thumb|Taudis à Amsterdam, en 1925.

L’exode rural, ou déruralisation ou migration rurale (expression privilégiée par certains historiens et géographes)., désigne le déplacement durable de populations quittant les zones rurales pour aller s'implanter dans des zones urbaines, où se situent les nouveaux emplois tertiaires et industriels.

Cette forme de migration est observée tout au long de l'histoire humaine et se déroule aujourd'hui encore à l'échelle planétaire selon une intensité et des modalités diverses.

En Europe, l'exode rural fait souvent référence aux déplacements de population qui se produisent à l’époque de la révolution industrielle, soit dès le en Grande-Bretagne, et à partir du dans de nombreux pays comme l’Allemagne puis la France ; mais de timides exodes ruraux eurent lieu dès le et pendant la Renaissance du , en même temps que le développement de l'urbanisation, l'apparition de la bourgeoisie et la fondation des premières universités.

L'exode rural alimente de façon significative : une phase d’industrialisation avec la disponibilité d'une main-d'œuvre importante embauchée dans les ateliers et les usines ; le mouvement d'urbanisation avec le développement des faubourgs des villes. Ces afflux de personnes seront plus ou moins bien intégrés dans les cadres sociaux existants. Sur le marché du travail, par exemple, c'est l'apparition du prolétariat urbain qui contribue à faire émerger la question sociale.

Ultérieurement, dans la seconde moitié du , l’exode rural affecte les pays en développement.

Dans certains pays, des tendances récentes se font jour qui montrent un tassement sinon une inversion du phénomène : ainsi en France où, entre 1999 et 2007, la population rurale a augmenté de 9 % quand celle des villes ne progressait que de 4,6 %GEO 396 de février 2012 p. 44-45.. En 2011, un citadin sur quatre, âgé de 25 à 49 ans, déclarait, dans un sondage Ipsos, vouloir quitter sa ville pour un village. Un choix de vie aussi bien porté par l'envie de prendre un nouveau départ (pour 38 % des sondés) que par le souhait de retrouver ses racines (25 %) ou de vivre dans une région que l'on aime (24 %).

Un phénomène ancien Égypte antique Au temps des pharaons, l'exode rural, ou anachorèse, affecte la population rurale égyptienne, prend des proportions alarmantes sous les Ptolémées. Parmi les motifs pointés : La pression fiscale : L'arrivée au pouvoir des Lagides provoque une augmentation des impôts, tant en ce qui concerne les prélèvements réguliers que les contributions extraordinaires. La pratique de l'affermage entraîne bien souvent des abus de la part des fermiers qui veulent récupérer au maximum leur investissement. Pression d'autant moins bien supportée qu'elle se double d'un problème d'identité opposant la minorité grecque dominante à la masse de la population autochtone.

Avec Ptolémée , la pression fiscale s'alourdit davantage, entraînant un véritable cercle vicieux : la paupérisation des campagnes crée de plus en plus de marginaux et renforce les motifs de désertion, non seulement de la part des paysans mais aussi d'autres types de travailleursLa documentation fait ainsi état de carriers et même d'un policier chargé de garder les récoltes du village qui ont déserté leur poste.. L'exode provoque la paupérisation au niveau individuel, comme à l'échelle du pays. Chaque paysan en fuite est un manque à gagner pour l'État.

Les réactions du pouvoir ne sont guère efficaces. L'exode rural se poursuit. Les Lagides ne parviennent pas à se départir d'une logique de prélèvements excessifs doublés par des mesures autoritaires. La situation empire quand les villages sont tenus pour responsables vis-à-vis de l'État de la rentrée des fermages. En , le serment de Tebtynis est imposé aux paysans d'Égypte pour les lier à la terre : .

Grèce antique L'État athénien se forme par l'union de tribus et de clans vivant en Attique. L'État est organisé en trois classes : les Nobles (eupatrides), les agriculteurs (géomores) et les artisans (démiurges). Dans ce cadre, la propriété individuelle du sol, le commerce et l'usage de la monnaie se développentHenri Denis, Histoire de la pensée économique, Thémis Paris, 1966..

La plupart des citoyens sont de petits paysans pauvres et en situation précaire. Ils se révoltent à plusieurs reprises : à Mégare, à Samos, à Chio… Au ils portent au pouvoir Solon qui établit une nouvelle constitution. Une coalition s'établit entre paysans, artisans et marchands pour briser le pouvoir des nobles (Réformes clisthéniennes en ). Mais les données économiques imposent des changements : les hommes en surnombre doivent s'exiler et fondent des colonies : le commerce extérieur progresse et pose la question des alliances militaires, notamment avec Sparte (guerre du Péloponnèse : 431-404) qui finit par l'emporter ; l'équilibre économique et social de la Cité est bousculé par l'émergence de « nouveaux riches » qui cumulent réussite commerciale et propriété foncière. Les paysans pauvres sont contraints de quitter la terre, mais ne trouvent pas de travail en ville car le labeur salarié est réservé aux esclaves : une plèbe de chômeurs se forme et la Cité entre dans une ère de décadence généralisée.

Origines et causes L'exode rural n'est pas un simple transfert d'une population rurale à un espace urbain avoisinant. Ses migrations revêtent différentes formes et concernent de très nombreuses destinations : les migrations durables privilégient les plus grands centres urbains, créant une certaine métropolisation ; les migrations saisonnières ou temporaires de salariés sont très courantes dans certaines professions, tels les maçons, charpentiers, ramoneurs. Une partie de cette population pouvant revenir sur son lieu d'origine, après avoir constitué un pécule. (voir à cet égard l'exemple significatif du département de la Creuse) ; l'émigration vers les colonies de peuplements ou les migrations intra-européennes atteignent leur apogée durant la période 1860-1930.

