L'économie de l’Australie, la douzième du monde, est une économie de marché occidentale moderne, offrant à ses citoyens un niveau de vie parmi les plus élevés de la planète. Classée en 2021 pour son développement humain, l’Australie a achevé vingt-cinq années consécutives de croissance économique, évitant de peu la crise économique de 2008, notamment grâce à de bonnes politiques macroéconomiques et une demande soutenue de matières premières de la part de la Chine. L'économie a toutefois ralenti lors de la crise étant donné l'augmentation de la prudence des ménages et les mesures de reprise économique faites par le gouvernement. La dette extérieure de l'Australie était de 1,48 billions USD en 2013.
Mélange dynamique de post-industrialisme (80 % du produit intérieur brut (PIB) est généré par le secteur des services) et d’abondance de ressources naturelles (agriculture et minerais composent les deux tiers du commerce extérieur), il s’agit aussi d’une économie cyclique, où l’alternance de périodes de boom et de forte dépression fut pendant longtemps probablement plus marquée que dans la plupart des autres pays développés : il semble toutefois que le chaos macroéconomique, généré par la flambée et l’affaissement des marchés (comme dans les années 1970), appartienne, désormais, à un passé révolu, le pays ayant su s’adapter sans difficultés à l’environnement volatil du tournant du millénaire.
Une politique de grandes réformes, entamée, dès les années 1980 avec la flottation du dollar australien, par le gouvernement travailliste de Bob Hawke et son ministre de l'économie Paul Keating, a permis la modernisation rapide de l’économie. Couplée avec une rigueur budgétaire qui en fait l’un des rares pays au monde sans dette publique et qui permet le maintien de taux bas en toutes circonstances, celle-ci alimente une demande intérieure forte malgré la taille réduite du marché, demande qui l’a aidée à surmonter les chocs externes les plus récents. En revanche, l'Australie est l'un des pays ayant le plus fort taux d'endettement des ménages (216 % en 2019)https://www.lesechos.fr/monde/asie-pacifique/vers-la-fin-du-miracle-economique-australien-1021845.
Les défis à relever dans les années à venir restent nombreux : il s’agira, entre autres, de réorienter les échanges commerciaux pour profiter du développement de l’Asie du Sud-Est, d’améliorer des infrastructures engorgées par la récente expansion des exportations, de développer une industrie manufacturière jusqu’ici peu compétitive, et de gérer une demande énergétique croissante que le refus de ratification du Protocole de Kyoto ne contribuera pas à brider. Le déficit chronique de la balance des paiements, le haut niveau d’endettement des entreprises à l’étranger et le manque de coordination entre le gouvernement fédéral et les États fédérés sont, également, des secteurs où le pays peut continuer à progresser.
Les écarts de richesses s'accentuent. Entre 2003 et 2015, la richesse moyenne des 20 % des ménages les plus riches a augmenté de 53 %, tandis que pour les 20 % des ménages les moins riches la chute a été de 9 %. En 2018, le 1 % des salariés australiens les plus riches gagne autant en quinze jours que les 5 % des plus pauvres en un an..
L'économie australienne reste étroitement liée à celle de la Chine, son premier partenaire commercial et la principale source de ses recettes d'exportation (30,6 %). En conséquence, certains analystes s'inquiètent de la guerre commerciale déclenchée en 2018 par l'administration Trump contre la Chine, et qui pourrait entrainer l'Australie dans la récession. Le dollar australien perd 15 % de sa valeur entre 2016 et 2019.
Historique
Lorsque le capitaine Hollandais Willem Janszoon vint cartographier les côtes de la péninsule du cap York en 1606, il ne suscita pas l’intérêt des marchands de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales qui s’établissait à l’époque dans l’archipel indonésien tout proche. Ceux-ci ne trouvèrent parmi les populations côtières hostiles pas grand chose d’intéressant pour leur commerce avec le sud-est asiatique, et ce n’est qu’en 1788, soit près de 20 ans après le passage du Capitaine Cook que les Anglais se risquèrent à établir une colonie sur ces terres inhospitalièresGlenn Stevens, Europe, Australia and Asia : Some observations, European Australian Business Council. 11 août 2006 (www.rba.gov.au). Les premiers colons vivent de la vente de grain, produits baleiniers et peaux de phoques à la Compagnie anglaise des Indes orientales ; jusqu’au milieu du , le commerce local peut plus encore se résumer à l’exportation de laine (qui aidera par ses faibles coûts au décollage de l’économie britannique dont la première révolution industrielle était basée sur l’industrie textile) et à l’importation de prisonniers (qui ne pouvaient plus être envoyés vers les colonies américaines depuis leur soulèvement de 1776).
L’accroissement de la population et de l’utilisation des terres (au détriment complet des aborigènes, dont la population aura chuté de près de 90 % entre 1788 et 1920) permit le développement d’une industrie de transformation locale, mais c’est surtout la découverte d’or en 1851 qui marqua la naissance de l’économie australienne : colons et investissement commencent à affluer, la population passe de à en dix ans : en 1860, la population australienne est la plus riche du monde (par capita)Tim Harcourt, Trade forged a great nation, The Australiane, 26 janvier 2007, pp.27-28 et, dès les années 1870, près de la moitié des investissements britanniques à l’étranger sont absorbés par le continentM. Edelstein, ‘Foreign Investment and Accumulation, 1860-1914’, in R.C. Floud et D. McCloskey (éds.), The Économic History of Britain Since 1700, Vol. 2, 1860-1939, 1994. L’afflux de capitaux, qui signe la fin de l’exploitation du territoire comme colonie pénale, permet le renforcement de l’industrie de transformation locale, et les infrastructures, notamment le train, se développent. Cette vague de surinvestissement reflue dans les années 1890 lorsque les rendements élevés attendus ne se manifestent pas, causant au tournant du siècle la première dépression économique que traversera le pays : les organismes de prêt et les sociétés de construction s’effondrent en 1891-92, les banques en 1893.
