulante de comédiens. Son métier lui permet de rencontrer, en 1886., Valentine Delafosse-Compagnon (1847-1926), qui deviendra sa compagne.

L'année suivante, victime d'une affection des cordes vocales, il abandonne le théâtre et Paris pour se lancer dans la peinture, le dessin puis la photographie. Dès 1890, il est de retour à Paris pour s'essayer à la peinture, sans grand succès. S'il ne joue plus sur scène, Atget continue longtemps d'entretenir sa passion pour le théâtre, en donnant notamment des conférences sur cet art dans les universités populaires, et ce jusqu'au déclenchement de la Première Guerre mondiale.

Le photographe alt=vieille maison à colombages en angle de rue|vignette|Vieille maison à colombages de Rouen. Il comprend vite que les peintres, architectes et artisans ont besoin de documentation, c'est alors qu'il se tourne vers la photographie. Il commence à photographier des paysages, des arbres et des plantes, avec l'intention de réunir une collection documentaire à destination des peintresLuc Debesnoit, « Le Paris d'Eugène Atget », Télérama, 3252, du 12 au 18 mai 2012..

Vers 1897, il se lance dans une entreprise de photographie exhaustive de vues de Paris. Sa clientèle évolue : Atget s'adresse désormais prioritairement aux amateurs de l'histoire de Paris et aux institutions culturelles (bibliothèques, musées…). Ces institutions sont alors en train de rassembler d'importants fonds photographiques documentaires, notamment sur les monuments de Paris et achèteront au photographe des milliers de clichés.

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Eugène Atget organise ses photographies en cinq séries. La première, des « Paysages documents » est issue de sa première expérience de documentation pour les peintres : elle rassemble des études d'arbres, de parcs. La deuxième est consacrée aux environs de Paris. La troisième, la plus célèbre, est intitulée « Paris pittoresque » et comprend 900 photographies. Elle comporte plusieurs sous-séries, « Petits métiers de Paris », condamnés à disparaître ; les devantures des boutiques (il vend ses tirages aux commerçants pour une somme modique).

La quatrième série, « Art dans le Vieux Paris » consiste en des collections de portes, d'escaliers, de heurtoirs, pris frontalement et systématiquement de 1898 à 1927.

La dernière série, intitulée « Topographie du Vieux Paris » est réalisée entre 1906 et 1915 : Atget photographie systématiquement chaque arrondissement pour répondre aux besoins des fichiers topographiques de la Bibliothèque historique de la ville de Paris. centré|vignette|Aître Saint Maclou, Rouen. Vers 1907, Eugène Atget a réalisé une série de photographies de la ville de Rouen qui ont été acquises en 1952, par la bibliothèque de Rouen. Ses photographies offrent une représentation de bâtiments moins réputés de la ville de Rouen.

L'approche du photographe est très méthodique, photographiant jusqu'à épuisement un sujet avant d'en aborder un autre.

Il va à contre-courant du mouvement photographique pictorialiste alors en vogue qui cherche à imiter la peinture avec des flous et des retouches, réalisant des clichés nets et détaillés mais en s'attachant au cadrage, à l'usage des lignes de fuite ou à la répartition de la lumière. Il utilise également encore un appareil en bois, avec une chambre à soufflet, exigeant des poses longues pour exposer les plaques en gélatino-bromure d'argent, négligeant les nouveaux appareils plus légers et rapides apparus au tournant du siècle. Jamais noir et blanc, la teinte de ses photographies oscille du sépia au brun-violacé selon les tirages, permettant toujours d'apprécier les contrastes.. Eugène Atget réalise lui-même tous ses tirages dans son appartement et les classe dans des albums qu'il va régulièrement présenter à ses clients. Un système de numérotation lui permet de remplacer dans les albums les clichés vendus par de nouveaux tirages.

vignette|redresse| En 1899, le couple s'installe au 17 bis, rue Campagne-Première, dans le quartier du Montparnasse. Atget photographie à plusieurs reprises son trois pièces et inclut ces clichés dans la série des « Intérieurs parisiens », parfois sous des identités factices..

Malgré des clients institutionnels réguliers (Bibliothèque nationale de France, Bibliothèque historique de la ville de Paris, musée Carnavalet), la situation financière d'Atget demeure précaire , particulièrement pendant et après la Première Guerre mondiale, au cours de laquelle il cesse progressivement de photographier jusqu'au début des années 1920.

En 1920, Atget cède les négatifs de de ses clichés à l'administration des monuments historiques contre la somme de francs. Deux mille négatifs supplémentaires seront acquis par la même institution après la mort de l'artiste.

Vers 1921-1925, Atget rencontre Berenice Abbott puis Man Ray, qui lui achètent des œuvres, suivis par d'autres artistes illustres comme Georges Braque, André Derain, Maurice Utrillo, Maurice de Vlaminck, André Dunoyer de Segonzac, Moïse Kisling et Tsugouharu Foujita.

Il meurt dans la misère le en son domicile dans le Archives de Paris , acte de décès , année 1927 (vue 8/20) et est inhumé dans la division du cimetière parisien de Bagneux.. Sa tombe a aujourd'hui disparu. Son ami André Calmettes est désigné comme exécuteur testamentaire.

Postérité Peu avant la mort du photographe, les surréalistes, notamment Man Ray, grâce à son assistante Berenice Abbott, découvrent son œuvre. Par la publication de divers articles et ouvrages sur son travail, Berenice Abbott permet de faire connaître la documentation qu'il a constituée sur les quartiers anciens de Paris. Elle dit au sujet d'Atget :

En 1927, l'année de la mort d'Atget, l'administration des monuments historiques et des sites acquiert de son travail.

