Les Papiers posthumes du Pickwick Club, également connu sous le titre Les Aventures de Monsieur Pickwick (titre original anglais : , souvent abrégé en []), est le premier roman de Charles Dickens. Il a été publié en feuilleton, de à .

En France, il est « traduit librement » par Eugénie Niboyet dès 1838 sous le titre Le Club des Pickwistes, roman comiqueNotice n°FRBNF30340347 du catalogue général de la Bibliothèque nationale de France.. Pour une traduction fidèle au texte original, il faut attendre 1887Notice n°: FRBNF38498027 du catalogue général de la Bibliothèque nationale de France. avec la parution, en feuillets illustrés, des Aventures de Monsieur Pickwick, titre ayant persisté jusqu'à la réédition de 2006.

Présentation

Signé et publié en feuilleton de à , The Pickwick Papers connaît un succès quasi immédiat. Le premier numéro sort à environ ; au dernier, le tirage s'élève à .. Ainsi, comme il est dit dans l'un des premiers comptes rendus, Dickens s'est trouvé ()Abraham Hayward, Quarterly Review, 1837, ., et l'ouvrage demeure à la première place dans le cœur des lecteurs de Dickens depuis de nombreuses décennies..

À l'instar de Miguel de Cervantes, Dickens a conçu un héros donquichottesque. dont les excentricités, loin d'agacer les lecteurs, le rendent aimable et touchant ; comme son prédécesseur espagnol, Dickens cloue au pilori ses détracteurs en les humiliant plus qu'il ne le fait du héros. Il existe un parallèle entre les deux personnages : Don Quichotte est entiché de chevalerie errante et Pickwick s'est amouraché de savoir itinérant, et chacun n'a de cesse de mener son combat selon un schéma devenu picaresque.

Malgré sa naissance accidentelle et sa structure épisodique, ce que Dickens a appelé ()., The Pickwick Papers s'est peu à peu constitué en roman, encore que certains de ses éléments restent en dehors de l'intrigue principale, mais contribuent, selon David Parker, à approfondir son ultime signification, chapitre écrit par David Parker.. Ce qui a commencé par une série d'épisodes comiques et relevant le plus souvent de l'anecdote gagne en envergure narrative, se transforme en intrigue et finit, surtout après l'introduction dans l'histoire de Sam Weller et les démêlés du héros avec la vraie vie, que représente ici la rigueur de la loi, par devenir, selon Davis, (). Et loin d'être diminué ou aigri par ses souffrances et ses épreuves, Pickwick, qui n'a rien renié, préserve et même renforce sa bonne humeur et son indulgence premières. En conclusion, Davis souligne qu'avec The Pickwick Papers, Dickens devient, de journaliste, non seulement romancier, mais ()..

Ce succès foudroyant engendre de nombreuses imitations, si bien que, comme l'écrit Paul Schlicke, ().. Ainsi, le premier roman de Dickens, ou du moins son héros, est universellement connu et ().

Enfin, comme le fait remarquer Chesterton dans son commentaire repris en préface de l'édition J. M. Dent and Sons Ltd, The Pickwick Papers constitue (), mais, ajoute-t-il , il est à douter que Dickens se soit ensuite jamais hissé au même niveau (), introduction de Gilbert Keith Chesterton...

Genèse de l'ouvrage et publication vignette|upright=0.8|Charles Dickens du temps de Pickwick.

Qui vraiment a eu l'idée de The Pickwick Papers ? Au départ est l'offre faite en par l'artiste Robert Seymour, illustrateur et caricaturiste politique, populaire mais avec des embarras financiers, à la jeune maison d'édition Chapman & Hall d'une série de gravures sur bois traitant des « exploits sportifs » du Nimrod Club cockney, qu'il a observé lors de ses promenades dans les faubourgs encore ruraux du nord de Londres. et dont la maladresse, tant à la chasse, à la pêche qu'en d'autres activités, semble congénitale.. Ces estampes sont destinées à être publiées selon un rythme mensuel, avec un texte d'accompagnement. La veuve de Robert Seymour, Chapman & Hall, Dickens lui-même sont d'accord pour affirmer que l'idée originale émane bien de l'illustrateur : il s'agit de dépeindre avant tout graphiquement des événements sportifs. C'est aussi Seymour qui choisit le Nimrod Club, dont les exploits vont être illustrés, et que Dickens délaissera ensuite sans jamais le renier. À l'origine, l'éditeur s'adresse à des sommités littéraires plus expérimentées qui déclinent son invitation.

