La valeur-travail est un concept d'économie selon lequel le travail, créateur de richesse, est ce qui donne sa valeur au bien. Cette approche théorique est utilisée notamment par Adam Smith, David Ricardo puis Karl Marx. Pour les économistes classiques et marxistes, la valeur d'un bien peut être objectivement déterminée par la quantité de travail nécessaire à la production. Cette théorie de la valeur est contestée par les tenants de l'école néo-classique, qui lui préfèrent une conception subjective de la valeur, où l'utilité en serait la source.

Concept Détermination du prix du bien

Le concept de valeur-travail est une réponse théorique développée par des penseurs qui cherchent à déterminer s'il existe une cause objective à la valeur d'échange pouvant expliquer les prix des marchandises, les profits et les rentes.

Valeur et richesse

Ricardo a travaillé sur une distinction entre valeur et richesseDavid Ricardo, Des principes de l'économie politique et de l'impôt, chap. XX.

Autrement dit une meilleure productivité fait varier à la baisse de la valeur des biens mais non pas la richesse qu’ils représentent.

Par contre, la rareté (l'existence en quantité limitée) des biens fait augmenter la valeur de ceux-ci. Ils sont difficilement réalisables. La quantité de travail nécessaire pour les produire est élevée. D'où, une faible productivité. Ils sont donc moins enrichissants. Les biens abondants, ceux qui existent en quantité illimitée et qui ne sont pas donc rares comme la pluie ou les rayons solaires sont gratuits et n'ont aucune valeur. Ils n'exigent aucun effort pour les produire. La quantité de travail utilisée pour les obtenir est nulle. Mathématiquement, ils ont une productivité qui tend vers l'infini. La richesse qu'ils représentent est donc inestimable.

L’accroissement de la richesse repose donc sur la diminution de la valeur des biens, permise par l’amélioration des techniques, la division du travail, la découverte de nouveaux marchés. Par ailleurs, l’apport de la nature vient modifier la richesse et non la valeur.

Histoire Avant Adam Smith Plusieurs auteurs écrivent, dès le , sur le rôle du travail dans la détermination du prix d'un bien. William Petty écrit que le travail est le père et la nature la mère de la richesseWilliam Petty, A Treatise of Taxes and Contributions, 1662, Economic Writings, 1, t. I : . Pour David Hume, la monnaie n'est qu'un voile car les biens s'achètent en réalité en échangeant du travail ()David Hume, Political Discourses, 1752 : . John Locke, dans son Traité du gouvernement civil, défend la valeur-travail en soutenant que .

Adam Smith Adam Smith propose une nouvelle distinction conceptuelle. La valeur est pour lui divisée entre la « valeur en usage » et la « valeur d'échange »http://fr.wikisource.org/wiki/Page:Smith_-_Recherches_sur_la_nature_et_les_causes_de_la_richesse_des_nations,_Blanqui,_1843,_I.djvu/123 . La valeur d'échange est en partie déterminée par le travail qui se trouve objectifié dans le bien. Ainsi, Adam Smith, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, I.v.

La valeur du travail est invariante et permet d'évaluer tous les biens. L'argent qui permet d'échanger les biens n'est qu'une reconnaissance de cette valeur. En effet, .

Smith passe par de l'histoire de l'économie pour expliquer le rôle du travail dans la détermination de la valeur. Il écrit que traduction par easynomie.com.

Smith et Malthus Adam Smith et Thomas Malthus raisonnent dans une hypothèse d'« âge d'or » de l'humanité. À cette époque, la terre est un bien libre dont les ressources sont utilisées gratuitement par l'homme et le capital n'est pas encore connu comme faisant partie des facteurs de production et donc seul le travail est productif. La valeur (ou le prix) de chaque bien est égale à la quantité de travail nécessaire pour le produire exprimée en temps de travail (nombre d'heures ou de journées que sa production nécessite). Ce prix est relatif. Autrement dit, dans l'échange, la valeur de chaque bien est exprimée en quantité de l'autre bien. Si, par exemple, le bien A a exigé 6 heures de travail pour être produit et le bien B en a demandé uniquement 3, le prix du bien A (exprimé en quantité de B) est l'équivalent de 2 biens B ou de 3 biens C, si ce dernier a été obtenu en exigeant une quantité non moins égale à 2 heures de travailPaul A. Samuelson, ..., p. 988.

