Marie de Médicis (en italien Maria de' Medici), née le à FlorenceLHistoire du Grand-Duché de Toscane, de Jacopo Riguccio Galluzzi, publiée en 1781, mentionne la date du qui a depuis été reprise par l'ensemble des biographes de Marie de Médicis. Des recherches récentes ont permis de retrouver l'acte de baptême de Marie de Médicis, , en date du et corriger en conséquence une erreur perpétuée pendant deux siècles. , qui renvoie à une communication de Maria Fubini Leuzzi intitulée Maria dei Medici. La costruzione di una regina : dall infanzia al matrimonio au colloque Medici Women as Cultural Mediators (1533-1743) (Florence, 2008). et morte le à Cologne, est une reine de France et de Navarre de 1600 à 1610 par son mariage avec . Veuve en 1610, elle assure la régence au nom de son fils, le roi , jusqu'au . Elle devient chef du Conseil du roi à la suite du lit de justice du , et ce jusqu'en 1617, date de la prise de pouvoir de son fils.
Biographie Enfance gauche|vignette|Marie de Médicis enfant. left|thumb|Marie de Médicis, vers 1595 par Pietro Facchetti. Marie est le sixième enfant de (1541–1587), grand-duc de Toscane, et de Jeanne d'Autriche (1548–1578), archiduchesse d'Autriche, fille de et d’Anne Jagellon. Sa mère meurt des suites de couches alors qu'elle a deux ans et son père se remarie avec sa maîtresse, Bianca Cappello qui devient grande-duchesse. Les quatre enfants survivants du duc et de la défunte Jeanne, Eléonore, Anne, Marie et le cadet Philippe vivent au Palais Pitti avec les enfants de la sœur du grand-duc, Isabelle de Médicis, Virginio et Léonore. Les enfants étudient les sciences, les mathématiques, la philosophie, l'astronomie ainsi que les arts.
Marie passe une enfance triste et solitaire, au palais Pitti à Florence ; elle a pour seuls compagnons ses deux sœurs, Anne et Éléonore, et un frère, Philippe. Son frère et sa sœur Anne mourront tous deux très jeunes, il ne lui restera que sa sœur aînée Éléonore qui, quelques années plus tard, sera mariée au duc de Mantoue. Après le mariage de sa sœur en 1584, il ne lui restera pour seul compagnon de jeux que son cousin germain Virginio Orsini sur qui elle reporte toute son affection. Après le départ d'Éléonore, sa marâtre fait venir une compagne au Palais Pitti pour Marie, une jeune fille du nom de Dianora Dori qui sera rebaptisée Léonora. Cette jeune fille de quelques années plus âgée que Marie va prendre sur cette dernière une très grande influence au point que Marie ne décidera plus rien sans lui en parler d'abord.
Le , de Médicis et Bianca Cappello meurent l'un après l'autre en l'espace de quelques heures. Orpheline, Marie est considérée comme l'héritière la plus riche d'Europe.
Son oncle monte sur le trône de Toscane et épouse Christine de Lorraine, petite-fille de la reine de France Catherine de Médicis. Nonobstant son désir de donner un héritier à sa dynastie, il fait donner à ses neveux et nièces orphelins une bonne éducation. Marie apprécie particulièrement les disciplines scientifiques et notamment les sciences naturelles, elle se passionnera pour les bijoux et les pierres précieuses. Très dévote, elle est réputée avoir peu de jugement et de largeur d'esprit et dépendre terriblement de son entourage.
Proche des artistes de sa Florence natale, elle est formée au dessin par Jacopo Ligozzi, où elle se montre très douée ; elle joue aussi de la musique (chant et pratique de la guitare et du luth), apprécie le théâtre et la danse et jouer la comédie.
Elle est décrite comme une femme de belle prestance, assez grande, au teint blanc, aux petits yeux bleus et aux cheveux châtains.
La richesse des Médicis attire vers Marie de nombreux prétendants, notamment le comte de Vaudémont, frère cadet de Christine de Lorraine, grande-duchesse de Toscane, mais surtout tante et tutrice de Marie.
Mais un parti plus prestigieux se présente, le roi de France .
Reine de France
Le mariage d' avec Marie de Médicis répond avant tout pour le roi de France à des préoccupations dynastiques et financières. En effet, Marie de Médicis est la petite-fille de l’empereur romain germanique , ce qui permet d’assurer légitimement une descendance royale en France. De plus les Médicis, banquiers créanciers du roi de France, promettent une dot d'un montant total de d'or ( de livres dont payé au comptant pour annuler la dette contractée par la France auprès de la banque Médicis)., ce qui vaudra à la reine le surnom de « la grosse banquière » (expression de sa rivale jalouse, la maîtresse du roi Catherine Henriette de Balzac d'Entragues)..
Le contrat de mariage est signé à Paris en et les cérémonies officielles sont organisées en Toscane et en France du mois d’octobre au mois de décembre de la même année : le mariage par procuration a lieu à Florence en l'absence du roi qui a délégué une forte ambassade et son favori Roger de Bellegarde qui « épouse » Marie le dans la cathédrale Sainte-Marie-de-la-Fleur. La future reine quitte Florence pour Livourne le , accompagnée de deux mille personnes qui constituent sa suite, et embarque ensuite pour Marseille qu'elle atteint le suivant. C'est Antoinette de Pons, marquise de Guercheville et dame d'honneur de la future reine, qui est chargée de l'accueillir à Marseille. La marquise a si bien su résister aux projets galants du roi que celui-ci lui a dit : « Puisque vous êtes réellement dame d'honneur, vous la serez de la reine ma femme ». À sa grande fureur, Marie constate que son époux royal ne s'est même pas déplacé pour l'accueillir. Après son débarquement, Marie de Médicis rejoint Lyon le . Ils se rencontrent enfin le et, après le souper, passent leur nuit de noces. Le , le légat pontifical enfin arrivé, donne sa bénédiction à la cérémonie religieuse du mariage dans la cathédrale Saint-Jean de Lyon.
vignette|Le cardinal de Joyeuse couronne Marie de Médicis en 1610, par Pierre-Paul Rubens.
