Le terme noblesse peut désigner une qualité qui peut être morale ou institutionnelle, et qui, dans le second cas, peut être détenue à titre personnel ou bien dynastique, révocable ou héréditaire. distingue dès le la noblesse morale de la noblesse politique.

Noblesse morale

La « noblesse morale » n'est ni un ordre social, ni une caste, ni un apanage, mais une forme de responsabilité philanthropique, un comportement vertueux et généreux, que tout homme de toute condition peut adopter selon sa vocation et son éducation : Grégoire de Nazianze la divise en « trois genres ». Le premier consiste à s'efforcer d'être et d'agir comme Dieu est censé l'attendre de nous, le deuxième à se purifier en résistant à la possible corruption de notre nature humaine, le troisième à cultiver et partager les dons et les savoirs que nous possédons. Gilles-André de La Rocque écrit dans son Traité de la noblesse que celle-ci ne donne point de droits mais bien des devoirs, dont un comportement désintéressé dans les activités humaines ou sociales, sans rechercher ni profit individuel, ni lucre, ni usure, ni prostitution, que ce soit dans la fonction publique, la justice, les forces armées, l'administration, les arts libéraux… Quant à la dignité, l'« honneur », il provient surtout de la défense des valeurs collectives, et non de l'intérêt, de la dépense ou du défi, et il est antinomique d'une attitude utilitaire ou vénaleHonoré de Balzac, La Comédie humaine..

Noblesse politique

vignette|Les trois ordres de la société féodale : laboratores (travailleurs), oratores (prieurs) et bellatores (combattants). vignette|Enluminure médiévale (British Library) : le clerc, le guerrier et le producteur. Du point de vue des sciences sociales, historiques et politiques, la notion de « noblesse » renvoie généralement à une caste aristocratique souvent endogame et consanguine, désigne alors la condition d'un groupe social distinct et hiérarchisé jouissant de privilèges spécifiques. Dans la plupart des cultures, la noblesse remonte, non seulement comme lignées, mais comme caste de dirigeants combattants, aux « fonctions tripartites indo-européennes » (guerrière, religieuse et économique) décrites par Georges Dumézil à propos des sociétés indo-européennes (mais qui existaient aussi ailleurs)Georges Dumézil, Jupiter Mars Quirinius, Gallimard, Paris 1941Georges Dumézil, Mythe et Épopée I. et II., Gallimard, Paris 1995, : L'Idéologie des trois fonctions dans les épopées des peuples indo-européens et Types épiques indo-européens : un héros, un sorcier, un roi..

Histoire de la noblesse politique

L'anoblissement est apparu avec l'émergence des sociétés sédentaires et organisées d'agriculteurs, d'éleveurs, de marchands et d'artisans ayant besoin de défenseurs professionnels ayant les moyens de s'armer eux-mêmes et leurs compagnons.. Il consiste à coopter une personne au rang des nobles en raison de ses capacités à combattre et commander d'autres combattants, des mérites ainsi acquis ou de sa fortuneGilles-André de La Rocque, Traité de la noblesse.. Dans cette noblesse politique, l'ancienneté (les « quartiers de noblesse ») apparaîtra à Sébastien Le Prestre de Vauban comme « le premier critère de dignité »Sébastien Le Prestre de Vauban, Les oisivetés de Monsieur de Vauban, ou Ramas de plusieurs mémoires de sa façon sur différents sujets, éd. Champ Vallon, 2007 ..

La « noblesse » institutionnelle d'un État (en général une monarchie, mais aussi des républiques comme Rome ou Venise), ou d'une province de ce pays, regroupe la minorité dominante d'un ensemble de familles détenant, le plus souvent héréditairement, des fonctions d'autorité militaire, politique, civile ou religieuse plus ou moins étendues, dans le cadre d'un statut privilégié comprenant des exemptions (le plus souvent de taxes et d'impôts) et des charges et emplois publics rémunérés (collecte des taxes et impôts, administration des provinces, levée des armées, conduite des guerres…) dits alors emplois nobles, ainsi que de sacerdoces réservés (lorsque ces fonctions sont religieuses, comme chez les lévites ou les brahmanes, on ne parle pas de noblesse, mais de caste sacerdotale).