La population mondiale est, jusqu'au , majoritairement rurale. En Europe, le mouvement d'urbanisation se développe dès le Moyen Âge.

En France en 1700, 85 % de la population totale est rurale, 77 % correspond à des ménages agricoles.

France : Évolution de la population totale et de la population rurale de 1700 à nos jours (en millions d'habitants)Insee (Économie et Statistiques 91) cité par Jean Fourastié, in « La Réalité économique », Editions Robert Laffont, Paris, 1978.

Année Population totale Population rurale Population des ménages agricoles 1700 19 16,1 14,6 1789 27 20,9 18,2 1801 29,3 28,2 18,2 1846 35,4 26,8 20,1 1861 37,4 26,6 19,9 1872 36,1 24,9 18,5 1911 39,6 22,1 13,8 1936 41,9 19,9 10,6 1946 40,5 19,0 10,2 1962 46,5 17,8 8,1 1968 49,8 17,2 7,3 1975 52,9 - 4,7

L'exode rural résulte de la mise en place de facteurs de rejet et de facteurs d'attractionLe Tiers Monde en fiches, par Jean-Michel Henriet, 2 édition, 1999, Éditions Bréal..

Facteurs de rejet hors des campagnes Pression démographique excessive C'est l'une des causes déterminantes de l'exode rural, plus ou moins renforcée par les facteurs socio-économiques : faiblesse de la qualité des terres disponibles : par exemple en zone sub-désertique ; faiblesse de la disponibilité des terres : pour des motifs physiques, d'accessibilité ou d'enclavement géographique ou pour des motifs juridiques (regroupement ou accaparement des terres par les grands domaines ou propriétés intégrées à de grands groupes agro-alimentaires) ; attachement du groupe social à la terre : il retarde la désaffection des populations de travaux agricoles présentant une rentabilité faible.

Disparité entre campagne et ville Le décalage entre les deux mondes lorsqu'il est très défavorable, constitue un paramètre de départ important : Les conditions objectives mesurant le confort, l'équipement de base, la qualité de vie et le niveau de vie sont perçus comme des facteurs moteurs de rejet. Ces tendances sont cependant contrebalancées par d'autres facteurs qui réduisent l'écart (réel ou psychologique) campagne-ville : faible coût relatif des denrées de subsistance, de l'énergie, du minimum nécessaire à la survie.

Sous-emploi rural chronique Le surplus naturel de population entraîne un excès de la main-d'œuvre disponible qui ne peut être absorbé par l'organisation traditionnelle des métiers et travaux. Tout effort de modernisation entrepris aggrave cette pression par la suppression des emplois salariés agricoles.

Guerre, expropriation, famine La violence est un facteur non négligeable d’émigration, souvent décisif. Exemples : mouvement des enclosures en Grande-Bretagne, collectivisation en Union soviétique.

Facteurs d'attraction vers les villes Ils reposent souvent davantage sur des perceptions que sur des réalités. Mais leur effet ne s'en fait pas moins fortement ressentir :

La ville, promesse de prospérité La ville offre de nombreux emplois rémunérés et des salaires plus élevés. La révolution industrielle nécessite, pour se mettre en place, le regroupement en un seul lieu, l’usine, de la force de travail. Jusque-là, l’industrie « rurale » est associée à la manufacture, qui a volontiers recours au « travail à façon » dans le secteur textile ou horloger (l'établissage, par exemple). L’industrialisation nécessite des capitaux et des infrastructures de plus en plus importants uniquement possibles au sein d'agglomérations, l’emploi industriel rural décline rapidement au . Cette tendance se révèle être moins consistante depuis les années 1980 pour les emplois administratifs ou ouvriers et affecte même le secteur du travail informel. La ville répond mieux aux aspirations sociales et culturelles (notamment aux yeux des jeunes générations) : environnement social plus ouvert, plus libre, moins contraignant que dans le cadre rural traditionnel, accès plus facile à l'éducation et, partant, à l'. Si une partie du clergé s’oppose à l’exode rural en considérant que le mode de vie chrétien est mieux préservé dans les régions agricoles traditionnelles, certains, comme Louis-Nazaire Bégin, fondent plusieurs journaux pour contrer cette tendance.

La ville accueil pour le refuge forcé Les populations soumises à l'insécurité ou à la guérilla pensent trouver meilleur accueil dans les agglomérations où vivent déjà certaines de leurs connaissances (regroupement familial ou constitution de quartiers communautaires).

Conséquences de l'exode rural Sur les zones de départ, Le déficit de population n'est réduit, que pour partie seulement, par le mécanisme de compensation démographique. Le départ des jeunes, dont les enfants des chefs d'exploitations agricoles, vers les villes a pour effet de diminuer la population active agricole alors que le nombre de retraités agricoles reste relativement élevé. Il en résulte un déséquilibre démographique important entre actifs et retraités et donc un déficit très important des régimes de protection sociale agricole, les cotisations sociales ne pouvant équilibrer les prestations sociales. Sur les zones d'arrivée, les conséquences les plus marquées sont vivement et immédiatement ressenties : En ville, l'afflux de population alimente les crises du logement, et l'instauration de faubourgs ou de bidonvilles. (Voir pour le cas de la France : bidonvilles en France dans les années 1960). Les nouveaux arrivants peuplent les périphéries des villes existantes ou donnent lieu à la création ou développement de villes comme Le Creusot ou de gigantesques conurbations comme le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais ou de Lorraine.

L'afflux de population plus ou moins bien intégrée dans les agglomérations alimente les préjugés et opinions de peur vis-à-vis : d'ouvriers considérés comme concurrents : Georges Lefranc, Histoire du Travail et des travailleurs, Flammarion Paris, 1957..