Jean Rouch, né le à Paris (France) et mort le à Birni N'Konni (Niger)Archives en ligne de Paris, arrondissement, année 1917, acte de naissance , cote 14N 545, vue 6/31, avec mentions marginales de décès, est un réalisateur et un ethnologue français.

Il est particulièrement connu pour sa pratique du cinéma direct et pour ses films ethnographiques sur des peuples africains tels que les Dogons et leurs coutumes. Considéré comme le créateur de l'ethnofiction, un sous-genre de la docufiction, il est l'un des théoriciens et fondateurs de l'anthropologie visuelle.

Biographie Famille Jean Rouch est le fils de Jules Rouch, officier de marine, météorologue, explorateur et de Luce GainJean Rouch, titi africain du 14e arrondissement de Paris – article de Maroussia Dubreuil sur Le Monde, 01/06/2017. Ils ont eu deux enfants : Geneviève et Jean. C'est lors de l’expédition polaire française en Antarctique, commandée par Jean-Baptiste Charcot de 1908 à 1910 avec le Pourquoi pas ?, que Jules Rouch rencontre Louis Gain, le naturaliste de l'expédition. Au retour de l'expédition, Jules Rouch fait la connaissance de Luce, venue accueillir son frère. Il l'épouse en 1913. Pendant la première guerre mondiale, Jules Rouch est nommé chef du service météorologique aux armées, fin 1916. Après la guerre, en tant qu'officier de marine, il occupe plusieurs postes à l'étranger, notamment en Allemagne, en Algérie, au Maroc et en Grèce. Il termine sa carrière en tant que directeur du musée océanographique de Monaco.

Jean Rouch a pour compagne Yannick BellonDans son documentaire autobiographique, D'où vient cet air lointain ? (2019) Yannick Bellon relate cette relation avec des images d'époque, inédites à ce jour. au début de la guerre, et s'est marié deux fois : en 1952 avec Jane Margareth George (1922-1987), puis en 2002 avec Jocelyne Rouch-Lamothe. Jane a partagé la passion de son mari pour l'Afrique et a publié en 1984 un essai, Nous n'irons plus aux bals nègres. Jocelyne Rouch-Lamothe a tenu son propre rôle dans le court-métrage réalisé par Bernd Mosblech en 2007 : Je suis un Africain blanc - L'adieu à Jean Rouch. Elle a créé en 2006 la Fondation Jean Rouch, placée sous l'égide de la Fondation de France.

Ingénieur Après une formation d’ingénieur à l'École nationale des ponts et chaussées., Jean Rouch se fait engager avec deux camarades de promotion, Jean Sauvy et Pierre Ponty, comme ingénieur des travaux publics en Afrique. Rouch est affecté au Niger où il construit des routes et des ponts. Après la mort d’ouvriers foudroyés sur un chantier, il découvre les mystères de la religion et de la magie songhaï. Il se consacre alors à l'ethnographie.

Après avoir été expulsé de la colonie du Niger, il prépare à Dakar les campagnes militaires de libération, puis rejoint la blindée du général Leclerc et entre avec les armées alliées dans Berlin en 1945.

Ethnologue De retour en France, il suit les cours d'ethnologie de Marcel Mauss et de Marcel Griaule, puis repart, en 1946, en Afrique avec Jean Sauvy et Pierre Ponty pour descendre en pirogue les du fleuve Niger, de sa source jusqu’à l’océan Atlantique. Après cet exploit, il effectue d’autres missions, tourne des films et soutient sa thèse avec son maître Marcel Griaule, lui-même pionnier du cinéma ethnographique. En 1953, chargé de recherches au CNRS, il crée (avec Henri Langlois, Enrico Fulchignoni, Marcel Griaule, André Leroi-Gourhan et Claude Lévi-Strauss) le Comité du film ethnographique, qui siège au musée de l'Homme à ParisVoir la notice du film Paroles.. Il est l'un des fondateurs du "cinéma-vérité" avec Edgar Morin, un mouvement qu'il a contribué à théoriser et dont il a proposé le film-manifeste avec Chronique d'un été en 1961.

En 1969, il crée avec Pierre Braunberger et Anatole Dauman le Groupe de recherches et d'essais cinématographiques (Grec), destiné à produire de premiers courts métrages, avec le soutien du CNC. La même année, il cofonde avec Enrico Fulchignoni, Claudine de France et Colette Piault, la Section de Cinéma, devenue depuis Section Cinéma anthropologique, au sein de l’UER de Sciences Sociales de l’université de Nanterre.