La laine et l'or restent dès lors les premiers produits d’exportation australiens (42 % et 12 % du total, respectivement, en 1900Barrie Dyster, David Meredith, Australia in the International Economy in the Twentieth Century, New York, Cambridge University Press, 1990) : le développement des bateaux frigorifiques pour l’exportation de la viande et des fruits, l’introduction de nouvelles céréales résistantes et à haut rendement suscitent un nouveau boom économique au début du . La création du Commonwealth australien en 1901 permet une certaine homogénéisation du continent (chaque État était auparavant seul décideur de son niveau de taxes et de l’émission de timbres), et la jeune nation se dote de sa propre monnaie, la Livre australienne, en 1910. Cette période de forte croissance est de nouveau suivie d’une récession dans les années 1920, lorsque les profits convoités ne se matérialisent encore une fois pas, récession qui culmine en 1931-32 quand elle se conjugue à la Grande Dépression qui affecte alors l’ensemble de l’économie mondialeWilliam Sinclair, Australian economic development : old model and new model, 1977.
thumb|left|300px|Évolution du PNB (rouge) et de l’inflation (bleu) en Australie, 1970-2008.Source : Banque centrale australienne La croissance robuste des années post-Seconde Guerre mondiale permit d’accompagner l’augmentation de 80 % de la population sur la période 1945-1970. Le commerce se réoriente vers la zone Pacifique et notamment les États-Unis. Le secteur manufacturier, dont la diversification avait commencé au sortir de la Première Guerre mondiale, continue de se développer mais, entravé par la politique protectionniste du gouvernement, voit sa compétitivité sur les marchés étrangers décliner dès les années 1950 et 60. L’impact sur la croissance reste cependant faible, car c’est dans cette période que débute la mise en valeur des ressources minières du pays, encore une fois grâce à l’afflux de capitaux étrangers. Cet « âge d’or » prend fin en 1974 avec une nouvelle récession. Les gouvernements travaillistes de Robert Hawke et Paul Keating engagent alors un vaste mouvement de libéralisation de l’économie : le dollar australien, créé en 1966, flotte complètement sur le marché des changes depuis 1983, et les entreprises nationales sont privatisées au cours de la décennie qui suit. Le gouvernement conservateur de John Howard poursuit ces réformes dans la seconde moitié des années 1990 et introduit une TVA de 10 % le .
L’économie australienne aura connu dix-neuf années d’expansion continue entre 1990 et 2009, avec l’un des plus forts taux de croissance moyen de l’OCDE.
Ressources naturelles
thumb|right|280 px|La mine de Super Pit ("le super puits") près de Kalgoorlie, la plus grande mine d’or à ciel ouvert d’Australie ( de long, de large, de profondeur). Le pays est un exportateur de premier ordre pour nombre de ressources de tous types, la plupart des minerais commerciaux étant présents dans son sous-sol. Cette richesse est en fait relative : la différence avec les autres régions du monde se trouve dans le fait qu’il s’agit d’un pays à l’échelle d’un continent, et dont le sous-sol (notamment dans les zones désertiques du centre) est loin d’avoir été complètement exploré; enfin, il faut se souvenir que l’exploitation à grande échelle de ces ressources n’a réellement commencé que dans le courant du . Jusqu’en 1950, l’exportation du minerai de fer était même interdite tant on pensait que l’Australie en était dépourvue. Puis Lang Hancock, à la suite d'un passage forcé à basse altitude dans les Monts Hamersley, s’aperçut qu’il se tenait au-dessus d’un bloc de métal de près de de long. De presque nulles en 1950, les réserves de minerai de fer australiennes franchirent le cap des 20 milliards de tonnes en 1960. À la fin des années 1960, Hancock possédait à lui seul plus de fer que le Canada et les États-Unis réunisBill Bryson, Down Under, p.363.
L’Australie est désormais l’un des premiers producteurs de charbon, de fer et d’uranium, trois produits dont la demande explose depuis le début des années 2000 et dont elle dispose parmi les plus grosses réserves de la planète (ainsi que pour le cadmium, le cobalt, le plomb et certains métaux rares). À elle seule, l’explosion des exportations de matières premières serait responsable de l’amélioration de 30 % des termes de l’échange pour le paysFMI, Australia : Staff Report for the 2006 Article IV Consultation, octobre 2006, pp.7-8 : les investissements affluent pour l’exploration de nouveaux gisements mais, comme 150 ans plus tôt, c’est encore l’or qui suscite le plus d’efforts50,5 % des dépenses totales d’exploration (AUD 787 millions) en 2003-2004. Source : Minerals council of Australia, Australia’s Identified Mineral Resources Report 2005, 2006 . Tous les États et territoires disposent d’une industrie minière ou une autre, mais l’essentiel des exploitations se trouvent dans l’ouest du pays, en Australie Occidentale. Des gisements d’hydrocarbures ont également été découverts dans le détroit de Bass, entre Victoria et la Tasmanie, le champ le plus récent (Otway Basin) étant entré en exploitation en 2005.