SOS Racisme est une association française créée en 1984, dont le but déclaré est la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et plus généralement toutes les formes de discrimination. L'association est créée par plusieurs militants issus de diverses structures politiques, comme le Parti socialiste ou l'UNEF-ID, et a notamment pour fondateurs Julien Dray et Harlem Désir.
Dominique Sopo en est le président actuel depuis 2003 (à l'exception de deux années passées en retrait, entre 2012 et 2014).
Le slogan de l'association est .
Activités et objectifs L'association se constitue initialement en réaction contre la progression de l'extrême-droite au début des années 1980 et des crimes racistes qui lui sont imputés. Elle se constitue partie civile durant des procès pour des accusations de faits à caractère raciste.
Par la suite, dès la fin des années 1990, l'association s'oriente vers la mise en évidence et l'aide juridique pour porter plainte contre des discriminations, notamment par le biais de pratiqués à l'entrée de boîtes de nuit, lieux de loisirs, auprès d'agences immobilières ou d'employeurs potentiels afin de démontrer toute forme de discrimination qui s'y exerceraient. Elle promeut une conception de procédures d'embauche sans discrimination, notamment par le CV anonymes (voir sos-racisme.org : section Historique, « archives »)., mais aussi des audits internes en entreprise et la formation des collaborateurs à lutter contre toutes les formes de discriminations, par exemple Randstad France en partenariat avec l'Institut Randstad pour la diversité et l'égalité des chances.
Les objectifs affirmés de l'association sont de construire une « république métissée » qui assure une égalité à tous - Sur le site de SOS Racisme. Concernant l'antisémitisme (non nommé explicitement dans ce texte), voir . Elle dit rejeter tout autant les conceptions d'extrême-droite que les conceptions « communautaristes » de la lutte antiraciste.
Histoire du mouvement Contexte SOS Racisme est née dans le contexte de lutte contre les succès électoraux de l'extrême-droite et diverses expressions de racisme. Durant les années 1970 et au début des années 1980, des personnes d'Asie, nord-africaine et subsaharienne qui vivent en France et y ont fait leur vie, sont inscrites durablement dans la réalité. Des violences policières sont à l'origine de la Marche pour l'égalité et contre le racisme. En outre, la crise économique et sociale crée un contexte de tension propice aux réactions de rejet. La grève menée de l'usine automobile Talbot de Poissy (PSA) verra des affrontements entre une milice patronale et des grévistes, ainsi qu'une instrumentalisation de la question des ouvriers immigréshttps://shs.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2004-4-page-151?lang=fr#s1n6. Enfin, à l'automne 1983, des adhérents et sympathisants du Parti socialiste participent à des « dimanches noirs » qui voient des batailles rangées entre les militants FN et les organisations d'extrême-gauche à la suite d'élections municipales partielles dans des villes de gauche qui connaissaient une montée du vote FN.
Préparation et fondation C’est en que naît SOS Racisme, créé par des étudiants syndiqués et des marcheurs de Convergences 84 notamment à la suite de l'accusation raciste et mensongère de vol d'un ami proche d'Harlem Désirhttp://referentiel.nouvelobs.com/archives_pdf/OBS1058_19850215/OBS1058_19850215_025.pdf referentiel.nouvelobs.com/archives_pdf/OBS1058_19850215/OBS1058_19850215_025.pdf.
L'association a pour but de créer une association rassemblant le plus grand nombre avec une forte capacité de mobilisationSOS-Racisme : Histoire d’une mobilisation « apolitique », Contribution à une analyse des transformations des représentations politiques après 1981 - Philippe Juhem, décembre 1998. page 13. Après une première conférence de presse infructueuse sur le plan médiatique, Harlem Désir relate à l'Humanité que Bernard-Henri Lévy conçoit pour l'association, .
