Adolphe Thiers, né le à Marseille (Bouches-du-Rhône) et mort le à Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise), est un avocat, journaliste, historien et homme d'État français.

Arrivé à Paris à , ambitieux et sans fortune , journaliste anticlérical et patriote de l'opposition libérale est l'auteur à succès d'une Histoire de la Révolution française. Il est un exemple de l'évolution des classes dirigeantes françaises à la recherche d'un nouvel ordre institutionnel stable après l'effondrement de la monarchie absolue en 1789. Il a joué un grand rôle dans la mise en place des régimes politiques successifs ayant suivi l'échec de la Restauration en 1830.

Il contribue aux Trois Glorieuses et joue un rôle décisif dans la mise en place de la monarchie de Juillet. Élu à l'Académie française, marié et devenu riche, il est député, plusieurs fois ministre et deux fois président du Conseil. Partisan d'une monarchie constitutionnelle dans laquelle « le roi règne, mais ne gouverne pas », il s'éloigne du roi au nom de l'esprit « national » sur la politique étrangère (crise de 1840) et devient l'adversaire de Guizot au nom des libertés parlementaires.

Après la révolution de 1848, il se rallie à la République et devient l’une des figures du parti de l'Ordre. Opposé au coup d’État du 2 décembre 1851 du futur , dont il a appuyé la candidature à la présidence de la République en 1848, il ne se rallie pas au Second Empire et commence une longue traversée du désert. Il écrit la suite de sa Révolution, lHistoire du Consulat et de l'Empire en vingt volumes, qui sont de nouveau un succès de librairie. Élu en 1863 à Paris, il devient l'un des principaux orateurs de l'opposition libérale et s'oppose à la guerre franco-allemande de 1870.

En , après la chute du Second Empire consécutive à la défaite de Sedan pendant la guerre contre la Prusse et l'échec du Gouvernement provisoire de la Défense nationale, il devient « chef du pouvoir exécutif de la République française », c’est-à-dire à la fois chef de l’État et du gouvernement, Jules Dufaure étant vice-président du Conseil. Il négocie le traité de paix avec Bismarck et réprime dans le sang l'insurrection de la Commune de Paris.

Il est considéré par toutes les gauches révolutionnaires comme un artisan du massacre des communards pendant la semaine sanglante.

En , par la loi Rivet, il devient président de la République française. Il organise notamment l'emprunt national qui permet l'évacuation anticipée du territoire par les troupes d'occupation. En , il est salué par l'Assemblée nationale comme .

Son ralliement à une « République conservatrice » provoque en sa mise en minorité par les monarchistes, majoritaires à l'Assemblée nationale et entraîne sa démission de la présidence de la République. Il a ouvert la voie au rapprochement de la droite orléaniste libérale et des républicains modérés dirigés par Léon Gambetta, alliance qui, par la voie de l'« opportunisme », a fondé la Troisième République.

Biographie Enfance à Marseille Marie Louis Joseph Adolphe. naît, enfant naturel, le , dans la maison de sa mère, Marie-Madeleine AmicNée à Bouc (aujourd'hui Bouc-Bel-Air) le , de Claude Amic, négociant marseillais envoyé à Constantinople comme délégué général du commerce, et de Marie Santi Lomaca, née à Constantinople au sein d'une famille catholique. La demi-sœur de Marie, Élisabeth Santi Lomaca, a épousé Louis de Chénier, négociant puis diplomate sous et père des deux poètes André Chénier, mort guillotiné en 1793 pendant la Révolution, et Marie-Joseph Chénier.. L'orthographe d'origine de ce nom de famille est Lomaca, y compris en 1754, mais il y a des variantes..., fille de négociant marseillais, 15, rue des Petits-Pères à Marseille, aujourd'hui rue Adolphe-Thiers. Le baptême est célébré clandestinement dans la cave par un prêtre réfractaire.

L’enfant est légitimé le lorsque son père, Pierre-Louis Thiers, veuf depuis le de Marie-Claude Fougasse, épouse sa mèreL’acte de mariage mentionne : ..

Le grand-père d'Adolphe Thiers, Louis-Charles Thiers, est né à Marseille, d’un avocat au barreau d'Aix-en-Provence, nommé en 1770 archivaire-secrétaire (secrétaire général) de la ville de Marseille, réputé pour être un homme compétent, travailleur et honorable., emprisonné et ruiné par la Révolution, ce dernier meurt en 1795 à Menton..

