Charles-Alexandre de Calonne, comte d'Hannonville, est un magistrat, administrateur, économiste et homme politique français, né à Douai le et mort à Paris le . Ministre et contrôleur général des finances de Louis XVI, il propose une réforme du système fiscal (un impôt universel) que les deux ordres privilégiés (clergé et noblesse) doivent payer également. Sa proposition est rejetée et il est renvoyé disgracié. Entre 1783 et 1787, il s'est retrouvé au cœur des grandes spéculations boursières sous Louis XVI.
Biographie Famille Fils de Louis de Calonne, premier président du parlement de Flandres, et d'Henriette de Francqueville d'Abancourt, et frère de Jacques Ladislas Joseph de Calonne, Charles Alexandre de Calonne est issu d'une famille tournaisienne de parlementaires appartenant à la noblesse. Il est l'oncle maternel de Charles-Xavier de Francqueville d'Abancourt, dernier ministre de la Guerre nommé par Louis XVI, massacré par le peuple devant les grilles du château de Versailles, et de l'épouse du maître des requêtes Benoît Georges Raillard de Granvelle.
En 1769, il épouse Marie-Joséphine Marquet (1750-1770), fille d'un receveur général des finances, qui compte dans sa famille proche un directeur général des Vivres, deux receveurs généraux des finances, un fermier général, un garde du Trésor et un banquier. Par ce mariage avantageux, il se lie au milieu de la haute finance (notamment aux frères Pâris, la mère de sa femme étant une demoiselle Pâris-Duverney). Calonne se remarie le dans la chapelle du château d'Abancourt avec Anne Rose Josèphe de Nettine, veuve de Joseph Micault d'Harvelay et belle-sœur du banquier Jean-Joseph de LabordeArchives départementales du Nord, registre paroissial d'Abancourt, 1737-1792, vue 350, acte de mariage..
Une carrière de serviteur du roi (1763-1783) Après des études de droit à Paris, Calonne accomplit une carrière rapide et brillante au service de la monarchie. Il est successivement avocat général au conseil supérieur de l'Artois puis procureur général au parlement de Flandre à Douai.
Nommé maître des requêtes en 1763, il est envoyé en Bretagne deux ans plus tard, chargé de négocier secrètement avec La Chalotais, qu'il rencontre le . Il use de son influence pour adoucir la sentence de l'intéressé, même s'il est ensuite accusé par ce dernier de l'avoir trahiLa Chalotais affirma que Calonne avait remis au chancelier une lettre confidentielle qu'il lui avait confiée. Pour se justifier, Calonne déclara qu'il avait serré cette lettre dans un portefeuille qu'il avait oublié chez le ministre..
Il est l'auteur du Règlement de 1765 qui marque les limites de l'intervention des parlements dans les affaires ecclésiastiques. En 1766, il contribue (avec Gilbert de Voisins, Joly de Fleury, Bertier de Sauvigny et d'Aguesseau de Fresnes) à la rédaction du discours prononcé par Louis XV devant le parlement de Paris, lors de la « séance de la flagellation » de , par lequel Louis XV rappelle aux Parlements, de manière cinglante, que le roi est la source de toute autorité.
Il est récompensé de ces services par une nomination comme intendant des Trois-Évêchés à Metz (1766)Il achète au cours de cette intendance, en 1770, le château d'Hannonville-sous-les-Côtes, aujourd'hui détruit à l'exception d'un bâtiment de communs puis comme intendant de Flandre et Artois à Lille (1778). Il y démontre, pendant 17 ans, de remarquables talents d'administrateur en suggérant dans ses généralités des projets de réforme qu'il reprendra plus tard à une grande échelle. Il en profite également pour se créer des appuis dans la noblesse, comme celui du gouverneur des Trois-Évêchés, le duc de Broglie ou bien celui du prince de Condé qui le remarque lorsqu'il vient, en 1782, inspecter les places du Nord. Il devient également l'intime du commandant de Flandre, Anne Louis Alexandre de Montmorency, prince de Robecq, et du duc de Guiche, gendre de de Polignac. Ce milieu lui convient mieux que son milieu d'origine, la noblesse de robe ; spirituel, brillant, aimable, il se sent à l'aise parmi la noblesse de cour.
