Xavier de Maistre, né à Chambéry le et mort à Saint-Pétersbourg le , est un écrivain savoyard de langue française, un peintre et un général au service du tsar Alexandre de Russie.
Biographie
Né dans une famille savoyarde originaire du comté de NiceLa famille savoisienne de Maistre n'a aucun lien de parenté avec la famille languedocienne de Maistre originaire de Toulouse, Xavier de Maistre est le douzième de quinze enfants, dont cinq garçons et cinq filles ont survécuXavier de Maistre est né, en l'hôtel de Salins à Chambéry, le 8 novembre 1763 et baptisé, le lendemain par Rd Burdin, curé de la paroisse Saint-Léger, dans la chapelle du château de Chambéry où se faisait le service paroissial, en attendant que l'ancienne église Saint-Léger, en cours de démolition soit remplacée par l'église Saint-François, le 27 avril 1767. Il reçoit le nom de François-Xavier que portait son père.. Son père, François-Xavier Maistre (1705-1789), est président du Sénat de Savoie. Sa mère, Marie-Christine de Motz (1727-1774), meurt alors qu'il vient d'avoir dix ans. Son frère aîné, Joseph de Maistre, homme politique et écrivain, va assumer pleinement son rôle de parrainEn 1851, Xavier confie au marquis Alphonse de Gabriac, diplomate français de passage à Saint-Pétersbourg : « Mon frère et moi, nous étions comme les deux aiguilles d'une montre ; il était la grande, je n'étais que la petite ; mais nous marquions la même heure, quoique d'une manière différente » (citation rapportée par François Descostes dans Joseph de Maistre avant la Révolution, Paris, Picard, 1893).« Toute sa vie, il sera le mentor et le confident de son cadet et leurs vies parallèles, en Savoie puis en Russie, reflètent presque toujours cette unité de pensée et de sentiment » (Philippe Barthelet, Joseph de Maistre) ; ses autres frères et sœurs contribuent également à son éducation. Il reçoit dans son enfance des cours de français et de dessin qui marqueront son destin, de l'abbé André Isnard, curé de La BaucheL'abbé André Isnard (1728-1823) fut pendant soixante ans curé de La Bauche. Pendant toute la tempête révolutionnaire, il est resté au milieu de ses ouailles, en se réfugiant chez les habitants lors des perquisitions des gendarmes. Il symbolise l'héroïsme des prêtres savoyards dont plus de mille furent exilés ou déporté sous le régime de la Terreur. Un certain nombre de religieux ont été fusillés par les révolutionnaires français pendant cette période tragique. Le père Isnard est mort à 95 ans le 18 avril 1823., lorsqu'il est mis en pension dans sa famille maternelle Perrin d'Avressieux. Xavier, enfant doux, timide et rêveur, est appelé « Ban » ou « Bans » (peut-être un diminutif de « baban », mot qui signifie « étourneau » ou « gobe-mouche »Eva Pellissier, Xavier de Maistre, Les péripéties d'un exilé, Bibliographica - Collection d'histoires et de vies valdôtaines, Imprimerie Jona, Saint-Christophe, 2001. en patois savoyard), surnom qu'il conserve toute sa vieAlfred Berthier, Xavier de Maistre, Slatkine, 1984, . (il signe certaines de ses lettres et quelques-uns de ses tableaux « Bans » ou « X. B. » pour « Xavier Bans »).
Il n'est pas encore âgé de dix-huit ans lorsqu'il s'engage, le , dans le corps d'infanterie du régiment de la Marine, le Real Navi, à AlexandrieVassalo Zaviero Maistre, figlio del conte Zaverio, nato in Chambéry (Savoja) : volontario nel regimento La Marina, 13 giugno 1781-(Archives d'État. Turin). Ce régiment sera ensuite stationné à Chambéry, Pignerol, Fenestrelle puis à Turin.
