vignette|350x350px|Le château de Versailles, parachèvement du système curial en France.
La cour de France — souvent plus simplement « la cour » — désigne l'ensemble des personnes (appelées courtisans) qui vivaient dans l'entourage direct du roi, ou, sous le Premier et le Second Empire, de l'empereur.
Ce monde curial se composait au Moyen Âge de grands seigneurs, mais également d'officiers royaux et ministériels chargés de l'administration royale, ainsi que de conseillers. Au fur et à mesure de la disparition des grands féodaux, elle se mua en une réunion de courtisans qui recherchaient la faveur royale et les pensions.
À la fin de l'Ancien Régime, le terme de cour désigne également le pouvoir royal dans son ensemble. La cour fut en effet le centre de la vie politique en France jusqu'à la Révolution. Elle joua encore un rôle de premier plan au avec les différentes restaurations et les deux cours impériales.
Étymologie Le mot cour est attesté à partir du sous la forme cort au sens d’« espace découvert entouré de murs, d'habitations », mais aussi sous la forme curt « résidence d'un souverain et de son entourage », puis en 1100 au sens d’« entourage d'un souverain ». Vers 1130, on trouve à nouveau la forme cort « souverain et son conseil » ici « assemblée de vassaux réunie par le souverain pour régler une question importante ou pour une solennité ». Au début du estre bien de court signifie « jouir de la faveur du roi ». En 1539 faire la court a quelqu'ung, c'est « être empressé auprès de lui pour gagner ses faveurs ». Une forme sans -t final apparaît régulièrement au , par exemple : cour « ensemble de personnes cherchant à obtenir les faveurs de quelqu'un »CNRTL : cour et courtois (lire en ligne) . Il s'agit d'un terme d'origine latine, plus précisément issu du bas latin curtis « cour de ferme » ou / et du gallo-roman *CORTE « cour de ferme, ferme, domaine »Jacques Allières, La formation de la langue française, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1982, p. 19. (> ancien français cort « ferme, exploitation agricole » cf. toponymes en -court) de l'accusatif latin cōrtem, contraction populaire du latin classique cohortem, accusatif de cohors « coin de ferme », au sens militaire « division du camp » d'où « troupes (cantonnées dans cette division) » accessoirement « gardes du corps d'un grand personnage ». L’orthographe moderne sans -t s'explique par une étymologie erronée d'après le latin classique curia (> curie, emprunt savant, mais dont l'évolution régulière en français se serait faite en *coire) dont certains sens sont proches. En revanche, dans le dérivé courtois, le -t- étymologique est conservé. Par contre, courtiser et courtisan ne sont pas attestés avant le , car ce sont des emprunts à l'italien corteggiare et cortigiano de même étymon latinCNRTL : courtisan (lire en ligne) .
Des origines à 1870 Origines La cour sous les Capétiens vignette|Le château de Vincennes, l'une des principales résidences des rois de la période médiévale. La cour du roi de France était au Moyen Âge une administration comprenant les officiers de la couronne : le connétable, le sénéchal, le chancelier, etc. Ces derniers étaient choisis parmi les seigneurs en qui le roi mettait sa confiance. La justice royale, sous l'autorité du chancelier, finit par se séparer de la résidence royale au moment où les rois quittèrent le palais de la Cité, à Paris. Cette cour médiévale est déjà importante, le roi s'entourant de commensaux lors de ses repasLes courtisans émission Deux mille ans d'Histoire sur France Inter du 29 octobre 2010.
La cour de France au Moyen Âge est itinérante : de façon schématique, on pourrait dire en suivant l'historien Boris Bove que « là où est le roi, là est la cour ». En dehors du palais de la Cité et plus tard (sous Louis IX et les derniers capétiens directs) du château du Louvre, les principales résidences des monarques de la période médiévale sont Vincennes, Compiègne, Fontainebleau, Melun, Senlis ou encore Saint-Germain-en-Laye. Des sites souvent choisis pour leur proximité immédiate avec des forêts et donc leur intérêt cynégétique.
Le roi passe ainsi les trois-quarts de son temps hors de Paris (et encore ce chiffre est-il sans doute surestimé du fait qu’un certain nombre d’actes sont produits au nom du souverain par des administrations installées dans la capitale). En se fondant sur ces seuls édits et ordonnances royales, on peut dénombrer 2 actes sur 11 effectués à Paris par Hugues Capet, 7 sur 45 pour Robert II, 15 sur 62 pour Henri , 30 sur 120 pour Philippe , 108 sur 239 pour Louis VI (un taux anormalement élevé qui reflète sans doute la réorganisation de la chancellerie).
La cour sous les Valois L'avènement des premiers Valois gauche|vignette|Le roi Charles V accueille l'empereur Charles IV à Paris : on remarque le cheval noir de l'empereur et le cheval blanc du roi. Manque de moyens financiers, guerre contre les Anglais qui revendiquent le trône, captivité du roi Jean II, rébellions de provinces et jacqueries, révolte des Parisiens avec Étienne Marcel, lutte contre les Grandes Compagnies… les premiers rois Valois doivent affermir leur autorité sur le royaume.
Le roi Charles V est particulièrement attentif à établir un apparat qui rehausse le prestige de la couronne. Il veille à s'exprimer avec magnificence et manifeste un goût pour le luxe., ses journées sont codifiées par des rituels cérémonieux (imités en Bourgogne puis en Espagne pour donner la rigide étiquette des Habsbourg.), ses résidences sont embellies, en particulier le château du Louvre et l'hôtel Saint-Pol, qui sont dotés de ménageries avec notamment des lions qui ont un grand succès dans la capitale..
