Lart du Champa s'est épanoui au sein de la culture du peuple Cham lorsqu'il occupait le centre du Vietnam actuel, le long de la côte mais aussi les hauteurs, depuis les environs du parallèle jusqu'au sud du . Ce territoire n'a jamais été totalement unifié, plusieurs petits royaumes du Champa, ou principautés, n'ont cessé de se faire la guerre, ou se sont tournés aussi contre leurs voisins, khmers ou du Đại Việt. Ces échanges violents participent d'échanges plus larges, avec l'Inde, l'Indonésie, la Thaïlande qui se retrouvent, entre autres, dans les productions artistiques.

La majeure partie de l'art actuellement conservé couvre une période qui va du (sanctuaire de Mỹ Sơn) au (Po Klong Garai) et jusqu'au (sculpture de style de Yang Mum) ; ce sont essentiellement des bâtiments religieux et leurs sculptures. Il s'agit de sanctuaires hindouistes et bouddhistes, en brique, les murs de brique étant partiellement sculptés à même l'édifice, avec des éléments sculptés dans le grès : linga et leurs soubassements, statues, linteaux, tympans, piliers, ornements placés aux angles des toitures et bien d'autres.

Un héritage menacé vignette|Réfection des tours de Dương Long, district de Tây Sơn, province de Bình Định. Le complexe de Dương Long recèle les tours Cham les plus élevées du pays. Elles sont typiques de la période allant du milieu du . L’héritage artistique du Champa consiste d’abord en bâtiments de briques, en sculptures en grès – à la fois sculptures en ronde-bosse et des sculptures en relief - et quelques statues et statuettes en métal qui ont survécu. Beaucoup de ce qui subsiste relève de motivations religieuses ou l'affirmation du pouvoir temporel lié au domaine religieux, et seulement quelques pièces seraient purement décoratives. L'art aura donc été motivé par la vie religieuse des Cham, l’Hindouisme (plus spécialement le Shivaïsme), le Bouddhisme et des cultes indigènes.

Ce legs artistique a été décimé par négligence, du fait des guerres, et par un vandalisme récent joint à l'usure du temps. Les belligérants au cours de la guerre du Vietnam ont vraiment aggravé cette dévastation, balayant par exemple tous les vestiges du monastère bouddhiste de Dong Duong (Quảng Nam)Emmanuel Guillon, Trésor du Champa, .Les négligences continuent encore et toujours d’endommager l’héritage du Champa à l'heure actuelle, tout particulièrement la non-conservation des textes gravés sur les stèles, des pierres qui s'usent naturellement bien qu'elles constituent la meilleure source d’information et qui ne sont toujours pas à l’abri. Par ailleurs, vandalisme volontaire et pillages sont encore d'actualité, et restent un vaste problème.

Des réalisations qui ont été partiellement détruites ou qui ont totalement disparu sont documentées grâce au travail rigoureux de quelques chercheurs français, dont Henri Parmentier (1871-1949) et Jean Boisselier (1912-1996). Ces chercheurs ont pris des photographies qui restent des documents de très grande valeur. Et ils les ont complétées : dessins, relevés d'architectes (plan-coupe-façades) et descriptions détaillées. De nombreuses restaurations, des fouilles archéologiques sont en cours alors que la présentation de l'art du Champa s'améliore dans les musées du Vietnam et progresse dans la littérature scientifique.

Repères historiques, culturels, artistiques

L'émergence des premiers États en Asie du Sud-Est se révèle peu à peu dans toute sa complexité.

La langue des Cham appartient à la famille austronésienne. Les Cham arrivèrent par voie maritime, probablement de Bornéo, vers la fin du millénaire avant l'ère communeMichael Vickery in : « Histoire du Champa ». Leurs cultes s'insèrent dans un système « local » pour produire des pratiques essentiellement animistes lesquelles se mêleront avec le système « cosmique » des dieux importés de l'Inde : l'art qui en découle est donc un art complexeThierry Zéphir, Introduction à la sculpture du Champa ancien, in : . Ces images, les statues de culte en particulier, étaient ardemment vénérées par les populations locales mais aussi par des pèlerins, notamment bouddhistes, qui pouvaient venir de très loin en Asie du Sud-Est. Le shivaïsme était le culte essentiel fondant les assises du pouvoir royal ; le vishnouisme jouait un rôle secondaire. Le bouddhisme du Grand Véhicule (Mahayana) occupait une place privilégiée aux . vignette|Ganesh. Mỹ Sơn, tour-sanctuaire E5. . Musée de Đà Nẵng Les Cham sont des navigateurs et des marchands. Ils sont ainsi entrés en relation avec les marchands Indiens et avec des populations indianisées des îles du Sud-Est asiatique. Quelques inscriptions, qui témoignent de l'implantation du sanskrit de l'alphabet Pallava, datent des Près d'un quart des inscriptions portent des dates dans l'ère Saka (en sanskrit du , et en cham ou sanskrit ultérieurement) qui permettent de préciser que les textes ont été écrits entre le : Anne-Valérie Schweyer in . Plusieurs inscriptions de Bhadravarman ont été gravées au : ainsi la stèle C72 de Mỹ Sơn, face à la tour sanctuaire A1, évoque la donation d'un domaine à Shiva. (Karl-Heinz Golzio in ). Les premières œuvres d'art qui nous sont parvenues datent du , période dont on possède le nom d'un souverain, Prakāśadharma (r. 653-après 687)Karl-Heinz Golzio in , « L'hindouisme au Champa d'après les sources épigraphiques »., mais le Champa n'a jamais été unifié que de manière éphémèreLe pays n'a pas été unifié comme aurait pu l'être un royaume. Michael Vickery dit explicitement que « la littérature académique voit, à tort, le Champa comme un État unique et unifié » : Michael Vickery, « Histoire du Champa », in . Gilles Béguin évoque « un agrégat de principautés (rivales ou alliées) unifiées à plusieurs reprises de manière éphémère ». Le Kauthara a toujours échappé à une éventuelle intégration à un ensemble dominé par un « roi des rois »..

