thumb|Dans la pensée médiévale, la science, la géométrie et l'astronomie étaient directement liées au divin. Le compas dans ce manuscrit du symbolise la création. Bible moralisée de Vienne 2554, f.1v.

La relation entre science et religion est un sujet abordé depuis l'Antiquité dans de nombreux champs d'investigation, dont la philosophie des sciences, la théologie, l'histoire des sciences et l'histoire des religions. La philosophie de la religion peut être tout d’abord une phénoménologie qui se contente de décrire l’intentionnalité religieuse, d’en dégager le sens. Les points de vue sont variables, notamment en fonction des époques, des cultures et des régions ; certains voient une harmonie entre science et religion, d'autres des domaines séparés avec peu d'interactions et d'autres encore y voient une incompatibilité et un conflit fondamental entre la foi fondée sur des croyances et la science fondée sur des faits et ouverte à la critique. Par exemple, le fondamentalisme chrétien promeut une vision concordiste de la science avec la religion, ou encore il nie les données de la science pour donner préséance aux croyances de ses groupes.

Il est malaisé d'assimiler des savoirs hétéroclites à des corpus de savoir cohérents, ou encore des conceptions systémiques et classificatoires à la science moderne. Les prémisses de la méthode scientifique et de la méthode expérimentale sont définies en termes de « savoir » par la philosophie des Lumières avec la publication de la première Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Toutefois le savoir d'un temps peut être in extenso qualifié de science. La remarque s'applique aussi à la religion, qui a profondément évolué tant dans ses rituels que dans ses conceptions.

Par l'intermédiaire des traductions et des commentaires des philosophes musulmans comme Avicenne et Averroès mais aussi et surtout par de nombreux transferts culturels venus de l'Empire byzantin orthodoxe, l'œuvre d'Aristote est parvenue en Occident et a nourri la pensée médiévale. Ainsi, parce que les clercs du ont adopté une partie de cet héritage antique et que les arts libéraux exploitent une fraction des savoirs pour justifier leurs réalisations techniques, Thomas d'Aquin tente de concilier par une grande synthèse systémique la philosophie de la nature aristotélicienne et la foi révélée. La philosophie médiévale a transmis ces fondements intellectuels du savoir que sont les philosophies des grands auteurs de l'AntiquitéBnF : Organon d'Aristote.

Foi et science moderne

Les relations entre science et foi ont ensuite donné lieu à des débats métaphysiques, depuis le jusqu’à nos jours.

Pour le catholicisme, la relation entre la foi et la raison est développée dans l'encyclique Fides et Ratio (1998). Les positions positivistes, qui refusent l'existence d'une connaissance religieuse, y sont notamment critiquées :

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Certaines religions ont formé un clergé à composante scientifiquejesuites.com, qui est toujours estimé au cours du . Elles peuvent aussi disposer d'universités, de centres de recherche, comme l'Académie pontificale des sciences, et d'outils de recherche, comme l'Observatoire du Vatican. Le sujet des rapports entre la science et la religion a inspiré à Bertrand Russell l'essai Science et Religion, comprenant un chapitre examinant si la science est elle-même superstitieuse.

Les connaissances ont progressé également en Occident dans plusieurs monastères, notamment durant l'époque carolingienne en France et jusqu'au voir l'article Éducation au Moyen Âge en Occident, mais aussi dans les écoles épiscopales, tel Chartres .. La redécouverte, en occident, de pans entiers de la philosophie grecque, par les échanges avec d'autres civilisations, et la traduction de nombreux manuscrits antiques, entre 1120 et 1190, a permis de diffuser ces textes dans tout le monde occidental. Aristote notamment est reconnu, tout le long du Moyen Âge, comme le « philosophe » par excellence. On avait conservé en occident divers écrits (sa « vieille logique », par exemple, à travers Boèce, au début du , qui stimule le développement de la dialectique au ). Ces ouvrages scientifiques et métaphysiques sont redécouverts au et inspirent saint Thomas d'Aquin ou Albert le Grand, pour bâtir une philosophie chrétienne. Des savants juifs (Maïmonide) et musulmans (tel Averroès, dont les commentaires de l’œuvre d'Aristote sont lus dans l'Occident chrétien) se sont joints aux chrétiens dans cette tâche, mouvement à l'origine de la Renaissance du Bernard Quilliet, la tradition humaniste. La critique de ces mêmes textes, au nom de l'observation et de l'expérimentation, s'ensuivra (voir par exemple Roger Bacon).

L'astrophysicien Hubert Reeves considère que même si « on a longtemps pensé que la science allait chasser la fonction religieuse, c'était une erreur. » À ce sujet, deux conceptions s'opposent : Science et religion n'abordent pas les mêmes questions : La science décrit les phénomènes, les mécanismes, les principes auxquels nous sommes soumis, en un mot le «comment» de l'existence. Cependant, les limites de la science actuelle sont bien réelles, comme le met en évidence Pierre Karli de l'Académie des sciences : « notre soif de signification et d'espérance n'est pas prise en compte par la science, car on ne sait pas l'introduire dans les équations ! ». En revanche, tout comme la philosophie et l'art de leur côté, la foi s'intéresse aux questions existentielles concernant le sens de la vie, la présence de l'au-delà, l'existence de Dieu, la relation des hommes avec lui, et s'oriente donc sur le « pourquoi » de l'existence. L'autre thèse est celle de la continuité des connaissancesColloque de Bruxelles, ULB, actes réunis sous la direction de Michel Cazenave (2001)..

