La bataille de Marengo vit s'opposer le l'armée française commandée par le général Bonaparte, alors Premier consul, à l'armée autrichienne dirigée par le feld-maréchal baron von Melas à Marengo, à proximité d'Alexandrie, dans le Piémont (aujourd'hui en Italie). Cette bataille de la campagne d'Italie marque un tournant majeur dans la guerre de la Deuxième Coalition qui avait commencé par une série de victoires des coalisés.
Les Autrichiens tentent de profiter de l'étirement des lignes françaises, occupées à poursuivre leurs adversaires après la bataille de Montebello, pour couper en deux l'armée française. Les troupes des généraux français Victor et Lannes doivent battre en retraite devant l'armée de von Melas qui les attaque par surprise. Mais elles sont soutenues en milieu de journée par les troupes que Bonaparte mène à leur secours. En fin de journée, l'arrivée du corps du général Desaix permet aux Français, en situation difficile, de faire basculer l'issue de la bataille en leur faveur, au point de transformer la retraite des Autrichiens en déroute. Desaix trouve la mort dans la bataille.
Après leur défaite, les Impériaux négocient avec Bonaparte la fin de la guerre en Italie, qui oblige les troupes impériales à se replier au-delà du Tessin.
Ce fait d'armes permet à Bonaparte de conforter sa position politique en tant que Premier consul.. Cette victoire décisive sur le front italien lui permet de promouvoir son image de chef victorieux, faisant passer la bataille à la postérité, même si la guerre n'est pas encore terminée et si les combats se poursuivent en Allemagne.
Contexte
Contraint à la guerre par l'arrivée d'une nouvelle armée autrichienne en Italie, Bonaparte imagine une nouvelle campagne d'Italie, beaucoup plus ambitieuse que la précédente. La situation militaire y est difficile, depuis qu'en février le général du Saint-Empire von Melas a coupé en deux l'armée française d'Italie : il a assiégé Gênes où sont retranchées les troupes de Masséna, et a repoussé Suchet au-delà du Var. Bonaparte élabore à partir de ces événements une vaste combinaison stratégique. Il constitue à Dijon une armée de réserve, officiellement commandée par le général Berthier, faisant croire que le gros de l'assaut est confié au général Moreau vers l'armée autrichienne du Danube qu'il doit refouler. En fait, l'objectif est de l'isoler du Tyrol pour empêcher l'acheminement de renforts en Italie ; dès lors, au lieu de pousser toutes ses troupes vers l'est, Moreau, une fois l'armée du Rhin engagée, doit détacher vers le sud, à travers le col du Saint-Gothard, du corps du général Lecourbe, pour y rejoindre en Italie les troupes de Bonaparte, venues de Dijon au même moment par le col du Grand-Saint-Bernard. Cette armée est prévue pour attaquer les arrières des troupes impériales, occupées au siège de Gênes d'un côté, et à l'assaut sur le Var de l'autre.
vignette|Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard par Jacques-Louis David.|alt=Napoléon Bonaparte, en grand uniforme flottant au vent, chevauche un cheval qui se cabre, aux pieds des Alpes que son armée escalade. Il indique le sommet de son bras tendu.
L'Autriche, peu inquiète des préparatifs de l'armée de réserve que l'on croit prévue en renfort pour Moreau, maintient son armée d'Allemagne sur la défensive, et concentre tout son effort sur l'Italie, rendant terrible le siège de Gênes où l'armée de Masséna est épuisée par les combats, la famine et les épidémies. Alors que la dureté du siège le presse à agir, Moreau est lent à lancer son opération vers le Tyrol, ce qui retarde Bonaparte dans son franchissement des Alpes par les cols du Petit et Grand-Saint-Bernard. Malgré ces difficultés, le , enfin, le passage vers les plaines du Piémont est effectué dans de bonnes conditions, provoquant la surprise escomptée.