Après cela, les avis diffèrent : Mrs Seymour s'octroie l'avantage d'avoir elle-même choisi le jeune chroniqueur, non pas tant sur son mérite qu'en raison de sa pauvreté, gage, selon elle, d'une collaboration assurée et docile. En réalité, bien plus vraisemblable, pense David Parker, est l'hypothèse selon laquelle le rédacteur en chef de la maison d'édition, que Seymour harcèle de plus en plus, n'a pas eu le temps de faire ou de terminer le travail lui-même et a donc recommandé Dickens, sur qui le récent succès des Sketches by Boz, publié selon le format mensuel projeté pour la nouvelle aventure, attire désormais l'attention de la critique et des lecteurs, et qui, d'ailleurs, s'apprête à en faire paraître une édition en deux volumes. De toute façon, David Parker est d'avis qu'en cette affaire, la veuve Seymour exagère le rôle de son mari et que Dickens le minimise ; la seule chose qui est certaine, c'est que le projet de Seymour a déclenché un processus créateur chez le jeune écrivain qui, ().

Un « projet subalterne » (Paul Schlicke) Le , donc, Chapman dépêche son jeune associé William Hall auprès de Dickens qui vient de fêter, trois jours auparavant, son vingt-quatrième anniversaire et dont le premier volume de Sketches by Boz sort tout juste de chez John MacroneJohn Macrone (1809-1837) meurt subitement en septembre 1837 peu après la publication. C'est pour aider sa veuve que Dickens a aidé à la réalisation de The Pic-Nic Papers.., pour lui demander ce qu'il appelle (), chapitre rédigé par David Parker.. Dickens en est tout heureux, qui écrit le soir même à sa fiancée Catherine Hogarth : (). Le contrat est en effet signé début mars : par numéro mensuel de mots, le premier devant être proposé dans les trois semaines.

D'après Paul Schlicke, pourtant, c'est là du travail subalterne, à la solde de l'illustrateur et de l'éditeur qui ont déjà arrêté la plupart des décisions, ce que Dickens rappelle plus tard dans une préface de 1847 : ()Les amis en question sont ses confrères écrivains Ainsworth et Bulwer-Lytton.. À en juger par le nombre de tâches qu'entreprend Dickens et celles qu'il continue d'assumer, sans doute a-t-il en effet quelque doute sur la réussite de l'entreprise : déjà journaliste parlementaire à plein temps au Morning Chronicle, il écrit trois pièces pour le théâtre, un pamphlet politique, reprend une seconde série des Esquisses de Boz, s'engage pour un roman (Gabriel Vardon, le futur Barnaby Rudge) et un livre pour enfants (auquel il finit par renoncer), signe un contrat avec Bentley pour deux autres romans et la gestion éditoriale du Bentley's Miscellany. D'autant, précise David Paroissien, que dans ces premières décennies du siècle, la publication mensuelle n'a guère la cote, tant elle vise un public peu raffiné, les « vrais » auteurs préférant de loin les gros livres « à trois étages », les three-deckers, c'est-à-dire trois volumes.

La mainmise de Dickens gauche|vignette|upright=0.8|Le pickwick Club (par F. O. C. Darley). The Pickwick Papers, cependant, défie les pronostics des prudents confrères et devient, après quelques hésitations de la part des libraires de province., un véritable phénomène d'édition. C'est qu'entre-temps, Dickens a pris le projet en mains. ().. , c'est-à-dire huit jours après que le projet lui eut été soumis, et déjà la machine Dickens est en marche. (), poursuit-il. Les rôles se sont donc inversés : ce n'est pas Dickens qui accompagne le travail de Seymour, mais ce dernier qui, (.