L’histoire du Champa fut une alternance de conflits et de coopération entre les peuples de Java, les Khmer de Angkor au Cambodge et le peuple du Đại Việt, au nord du Vietnam. Cet empire Đại Việt occupa progressivement le Champa. En effet, si les Cham ont continué de conquérir des territoires jusqu'en 1653, le Champa cessa d'exister en 1692, sous la pression du Đại Việt. La stylisation de plus en plus poussée dans la statuaire Cham de style Yang Mum aboutit finalement à l'abstraction la plus totale, au , dans des stèles funéraires représentant des souverains divinisés. Les plus récentes pourraient dater du début du .

Les Chams utilisaient la brique pour bâtir. Ces bâtiments sont directement transposés de l'architecture sacrée de l'Inde et du monde indianisé. Les murs de brique, à l'extérieur, étant partiellement sculptés dans l'édifice et soigneusement polis. La sculpture conservée dans les musées est essentiellement en grès, le bronze a peu survécu, les métaux précieux encore moins. Mais les Cham ont pratiqué tous ces matériaux avec une parfaite maîtrise. La céramique semble avoir été peu remarquée en tant que pratique artistique. Les matériaux fragiles dans le climat de l'Asie du Sud-Est, comme le bois, sculpté et peint, n'ont apparemment pas survécu . Les musées du Vietnam conservent la plus grande partie de la sculpture cham, et le musée Guimet, à Paris, en dispose d'une collection bien représentative.

Éléments d'histoire de l'art du Champa Origines Dès l'origine, l'art des Cham, peuple de marins, reflète ses échanges avec les cultures voisines. Probablement originaires de Bornéo, ils furent de tous temps en contact avec leurs voisins d'Indonésie (Java), et plus loin, avec le Sri Lanka et l'Inde du Sud, mais aussi avec le Fou-nan, un État centré sur le delta du Mékong (et sur la province de Kiên Giang, au sud du Vietnam actuel) où la sculpture hindou-bouddhiste apparait dès le . L'hindouisme et le bouddhisme étaient donc des rencontres obligées. Les inscriptions sanscrites de la fin du , à proximité du sanctuaire de Mỹ Sơn, mentionnent la fondation d'un temple en l'honneur d'une forme de Shiva associée au nom du prince local et donateur, Bhadravarman . Dès lors le pouvoir s'associait avec le religieuxWibke Lobo in et Ngô, Vǎn Doanh in .

Avec la dynastie Han (206 AEC- 220 EC) et les dynasties suivantes, les comptes-rendus chinois évoquent l'établissement de commanderies et des conflits avec les habitants du « Linyi », qu'il faut entendre comme étant le Champa. Ce n'est que dans la seconde moitié du que des relations apaisées s'établissent entre le Linyi et la Chine. À la fin du , les annales de la dynastie Liang mentionnent la présentation «par le royaume de Linyi» d’une «image d’Amitayus» (du Bouddha Amitābha) à la cour chinoise.

Caractères spécifiques : questions d'histoire et d'architecture Recherches en cours / « premières » époques : Avant 2005, les premières œuvres qui nous étaient parvenues de l'art du Champa semblaient pouvoir être datées du règne de Prakāsàdharma dans la seconde moitié du . Mais le style encore problématique, alors, d'An Mỹ (?), circa D'après des découvertes de 1982 et 1990 : Thierry Zéphir, Introduction à la sculpture du Champa ancien, in : et cat. 1, . pourrait s'avérer un jalon essentiel. Avec les œuvres du elles accusent toutes des liens manifestes avec les arts indiens et indianisés.

Fondations royales : Les fondations d'édifices sont restées le privilège des rois, tandis que le temple demeurait fidèle au modèle indien initial de la tour-sanctuaire abritant l'image de la divinité. L'exemple de Mỹ Sơn montre deux types de monuments, les temples à des ancêtres de lignées royales divinisés, prenant des formes de Śiva (par exemple Īśāneśvara en l'honneur du roi Īśānavarman), et d'autre part, les temples dédiés à des formes différentes de Śiva: Bhadreśvara, Śambhubadhreśvara ou Īśānabhadreśvara.

vignette|200px|Décor architectural et sculpture (brique et grès jaune).Mỹ Sơn, temple C1.

Le sanctuaire et ses annexes, un groupe de bâtiments : Le site sacré de Mỹ Sơn est l'ensemble monumental le plus important du Champa. Comme de nombreux sites Cham, les édifices de Mỹ Sơn ont été construits à différentes époques réparties sur la longue durée d'occupation, du . Les nombreux bâtiments d'un site comme Mỹ Sơn constituent des groupes, huit groupes dans ce cas (de A et A' à H) et quatre isolés (de K à N). La tour-sanctuaire, kalan (« temple ») est l'élément central de chaque groupeTRẦN Kỳ Phương, in . Mais un groupe est constitué d'édifices de différentes époques, et parfois édifiés sur d'autres plus anciens, disparus. Les temples ne sont pas orientés dans la même direction ; ces temples shivaïtes devraient s'ouvrir vers l'Est, mais beaucoup s'ouvrent à l'Ouest sans que l'on puisse savoir pourquoi. Le sanctuaire est entouré d'une enceinte qui s'ouvre par un gopura, une porte monumentale, dont l'accès se fait par une rampe d'escalier à Mỹ Sơn G1 (entre 1147 et 1162).