Le château de Bellevue, dit aussi château royal de Bellevue, est un ancien château construit au milieu du pour Madame de Pompadour à Meudon (Hauts-de-Seine), sur le bord du plateau dominant la Seine. Son apogée a coïncidé avec toute la seconde moitié du . Il ne faut pas le confondre avec le château de Meudon voisin. De nos jours, il n'en subsiste que de rares vestiges.

Historique thumb|center|upright=2|Aquarelle panoramique de la vue depuis Bellevue, 1842. Un château construit pour de Pompadour (1748-1757) thumb|left| de Pompadour, peinte par Boucher, 1759.

En 1748, achète un terrain situé sur le plateau de Meudon, entre le château de Meudon et celui de Saint-Cloud. Le directeur général des Bâtiments du Roi, Le Normant de Tournehem, complète la propriété en négociant des achats et des échanges avec des particuliers et des religieux, et le Premier architecte du Roi, Ange-Jacques Gabriel, propose des projets pour y construire une résidence de plaisance qui doit s'appeler Bellevue, en référence au magnifique panorama qui se découvre depuis cette propriété. Ce terme de "Bellevue" préexistait dès le , puisqu'il désignait le cabinet de la "Belle Veuë", qui terminait les jardins du château de Meudon, du côté du bastion des Capucins.

Dès l'année suivante, le roi cède le terrain à Madame de Pompadour, qui s'adresse à son architecte préféré, Jean Cailleteau dit « Lassurance » (Lassurance le jeune). Assisté par Jean-Charles Garnier d'Isle pour les jardins, ce dernier édifie très rapidement le château de Bellevue, dont les travaux sont achevés dès 1750. Alors même que la mauvaise qualité du sol exigea de profondes fondations, le chantier fut mené tambour battant : jusqu'à 800 ouvriers y travaillèrent. Louis XV venait lui-même surveiller les travaux, dînait rapidement sur place et s'entretenait avec les hommes de l'art. Le coût total de la création ex nihilo du domaine de Bellevue s'élèverait à 2,5 millions de livres, somme colossaleGrouchy, 1865, ..

En contrebas, au bord de la Seine, Madame de Pompadour acquiert en 1750 un petit pavillon édifié sous la Régence, appelé Brimborion, qui est relié au plateau par la partie du jardin aménagée au nord du château et intégré au domaine.

Le château royal de Louis XV (1757-1774) thumb|left|Portrait de Louis XV

La favorite revend le château au roi Louis XV le pour la somme de Danielle Gallet, Madame de Pompadour ou le pouvoir féminin, Paris, 1985.. Ce dernier fait remanier la distribution et le décor intérieur sous la direction d'Ange-Jacques Gabriel. Celui-ci construit en 1767 deux ailes en retour en rez-de-chaussée, absorbées en 1773 dans une extension qui les relie au bâtiment principal. Il y fait travailler Jacques Verberckt, Jules-Antoine Rousseau, Jacques Caffieri, Jean Restout, Chardin et Fragonard. Un moment, il fut même question de donner Bellevue à Mme du Barry, maîtresse de Louis XVAN, O1 1523, cité par Grouchy, 1893, ..

Bellevue fut avec Choisy et Saint-Hubert l'un des châteaux préférés de Louis XV.

Le domaine de Mesdames, filles de Louis XV (1774-1791) thumb|Portrait de Madame Victoire par Adélaïde Labille-Guiard (1788). Madame Victoire représentée devant une statue de l'Amitié au château de Bellevue. thumb|Portrait de Adélaïde, 1787. par Adélaïde Labille-Guiard, château de Versailles.

Au décès de Louis XV, en 1774, le château est attribué par Louis XVI et Marie-Antoinette aux filles du roi défunt, et tantes du nouveau monarque, Mesdames Adélaïde, Sophie et Victoire. Bien que logeant principalement au château de Versailles, eu égard à leurs obligations à la Cour, Mesdames viennent à Bellevue se délasser des rigueurs de l'étiquette. Celles-ci font transformer le décor intérieur par Richard Mique et font agrandir les jardins vers le Sud, en créant un jardin anglais orné de fabriques pittoresques, identiques à celles réalisées au même moment aux hameaux de Chantilly ou de Trianon. Le , Sophie mourut, laissant pour occupantes principales du château Madame Adélaïde et Victoire.