Toujours à l'université de Nanterre, il fonde en 1971 le laboratoire de recherche Formation de Recherches Cinématographiques (FRC).

En 1978, Jean Rouch s'intéresse avec Jean-Michel Arnold, au festival "L'homme regarde l'homme", créé par Jacques Willemont en 1975 à Créteil, puis déplacé en 1978 à Beaubourg. Ils se l'approprient en juin et le rebaptisent Cinéma du réel ; le festival existe toujours. Avec humour, il est possible d'affirmer que Jacques Willemont est également à l'origine du Festival Jean Rouch, décliné de Cinéma du réel et donc de "L'Homme regarde l'Homme". Cette triste histoire est souvent désignée comme l'"Affaire Rouch" [références en cours]

En 1978, les autorités de la jeune république du Mozambique demandent à des cinéastes connus, parmi lesquels Jean-Luc Godard et le brésilo-mozambicain Ruy Guerra, de concevoir une politique cinématographique et télévisuelle innovante. Jean Rouch propose pour sa part une approche fondée sur la formation de futurs cinéastes sur place. Avec Jacques d'Arthuys, attaché culturel de l’ambassade de FranceLes ateliers Varan, il constitue alors un atelier de formation au cinéma documentaire sur pellicule en super 8, à la pédagogie simple, fondée sur la pratique : Après cette expérience, les Ateliers Varan sont créés en 1981 à Paris..

Au cours de sa longue carrière, Jean Rouch, réputé pour son agilité intellectuelle et son don de la parole, enseigne inlassablement le cinéma en France, en Afrique, aux États-Unis et réalise près de cent vingt films. Il suscite de multiples vocations de cinéastes à travers le monde. Il anime pendant des années le séminaire « Cinéma et Sciences Humaines » à la Cinémathèque française en collaboration pédagogique avec l'université de Paris X-Nanterre, où il crée le premier DEA en études cinématographiques de France.

En il fait une visite exceptionnelle en Afrique du Sud, après installation de Nelson Mandela, pour filmer dans les townships et il donne deux cours publics sur sa vision du film ethnographique au Centre for Rhetoric Studies de l'Université du Cap.

Influencé par Dziga Vertov et Robert Flaherty, Jean Rouch est l’un des pères fondateurs du cinéma-vérité. Il est une source d’inspiration et une constante référence pour les réalisateurs de la Nouvelle Vague. Président de la Cinémathèque française pendant cinq ans (entre 1986 et 1991), il est en 1993, à Berlin, lauréat du prix international de la paix, pour son film Madame l'eau. Son œuvre, couronnée par de nombreuses récompenses prestigieuses, s’inscrit dans l’histoire du cinémaJean Rouch : restaurations, raretés et inachevés (« Jean Rouch, c'est le moteur de tout le cinéma depuis 1955, bien que peu de gens le sachent... C'est le premier en France à avoir fait coïncider la vérité brute, la vie quotidienne prise, captée à vif, et l'invention cinématographique. », Jacques Rivette, Cahiers du cinéma, septembre 1968) – nouvelles dans le journal de la Cinémathèque française sur un cycle de Films dédié à Rouch. Un admirateur de Rouch, Jean-Luc Godard, pose cette question : Jean Rouch, sorcier blanc de l'Afrique et du cinéma – article sur Le Monde, le 20 février 2004.

Décès Au cours d’une ultime mission au Niger, le , à la tombée de la nuit, à 16 kilomètres de la ville de Birni N'Konni sur la route de Tahoua dans l’est du pays, Jean Rouch est victime d'un accident de voiture mortel. Il désirait être incinéré, mais le Niger interdit les crémations. Il repose dans une tombe dans l'ancien cimetière chrétien de Niamey.