Relations avec son père Au bout de quatre mois, Pierre-Louis Thiers disparaît sans laisser d’adresse. Adolphe Thiers ne l’a jamais revu..

En 1825, lorsque le père réclame une aide à ce fils qui commence à faire parler de lui dans le journalisme parisien, Thiers répond :

Après une jeunesse aventureuse et dissipée (il est enfermé par lettre de cachet à la demande de son père) où on le retrouve en Morée, à Malte et aux îles d’Amérique où il tente de faire fortune, Pierre Thiers revient à Marseille en 1785, où il est embauché à la mairie. Chargé de la perception des loyers, il se sert dans la caisse et son père doit combler le déficit s'élevant à , soit deux ans de salaire.. En 1788, il épouse Marie-Claude Fougasse, dont il a un fils. À Lyon, au moment de l’insurrection royaliste de 1793, il se lie avec le chevalier de Fonvielle (1760-1839), littérateur et publiciste royaliste, actif propagandiste contre-révolutionnaire à Marseille et dans le Midi. Fonvielle raconte dans ses MémoiresMémoires historiques de M. le Chevalier de Fonvielle, Paris, Ponthieu, 1824, , ). leur fuite mouvementée lorsque la Révolution triomphe, par la Suisse, l’Italie, Gênes et la mer, à Toulon puis à Carthagène.

Après la chute de Robespierre (), Pierre revient à Marseille et obtient un poste d'accusateur public près le tribunal militaire. Il réussit à faire libérer Lucien Bonaparte incarcéré à Aix qui, pour lui témoigner sa reconnaissance, le fait nommer au service des vivres de l’armée d’Italie.

Après l’abandon de la femme qu'il vient d'épouser à Marseille et de son fils au berceau, il part à Paris. Fonvielle nous rapporte qu'il mène grand train. Il a ramené deux Italiennes : Thérèse Cavalieri avec qui il a deux enfants, et la sœur de cette dernière, Louise, qui lui donne une fille. Il acquiert deux domaines dans la Manche provenant de l'abbaye de Lessay. Rapidement ruiné, il est nommé par les Bonaparte receveur des contributions directes à Beaucaire. Au bout de dix-huit mois, il demande un congé. On s’aperçoit qu’il manque dans la caisse. Il est arrêté à Bologne, au pays de Thérèse Cavalieri qu’il fait passer pour sa femme, mais réussit à s’enfuir. De nouveau arrêté à Marseille le et transféré à Nîmes, il est libéré grâce à l’appui de Lucien Bonaparte et s’installe à Paris chez son ami Fonvielle.

Lorsque Thiers devient ministre, son père se prévaut de sa paternité pour extorquer de l’argent à des dupes. Thiers l’expédie à Carpentras avec une petite pension sous la surveillance de son ami d’Aix, le sous-préfet Floret. Le chantage recommence en 1832. Le père revient à Paris chez Fonvielle pour exercer une pression sur « un fils dénaturé ». Fonvielle sert d'intermédiaire, écrit dix-sept lettres à Thiers, puis au roi et à la reine sans succès, écrit un pamphlet. Un journal de Marseille ouvre une souscription « pour sauver la famille de M. Thiers de la famine et de la prostitution ». Thiers se fâche, menace. Le père finit par rentrer à Carpentras, où il meurt à couvert de dettes.

écrit Pierre Guiral..

Enfance Adolphe Thiers passe son enfance à l'école ou au collège, élevé par sa mère et sa grand-mère qui , selon Charles de RémusatRémusat, Mémoires de ma vie, Plon, 1967, , .. Il ne connaîtra un intérieur de famille, qu'à près de quarante ans, chez les Dosne, après son mariage dans des conditions très particulières.

