L'Agence France-Presse (AFP) est une agence de presse internationale généraliste et multimédia, fondée en à Paris pour prendre la suite d'Havas, la plus vieille agence de presse au monde. Elle a pour mission d'assurer une couverture rapide, complète, impartiale et vérifiée de l'actualité mondiale, dans tous les domaines et sous toutes ses formes : vidéo, photographie, texte, infographie et audio..

Elle est chargée de collecter, vérifier, recouper et diffuser l'information, sous une forme neutre, factuelle, destinée à être utilisée directement par tous types de médias (radio, télévision, presse écrite, sites Internet) et également à servir de source et d'alerte pour les grandes entreprises et administrations.

Forte d'un réseau de dont actifs basés dans à travers , l’AFP est l'une des plus grandes agences de presse au monde avec Reuters et Associated Press. Elle fournit l'information en six langues : français, anglais, espagnol, portugais, allemand et arabe.

En 2022, elle a réalisé un chiffre d'affaires de d'euros., porté par la vidéo, l'investigation numérique, l'activité pour les entreprises et les institutions.

Avec l'accord de la Commission européenne, l'État français compense la mission d'intérêt général remplie par l'AFP, pour un montant qui représentait au total en 2023 un tiers de son chiffre d'affaires.. Dans le même temps, l'indépendance de l'AFP est garantie par la loi, qui lui interdit de , et qui lui interdit de même de ..

Histoire

Avant 1944 : l'Agence Havas

L'Agence France-Presse (AFP) a repris les locaux et les clients de l'Agence Havas fondée en 1835. par Charles-Louis Havas, fils de l'inspecteur royal de la Librairie de Rouen et devenu négociant en coton après la Révolution française. Charles-Louis Havas fait fortune dans les ports de Nantes et Lisbonne lors du transfert de la cour portugaise au Brésil, puis sur les obligations. Entièrement ruiné par la crise boursière de 1825, il crée, à Paris, le petit Bureau de traduction des journaux étrangers, futur Bureau de nouvelles puis reprend en 1832 la Correspondance Garnier, l'ex-Bureau Bornsteïn, fondé en 1811, et sa précieuse clientèle de plusieurs centaines de lecteurs outre-Rhin.. Il rachète aussi la correspondance Degouve-Denainques et la correspondance de Paris, puis créé en 1835 lagence des Feuilles politiques-Correspondance générale, expédiée dès 1838 aux Pays-Bas, en Belgique, Allemagne, Angleterre et , en communiquant par le télégraphe Chappe.. Vers 1840, Havas et Delaire diffusent quatre services, dont trois dans le hors-média : une Correspondance politique pour les préfets et sous-préfets, une autre pour la presse départementale, et un petit bulletin aux membres du gouvernement, résumant les nouvelles de la veille et de la nuit. Pour les hommes d'affaires, une feuille synthétique résume des extraits de journaux, quelques faits boursiers et la cote des obligations. Les milliers de pigeons voyageurs d'Havas relient Paris, Londres et Bruxelles lors du krach de 1847.

En 1851, le premier câble trans-Manche l'amène à bifurquer vers le télégraphe électrique, utilisé par ses ex-employés installés à leur compte, Paul Julius Reuter et Bernhard Wolff. Juste avant sa retraite en 1852, Charles-Louis Havas se lance dans la publicité en entrant au capital du Bulletin de ParisHistoire de la presse, 1914 à 1939, par Raymond Manevy, Éditions Corréa & cie, 1945, ., fondé en 1845 par Charles Duveyrier (1803-1866). pour servir La Presse d'Émile de Girardin. Sa régie donne aux journaux de toutes tailles l'accès à des publicités nationales et aux nouvelles, en échange d'espaces publicitaires réservés. Ses héritiers et les lois sur le télégraphe de 1878 favorisent ensuite l'avènement de la Petite presse. L'agence s'installe au 13 place de la Bourse, dans l'immeuble du restaurant Champeaux puis subit la concurrence des agences américaines, avant de profiter dans les années 1920 du boom de la publicité financière.

Après-guerre L'immeuble qui se trouvait en partie à l'emplacement de l'actuelle AFP fut le premier pris par les résistants, lors de la libération de Paris. Le groupe de journalistes clandestins qui s'en empare diffuse la première dépêche de l'AFP le (consulté le )., cinq jours avant l'arrivée des blindés du général Leclerc.

« Grâce à l’action des Forces françaises de l'intérieur, les premiers journaux libres vont paraître », révèle la dépêche.

L'AFP reprend le bâtiment de l'Office français d'information (OFI), créé par le régime de Vichy à partir de l'agence Havas, que l'occupant avait transformé en officine de propagande, au mépris d'une histoire qui remonte à 1835.. L'AFP a aussi hérité des structures nées sous l'occupation : l'Agence française d'information (AFI) lancée à Londres en 1940, l'Agence France-Afrique à Alger en 1942, et l'Agence d'information et de documentation (AID), créée en 1944.

Éric Schwab, l'un des premiers photographes travaillant pour l'AFP après la refondation de l’agence en , a été le témoin des horreurs que les Alliés ont découvert au fur et à mesure de la libération des camps de la mort en AllemagneYves Gacon, « Eric Schwab, des photographies de l’inhumain », sur le site making-of.afp.com, 12 février 2014..