Filmographie

Principaux longs métrages 1954 : Jaguar finalisé en 1967 1955 : Les Fils de l'eau 1958 : Moi un noir 1961 : La Pyramide humaine 1961 : Chronique d'un été, coréalisé par Edgar Morin 1965 : La Chasse au lion à l'arc 1967-1974 : Les Fêtes du Sigui (voir cérémonies du Sigui) 1970 : Petit à petit 1974 : Cocorico Monsieur Poulet 1976 : Babatou, les trois conseils, scénario de Boubou Hama 1979 : Bougo, les funérailles du vieil Anaï 1983 : Dionysos 1986 : Folie ordinaire d'une fille de Cham, coréalisé par Philippe Costantini, avec Jenny Alpha, Sylvie Laporte, Catherine Rougelin d'après le texte de Julius Amédée Laou et la mise en scène de Daniel Mesguich 1985-1986: Cousins, cousine. (32 min- Film Inachevé). Damouré Zika est à Venise avec sa cousine Mariama Hima dans une histoire de gondoles. 1992 : Madame l'eau, scénario co-écrit avec Philo Bregstein 2003 : Le Rêve plus fort que la mort, coréalisé par Bernard Surugue

Courts et moyens métrages Liste non exhaustive 1947 : Au Pays des mages noirsVoir sur le site de l'INA.Chapitre 2. Le contexte cinématographique, p. 39-78, du livre Jean Rouch, de Maxime Sheinfeigel, in Cinéma et audiovisuel, CNRS Éditions, 2008, ISBN (Édition imprimée) : 9782271066435 (Ebook) 1948 : Les Magiciens de Wanzerbe. Rites des magiciens Songhay au Niger. 1949 : Circoncision. Rite de circoncision des enfants de Hombori, un village du Mali. 1949 : Initiation à la danse des possédés. Une femme Songhai de l’archipel de Tillaberi est initiée. 1952 : Bataille sur le grand fleuveFiche de diplomatie.gouv.fr.. 1954 : Les Maîtres Fous ( et d’autres versions). Rituel d’un groupe d’Africains, une secte religieuse d’ouvriers d’Accra, au Ghana, qui sont possédés par l’esprit des , « Les Maîtres Fous », dans une mise en scène où ils jouent des personnages associés au pouvoir colonial. 1962 : La PunitionVoir sur imdb.com.. 1963 : Rose et Landry, coréalisé avec Jacques Godbout. Les relations entre les générations, amours et mariages, émancipation des femmes et exode vers l’Europe des élites africaines. 1964 : La Gare du Nord. Court métrage de fiction en 4 plans dont deux plan-séquence, d’environ , faisant partie du film Paris vu par… : Jean Rouch, Jean-Daniel Pollet, Jean Douchet, Éric Rohmer, Claude Chabrol et Jean-Luc Godard. 1964-1965: La Goumbé des Jeunes Noceurs (27 min). A Abidjan, dans le quartier de Treichville, la Goumbé des Jeunes Noceurs se réunit dans la rue pour de spectaculaires exhibitions de chants et de danses modernes... 1965 : Les Veuves de quinze ans, , court métrage pour la série Les AdolescentesVoir sur imdb.com. sur les yéyés françaises. Jean Rouch observe le comportement de deux adolescentes de la société yéyé parisienne, dont on suit les aventures. L’une est sérieuse, l’autre pas. 1973 : Foot Girafe 1974 : VW voyou

Films sur les rituels des Dogons au Mali En coréalisation avec Germaine Dieterlen, la série concerne les cérémonies du Sigui. 1967 : L'Enclume du Yougo (). 1968 : Les Danseurs de Tyogou (). 1969 : La Caverne de Bongo (). 1970 : Les Clameurs d'Amani (). 1974 : L'Auvent de la circoncision ().

Autres activités Photographe « Jean Rouch, un photographe africain »Voir sur Afrik.com., de Alfred Adler et Michel Cartry,

Documentariste 1961 : Le Niger, jeune république de Claude Jutra au Québec

Acteur L'Œuf sans coquille, un film-opéra de Rina ShermanVoir L'Œuf sans coquille sur rinasherman.com. MM. les locataires, un film de Rina ShermanVoir MM. les locataires sur rinasherman.com.

Publications Bibliographie exhaustive sur le site du Comité du film ethnographiqueVoir sur comite-film-ethno.net.

Séverine Graff, Le cinéma-vérité. Films et controverses, Préface de François Albera, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2014. Jean Rouch, Nadine Wanono, Germaine Dieterlen, Ciné-rituel de femmes dogon, CNRS EditionsVoir sur cnrs éditions.fr., 1987 La Religion et la magie Songhay, université de Bruxelles, 1996 Les Songhay, L'HarmattanVoir sur le site de l'éditeur., 2005 Alors le Noir et le Blanc seront amis - Carnets de mission 1947-1951, Fayard, 2008

Préfaces Georges Sadoul, Dziga Vertov, Champ libre, 1971 Boubou Hama, Le Double d'hier rencontre demain, Paris, Union générale d'éditions - coll. 10/18, 1973