Sous la Révolution, Mesdames quittèrent Bellevue le , à la tombée de la nuit, pour prendre le chemin de l'émigration, en direction de l'Italie, abandonnant ainsi la majeure partie du mobilier.

Le déclin et la destruction du château (1791-1825) Le , sur le rapport de Couthon, la Convention nationale « décrète que les maisons et jardins de Saint-Cloud, Bellevue, Mousseaux, le Raincy, Versailles, Bagatelle, Sceaux, l'Isle-Adam et Vanvres ne seront pas vendus et seront entretenus aux frais de la République, pour servir aux jouissances du Peuple, et former des établissements utiles à l'agriculture et aux arts »Grouchy, 1865, .. Mais on en fit finalement une caserne.

Le château fut vendu à M. Testu-Brissy, qui le fit abattre, épargnant deux ailes qui formaient la cour. On dépeça le parc et les jardins. Sous l'Empire et dans les premières années de la Restauration, l'ensemble était dans un état de dégradation déplorable. Dès l'an XI, la maison dite « des Colonnes » mord ainsi sur le jardin anglais. En 1823, M. Guillaume fit l'acquisition de la plus grande partie de l'ancien domaine, et procéda au lotissement de l'ensemble. En 1826, cinquante maisons élégantes s'étaient élevées sur les ruines et les décombres, avec la participation de l'architecte François Guenepin (V. des exemples conservés 62 route des Gardes et, peut-être, 2 rue du Bassin), chacune sur de vastes parcellesvastes parcelles, en respectant le plan général du domaine, et transformant les ailes du château pour créer une place qui portera le nom du promoteur. À sa mort, le lotissement n'est pas achevé. Il est traversé vers 1838 par la ligne de chemin de fer où l'explorateur Dumont d'Urville trouvera la mort en 1842. La gare de "Bellevue" est voisine de l'emplacement de l'ancien château. Au fil des années, les vastes parcelles sont subdivisées en lots plus modestes. En 1925, la compagnie Pharos effectue un ultime lotissement entre les avenues du , Eiffel et la rue Bussières.

Les autres destructions au Des vestiges du château disparaissent encore de 1943 à 1972, à l'exception de la glacière et de la terrasse (). Une grande partie du jardin anglais de Mesdames, respecté par Guillaume, notamment l'une des fabriques, la « Tour des Dames de France », subsiste jusque dans les années 1960.

Les éléments subsistants Il ne subsiste que peu de choses du domaine de Bellevue, l'ensemble étant protégé : la partie centrale de la terrasse fait l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques depuis le . ;

le pavillon situé 59 route des Gardes, dit « le Petit Bellevue », avec un petit salon circulaire, et le pavillon de musique de 1785, attribué à Richard Mique ; il fait l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques depuis le . ;

le bâtiment des Gardes, 61 route des Gardes, dont les façades et toitures font l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques depuis le . ;

la grotte artificielle créée pour Mesdames, 62 route des Gardes, ainsi que le pavillon et les sols, font l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques depuis le . ;

la glacière de 1755, 1 allée Pompadour, ainsi que le pavillon et les sols font l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques depuis le ..

Architecture et décor L'aspect extérieur thumb|left|Jeton représentant le château de Bellevue, 1752. thumb|Le château de Bellevue au temps de de Pompadour. Vue depuis la cour. thumb|right|Le château de Bellevue vu depuis l'est. Par Jacques André Portail.

Par sa conception, Bellevue marque une date importante dans l'évolution du château français. Le bâtiment, de plan massé, quasiment carré, est une construction à deux étages, typique des maisons de plaisance qui deviennent alors à la mode et dont on trouvera le développement parfait au Petit Trianon. Elle comprend neuf travées en façade et six sur les côtés. Le décor quasiment identique des quatre façades, simplement couronnées de frontons triangulaires décorés en haut-relief par Guillaume II Coustou, souligne encore le caractère ramassé du bâtiment. Au premier étage, dix-huit consoles placées entre les travées portent des bustes, pour la plupart des portraits d'empereurs romains sélectionnés par Tournehem dans le magasin des marbres de Folichancourt.

