( « le Mur ») est le onzième album studio du groupe britannique de rock progressif et son second double album après Ummagumma. Enregistré sur une période de huit mois, l’album est sorti le en Grande-Bretagne et le de la même année aux États-Unis. Il figure dans la liste des grands albums de tous les temps selon le magazine et est le dernier grand succès du groupe. L’album, faisant partie des meilleures ventes de disques à travers le monde avec plus de 30 millions d'exemplaires écoulés depuis sa sortie, est également le double-album le plus vendu au monde.
L’album fait partie d’un grand projet concept à trois volets, le premier étant l’album lui-même, le deuxième sa représentation sur scène et, finalement, un long métrage d’après l’histoire contée dans l’album. La réalisation du projet s’étale sur quatre années ; le projet est créé en 1978, et en dernière phase, le film sort en 1982. Comme les trois albums précédents du groupe (, et ), est un album-concept, mais aussi un opéra-rock ; il traite du thème de l'isolement et de ses conséquences mentales : les chansons suivent toutes un fil conducteur pour former une histoire. De ce fait, l’album est considéré comme plus dur et plus théâtral que les précédents albums de .
marque la dernière véritable entente entre les deux auteurs-compositeurs du groupe, Roger Waters et David Gilmour. Les tensions sont alors croissantes au sein du groupe, avec Waters devenu sa seule force motrice et finissent par mener à l’exclusion du claviériste Richard Wright, qui ne réintègre officiellement le groupe qu’en 1994, longtemps après le départ de Waters. Ce dernier quitte le groupe en 1985, après l’album suivant, , pour entamer une carrière solo.
Historique Contexte vignette|gauche|alt=Stade blanc en forme de dôme devant un champs de fleures.|Le concept de l'album naît lors d'un concert de au stade olympique de Montréal. Au milieu des années 1970, le gouvernement britannique de James Callaghan élève les taux d'imposition pour les plus riches à 83 %. , qui génère alors de gros bénéfices grâce aux ventes de ses albums précédents, choisit d’investir cet argent pour échapper au fisc. Le groupe confie alors la gestion de ses finances à la société Norton Warburg, qui convainc les membres d’investir dans différents commerces, tels que des restaurants flottants. Le travail principal pour lequel Andrew Warburg, fondateur de Norton Warburg, est sollicité, est de déplacer l’argent gagné par dans des comptes d’investissement afin d’éviter la taxation directe. En réalité, Warburg se verse une énorme commission à chaque transfert et fait perdre au groupe une large partie de ses économies. Roger Waters a déclaré plus tard qu'il estimait les pertes du groupe à près de deux millions de livres sterling, soit pratiquement l’ensemble des gains réalisés grâce aux ventes de l'album . Le groupe se retrouve alors dans une situation très précaire, et n’a d’autre choix que de sortir un nouvel album.
En plus de problèmes financiers, les membres de sont extrêmement fatigués et déçus de leur dernière tournée, , qui suit la sortie de l'album . La notoriété du groupe est telle que presque tous les concerts sont donnés dans des stades, devant plusieurs milliers de personnes. Pour David Gilmour, les spectateurs ne semblent plus venir aux concerts de pour les mêmes raisons que lors des tournées passées : en vient alors à regretter les concerts des tournées d'avant , lors desquels le public était généralement très silencieux. Le groupe est alors très critiqué par la presse dès le premier concert de la tournée, après lequel le critique musical Tim Lott du magazine Sounds traite les membres de à l'.
Le membre de qui souffre le plus de cette mésentente avec le public est certainement Roger Waters, leader officieux du groupe. Il exprime déjà son dégoût après un concert au Madison Square Garden le (fête nationale américaine) durant lequel il supporte difficilement les cris du public. Il finit par perdre son sang-froid deux jours plus tard, au stade olympique de Montréal. Alors que près de quatre-vingt mille personnes assistent au dernier concert de la tournée, certains présents déjà depuis la fin de l’après-midi alors que le concert commençait à , un groupe de fans au premier rang se fait particulièrement remarquer par Waters. Celui-ci demande à plusieurs occasions au public de se calmer, en vain, et finit par céder : Waters indiquera plus tard être , mais l’incident donne naissance au concept de .
Écriture Durant l’été 1978, alors que le reste du groupe travaille sur des projets personnels, Roger Waters enregistre deux démos à son domicile, au sud de l'Angleterre. Désireux de renflouer les comptes du groupe, il partage ces deux projets avec ses collègues et son manager pour en faire un nouvel album de . Le premier, nommé The Pros and Cons of Hitch Hiking, intéresse seulement Steve O'Rourke et devient plus tard le premier album solo de Waters. C’est plutôt sur , transformé en , que se tournent les membres de . David Gilmour a déclaré au sujet des deux démos : Quant à Richard Wright, il se souvient avoir pensé : en précisant que c’est la situation financière du groupe qui l’avait poussé à accepter le projet.
Roger Waters voit dans plus qu’un simple album, il veut créer une réelle œuvre multimédia : un double album accompagné d’un film et d’un spectacle digne des productions de Broadway. Pour l’écriture, Waters sent cependant qu’il ne peut pas compter sur Wright et Mason, pas assez impliqués, et ses relations avec Gilmour s’étant détériorées, il ne lui fait pas entièrement confiance. Il contacte alors Bob Ezrin, un producteur canadien qui a travaillé avec sa femme et a produit des albums pour Alice Cooper, Lou Reed, Aerosmith et Peter Gabriel. Ce dernier se met alors à restructurer l’album afin de respecter la longueur usuelle d’un double album. Il élimine quelques chansons, en réécrit d’autres, mais les membres se battent au sujet des crédits de production : Waters ne veut que lui-même, Gilmour et Ezrin comme producteurs, ce que Mason accepte mais qui pose problème à Wright, qui veut garder le même statut que pour les albums précédents. Ne trouvant pas d’accord, les membres de s’accordent pour commencer à travailler sur l’album et à décider des crédits une fois l’enregistrement terminé, tout en confiant le rôle d'arbitre à Ezrin.