Marie de Médicis est rapidement enceinte et met au monde le dauphin Louis le au grand contentement du roi et du royaume qui attendent la naissance d'un dauphin depuis plus de quarante ans. Marie continue son rôle d'épouse et donne à son mari une nombreuse progéniture ( en l'espace de ), excepté les années 1603-1606, période pendant laquelle porte ses assiduités vers ses maîtresses.
Marie de Médicis ne s'entend pas toujours avec . D'un tempérament très jaloux, elle ne supporte pas ses aventures féminines et les nombreuses indélicatesses de son époux à son égard. En effet, il l'oblige à les côtoyer et lui refuse souvent l'argent nécessaire pour régler toutes les dépenses qu'elle entend réaliser pour manifester à tous son rang royal. Des scènes de ménage ont lieu, suivies de périodes de paix relative. Marie de Médicis tient beaucoup à se faire couronner officiellement reine de France, mais , pour diverses raisons, politiques notamment, repousse la cérémonie.
Il faut attendre le , et le départ imminent d' en guerre pour la succession du duché de Juliers, pour que la reine soit couronnée en la basilique Saint-Denis, afin de conférer une plus grande légitimité à la reine dans la perspective d'une possible régence qu'elle serait appelée à assurer en l'absence du roi.. Le lendemain, est assassiné par Ravaillac, ce qui soulève d'emblée les suspicions d'une conspiration..
La régente
thumb|Lettre autographe de Marie de Médicis adressée à Archives Nationales AE-II-799.
Lorsque meurt assassiné le , Marie de Médicis assure la régence au nom de son fils, , âgé de seulement et beaucoup trop jeune pour régner par lui-même. Marie commence par garder les conseillers de son époux. Par la suite, elle s'en sépare et se fait gouverneur de la Bastille. Régente, elle est en position de faiblesse à l'égard de la noblesse du royaume et des voisins européens. Pour affermir son autorité sur le trône de France, elle n'a de cesse de développer un grand protocole emprunté à la cour d'Espagne. Interprète de ballets, collectionneuse, elle déploie un mécénat artistique qui contribue à développer les arts en France. Très vite, elle se rapproche de l'Espagne et concrétise en 1615 un axe catholique avec un double mariage franco-espagnol : son fils, le roi , épouse Anne, infante d'Espagne, et sa fille, Élisabeth, épouse l'infant .
La politique de la reine provoque néanmoins des mécontentements. D'une part, les protestants s'inquiètent du rapprochement de Marie avec Sa Majesté Très Catholique, le roi d'Espagne, . D'autre part, Marie de Médicis tente de renforcer le pouvoir monarchique en s'appuyant sur sa dame d'atours, Leonora Galigaï, sa compagne de jeux d'autrefois, et sur l'époux de celle-ci, Concino Concini, ce qui déplaît profondément à une partie de la noblesse française. , la noblesse désigne comme responsables de tous les maux du royaume ces immigrés italiens favoris de Marie. Ils s'enrichissent, dit-elle, à ses dépens. Profitant de la faiblesse intrinsèque à une régence, des nobles de grandes familles, le prince de Condé, prince du sang à leur tête, se révoltent contre Marie de Médicis pour obtenir eux aussi titres et compensations financières.
En application du traité de Sainte-Menehould (), la reine convoque les états généraux à Paris. Le prince de Condé ne parvient pas à structurer son opposition au pouvoir royal. Cependant, Marie de Médicis s'engage à concrétiser l'alliance avec l'Espagne et à faire respecter les thèses du concile de Trente. Les réformes de la paulette et de la taille restent lettre morte. Le clergé joue le rôle d'arbitre entre le tiers état et la noblesse qui ne parviennent pas à s'entendre. Le lieutenant civil Henri de Mesmes déclarant ainsi que les ordres étaient frères et enfants d'une mère commune, la France, un des représentants de la noblesse lui répond qu'il se refuse à être le frère d'un enfant de cordonnier ou de savetier. Cet antagonisme profite à la Cour qui prononce bientôt la clôture des états généraux. La régence est officiellement close à la suite du lit de justice du qui déclare majeur, mais Marie de Médicis devient alors chef du Conseil du roi de France, et dans les faits garde tout son pouvoir.
Une période de calme relatif suit les cérémonies du mariage de avec Anne d'Autriche le à Bordeaux.
Un an après la fin des états généraux, une nouvelle rébellion de Condé permet son entrée au Conseil du roi par le traité de Loudun du , qui lui accorde également la somme d'un million et demi de livres et le gouvernement de la Guyenne.
Pendant ce temps, les protestants obtiennent un sursis de six ans à la remise de leurs places de sûreté au pouvoir royal.
En 1616, les exigences de Condé deviennent si importantes que Marie le fait arrêter le et conduire à la Bastille. Le duc de Nevers prend la tête de la noblesse en révolte. Le , Richelieu est nommé secrétaire d'État pour la guerre et les Affaires étrangères.