Évolution de la relation entre science et religion jusqu'au Antiquité tardive thumb|150px|Augustin d'Hippone

Augustin d'Hippone (354-430) ne fut pas un scientifique mais il influença fortement le développement de la pensée scientifique occidentale par ses conceptions philosophiques. Au début du Moyen Âge, la science était prise entre deux grands courants théologiques. Le premier prônait l'étude unique de la question du salut, la science ne pouvant que nuire aux âmes chrétiennes. Le second courant enseignait que l'étude du monde apprend à reconnaître et à respecter la grandeur de son Créateur. Augustin défendit ardemment cette idée. Pour lui, la science avait un rôle à jouer dans la religion chrétienne. Il développa la théorie divine du savoir selon laquelle l'univers, expression de la volonté divine, ne pouvait qu'être bon, et son étude renforcer la foiSite Infoscience.

Moyen Âge Des religions ont encouragé le développement de la recherche de savoirs, comme ce fut le cas de l'islam entre le et le , qui le fit d'ailleurs pour des raisons religieuses (voir Sciences et techniques islamiques), en profitant très largement de l'apport des civilisations soumises par l'Islam (perse, chaldéenne, byzantine et indienne, entre autres).

Averroès (1126-1198) consacre toute sa vie à l'œuvre d'Aristote. Il cherche à en retrouver le sens originel en la débarrassant de toutes les interprétations faites jusque-là. Il se l'approprie avec assez de pénétration et de puissance pour construire un système qui porte sa marque personnelle. C'est à la question de l'origine des êtres qu'il s'intéresse le plus. Selon lui, Aristote prétend que rien ne vient du néant et que ni la forme ni la matière ne sont créées. Le mouvement serait éternel et continu : c'est la doctrine de l'éternité de la matière. Il distingue en l'homme l'intellect passif et l'intellect actif. Celui-ci se situerait au-delà de l'individu : il lui serait supérieur, antérieur, extérieur car il serait immortel. L'immortalité serait un attribut de l'espèce et non de l'individu. Cette distinction conduit Averroès à séparer radicalement raison et foi, les lumières de la Révélation n'étant accessibles qu'à l'intellect actif.

thumb|150px|Saint Thomas d'Aquin

Thomas d'Aquin (1225-1274), en revanche, cherchera à les réconcilier, fondant la théologie comme science rationnelle. Ces doctrines philosophiques soulèveront des débats passionnés dans le monde chrétien et trouveront presque autant de disciples que d'opposants. La tendance à séparer la raison et la foi comme relevant de deux ordres de vérité distincts risquait de ruiner les efforts de ceux qui voulaient au contraire concilier, à travers Aristote, le savoir profane et la foi révélée. Les principes d'Averroès considérés comme dangereux seront finalement condamnés par l'Église en 1240, puis en 1513 soulignant l'influence considérable du philosophe arabe en Occident, notamment dans les écoles médiévales. Condamné en son temps par la religion musulmane qui lui reproche de déformer les préceptes de la foi, Averroès doit fuir, se cacher, vivre dans la clandestinité et la pauvreté, jusqu'à ce qu'il soit rappelé à Marrakech, où il meurt, réhabilité, en 1198Extrait du site de la BNF, Paris.

Il est mêlé en 1268, à une controverse autour de l'aristotélisme opposant les partisans de la philosophie de Saint Augustin aux averroïstes. Les premiers se sentent menacés par les seconds qui prônent l'indépendance de la philosophie vis-à-vis de la révélation. Au cœur du débat, Thomas d'Aquin soutient alors une position intermédiaire qui lie foi et raison. Pour lui, le savoir repose à la fois sur des vérités de foi et des vérités de l'expérience, les unes plus que les autres suivant que le sujet d'examen concerne le spirituel ou le matériel. Par ailleurs, les chrétiens, selon lui, n'ont pas à craindre la philosophie païenne car toute étude de la Nature est une étude de l'œuvre de Dieu. Toutefois, malgré sa position modérée, Thomas d'Aquin est condamné en même temps que les averroïstes. Appelé en 1272 à Naples pour y créer un studium, il meurt deux ans plus tard. En 1277, les maîtres de Paris, alors la plus haute juridiction théologique de l'Église, le condamnent à nouveau pour certains de ses écrits. Mais très vite après cet épisode, on commence à prendre conscience de la valeur des efforts déployés par Thomas d'Aquin pour réconcilier la science grecque et l'orthodoxie chrétienne. Il sera canonisé dès 1323.

C'est à Thomas d'Aquin, et d'une façon générale à la philosophie médiévale, que l'on doit les fondements intellectuels du savoir occidental et notamment du savoir théologiqueSite Infoscience. Notons que, ironie du sort, l'esprit conciliateur du vaste système du petit maître, qui lui avait exigé tant de labeurs, d'astuce et de maîtrise intellectuelles, est stigmatisé par légers et méprisants de contestateurs chrétiens. En balayant cette synthèse finalement contraignante entre lois divines et antiques lois naturelles, ces juges sévères ouvrent sans le savoir la voie à d'autres formes de pensée scolastique, privilégiant la logique, la simplicité et une quête de liberté par une recherche. Parmi les disciplines qui en émergent au terme d'une lente maturation pluriséculaire, la devotio moderna, le designo, la grammaire humaniste, mais aussi la science à commencer par la logique, les mathématiques et la physique.

Le : Copernic et la fin du géocentrisme

On l'a vu, le géocentrisme régnait donc en maître sur la pensée scientifique depuis l'Antiquité. Cependant la possibilité de l'héliocentrisme est déjà évoquée, avant Copernic. Celui-ci cite abondamment ces auteurs, mais aussi les scientifiques en faveur du géocentrisme : comme le rappelle son disciple RheticusJoachim Rheticus, Narratio prima, appendice à l'édition de la Société Copernicienne de Thorn du De revolutionibus orbiumcœlestium, , cité dans : A. Koyré, Du monde clos à l'Univers infini, Gallimard, 1973, ,