Enregistrement Les premières sessions d’enregistrement ont lieu aux studios Britannia Row entre et , mais le groupe n’y enregistre que des démos. C’est à ce moment que Waters contacte Gerald Scarfe afin de commencer à travailler sur les illustrations et l’esthétique de l’album, du spectacle et du film. Scarfe dit alors avoir . En studio, Brian Humphries, qui travaille avec le groupe depuis cinq ans, décide de cesser sa collaboration avec . Sur le conseil d’Alan Parsons, c’est James Guthrie qui prend le poste d’ingénieur du son pour l’album et se voit même proposer un rôle de coproducteur par Steve O'Rourke. explique Nick Mason. La préproduction de l’album continue durant la première partie de 1979, certains enregistrements de basses et de batteries de cette période étant conservés dans la version finale de l’album.
Les difficultés financières du groupe l’obligent à s’expatrier pour continuer l’enregistrement de l’album, les membres évitant de payer des impôts à l’étranger. Comme avant eux, les choisissent de s’exiler en France, à Berre-les-Alpes, du au . travaille alors au studio Super Bear, un ancien restaurant reconverti où la partie la plus importante de va être enregistrée. David Gilmour et Richard Wright connaissent déjà les lieux puisqu’ils y ont enregistré leur premier album solo l’année précédente. Le studio se situant en altitude, le groupe doit trouver un autre studio pour effectuer les prises vocales : explique David Gilmour. Le groupe fait alors venir une bonne partie du matériel de Britannia Row en France, et Roger Waters fixe les heures de travail de 10 à . Wright est le seul à ne pas respecter les horaires : il ne travaille que le soir, de à du matin, avec Guthrie. confie Bob Ezrin. Les quatre membres ne jouent alors presque jamais ensemble et Roger Waters tente de contrôler le processus du début à la fin.
Les premières sessions de batterie de Mason sont jouées dans un espace ouvert au dernier étage des studios de Britannia Row afin de retrouver un . Les enregistrements seize pistes de ces sessions sont mixés et copiés sur un vingt-quatre pistes, comme pistes de guidage pour le reste du groupe. Cela donne aux ingénieurs une plus grande flexibilité, mais a également amélioré la qualité audio du mixage, car les enregistrements originaux des tambours sur seize pistes sont synchronisés avec le sur vingt-quatre pistes et les pistes de guidage dupliquées sont supprimées. Ezrin a plus tard relaté la surprise du groupe face à cette méthode de travail ; ils ont apparemment considéré l'effacement du matériel du sur vingt-quatre pistes comme de la .
vignette|alt=Un piano aux touches blanches et noires au-dessus duquel se trouve une liste de chansons.|Le Prophet-5 utilisé par Richard Wright sur . Au cours de l’été, un conflit naît entre Wright et Waters. Wright n’accepte toujours pas la présence d’Ezrin, qu’il juge inutile, et peine à se remettre du fait qu’il a été écarté du cercle des producteurs du groupe. Selon David Gilmour, Lorsque Waters réalise que la sortie programmée en octobre est compromise, il demande à Wright de partir avec Ezrin à Los Angeles pour rattraper son retard. Waters charge O’Rourke d’en parler à Wright. En plein divorce, celui-ci refuse catégoriquement : Waters, qui juge inacceptable le comportement de Wright, lui laisse alors deux choix : Wright pense d’abord résister pour frustrer Waters, mais il finit par accepter de terminer l’album et reste même pour la tournée qui suit, au titre d'employé.
Columbia Records propose finalement à une nouvelle date de sortie, proche de Noël. En , l’ordre des pistes est en grande partie terminé. Wright termine ses travaux aux Cherokee Studios de Los Angeles, aidé par les musiciens de studio Peter Wood et Fred Mandel, et Jeff Porcaro joue de la batterie à la place de Mason sur Mother. Mason laisse le mixage final à Waters, Gilmour, Ezrin et Guthrie, et se rend à New York pour enregistrer son premier album solo, Nick Mason's Fictitious Sports. Avant la sortie de l’album, des contraintes techniques conduisent à modifier l’ordre de passage et le contenu de : What Shall We Do Now est remplacé par Empty Spaces, similaire mais plus courte, et Hey You est déplacé de la fin de la troisième face au début. À l'approche de l’échéance de , le groupe oublie de modifier la pochette intérieure de l’album, qui comporte plusieurs erreurs.
Orchestre Aux studios Super Bear, Waters accepte la suggestion d’Ezrin d’accompagner plusieurs morceaux, dont Nobody Home, The Trial et Comfortably Numb, par un orchestre. Michael Kamen, qui a déjà travaillé avec David Bowie, est chargé de superviser ces arrangements qui sont interprétés par des musiciens de l’Orchestre philharmonique de New York et du New York Symphony Orchestra, ainsi que par un chœur du New York City Opera. Les sessions sont enregistrées aux studios CBS de New York, sans la présence des membres de . Kamen finit par rencontrer le groupe une fois l’enregistrement terminé.