vignette|gauche|André Masséna
Le , le général de division Murat, à la tête de l'avant-garde, entre à Milan ; les Autrichiens sont repoussés sur Turin. Mais la stratégie initiale s'effondre lorsque le , Masséna capitule à Gênes. La prise en tenaille de von Melas entre lui et Masséna est désormais impossible, et un grand nombre de troupes impériales sont libérées pour de futures opérations contre les Français.. Bonaparte doit modifier son plan. Il s'oriente donc plus au nord, fortifie Milan, s'assure toute la ligne du Pô jusqu'à son affleurement avec les Apennins au défilé de la Stradella, fermant ainsi la presque totalité des lignes de retraite des différentes troupes du baron von Melas vers l'Empire. Il pense alors l'accrocher dans une bataille décisive entre Alexandrie et Tortone.
Le a lieu la bataille de Montebello, près de la Stradella. Le général Lannes, à la tête de l'avant-garde française, arrête une partie des Impériaux en retraite, menés par le , qui sont rejoints par une armée venant de Gênes et commandée par le général Ott. Battue, l'armée autrichienne se replie, puis rejoint derrière la Bormida le général von Melas qui arrive à son tour à Alexandrie. Cette victoire rend Bonaparte excessivement confiant en ses capacités et en celles de ses hommes. Il est désormais convaincu que von Melas n'attaquera pas, et mieux encore, que les Impériaux envisagent déjà la retraite. Comme d'autres contingents français s'approchent par l'ouest et le sud, von Melas doit retirer la majorité des troupes qui se tenaient près de Nice, de Gênes et d'Alexandrie, et les replie sur la route entre Turin et Mantoue.
Déroulement Préparatifs Les Autrichiens ont prévu de se frayer un chemin vers l'est, mais grâce à un agent double connu sous le nom de François Toli, ils essayent de tromper Bonaparte en lui faisant croire qu'ils se dirigent vers le nord, en direction de Milan, après avoir été rejoints par les forces en provenance de Gênes. L'espion conseille à Bonaparte de marcher vers Sale, au nord de la plaine, et d'attaquer les Impériaux sur leur flanc gauche. Entretemps, le gros de l'armée impériale traverse le village de Marengo et se dirige vers le nord, avant de tomber sur le flanc gauche de l'armée française. Ott arrive de Montebello le , portant les effectifs impériaux à , soit de plus que les Français de Bonaparte, qui arrive à Sale le . La décision des Impériaux de marcher vers l'est est prise lors d'un conseil de guerre tenu le jour de l'arrivée de Bonaparte à Sale. Les généraux autrichiens les plus expérimentés approuvent vivement cette stratégie, l'alternative étant que l'armée impériale se repliât le long du Pô, abandonnant le Piémont sans combat. Néanmoins, en évacuant la plaine de où la redoutable cavalerie de l'armée impériale peut déterminer l'issue de la bataille en sa faveur, von Melas commet une grave erreur.
Bonaparte sait qu'Ott est coincé à Alexandrie, mais il ignore la position de von Melas. Après avoir rencontré l'espion, et craignant de voir les Autrichiens s'échapper vers Gênes ou Mantoue, Bonaparte sépare ses forces dans un large périmètre. Il envoie Desaix avec le général Boudet () au sud, à Novi Ligure, et le général La Poype () au nord, sur l'autre rive du Pô. Plus au nord, de Verceil au lac Majeur, sont stationnées les divisions d'Antoine de Béthencourt et de Joseph Chabran, et au nord de Plaisance, est stationnée la division de Lorge.. Le Premier consul envoie également Lannes vers San Giuliano. Il est convaincu d'avoir vu juste lorsque la division du général Victor, avec l'aide de la cavalerie de Murat, repousse le Feldmarschall-Leutnant du village de Marengo. Victor déploie ensuite les divisions des généraux Gardanne et Chambarlhac le long du Fontanone. Les Autrichiens envisagent de construire un pont plus au nord afin de prendre les positions françaises à revers, mais le manque de temps et de pontonniers a raison de cette stratégie, les forçant à traverser la rivière Bormida et à attaquer.