Dans ces divers emplois, Calonne démontre sa fidélité au Roi et acquiert une réputation d'habileté, que ternit quelque peu son absence de scrupulesOn lui prête ce mot : Pour autant, il ne semble pas s'être enrichi en charge, et il dépensa dans l'émigration la quasi-totalité de sa fortune et mourut pauvre.. Extrêmement doué, intelligent, rapide et sûr de jugement, éloquent et charmeur, séduisant, il est aussi de tempérament insouciant, confinant souvent au cynisme.
Contrôleur général des finances (1783-1787) Calonne ambitionne d'être nommé contrôleur général des finances. Il pense pouvoir réussir dans cet emploi, même dans la crise dramatique que connaissent les finances de la monarchie. En 1781, il est de ceux qui complotent pour obtenir le renvoi de Necker : on lui a souvent attribué un violent libelle contre le ministre, la Lettre du marquis de Caracciole à M. d'Alembert ().
Ses soutiens – au sein de la Cour, dans les milieux parisiens de la robe et des officiers des finances – font campagne pour sa nomination, et parviennent à créer, en sa faveur, sinon un mouvement d'opinion, du moins une attente et même un engouement. Le président Nicolaï le remarquera en recevant le serment du nouveau ministre devant la Chambre des comptes : Cependant, selon l'ambassadeur d'Autriche, Florimond de Mercy-Argenteau, l'image de Calonne auprès de l'opinion était extrêmement mauvaise. Dès le , les bulletins de police notent que sa nomination est bien accueillie par mais observent que cité in : Françoise Bayard, Joël Félix, Philippe Hamon, Op. cit..
Louis XVI, pourtant, prévenu contre Calonne, hésite à le nommer et ne s'y résout que le , après l'échec calamiteux du ministère d'Ormesson. Le nouveau contrôleur général doit son élévation à de solides appuis au sein des milieux financiers, avec lesquels il est lié par sa défunte femme et par sa maîtresse. À la Cour, le clan Polignac, très lié à la Reine, ainsi que le comte d'Artois, le soutiennent ; au sein du gouvernement, il est recommandé par Vergennes qui, depuis la mort de Maurepas, est celui qui a le plus d'influence sur le Roi pour les nominations ministérielles. Une fois contrôleur général, Calonne est ensuite nommé ministre d'État le .
Le dessein Selon Jean de Viguerie, Jean de Viguerie, Op. cit., .
Il en révèle les grandes lignes dans son discours devant la Chambre des comptes, où il se rend escorté par des maîtres des requêtes, des intendants des finances et des députations des fermiers généraux, le :
La priorité du nouveau ministre est de rétablir le crédit public, que les mesures prises par son prédécesseur ont fait tomber au plus bas. Pour cela, estime-t-il, il faut paraître riche : cité in : Pierre Jolly, Op. cit., .
Calonne est tout à fait hostile aux idées de Necker sur la nécessaire compression des dépenses. La déflation n'est pas son style, plutôt adepte avant l'heure de la relance. Comme l'observe , il met Herbert Lüthy, Op. cit. Ses ennemis l'en ont vivement blâmé, réduisant son ministère à la revanche des officiers des finances sur la banque et critiquant l'abandon des réformes administratives que Necker avait entreprises afin de rendre plus efficace l'administration et réduire les dépenses inutiles. Déroutante, sa politique a été diversement interprétée : Pour Louis Blanc, Calonne a délibérément cherché à mettre la monarchie en faillite pour contraindre les parlements et les privilégiés à accepter une réforme radicale des structures économiques et financières du pays ; Pour d'autres historiens, Calonne a préfiguré les politiques keynésiennes et se serait efforcé d'asseoir le développement de l'industrie sur la constitution de groupes financiers puissants, rassemblés autour de lui et du baron de Breteuil.