Dickens promet le premier numéro pour le , mais, le 4, il écrit à Catherine Hogarth que la tâche est lourde, (). Bref, la publication est effective le , et chaque mois se reproduisent jusqu'au terme la même hâte fébrile et la livraison de dernière minute ; mais sauf lors du drame de la mort de Mary Scott, les numéros paraissent à la date prescrite. Au début, sans doute par prudence, car il connaît la réputation des publications échelonnées, écrit David Parker, Dickens omet le mot « roman » (novel), qui n'apparaîtra vraiment qu'après l'introduction de Sam Weller dans sa quatrième partie, au chapitre 10, chapitre par David Parker..

Le changement d'illustrateur

Le , soit exactement dix-huit jours après le mariage de Dickens avec Catherine Hogarth, l'illustrateur Robert Seymour, dépressif depuis six années, en retard pour ses estampes, harcelé par des créditeurs, écrit une lettre d'adieu à sa femme, gagne la petite tonnelle du jardin familial d'Islington et se tire une balle dans le cœur.. Bien que les premières ventes ne soient toujours pas très bonnes, Dickens et Chapman & Hall décident de poursuivre l'aventure sur des bases un peu changées : désormais, Dickens touche 20 guinées par mois, soit , et fournit 32 pages imprimées au lieu de 24, les plaques passant de quatre à deux. Comme le désire l'éditeur mais contre son gré, paraît-il, Dickens garde les références aux « activités sportives » du Nimrod Club, ne serait-ce que par l'attirail de chasse et de pêche qui orne encore les colis d'expédition.

vignette|upright=0.8|Mary Russell Mitford qui engage vivement à lire The Pickwick Papers. Le nouvel illustrateur est Robert W. Buss (1804-1875)., mais, le travail qu'il réalise pour le troisième numéro n'étant pas jugé à la hauteur, il est sommairement remerciéEn réalité, ses dessins sont jugés favorablement, mais comme il n'est pas expert en gravure, il engage un professionnel qui le déçoit, la spontanéité n'y est plus, estime-t-il, et ses illustrations paraissent dénuées de vie et d'inspiration. Il les remet cependant, car la publication est imminente. La réaction de l'éditeur, sans ménagement, le chagrine jusqu'à la fin de ses jours, sans qu'il en tienne rigueur à Dickens lui-même qu'il admire et célèbre dans plusieurs de ses œuvres, dont le remarquable (« Le Rêve de Dickens »).R. W. Buss, « My connexion with The Pickwick papers », 2 mars 1872, cité par Walter Dexter and J. W. T. Ley, The origin of ‘'Pickwick, Londres, Chapman and Hall, 1936.. C'est le jeune Hablot Knight Browne (1815-1882), âgé de vingt ans, qui le remplace, au détriment de ThackerayDouze années plus tard, Thackeray explique indirectement pourquoi il n'a pas été retenu lorsqu'il avoue son ()., . qui s'était porté candidat. Il inaugure ainsi une collaboration de vingt-trois ans avec Dickens., et, pour l'occasion, afin de rester dans la veine du nom de plume de son employeur « Boz », il adopte, en accord avec Dickens, le pseudonyme qui le rendra célèbre, « Phiz », abréviation argotique de (physionomie, visage)Il existe aussi la théorie du même nom, la physiognomonie, méthode fondée sur l'idée que l'observation de l'apparence physique d'une personne, et principalement les traits de son visage, peut donner un aperçu de son caractère ou de sa personnalité., ., mot très à la mode en cette première partie du L'abréviation est employée par le moine-peintre Fra Lippi Lippi dans le poème du même nom de Robert Browning.. Browne jouit déjà d'une certaine renommée, car il vient d'être récompensé pour son estampe du John Gilpin de William Cowper (1731-1800) où un cavalier à la mine déconfite perché sur un cheval mors aux dents annonce bien des plans du futur Pickwick auquel il va collaborer..