Du au , s'ouvre le premier Salon indépendant de la photographie, dit « salon de l’escalier » car il se tient dans l’escalier de la Comédie des Champs Élysées, expose des photographies d'Atget aux côtés de celles de Germaine Krull, André Kertesz, Man Ray, Paul Outerbridge. Après cette présentation posthume, son œuvre devient une référence dans les milieux de l’avant-garde photographique. Les thèmes de ses photos inspirent Lucien Vogel, qui lance en l’hebdomadaire d'information illustré VU, et les reportages photographiques que Germaine Krull signe dans ce magazine. En , Pierre Mac Orlan utilise une photo d’Atget pour illustrer son article fondateur sur La Photographie et le fantastique social dans la revue Les Annales. Quand la revue L'art Vivant lance en une enquête sur le thème « La photographie est-elle un art ? », qui fait la promotion de la Nouvelle Vision photographique, c'est une photographie due à Atget qui se trouve en couverture..

L'œuvre photographique d'Atget a particulièrement intéressé le philosophe et critique Walter Benjamin dans son opuscule L'Œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique, ou encore dans sa Petite Histoire de la photographie. Dans le premier ouvrage, le travail photographique d'Atget fait figure de précurseur dans l'histoire de cette nouvelle catégorie esthétique, à savoir la valeur d'exposition :

Les tirages de ses photographies se retrouvent principalement à Paris au musée Carnavalet (), à la Bibliothèque historique de la ville de Paris (), à la Bibliothèque nationale de France (), et au Museum of Modern Art de New York, qui possède une partie du fonds d'atelier d'Atget et des milliers de tirages achetés par Berenice Abbott à la mort du photographe.

Hommages En 1978, la rue Eugène-Atget dans le prend son nom en hommage. En 1980, une rue reçoit le nom d'Eugène-Atget à Libourne. La même année (1980), le collège public de Libourne reçoit son nom. La ville d'Issy-les-Moulineaux a donné le nom d'Eugène Atget à une de ses rues. En 2008, un cratère de la planète Mercure reçoit le nom d'Atget en son honneur.

Expositions Eugène Atget, projection au théâtre antique lors du festival les Rencontres d'Arles en 1972. Rouen vue par Atget, Rouen, bibliothèque municipale, 1979. Les Hauts-de-Seine en 1900. 127 photographies d'Eugène Atget, Sceaux, musée du Domaine départemental de Sceaux, du au . Atget. Une rétrospective, Paris, Bibliothèque nationale de France, du au , Sylvie Aubenas, Guillaume Le Gall, Laure Beaumont-Maillet, Clément Chéroux et Olivier Lugon. Bonjour Monsieur Atget ! Il y a un siècle, promenade photographique au Pays d'Étampes, Étampes, musée intercommunal d'Étampes, du au . Eugène Atget. Paris um 1900, Fotomuseum Winterthur, de mars au . Atget et Sceaux, entre rêve et réalité, écuries du parc de Sceaux, du au . El viejo Paris, Madrid, Fundación MAPFRE, du au . Eugène Atget, Paris, Paris, musée Carnavalet, du au . Paris and its environs. Eugène Atget, Édouard Baldus, Brassaï, Louis-Émile Durandelle, Rémy Duval, San Francisco, Robert Koch Gallery, de juillet à . Eugène Atget, voir Paris ; à la fondation Cartier-Bresson, Paris, du au . Eugène Atget, Poète Photographe, Musée des Beaux-Arts de Libourne - Chapelle du Carmel, du au .

Évocations dans la littérature Michèle Fabien, Atget et Bérénice, Actes Sud-Papiers, coll. « Théâtre », 1989, montée par l'Ensemble Théâtral Mobile, en 1989, à l'occasion des Rencontres d'Arles . Cécile Ladjali, Ordalie, Babel, Actes Sud, Baudouin de Bodinat, Eugène Atget, poète matérialiste, Éditions Fario, Paris, 2014

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie Berenice Abbott, préface Pierre Mac Orlan, Atget, photographe de Paris, Paris, Éditions Jonquières, 1930. Sylvie Aubenas, Arbres inédits d'Atget, Marval, 2002, 104 p. . Sylvie Aubenas, Laure Beaumont-Maillet, Clément Chéroux, Olivier Lugon, Guillaume Le Gall (dir.), Atget : une rétrospective, Hazan, 2007, 287 p. . Jacques Bonnet, Eugène Atget. Un photographe si discret, Les Belles Lettres, coll. « Histoire de profil », 2014, 228 p. . Baudouin de Bodinat, Eugène Atget, poète matérialiste, Paris, Éditions Fario, coll. « Fario éditions », 2014, 53 p. . Laure Beaumont-Maillet, Atget Paris, Hazan, coll. « Photographie », 2003, 787 p. . Walter Benjamin, L'Œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique, traduction Maurice de Gandillac, Gallimard, coll. « Petite collection », 2000, 96 p. . Alain Buisine, Eugène Atget ou la mélancolie en photographie, Jacqueline Chambon, coll. « Rayon Photo », 1994 . Jean de Calan et Guillaume Le Gall, Autour d'Atget. Beauvais, actualité des faubourgs, Imaginayres, 2005 . . Andreas Krase, Hans-Christian Adam et Eugène Atget (photographe), Le Paris d'Atget, Taschen, coll. « Icons », 2004, 252 p. . . Marianne de Meyenbourg, Jean-Michel Cuzin, Fonds Eugène Atget, Hauts-de-Seine, Sceaux, centre de documentation du musée de l'Île-de-France, 1991 . Jean-Claude Lemagny, Sylvie Aubenas, Pierre Borhan, Luce Lebart, Atget le pionnier, Marval, 2000, 199 p. .