vignette|droite|redresse=1|Le personnel de maison à , comté de Waterford, vers 1905. vignette|droite|redresse=1|Des travailleurs domestiques aux États-Unis en 1914.

La domesticité est l'ensemble des employés affectés au service d'une personne ou d'une famille. Un travailleur domestique est une personne qui travaille dans le cadre de la résidence.

Les domestiques se distinguent des serfs ou esclaves des périodes historiques précédentes par le fait qu'ils reçoivent un traitement pour les tâches qu'ils accomplissent, ce qui se traduit par des émoluments ou un salaire régulier (ainsi que l'accès à une protection sociale, à la suite des réformes du monde du travail obtenues au ). Ils sont également libres de quitter leur emploi lorsqu'ils le souhaitent, bien que leur condition sociale constitue un frein à cette mobilité. L'Organisation internationale du travail a adopté la Convention pour les travailleurs domestiques en . Le , l'Uruguay est le premier pays à ratifier cette conventionIDWN.info, « Uruguay First Country to Ratify C189 ».. Le nombre de domestiques dans le monde a augmenté de 60 % entre 1995 et 2011, selon l'Organisation internationale du travail.

L'emploi de travailleurs domestiques s'est généralisé dans la société bourgeoise du , où un nombre considérable de « gens de maison » contribuait au niveau de vie et au raffinement des familles bourgeoises composant le capitalisme occidental. Cette remarque trouve un écho particulier dans l'Angleterre victorienne, qui avait codifié les rôles des travailleurs domestiques, du simple serviteur au cuisinier, du palefrenier jusqu’à la gouvernante ou au précepteur. Cette répartition des rôles était héritée de celle qui s'était mise en place dans les travailleurs domestiques de la noblesse de cour ou de ville au .

Histoire du travail domestique en France (et en Europe) vignette| Hogarth's Servants, de William Hogarth

Sous l’Ancien régime en France, jusqu’au , une famille aisée, noble ou bourgeoise, se doit d’entretenir une domesticité. Les immeubles d’habitation sont quelquefois conçus pour faciliter leur activité, avec par exemple des escaliers dédiés aux domestiques. Les emplois sont variés, à la fois masculins et féminins, avec une domesticité de maison, comme les femmes de chambre ou les valets, une domesticité d’entretien comme les cuisiniers ou les palefreniers, et même une domesticité intellectuelle avec les secrétaires particuliers, les intendants, les précepteurs, les aumôniers, etc. Un tassement de ce type d’emploi est constaté au moment de la Révolution française.

Mais au , la domesticité s‘accroît à nouveau. L’offre sur ce type d'emploi devient plus importante avec l’urbanisation et l’importance prise par la bourgeoisie dans les villes. Et les candidatures augmentent également, avec un nombre croissant de jeunes femmes, et de jeunes hommes, quittant les zones rurales pour les villes. La présence de domestiques dans un foyer reste considérée comme un signe de statut social élevé au sein de la société et de richesse..

thumb|120px|left|Célestine, représentation du personnage d'Octave Mirbeau. Cette domesticité se féminise. Pour de nombreuses jeunes femmes, travailler comme bonne est un moyen d’accéder à une activité rémunératrice ne nécessitant ni formation, ni capital de départ propre. Ces jeunes femmes peuvent souhaiter aussi, initialement, échapper au contrôle parental en menant une vie libre et indépendante dans une grande ville, et préparer un accès à une condition meilleure. Ces jeunes filles habitent souvent dans la famille au service de laquelle elles travaillent, ce qui renforce leur dépendance et leur isolement. C’est la période, à Paris, durant laquelle se créent les chambres de bonnes, avec des conditions de vie souvent scandaleuses.