Lorsque la population augmente, les auteurs classiques distinguent deux situations. Tout d'abord, les surfaces exploitables augmentent dans le même rapport que la population. L'exploitation de la terre, comme bien abondant et libre, est illimitée. Le revenu national et le salaire réel par travailleur varient en fonction de l'évolution de la productivité de chaque travailleur, étant donné que le travail est encore le seul facteur productif. Ensuite, lorsque le moment arrive où la population augmente plus vite que les surfaces de terre productives, la production agricole augmente mais moins vite que le nombre de travailleurs (le facteur naturel étant fixe face au facteur travail qui augmente). La production de chaque travailleur supplémentaire (productivité marginale) baisse entraînant ainsi une baisse de la productivité (et donc une diminution du revenu réel) par travailleur (cf. Loi des rendements décroissants). Le PIB national est désormais partagé entre deux classes sociales, les propriétaires fonciers qui sont rémunérés par la renteL'augmentation de la population sur des surfaces de terre limitées rend celles-ci rares et payantes. La terre est désormais devenue un objet de propriété privée appartenant à des particuliers ou à des tribus. et les travailleurs agricoles qui sont payés par un salaire : le travail n'est plus le seul facteur de productionPaul A. Samuelson, ..., p. 989. Par conséquent, les coûts de production de plusieurs produits (dont notamment les produits agricoles) ne correspondent pas aux salaires réels (comme la quantité d'animaux capturée par jour ou le nombre de quintaux récolté par an) uniquement, mais ils comprennent également le coût d'utilisation du sol, la rentePaul A. Samuelson, ..., p. 994. Et la plupart des produits ayant exigé la même quantité de travail ne s'échangent pas dans un rapport de un contre un. Deux produits différents (A et B) ayant nécessité pour leur production 2 heures de travail chacun s'échangent dans une relation de B contre plus de A (ou, ce qui revient au même, le produit A s'échange contre moins du produit B) si B (un quintal de blé, par exemple) a exigé, en plus du travail humain, une rente du sol.

David Ricardo Dans Des principes de l'économie politique et de l'impôt (1817), David Ricardo développe la notion de valeur-travail introduite par Adam Smith et cherche à comprendre comment le travail se transfère en profit et en rente. Il commence par transformer la notion de valeur-travail : pour lui, la valeur d'un bien est égale non pas à la quantité de travail qu'il peut commander, mais à la quantité de travail, direct et indirect, nécessaire à sa fabrication. Ainsi, David Ricardo, Principles of Political Economy and Taxation, Cambridge : Cambridge University Press, 1951, p. 11. Mais, il n'en est pas moins vrai que ce raisonnement simple n'est valable que dans le cadre d'une société primitive (de chasse et de cueillette de produits de la nature) où seul le travail est productif, la terre existe en quantité surabondante est son utilisation est donc gratuite et le capital n'est pas non plus un facteur de production. Lorsque la population augmente, la terre se raréfie progressivement, devient une propriété privée et son utilisation se paye : elle est rémunérée par la rentePaul A. Samuelson, ..., p. 990. Celle-ci augmente et les salaires réels baissent par effet de la loi des rendements décroissants. Pour Ricardo, si aucune amélioration n'a été faite en termes de baisse de la population qui s'accompagne historiquement d'une hausse de la productivité et donc du salaire réel de la main-d'œuvre comme c'était le cas après la maladie mortelle de 1665Paul A. Samuelson, ..., p. 993, de progrès technique (ayant le même effet sur le pouvoir d'achat des salariés) ou d'importation du blé étranger qui fait baisser le prix du blé en le rendant moins rare sur le marché national, les revenus réels des rentiers (les propriétaires fonciers) augmentent tandis que, à l'inverse, ceux des travailleurs ne peuvent pas s'élever au-dessus du minimum de subsistancePaul A. Samuelson, ..., p. 991-992.

Pour les penseurs classiques, les taux de profit d'industries différentes tendent à se rapprocher d'une même valeur basse à mesure que la compétition entre les entreprises augmente. L'idée étant que si un secteur est plus rentable que les autres, il attire naturellement de nouveaux investisseurs qui quittent d'autres secteurs aux taux de rentabilité plus faibles (voir baisse tendancielle du taux de profit).

Ce constat a une implication sur la valeur des biens. Ricardo pose la question de savoir si la valeur-travail est compatible avec un taux de rentabilité uniforme parmi toutes les industries. La réponse est non si les instruments de productions ont des durées de vie différentes (voir « durability of the instruments of production » chez Ricardo). Aussi le concept valeur-travail ne semble pas compatible avec les autres propriétés élémentaires d'une économie.

La valeur d’échange d’un produit n’est pas fonction de son utilité (certains produits très utiles, comme l’eau, n’ont qu'une faible valeur d’échange). La valeur d’échange est déterminée par la rareté. Si des marchandises sont naturellement limitées, il faudra beaucoup de travail pour les trouver et les extraire. Ainsi leur valeur est bien déterminée par la quantité de travail exigée par leur production.

Ricardo précise que la différence de valeur entre deux biens qui ont nécessité une même quantité horaire de travail trouve son explication dans l’aspect qualitativement différent de ces travaux, du point de vue de leur intensité ou du savoir-faire qu’ils requièrent. Les variations des salaires, autrement dit du coût monétaire du travail, ne signifient pas une évolution de la valeur d’échange mais uniquement une variation des profits.

D’autre part, la quantité de travail que requiert la production comprend aussi celle de la production des biens qu’elle nécessite, à savoir le capital fixe.

L’introduction de capital fixe dans le processus de production modifie la règle de la valeur-travail. Parce que la production de la machine induit un report dans le temps de la vente du produit fini et donc du profit, la valeur d’une production nécessitant davantage de capital fixe aura une valeur d’échange supérieure afin d’assurer pour une même durée une égale rentabilité. La durée de vie du capital fixe en faisant varier les modalités de son amortissement a aussi un impact sur la valeur d’échange.

La valeur relative d’un produit vis-à-vis d’un autre n’est donc proportionnelle à la quantité de travail qu’ils ont nécessité que si la durée de vie du capital fixe et sa part dans la quantité de travail sont identiques pour les deux produits.

Karl Marx et Friedrich Engels