Charles Fourier en 1822 représente seize castes et sous-castes sociales dont il analyse le « courant ascendant » de sentiments d'envie et de haine, et le « courant descendant » de sentiments de morgue et de mépris : Charles Fourier, Traité de l'association domestique agricole, Boussange, 1822 ..

La noblesse est donc une classe sociale que l'on rencontre dans la plupart des sociétés sédentaires traditionnelles, dès lors que la fonction guerrière est distinguée par les pouvoirs économiques et religieux (tripartition), comme chez les Romains ou les Celtes avec la classe des chevaliersJules César, « », sur forumromanum.org, Guerre des Gaules, Les Belles Lettres, 1926, , 15.. Les modalités d'entrée et de maintien dans cette classe ont varié selon les époques et les pays, mêlant initiation, capacités et hérédité. Elle se trouve à toutes les époques et dans de nombreux types de sociétés, aussi bien antiques, comme en Grèce, que chez les peuples premiers, et jusqu'aux États-nations modernes.

Dans la Grèce antique, il existait quatre termes qui, en grec ancien, servaient à désigner les groupes humains : , « noble lignée » ; , « peuple assemblé » ; , « ensemble des citoyens libres. » et , « classe d'êtres d'origine commune ». Le pouvoir politique, le droit de propriété et les privilèges ont progressivement diffusé, dans l'Athènes antique, de la première à la deuxième et troisième catégories, tandis que les métèques relevaient de la quatrième et les esclaves d'aucune, leur statut étant proche de celui du bétailYouval Rotman, Les Esclaves et l'esclavage de la Méditerranée antique à la Méditerranée médiévale, - siècles, Les Belles Lettres, Paris 2004, 403 p. . L'exemple le plus connu de noblesse grecque antique est celui des EupatridesCarl Roebuck, « Three classes (?) in early Attica », in : Hesperia, vol. 43-4, , 1974..

Dans la Rome antique, les gens (familles au sens élargi) s'enorgueillissaient de l'ancienneté de leurs lignées, qui n'était pas forcément biologique (génétique) en raison de la pratique fréquente des adoptions, et qui ne connaissaient pas la transmission héréditaire du pouvoir public. Il s'agissait surtout de la transmission d'un nomen et d'un patrimoine. L'acquisition des pouvoirs publics était individuelle, au fil du cursus honorum au service de la res publica (l'intérêt public) ou du princeps. On obtenait un honor ou charge publique, soit par élection républicaine, soit par nomination sénatoriale ou impériale.. Des homines novi, sans être « bien » nés, pouvaient aussi être élus ou nommés à un honor élevé et ainsi devenir chef et souche d'une nouvelle famille noble..

Dans l'antiquité tardive, en Europe, la nobilitas de l'Empire romain est régie par les codes de ThéodoseCode théodosien, VIII, 4, 28. et de JustinienCode justinien, , 25, 1 ; , 69, 1 et , 19, 2.. Après les grandes invasions, au haut Moyen Âge, la nobilitas resta en vigueur dans l'Empire romain d'Orient (mégarchontes) et fut en partie adoptée, mais aussi transformée, par les royaumes germaniques en Occident., par les slaves occidentaux et les hongrois en Europe centrale, et par les États orthodoxes (grecs, slaves ou valaques) en Europe du Sud-Est. L'éducation classique des jeunes nobles à la cour des rois comportait une formation à la fois physique et intellectuelle leur permettant de faire carrière dans la hiérarchie civile, militaire ou religieuse de leur royaume..