En réalité, Calonne a d'abord cherché, de manière avant tout pragmatique, à rétablir le crédit pour se lancer dans une politique d'emprunts forcenée. Celle-ci a eu pour effet de relancer l'activité mais aussi d'alimenter la spéculation. Redoutant un effondrement de la bourse et à bout d'expédients, Calonne s'est alors engagé mais trop tard dans une réforme de fond et de grande ampleur en convoquant l'Assemblée des notables, mais celle-ci l'a conduit à sa perte.
Les premiers succès Lors de son entrée en fonction, Calonne hérite une situation financière désastreuse : Les recettes, évaluées à 270 millions pour l'année 1783, ne se montent qu'à 190 millions, dont 178 millions ont été anticipés ; Les arrérages de rentes et les remboursements des emprunts se montent à 250 millions ; Les dettes exigibles représentent 390 millions, dont 220 millions pour le seul service de la guerre, la fin des hostilités avec la Grande-Bretagne impliquant d'honorer sans attendre les dettes contractées durant le conflit.
Cette crise financière se double d'une crise de trésorerie, qui a amené Lefèvre d'Ormesson à recourir aux expédients qui ont causé sa perte, et d'une crise de confiance résultant des mesures drastiques prises par d'Ormesson à l'égard des rentiers et des financiers. Ces derniers, emmenés par Joseph Micault d’Harvelay, menacent d'ailleurs de retirer leurs fonds si le Gouvernement ne revient pas sur la suppression de la ferme générale.
Dans de telles circonstances, Calonne comprend que ses seules ressources consistent dans le crédit :
Le rétablissement du crédit de l'État Pour rassurer les financiers, Calonne commence par revenir sur la transformation de la ferme générale en régie intéressée décidée par son prédécesseur d'Ormesson (). Un arrêt du Conseil du décide d'une augmentation du capital de la Caisse d'escompte qui est porté à 17,5 millions.
Grâce à des piastres en provenance d’Espagne, le contrôleur général peut revenir plus tôt que prévu sur le cours forcé des billets de la Caisse d'escompte, autre mesure impopulaire de d'Ormesson, et lancer un premier grand emprunt.
Au mois d', un arrêt du Conseil décide que le paiement des arrérages des rentes sera désormais acquitté à leur terme exact, mesure d'apparence modeste mais qui comble d'aise les rentiers, jusque-là plutôt habitués à être traités comme d'importuns solliciteurs. Un autre arrêt du Conseil ordonne le remboursement des rescriptions qui avaient été suspendues en 1770 par l'abbé Terray. Enfin, un édit, toujours en , crée une nouvelle Caisse d’amortissement qui devait rembourser en 25 années des dettes de l’État sur un total de Cette caisse cessa de fonctionner dès 1786 et ne remboursa que 17,4 millions en deux ans. Elle servit surtout de mécanisme de refinancement..
La relance de l'activité économique Calonne prend rapidement diverses mesures utiles pour stimuler la croissance économique : thumb|Édit de création de la troisième Compagnie des Indes. Les réformes monétaires de Calonne en 1785 réduisent la spéculation sur l'or, qui absorbait une part importante des capitaux disponibles. La poursuite du percement du canal de Bourgogne, au point mort, est rendue possible par des lettres patentes du qui prorogent divers droits. Les travaux pour améliorer la navigation de la Saône sont rendus possibles par des lettres patentes du , accordant une remise de sur le bail du péage de Mâcon et autorisant les États de Mâconnais à emprunter . Pour faciliter le transport du bois dans la Meuse, il fait ouvrir en 1786 une route forestière de 25 kilomètres qui porte son nom (tranchée de Calonne). Des travaux sont conduits dans les ports maritimes à Cherbourg, Dunkerque et dans plusieurs autres grandes villes. Le statut de port franc est accordé à Lorient, Bayonne et Saint-Jean-de-Luz.