Certaines controverses existent sur les personnes à l'origine de la création de l'association. Par exemple, Jacques Attali dans son livre Verbatim (1993) soutient, lui que l'association est créée de toutes pièces à partir de l'ÉlyséeJacques Attali, Verbatim. Tome 1. Chronique des années 1981-1986, Fayard, 1993, . « Lundi avril 1985. Harlem Désir lance « SOS Racisme ». Jean-Louis Bianco a tout organisé à l'initiative de Jean-Loup Salzmann et Julien Dray. Christophe Riboud a financé ».. Cette version est contestée par d'autres études qui soulignent cependant le rôle du soutien financier de l’État via des organismes comme le FASILD ou mettent en avant « la prégnance d’une logique qui emprunte davantage à la publicité qu’au militantisme ». D’autre comme Benoît Rayski, journaliste au sein d'Atlantico, écrit que .
A parti de 1985, l’association reçoit le soutien de nombreux intellectuels et va émerger sur le plan médiatique : notamment dans l'émission « Droit de réponse » qui avait invité le Harlem Désir ou encore avec Simone Signoret qui, en , porte le badge sur le plateau de 7 sur 7.Le , le premier concert de l'association est organisé à la Concorde. Il réunit personnes.
Selon Julien Dray, l'un des fondateurs de l'association, SOS Racisme est en partie inspiré par la mobilisation anglaise « » (l'association organise d'ailleurs un grand concert à Paris le ) dans le contexte d'affirmation du FN aux élections partielles de 1983 et d'agressions racistes. C'est surtout avec l’invitation d'Harlem Désir à l'émission Droit de réponse, le soutien d'intellectuels comme Marek Halter puis d'artistes comme Coluche, Karim Allaoui ou Guy Bedos qui permet à l'association de se faire connaitre. Selon Dray, lui et ses proches auraient mis au service de l'association « un savoir-faire militant, une bonne formation d'agitprop », alors que le PS aurait tenu le mouvement pour suspect à cause des anciens trotskistes à sa direction.
Prises de position et actions vignette|Dominique Sopo, actuel président de SOS Racisme.
Les mots d'ordre de l'association sont ceux de la fraternité et du multiculturalisme symbolisés par le slogan trouvé par le journaliste Didier FrançoisDidier François, La décennie Mitterrand, T2, , inscrit au sein d'une main jaune créée par le communicant Christian Michel.. Dans ses premières années, l'association mène plusieurs actions très médiatiques, dont la plus marquante est le « Concert des Potes ». Le premier a eu lieu le à (et s'est prolongé jusqu'à du matin). Il s'est appelé « Touche pas à ma concorde » (place de la Concorde). Le deuxième a eu lieu le et a été surnommé « Mon pote, c'est le pied » (Place de la Bastille). Quant au troisième concert ( : voir Vincennes) ainsi que ceux ayant eu lieu jusqu'à aujourd'hui, ils s'appellent tout simplement le « Concert des Potes ».
Dès l'origine, SOS Racisme considère que le combat contre les discriminations passe par une réflexion sur l'urbanisme et le rôle de l'école. Ainsi, elle a dénoncé, dès le début des années 1990, la constitution en périphérie des grandes villes d'ensemble urbains devenus, après peuplement, des ghettos. Elle mettra en avant le mot d'ordre « intégration » – excluant par là-même aussi bien le terme d’« assimilation » que l'expression d'un « droit à la différence » – et citera souvent en exemple la réussite sociale de personnes d'origine immigrée. La fin des années 1980 et le début des années 1990 sont l'occasion pour l'association de donner une vitrine à son combat au travers de grands concerts donnés à Paris en plein air (La Concorde, Bastille, République, Vincennes)Collectif, De la discrimination dite "ethnique et raciale": Discours, actes et politiques publiques - entre incantations et humiliations, L'Harmattan, 2009, p. 120. SOS Racisme bénéficie également de l'aura personnelle de son président, Harlem Désir, alors très présent dans les médias et considéré comme un excellent communiquant politiqueSerge Albouy, Marketing et communication politique, L'Harmattan, 2000, p. 217Adil Jazouli, Les années banlieues, Seuil, 1992, p. 101Gérard Namer, Mémoire et projet du mouvement lycéen-étudiant de 1986-1988, L'Harmattan, 2000, p. 81.