Alors qu'Havas avait profité d'un cartel des agences, réservant à chacune sa part de la planète, l'AFP affronte un marché ouvert des agences de presse, imposé par la montée en puissance des trois Américaines, Associated Press, United Press International (UPI) et International News Service (INS), à qui la jurisprudence a interdit les accords d'exclusivité. Près d'une dizaine d'agences rêvent alors d'une envergure mondiale, permettant de mutualiser les coûts entre un très grand nombre de clients.

L'AFP ne récupère qu'une partie du réseau international d'Havas, qui avait profité des déboires du rival Reuters au début des années 1920 pour augmenter sa capitalisation par étapes : de francs en 1930 contre en 1921, grâce à sa « vache à lait », la publicité financière, la bourse de Paris ayant quintuplé dans les années 1920.

La guerre d'Indochine provoque des remous durables à l'AFP. Dès , le rédacteur en chef et futur élu au comité d’entreprise de l'AFP Gilles Martinet est écarté malgré le soutien de ses collègues journalistes, le directeur général Maurice Nègre cédant à la demande de l'amiral Georges Thierry d'Argenlieu, commandant en chef pour l'Indochine, qui lui reproche d'avoir refusé de censurer les déclarations et communiqués du Viêt-Minh"AFP : une histoire de l'Agence France-Presse (1944-1990)" par Bernard Ullmann, Jean Huteau 1991 .. Des dépêches de Pierre Guillain, un des rares occidentaux à avoir passé la Seconde Guerre mondiale à Tokyo, au service de l'AFP, auteur de plusieurs scoops annonçant les difficultés françaises en Indochine, ne sont diffusées qu'aux clients étrangers et il part couvrir la décolonisation de l'Inde, où il se fait embaucher par Le Monde. Une grève des salariés de l'AFP ligués contre le PDG Maurice Nègre a obtenu que l'Etat relève ce dernier de ses fonctions"La mémoire ouverte", 1976, par Paul Noirot. ., mais la décision n'est pas appliquée en raison d'un vice de forme, permettant à Maurice Nègre de reprendre ses fonctions au printemps 1950.

Le , l’AFP diffuse l’extrait d’un article de L’Express consacré au rapport pessimiste de généraux français sur l’avenir des positions françaises en Indochine. Tous les exemplaires de l’Express ayant été saisis par la Police, les mesures prises à l’encontre de l’Express firent d’autant plus grand bruit que la police n’ayant pas eu connaissance du communiqué adressé à l’A.F.P., la presse française et étrangère du vendredi après-midi fut en mesure de reproduire l’article saisi. Sermonné par Joseph Laniel, alors président du Conseil, Maurice Nègre, le directeur général de l’AFP, invoque une réorganisation générale de ses services pour relever de ses fonctions de rédacteur en chef Gustave Aucouturier, nommant alors André Barthes à ce poste. Maurice Nègre assure que le licenciement s'opère car Gustave Aucouturier s'est vu offrir un poste "très important" au service diplomatique, mais cette version est remise en question par Le Monde qui rapporte qu'il aurait été fait grief à Gustave Aucouturier et à son adjoint Georges Bitar d'avoir transmis ou laissé transmettre l'article en question. Selon cette version, c'est à la demande du ministère de l'Information que ce licenciement a eu lieu, sans qu'ils aient pu être entendus au préalable..

L'AFP se trouve alors plongé en pleine polémique et les critiques à l'endroit de Maurice Nègre fusent de toutes parts. Le Monde du s'émeut dans un article de cette atteinte à l'indépendance éditoriale, constatant combien il paraît difficile de respecter la liberté d’expression des journalistes dans une agence qui dépend des deniers gouvernementaux. Président de la Fédération nationale de la presse française (FNPF), Albert Bayet multiplie les attaques contre ce qu'il surnomme méchamment « l’agence d'État ».

L'AFP subit dès 1951 la concurrence de l'Agence centrale de presse (ACP), créée par deux groupes de presse de gauche, mais s'allie avec les quotidiens du sud-est qui créent en 1967 l'agence Aigles. Elle affronte surtout Reuters, qui appartient depuis 1941 à la presse britannique, s'est reprise dans les années 1940, triplant son nombre des correspondants et son chiffre d'affaires. La presse anglophone, en Inde, Australie et Nouvelle-Zélande Biographie de Christopher Chancellor, time.com., est associée à son Reuters Trust, créé en 1941 pour garantir l'indépendance rédactionnelle. Le gouvernement britannique reste à l'écart, se gardant de rééditer les censures malheureuses de 1914-1918. Les pertes de Reuters sont effacées par les bénéfices d'une nouvelle filiale, Comtelburo (finances, matières premières) « Breaking News: How the Wheels Came off at Reuters », Brian Mooney et Barry Simpson, . qui représente le tiers de son chiffre d'affaires en 1959 « News revolution: political and economic decisions about global information », Mark D. Alleyne, .. Ce succès pousse Reuters à se diversifier dans la finance dès le début de la décennie suivante.

Selon une thèse de doctorat d'histoire, dans un contexte difficile où la censure s’est installée sur de nombreux aspects de la guerre d’Algérie, et du fait de sa couverture des « événements » d'Afrique du Nord, l'AFP est concurrencée auprès de clients français par l'Agence centrale de presse, qui réussit à "avoir tout ce que l’AFP n’a pas", via Guy Claisse son correspondant à Tunis entre 1960 et 1962 et compte de nouveaux clients, Le Figaro et France-Soir"L'Agence France-Presse en guerre d'Algérie" par Barbara Vignaux, dans la revue d'histoire Vingtième Siècle en 2004 ., en plus d'une quarantaine de journaux provinciaux dès 1962.