Champ de bataille vignette|Torre Garofoli, quartier général de Bonaparte avant la bataille.|alt=Petit bâtiment avec une cour entouré par des murs de briques en plus d'un clocher en arrière-plan.
La bataille a lieu à l'est d'Alexandrie, dans une plaine traversée par une rivière, la Bormida, sur laquelle les Impériaux ont établi une tête de pont. Les trois principaux sites de la bataille forment un triangle, avec Marengo à l'ouest, au nord et à l'est. Un cours d'eau, le Fontanone, coule entre Marengo et la Bormida. Le Premier consul établit ses quartiers à , encore plus à l'est.
Forces en présence
Au départ, 30 000 Autrichiens équipés de 100 canons sont opposés à qui en possèdent 15. Cependant, à la fin de la bataille, l'arrivée de Desaix, avec ses , renforce l'armée de Bonaparte.
La campagne de 1799 a épuisé l'armée impériale d'Italie, les pertes et la maladie ayant réduit certains régiments à . La composante principale de l'armée est stationnée dans le Piémont et dans la plaine du Pô, une poignée d'unités ayant été placées dans leurs quartiers d'hiver dans des zones mieux ravitaillées. Éloignées de leurs bases, d'où les régiments reçoivent leurs renforts, les troupes vivent dans des conditions misérables. L'armée de est à peine plus forte que celle ayant opéré en 1799.. L'équipement et les uniformes ont été améliorés et mis à jour. Un nouvel uniforme a été mis au point, muni d'un casque en cuir et accompagné de mousquets de plus petit calibre, cependant seule une minorité de soldats peuvent en bénéficier en 1800. Des efforts ont été fournis afin de pouvoir standardiser l'équipement, mais l'on dénombre une multitude de calibres de mousquets, ainsi que plusieurs formes de sabres..
Von Melas divise son armée en trois corps, face à la Bormida, juste devant Alexandrie : au nord, le Feldmarschall-Leutnant Ott ( et son avant-garde, en plus des divisions de et de ) ; au sud, la division d'O'Reilly ; au centre, von Melas lui-même, qui assume le commandement de la plus importante formation, regroupant les divisions de , Konrad Valentin von Kaim, et .
Face à eux, les de l'armée française ne sont guère mieux lotis que leurs prédécesseurs de 1795. Le ravitaillement est insuffisant, la discipline et la cohésion font défaut, les désertions creusent les rangs, et parfois, des formations entières marchent vers l'arrière à la recherche de nourriture. Leur valeur combative est donc douteuse. En établissant l'armée de réserve en France, le premier geste de Bonaparte est de réviser intégralement le système d'approvisionnement, en permettant aux troupes de bénéficier régulièrement de provisions et d'uniformes décents. Sans bénéficier de l'énorme supériorité de l'infanterie et de l'artillerie dont ont disposé les armées françaises à l'occasion de plusieurs campagnes républicaines, l'essentiel du corps de réserve de Bonaparte, provenant principalement de la République batave, a servi en Vendée sous le général Brune pour réprimer la rébellion royaliste. Des vétérans viennent rejoindre ce corps, notamment en provenance de l'armée des côtes de l'Océan. La nouvelle doctrine militaire met l'accent sur l'attaque et l'action offensive, la mobilité et la baïonnette, plutôt qu'aux affrontements en ligne.
En face de l'armée autrichienne se tient, au sein et au sud de Marengo, le corps de Victor (les divisions de Chambarlhac et Gardanne), soutenu à gauche par la cavalerie de Kellermann, et au nord-est par le corps de Lannes (la division Watrin, accompagnée de la brigades de cavalerie Champeaux), rassemblant . À l'est de Castelceriolo se trouve la division du général Monnier, renforcée par la garde des consuls qui forme la réserve. Le corps de Victor subit de plein fouet l'attaque des Impériaux.
L'attaque autrichienne vignette|gauche|300px