Le roman Le Journal d’une femme de chambre, d'Octave Mirbeau, publié en 1900, évoque cette condition de domestique : la narratrice, Célestine, est une d’origine bretonne. De ses différents emplois et situations vécues, elle tire une conclusion sévère et sans appel : Octave Mirbeau a souvent présenté dans ses œuvres des personnages de domestique et leur triste condition. Les contrats de travail sont oraux ou particulièrement déséquilibrés et les emplois peu stables sur les postes les moins qualifiés, remplacer une domestique étant relativement facile.

Au début du , un pays comme la France compte . Dans les années 1950, en Grèce, environ une femme sur trois qui travaille fait partie du groupe des « gens de maison » ; ce qui était le cas aux États-Unis dans les années 1920.

Au , il y a de moins en moins de postes de domestique à pourvoir, et de moins en moins de candidats et de candidates pour ces emplois, au fil des décennies. Dans les milieux bourgeois, on évoque « la question de la domesticité », et plus précisément « la crise de la domesticité », ou comment faire sans. Cette « crise de la domesticité » favorise un équipement des ménages pour la pallier : machines à laver, matériel de repassage, matériels d’entretien, etc. La Première Guerre mondiale, et le manque d’hommes disponibles sur le marché du travail (plusieurs générations masculines étant mobilisées sur le front), favorisent l’emploi de femmes, et l’ouverture de métiers à ces femmes, dans de nombreux secteurs : les bureaux, les commerces, les services, mais aussi l’industrie. La diminution en nombre du personnel domestique se poursuit sans discontinuer jusqu’à l’après-Seconde Guerre mondiale. Seule la crise économique des années 1930 marque un ralentissement de cette tendance, dû au retour sur le marché du travail de postulants pour ces emplois. Le siècle voit aussi le vivier de domestiques femmes s'élargir d'abord à d'autres régions rurales, puis, dans sa seconde moitié, à une main-d’œuvre originaire d'autres pays. Par ailleurs, après la Seconde guerre mondiale, le et une femme de ménage, par exemple, va avoir plusieurs employeurs différents en parallèle, avec chacun moins d'heures de travail qu'auparavant. De plus, en ce qui concerne les femmes de ménage, cette seconde moitié du siècle voit progresser le nombre de contrats informels, qui s'accompagne d'une réduction du nombre d'emplois déclarés. Les années 1990 en France voient les emplois liés à la domesticité recevoir des mesures de soutien par l’État, dans un contexte de chômage de masse dans le pays.

vignette|redresse|Représentation d’une servante par le peintre Jean-Étienne Liotard (pastel La Belle Chocolatière, 1744). Le vieillissement progressif de la population à la fin du et au début du marque à nouveau l’essor d’une demande en la matière. Cependant, ce sont souvent des femmes issues de l’immigration qui proposent leurs compétences. Certains pays, comme la Belgique, optent pour des mesures de soutien au secteur, en abaissant les coûts pour les employeurs (par des réductions fiscales, par exemple) ; tandis que dans d'autres pays, l'emploi de travailleurs et en particulier de travailleuses immigrantes, voire l'emploi non déclaré permettent aux employeurs de ne pas beaucoup payer leur employé. Même si on tente de ne plus parler de domesticité, mais de , ce type d’emploi souffre d’un soupçon associé à la condition des domestiques pendant des décennies (avec des notions d’exploitation, de sous-qualification et de déséquilibre de la relation entre les employeurs et les salariés concernés). Martine Aubry, alors qu’elle est ministre du Travail au début des années 1990, constate ainsi que dans l’esprit des demandeurs ou demandeuses d’emplois, .

Au , en ce qui concerne les services à la personne, apparaissent des distinctions entre deux grandes catégories : celle d'aide aux personnes (qui correspond aux soins envers des gens âgés et/ou dépendants, ou des enfants) et celle du confort (services permettant à une personne employeur d'éviter les tâches telles que le ménage).. Selon les pays, ces distinctions sont faites ou non dans les aides données par les États : si les pays scandinaves scindent bien les deux catégories et aident les services d'aide à la personne (soin), ils n'aident pas ceux de confort ; les pays du sud européen, dont la France, ne distinguent pas ces catégories et aident le tout.