En 1808, il entre au lycée de Marseille (aujourd'hui lycée Thiers) à en sixième avec une bourse ; il y reste jusqu'en 1815. Malgré des conditions de vie draconiennes (Adolphe Thiers, Plan d'un ouvrage de philosophie, Paris, 1905, )., Thiers s'y épanouit et devient un très bon élève, remportant presque toutes les années les premiers prix de sa classeSébastien Berteaut, M. Thiers, souvenirs d'un vieux Marseillais, .. Son professeur de rhétorique écrit : « Il réunit aux plus heureuses dispositions pour les sciences et les belles-lettres, l’amour de l’étude et le désir de se distinguer dans une profession honorable. Quelle que soit la carrière dans laquelle il se propose d'entrer, il ne peut manquer de la parcourir avec le plus grand succès »D. Halévy, Le Courrier de M. Thiers, Payot, 1921, .. Le proviseur, M. Dubreuil, conseille à sa mère de l'encourager dans la carrière du barreau..

Alors que sa mère et sa grand-mère sont, à l'instar de la majorité des Marseillais, royalistes et pieuses, Thiers s'émancipe de ces opinions pour lui préférer la gloire napoléonienne : Sébastien Berteaut, op. cit., .. Son départ du lycée en 1815 coïncide avec la Restauration, régime qu'il condamne avec fermeté : Henri Malo, Thiers (1797-1877), Paris, 1932, p. 22..

Étudiant et avocat à Aix En 1815, suivant les conseils de son proviseur, Thiers part, à , faire ses études de droit à Aix-en-Provence. Sa mère et sa grand-mère le rejoignent en 1818. Il fréquente assidûment la bibliothèque Méjanes, où il dévore les œuvres de nombreux auteurs tels Rousseau, Montesquieu, Vauvenargues, son cousin André Chénier, Fénelon, Bernardin de Saint-Pierre, Virgile et Homère notamment. Il se passionne en outre pour la philosophie, nourrissant le projet d'écrire des ouvrages de métaphysique.

Il fréquente un groupe d'amis sur lequel il exerce déjà son influence : Rouchon-Guigues futur avocat et historien ; Charles Giraud futur membre du Dernier ministère ; Antoine Aude, futur maire d'Aix ; Émile et Séverin Benoît qui seront avocats ; Pierre Revoil, artiste lyonnais ; Joseph Floret, futur préfet de Louis-Philippe, Mottet, futur conseiller d'État, Émile Teulon futur député du Gard.. L'un d'eux écrit en 1837 : Louis Méry, op. cit., ..

Mais surtout il rencontre François-Auguste Mignet avec qui il noue une amitié qui durera jusqu'à la fin de leur longue carrière. Le , Thiers et Mignet sont reçus licenciés et, en novembre, ils sont admis au barreau d'Aix.

Parallèlement, il se lance dans l'écriture. Il est l'auteur d'un traité de trigonométrie sphérique, d'un mémoire sur l'éloquence judiciaire qui reçoit le prix de littérature de la Société des Amis des Sciences et des Arts, et d'un Éloge de Vauvenargues qui lui vaut, non sans quelques péripéties car sa réputation de libéral commence à lui faire du tort, le prix de l'Académie d'Aix tandis que Mignet remporte un succès analogue avec un Éloge de mis au concours par l'Académie de Nîmes.

Las de ne pouvoir s'imposer comme il le souhaiterait, Thiers envisage de s'installer à Paris, seule ville selon lui où il pourra assouvir ses ambitions. Mignet part le premier en . Thiers le suit le . Il a .

Journaliste et historien à Paris vignette|redresse|gauche|Adolphe Thiers à , par Auguste Raffet. vignette|redresse|gauche|Adolphe Thiers. Lithographie de François-Séraphin Delpech d'après un portrait par Zéphirin Belliard. À Paris, le petit provincial pauvre de va se faire un nom par sa plume.

Il arrive le avec une lettre de recommandation pour le député de l’opposition libérale Manuel qui lui trouve, pour subvenir à ses besoins, un poste de secrétaire du duc de La Rochefoucauld-Liancourt, pair de France et membre de l’Académie des Sciences, qu’il quitte au bout de trois mois.

Le jeune homme a un physique peu flatteur, un fort accent et une voix nasillarde jugée peu agréable. « Sa figure ingrate, sa conversation négligée, son laisser-aller incorrect et spirituel ne le faisait pas prendre au sérieux autant qu'on l'aurait dû faire », juge Charles de RémusatCharles de Rémusat, Mémoires de ma vie, Plon, 1959, , .. Mais c’est un causeur intarissable, gesticulant et pétulant. Il a une capacité à parler de tous les sujets : , écrit Sainte BeuveHenri Malo, Thiers, Payot, 1932, .. .