De taille relativement modeste, Bellevue fait davantage penser à la maison d'un riche particulier qu'à un château royal. De fait, il a été conçu à l'origine non pas pour le Roi lui-même mais pour la marquise de Pompadour, qui souhaitait y recevoir Louis XV dans l'intimité.

À l'intérieur, on a conservé sur l'axe principal l'enfilade classique vestibule-salon, mais les pièces situées au centre des petits côtés sont orientées selon un axe perpendiculaire. Au rez-de-chaussée, le vestibule et le salon, servant aussi de salle à manger d'apparat, sont dallés de marbre. L'escalier principal est coiffé d'un lanterneau vitré. La diminution du nombre de pièces s'accompagne d'une réduction drastique des espaces réservés au service, rejetés dans les dépendances qui s'ordonnent dans un quadrilatère rejeté au sud du château. Les deux bâtiments bas édifiés de part et d'autre de la cour d'honneur, de plan ovale fermée par une grille, abritent pour celui du nord l'appartement des bains, orné de peintures de François Boucher, la conciergerie, la ménagerie et les poulaillers, et pour celui du sud un théâtre « à la chinoise », le service de la bouche, les écuries pour trente-sept chevaux, les remises et la chapelle du commun.

Le département des cartes et plans de la Bibliothèque nationale de France conserve la maquette du château de Bellevue précieusement protégée par une cloche et posée sur le plateau d’un meuble en forme de Guéridon à cinq pieds en bois doré et sculpté. La maquette a été réalisée par P. N. Le Roy en 1777. Présente dans les appartements de Mesdames à Versailles jusqu’en 1792, saisie et confiée au garde-meuble de 1807 à 1815, elle a été achetée en 1827 par la Bibliothèque nationale et attribuée au département. Elle a été présentée en 1875 lors de l’exposition cartographique du Congrès international des sciences géographiques et en 1989, dans « 1789, Le patrimoine libéré »Notice 157 du catalogue1789 Le patrimoine libéré, Paris, 1989,

Les décors intérieurs Au temps de de Pompadour : l'archétype du style rocaille À Bellevue, Madame de Pompadour a fait réaliser des décors intérieurs du plus grand raffinement. Les deux niches du vestibule sont ornées de La Musique d'Étienne Maurice Falconet et de La Poésie de Lambert-Sigisbert Adam (Adam l'aîné) (les deux œuvres se trouvent aujourd'hui au musée du Louvre). Le grand salon et le salon de compagnie sont ornés de boiseries de Jacques Verberckt, de dessus-de-porte de Jean-Baptiste Oudry et de trumeaux de Carle Van Loo. L'escalier est peint en trompe-l'œil par Paolo Antonio Brunetti. Au premier étage, la chapelle, située au centre, comporte un tableau d'autel de François Boucher, L'Adoration des bergers (Lyon, musée des Beaux-Arts). L'appartement du roi comprend un cabinet doré réalisé par Verberckt et Boucher.

Le mobilier du château, de style rocaille, commandé par la marquise de Pompadour intégrera les collections royales lors de la revente du domaine à Louis XV.

Le rez-de-chaussée Le vestibule (Piganiol, 1760).

La salle à manger (état en 1750) thumb|Fragments de boiseries provenant du château de Bellevue, au temps de de Pompadour. Attribué à Jacques Verberckt, Musée des arts décoratifs, Paris. Ces boiseries étaient placées dans la salle à manger, puisque Verbeckt y avait représenté les attributs de la chasse et de la pêche, d'après Piganiol.

« Six dessus de porte de M. Oudry, représentant les attributs de la chasse & de la pêche, ornent la salle à manger, & ces mêmes attributs sont exécutés en menuiserie, avec la plus grande délicatesse, par M. Verbek. » (Piganiol, 1760).