Sur le plan diplomatique, et selon la formule des légistes de Philippe Auguste, le roi se montre « empereur en son royaume ». Lors de la visite de l'empereur , tout est fait pour que le roi de France soit l'égal de son oncle : Charles V monte un cheval blanc, emblème de souveraineté, et fait donner des chevaux noirs à l’empereur et au roi des Romains.
Les derniers Valois et la Renaissance La fin de la guerre de Cent Ans, comme l'influence grandissante de l'Italie renaissante entraînent une mutation profonde de la vie de cour française. L'apparition du canon rendant obsolètes les anciennes forteresses, les demeures royales abattent progressivement leurs murailles, et les architectes inspirés par les exemples italiens peuvent alors insérer dans leurs plans des éléments d'agrément et de confort, et ainsi faire des châteaux des lieux de plaisance et de divertissement. C'est le cas des vieux château du Louvre et de Fontainebleau (transformés par François et Henri II), mais aussi dans le val de Loire des anciennes forteresses royales d'Amboise et de Blois (embellies dès les règnes de Charles VIII et de Louis XII), à la suite desquelles se métamorphosent de nombreux châteaux nobiliaires de la région. C'est dans des galeries couvertes de tableaux, de fresques maniéristes, dans des salons aux plafonds sculptés en bois rares, entourés de tapisseries, dans des parcs paysagers parsemé de statues de marbre rivalisant avec les antiques, que se jouent les fastes de la cour.
La cour de France devient un lieu de réflexions intellectuelles, un environnement propice aux découvertes et au progrès et un pôle d'attraction pour les artistes. Ceux-ci sont incités à venir, accueillis et protégés par les souverains. On peut penser aux artistes Léonard de Vinci, Le Primatice ou Benvenuto Cellini, aux écrivains comme Ronsard, Du Bellay, Clément Marot, ou encore aux humanistes comme Montaigne et Guillaume Budé. Les Valois allient ainsi un rôle de grand mécène à une dignité royale déjà millénaire.
La place des femmes évolue également à la cour de France, entraînant de nouvelles sociabilités. Dès les années 1440, le concubinage du roi avec une ou plusieurs favorites (Agnès Sorel pour Charles VII, Anne de Pisseleu pour François , Diane de Poitiers pour Henri II...) devient une tradition. Le roi s'entoure de femmes enjouées et agréables issues de la petite et de la moyenne noblesse, entraînant ainsi leurs familles et leurs proches dans leur ascension. La noblesse, de plus en plus rassemblée autour du roi, s'adonne à des fêtes et à des divertissements nouveaux.
Anne de Bretagne instaure la « grand Court des Dames » car, rapporte Brantôme, ..
La cour devient ainsi synonyme de prestige, et ce d'autant plus que les monarques successifs entament un processus de cérémonialisation de leur quotidien. La cour se structure en effet peu à peu : Francois crée la charge de maître des cérémonies qu'il confie à Jean Pot de Chemault. Cette charge, intitulée sous Henri III grand maître des cérémonies, vise à organiser le cérémonial entourant la vie du roi et de la famille royale (naissances, baptêmes, mariages, funérailles), les solennités liées à la monarchies (joyeuses entrées, sacres), ou encore les grands événements politiques (réceptions d'ambassadeurs, lits de justice, États généraux et assemblées de notables). Dans le même temps, les modes des cours étrangères sont importées en France : la reine Catherine de Médicis et son fils Henri III introduisent les modes italiennes ou encore les usages espagnolsN. Le Roux, La Faveur du roi. Mignons et courtisans au temps des derniers Valois (vers 1547-vers 1589), Ed. Champ Vallon, 2001.. Les premiers règlements de cour datent de 1578 et 1585 (notamment l'édit qui fixe ). C'est la naissance progressive de l'étiquette.
vignette|Un bal à la cour d'Henri III.|gauche
Fêtes, bals, banquets, concerts, chasses, renouveau architectural, promotion des arts et des sciences, développement des modes sont autant d'éléments qui font de la cour des Valois-Angoulême la plus somptueuse d'Europe. Une sophistication qui se traduit également par le soin porté à l'éducation de la noblesse, qui entreprend d'enseigner à ses fils et filles des disciplines aussi diverses que la musique, le chant, la danse, la rhétorique, la dialectique, la philosophie, la littérature, le grec et le latin.
Dans son roman La Princesse de Clèves, Madame de La Fayette livre une description de l'immense éclat de cette cour de France sous le règne d'Henri II : La magnificence et la galanterie n'ont jamais paru en France avec tant d'éclat que dans les dernières années du règne de Henri second. Ce prince était galant, bien fait et amoureux ; quoique sa passion pour Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, eût commencé il y avait plus de vingt ans, elle n'en était pas moins violente, et il n'en donnait pas des témoignages moins éclatants.
Comme il réussissait admirablement dans tous les exercices du corps, il en faisait une de ses plus grandes occupations. C'étaient tous les jours des parties de chasse et de paume, des ballets, des courses de bagues, ou de semblables divertissements ; les couleurs et les chiffres de madame de Valentinois paraissaient partout, et elle paraissait elle-même avec tous les ajustements que pouvait avoir mademoiselle de La Marck, sa petite-fille, qui était alors à marier.
La présence de la reine autorisait la sienne. Cette princesse était belle, quoiqu'elle eût passé la première jeunesse ; elle aimait la grandeur, la magnificence et les plaisirs. Le roi l'avait épousée lorsqu'il était encore duc d'Orléans, et qu'il avait pour aîné le dauphin, qui mourut à Tournon, prince que sa naissance et ses grandes qualités destinaient à remplir dignement la place du roi François premier, son père.