Dans de nombreux pays, la noblesse a été abolie comme institution. En France, elle a été supprimée sous la Révolution française en 1789, rétablie sous le Premier Empire en 1804, et à nouveau supprimée sous la Troisième République en 1870 ; les titres de noblesse, qui sont considérés comme un accessoire du nom, peuvent toujours être officiellement enregistrés auprès du ministère de la Justice (afin d'être transcrits à l'État civil). Dans les pays ayant été gouvernés par un parti unique se réclamant du communisme, non seulement les titres et indicateurs de noblesse furent abolis et les biens matériels nationalisés, mais les anciens nobles, considérés comme finirent pour beaucoup leurs existences dans les camps de travaux forcés comme ceux du Goulag ou du Laogai, à moins qu'ils aient réussi à s'échapper et à s'exiler à temps (cas de nombreux nobles russes à Paris, Londres et Berlin dans les années 1920). Dans leurs pays d'origine, les survivants ont perdu leur statut social et une grande partie de leur mémoire familiale, car durant les longues années de dictature (en moyenne un demi-siècle), faire valoir ce qui y était considéré comme un « passé dont il faut faire table rase » (selon un couplet de l'Internationale) pouvait entraîner des persécutions et conduire en camp de travail « rééducatif »..

Après l'ouverture du rideau de fer et la chute des régimes communistes en Europe, les descendants de ces survivants qui ont revendiqué la restitution de leurs biens familiaux nationalisés ont, pour la plupart, échoué en raison de la complexité des procédures, des preuves exigées et du coût des démarches judiciaires. Seules les familles nobles les plus puissantes financièrement ont obtenu la restitution d'une partie de leurs anciennes propriétés dans les pays, comme la République tchèque ou la Roumanie, où la législation le permet : c'est le cas des héritiers de la famille autrichienne Schwarzenberg qui a obtenu la restitution du château d'Orlík au sud de Prague, et, en Transylvanie, des héritiers du comte hongrois Daniel BánffyRétrocession foncière à la famille Bánffy le 5 juillet 2018 sur ., des Habsbourg d'AutricheLe château de Bran a été restitué le 26 mai 2006 à Dominic von Habsburg, architecte vivant aux États-Unis : George Avanu, Bran Unique Places of Romania, 2-nd ed., ou des Hohenzollern de RoumanieLe palais de Sinaia a été restitué à l'ex-roi Michel de Roumanie le 16 juin 2008 : Le courrier des BalkansRestitution des biens en Roumanie : le roi Michel de retour en son domaine de Peles..

Dans la mesure où les privilèges, titres et indicateurs ont été abolis, l'existence d'une noblesse est compatible avec l'exercice de la démocratie, par exemple au Royaume-Uni où elle a été conservée après la Glorieuse Révolution et ailleurs en Europe où elle a perduré après les révolutions de 1848. Une pairie et des titres de noblesse existent toujours légalement au dans plusieurs pays européens, comme la Belgique, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Suède, l'Espagne, Saint-Marin, le Luxembourg. Le pouvoir législatif est exercé en partie par des représentants de la noblesse, comme c'était le cas au Royaume-Uni avec la Chambre des lords jusqu'à la fin du . Ce fut le cas aussi en France au avec l'ancienne Chambre des pairs.

En droit international il n'y a pas de noblesse et il n'existe pas d'ordre de noblesse international : la noblesse de chaque pays lui est donc spécifique, même si certains types de noblesse peuvent être communs à plusieurs pays (à titre d'exemple les barons, comtes, marquis, ducs, archiducs, princes sont globalement similaires en Europe occidentale et centrale tandis que les joupans, boyards, hospodars et voïvodes sont communs aux pays d'Europe orientale). Il existe en revanche des ordres internationaux dont certains sont initiatiques et qui, bien qu'usant de grades, de titres et de symboles, ne sont pas des ordres de chevalerie ou de noblesse, car ils sont ouverts à tous par cooptation (même si réunir tous les critères est ardu) et n'ont aucun caractère héréditaire ou transmissibleAlain Demurger, Chevaliers et chevalerie expliqués à mes petits-fils, Seuil, 2009Monique et Jean-Marc Carat, Marc De Jode, Dictionnaire universel de la franc-maçonnerie, Larousse 2011, .