Travail domestique et culture par pays Brésil En , le gouvernement de Dilma Rousseff fait adopter une loi afin de doter les domestiques du pays des mêmes droits que les autres travailleurs. La loi reconnait dès lors aux domestiques une durée maximale de travail de quarante-quatre heures par semaine avec paiement d'heures supplémentaires en cas de dépassement, un salaire minimum, le droit de prendre des pauses, une couverture santé et des indemnités de licenciement. Toutefois, la loi a entrainé un fort mécontentement des maitres de maison qui ont pour certains licencié des domestiques.

Chili Les familles chiliennes les plus riches, voire issues de la classe moyenne supérieure, ont couramment recours à des employés de maison à temps plein chez elles. Début 2020, environ travaillent comme employés de maison au Chili, dont plus de la moitié sans contrat, mais même celles disposant d'un contrat ne bénéficient pas nécessairement de l'assurance chômage. Le Parlement réforme finalement la législation durant l'été 2020, rendant obligatoires les cotisations chômage, la pandémie de Covid-19 ayant détruit les emplois de 40 % des employés de maison..

Côte d'Ivoire Les travailleurs domestiques de Côte d'Ivoire sont estimés à plusieurs centaines de milliers, essentiellement des femmes. Le secteur étant très peu régulé, il n'existe pas de statistiques officielles. Ils sont très souvent victimes de servitude, voire d'esclavage, et de violences. D'après la juriste Sylvia Apata, consultante en droit des femmes, « Ce secteur n’est pas réglementé, chacun fait ce qu’il veut. Tout le monde profite du fait que ces femmes et ces filles ne connaissent pas leurs droits, elles sont piégées dans un purgatoire juridique. » La Côte d’Ivoire n’a en effet pas ratifié la convention C189 sur les travailleuses et travailleurs domestiques défendue par l’OIT. Par conséquent, le statut des travailleuses domestiques est théoriquement défini par le Code de travail ivoirien, mais celui-ci reste peu respecté par le patronat.

Le Réseau ivoirien pour la défense des droits de l’enfant et de la femme (Riddef) indique qu’une travailleuse sur quatre est victime de violences sexuelles, et que plus d’un tiers d’entre elles (35 %) n’a droit à aucun jour de repos, à aucun salaire et subit, au quotidien, humiliations, séquestrations et privations de nourriture. Si l’Organisation internationale du travail (OIT) et les Nations unies qualifient ces situations de « servitude », les associations sur le terrain estiment qu'il s'agit d’esclavage moderne.

En outre, environ 25 % des travailleuses domestiques sont mineures. Déscolarisées, ces filles viennent de zones rurales reculées du nord et de l’est du pays afin de travailler pour des familles plutôt aisées, notamment de chefs d'entreprise. D’après l’étude du Riddef, 80 % des employées de maison perçoivent CFA par mois (soit 35 euros), ce qui ne représente que le tiers du salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) de Côte d’Ivoire.

États-Unis Aux États-Unis, la proportion de femmes travaillant en qualité de domestique décrut fortement dans le dernier tiers du . En 1870, la profession occupait 50,1 % des femmes salariées, puis 29,4 % en 1900 et enfin 16,2 % en 1920David M. Katzman, Seven Days a week : women and domestic service in industrializing America, Illini Books, 1981, tableau 2-2, . Cité in Sara M. Evans, Les Américaines. Histoire des femmes aux États-Unis, Belin, 1989, .. La généralisation de l'eau-courante et du tout-à-l'égout, le développement du chauffage central et la multiplication des appartements de taille plus réduite à destination d'une classe moyenne émergente expliquent pour une grande part le déclin de cette professionDolores Hayden, The Grand Domestic Revolution, MIT press, 1982, ..

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