Le , Xavier de Maistre se porte volontaire pour participer à une ascension en Montgolfière. Cet événement a un caractère exceptionnel en Savoie : c'est la première expédition expérimentale savoyarde en vol libre après la démonstration des frères Montgolfier, le à Annonay, après l'ascension de Pilâtre de Rozier du , et, au total, la huitième après les prouesses des quelques pionniers français de l'aérostation. L'ingénieur Louis Brun a procédé à la réalisation du ballon, dont le financement est assuré par une souscription proposée aux savoisiens, à l'initiative des frères de MaistreSelon les historiens de l'aérostation, c'est un certain chevalier de Chevelu qui serait l'instigateur du projet et également son principal financier. Son nom est d'ailleurs affiché en gros caractères sur l'enveloppe de la montgolfière. Le marquis d'Yenne, son père, ayant eu connaissance d'un premier essai désastreux le jeudi 22 avril 1784, lui interdit de « recommencer une pareille folie ». (Jean et Renée Nicolas. La Vie quotidienne en Savoie aux s. Hachette. 1979.). Xavier, en uniforme de la Marine royale, prend place dans la nacelle en se cachant sous une bâche pour n'être point vu de son père, hostile à son projet. Louis Brun se met aux commandes, et, aux acclamations de la foule, la montgolfière s'élève du parc du château de Buisson-Rond, à Chambéry, pour atterrir dans les marais de Challes-les-EauxCommune de Triviers jusqu'en 1872., après un parcours de quatre kilomètres. On attribue aux frères de Maistre la publication du prospectus de lancement du projet, édité le , et de la lettre contenant une relation de l'expérience aérostatique de Chambéry, publiée le suivantPhilippe Barthelet, Joseph de Maistre ; les services de la Poste ont procédé à l'émission d'un cachet rond commémoratif du 5 mai 1984 pour célébrer le bicentenaire du vol de la montgolfière de Chambéry.. thumb|200px|Plaque sur la façade de la Maison Barillier à Aoste (rue Croix-de-Ville) en souvenir de Xavier de Maistre Xavier de Maistre est nommé cadet le , sous-lieutenant le et lieutenant le . En 1793, son régiment, combattant contre les troupes françaises, se replie sur le Petit-Saint-Bernard. Il fait partie de la colonne qui, commandée par le duc de Montferrat, passe l'été sur la montagne et prend ses quartiers d'hiver à Aoste. Il va retrouver sa famille qui s'y est réfugiée en 1792, depuis l'invasion de la Savoie par les troupes du général Anne Pierre de Montesquiou-Fézensac. Il met à profit ses heures de loisir pour approfondir ses connaissances littéraires, sous la férule des pères de l'ordre des Barnabites de la Cité. Son passage est aussi marqué par les dessins et portraits de famille qu'il lègue à ses proches et par ses peintures de paysages valdôtains. Il resta cinq ans à Aoste, jusqu'en 1799. Voulant perfectionner ses études, il allait prendre des leçons de rhétorique auprès du père Frassy et des leçons de philosophie auprès du père Tavernier, tous les deux professeurs au collège Saint-Bénin. Il s'adonnait aussi à la peinture. On conserve deux paysages dessinés de sa main : l'un représente le pont de Châtillon, l'autre les usines de LéverogneJoseph-Marie Henry, Histoire de la vallée d'Aoste, Imprimerie Marguerettaz, Aoste, 1929.. Il entre en conversation avec un lépreux, Pierre-Bernard Guasco, qui vivait dans une tour près de l'ancien Hospice de charité, dénommée par la suite « Tour du lépreux ». Cette rencontre est à l'origine de son futur roman. Mais ce qui a surtout retenu l'attention du romancier savoyard Henry Bordeaux est son idylle amoureuse sans lendemain avec une jolie jeune femme valdôtaine, Marie-Dauphine Pétey, veuve du notaire aostois Claude-Michel Barillier, qu'il surnomme Elisa ou ÉliseDans l’Expédition nocturne autour de ma chambre, Xavier de Maistre fait allusion à ses amours de la cité d'Aoste : « Je regrette les feuilles qui tombent et jusqu'au zéphir qui passe. Où est maintenant celui qui agitait tes cheveux noirs, Elisa, lorsque, assise auprès de moi sur les bords de la Doire baltée, la veille de notre éternelle séparation, tu me regardais dans un triste silence ? Où est ton regard ? Où est cet instant douloureux et chéri…? » (Henry Bordeaux, de l'Académie française: Les Amours de Xavier de Maistre à Aoste, Chambéry, Dardel, 1931).. La présence de Xavier de Maistre à Aoste est rappelée entre autres par la rue allant de l'école Monseigneur Jourdain au Grand séminaire jusqu'à la place Émile Chanoux, qui lui a été dédiée. Au , lors de la construction de la ligne de chemin de fer de Chivas à Aoste, l'avenue Conseil des Commis, reliant encore de nos jours la place Innocent Manzetti (où se situe la gare d'Aoste) à la place Émile-Chanoux, n'a pas été tracée en ligne droite, mais légèrement déplacée vers l'Est, afin de ne pas détruire la maison où Xavier de Maistre avait séjournéMauro Caniggia Nicolotti et Luca Poggianti, Aoste inconnue : traces cachées, oubliées ou invisibles de la vieille ville, typog. La Vallée, Aoste, 2010..