Dans ses premières années, l'association poursuit plusieurs buts. Il s'agit tout d'abord de créer un « cordon sanitaire » républicain autour du Front National de l'époque afin d'éviter, aussi bien localement que nationalement, qu'il ne participe à une quelconque majoritéCollectif, Qu'est-ce que SOS Racisme ?, Archipel, 2006, page 17. De manière assez singulière en Europe, ce but, poursuivi également par les autres associations antiracistes, est atteint : malgré le niveau électoral auquel s'est maintenu le Front National de 1984 à 2007 (10 à 17 % des voix exprimées à l'occasion des élections nationales), le FN ne peut participer à la moindre majorité parlementaire, la droite française tentant simplement de l'intégrer dans quelques majorités des exécutifs régionaux, avant de devoir y renoncer sous la pression politique et médiatique..
. SOS Racisme et France Plus, sans disparaître, rentrent dans le rang dans les années 1990. Le mouvement se divise sur la guerre du Golfe et ses relations avec le PS se tendent.
Elle s'attache à défendre le droit du sol dont l'intérêt pour le pays est examiné sous différents gouvernements de droite (Gouvernement Chirac de 1986 à 1988, Gouvernement Balladur de 1993 à 1995 et Gouvernement Juppé de 1995 à 1997). Par une coïncidence surprenante, ce sont Jacques Chirac et Valéry Giscard d'Estaing qui ont signé en tant respectivement que Premier ministre et président de la République le décret sur le regroupement familial qui a créé les immigrés de deuxième, puis de troisième génération). Les mobilisations des associations et des partis de gauche ont empêché ce réexamen du droit du solPatrick Weil, Qu'est-ce qu'un Français ? : Histoire de la nationalité française depuis la Révolution, Paris, Gallimard, 2002, considéré comme partie intégrante du Pacte républicain par ses défenseurs. Elle pratique les « », une méthode tendant à apporter des preuves en matière de discriminations raciales dans les domaines de l'accès au logement, du travail en général et de l'hôtellerie et du monde de la nuit en particulier. Ce travail a donné un certain nombre de résultats : des boîtes de nuit, des restaurants et quelques agences immobilières sont condamnés pour discrimination raciale. Ainsi, SOS Racisme obtient la condamnation du restaurant du Bal du Moulin Rouge pour discrimination à l'emploi (jugement de la Cour d'appel de Paris en date du ). En , les sociétés Garnier (groupe l'Oréal) et Adecco étaient condamnées pour la même raison par la Cour d'appel de Paris. En 2001, la méthode du est considérée par la Cour de cassation comme source de preuve valable devant les tribunaux.
Lorsque des mouvements antiracistes s'opposent concernant la question du Proche-Orient, l'association clame son attachement au processus de paix selon elle mis à mal par la seconde Intifada. Elle dénonce la résurgence d'un nouvel antisémitisme en France à travers la publication en 2002 , le livre blanc des violences antisémites en France cosigné avec l'UEJF. Depuis, les deux associations sont des partenaires privilégiés et ont organisé à partir de 2004 les soirées « Rire contre le racisme » qui se tenaient initialement au Zénith de Paris puis à son Palais des sports une fois par an en présence d'artistes comme Michel Boujenah, Dany Boon, Jean-Marie Bigard ou Gad Elmaleh.. En 2009, la soirée Rire contre le Racisme s'est transformée en Rire Ensemble et a été diffusée en direct de l'Olympia par France 2 le . En 2003, l'UEJF et SOS Racisme créent une association étudiante nommée FEDER (Fédération des Enfants de la République), qui concourt de manière éphémère dans les scrutins universitaires.