C'est en 1794 qu'il écrit le Voyage autour de ma chambre, au cours des quarante-deux jours d'arrêts qui lui sont infligés dans sa chambre de la citadelle de Turin pour s'être livré à un duel contre un officier piémontais du nom de Patono de Meïran, dont il est sorti vainqueur. Un premier duel l'avait déjà opposé à un autre camarade, le lieutenant Buonadonna« J'ai sur la conscience la catastrophe de Buonadonna : si j'avais eu l'adresse de lui donner un bon coup d'épée, au lieu de le recevoir, il ne se serait probablement pas fait tuer à Grenoble. C'est moi qui l'ai rendu tapageur… » (extrait d'une lettre du 19 juin 1804 à sa famille). Il est nommé capitaine de l'armée sarde le . Sa carrière militaire ne présente pas de perspectives très favorables après 16 ans de service ! Mais le sort va en décider autrement.
Dans la nuit du 7 au , Charles-Emmanuel IV abdique, dissout son armée et se réfugie en Sardaigne. Xavier de Maistre est placé dans la position d'officier sans solde à Turin. Son avenir semble compromis, lorsqu'un hasard heureux vient à son secours : le prince Piotr Ivanovitch Bagration, commandant l'avant-garde de l'armée russe, recherche un officier de l'ex-armée sarde connaissant la guerre de montagne. Xavier de Maistre accepte d'emblée cette proposition et le , s'engage dans l'armée russe avec le grade de capitaine. Mais il s'engage après la bataille : l'armée russe est en train de se replier ! Il parvient en Suisse (à Coire), au quartier général du général Miloradovich et rejoint à pied à Feldkirch le général Bagration qui lui demande de lui faire son portrait : il le commence sur le champ. Il est désormais revêtu d'un uniforme vert pomme, avec un collet et des parements couleur brique. On lui fournit un cheval et il est admis à la table du général ou à celle du grand-duc Constantin Pavlovitch de Russie. Ses lettres sont datées de Lindau et signées « Bans, capitaine piémontais, servant à l'avant-garde russe ». La présence de l'auteur du Voyage est bientôt connue et son ouvrage est traduit en allemand. Parvenu à Ratisbonne le , il peint le portrait de la princesse de Tour et Taxis, sœur de la reine de PrusseThérèse de Mecklembourg-Strelitz (1773-1839), épouse du prince Charles de Tour et Taxis (1770-1827). Elle est la sœur de Louise (1776-1810), épouse de Frédéric-Guillaume III (1770-1840), roi de Prusse.. Le à Prague, il est attaché au général en chef Souvorov et lui propose de peindre son portrait. « Eh bien ! oui, lui répond ce dernier, et si je ne me tiens pas bien, vous me donnerez un soufflet. »« Je fais à présent le portait du grand Souvorov : il me donne des séances, chose qu'il fait pour la première fois de sa vie » (lettre du 31 décembre 1799 à sa famille). Souvorov, atteint de maladie, est mort quatre mois plus tard. Ce portrait (reproduit à l'article Alexandre Souvorov), est celui peint à Prague par Xavier de Maistre. Il est exposé à la galerie Tretiakov de Moscou.. Il est reçu à la table du prince Alexandre Souvorov en présence du prince de Condé et du duc de Berry. Rien, dans sa correspondance, ne démontre qu'il ait participé directement à la bataille de Novi, ou à la bataille de Zurich, contrairement à l'opinion de certains de ses biographesJe n'ai point encore vu d'affaire (de bataille). J'en suis fâché, mais cela viendra. Je profite du temps de repos pour apprendre le russe. Lettre à sa famille du 26 octobre 1799.. Ces deux batailles sont antérieures à son engagement dans l'armée russe.