vignette|upright=1|Samouraï en armure.

Les samouraïs (侍) appartenaient à la classe guerrière professionnelle du Japon préindustriel et servaient les seigneurs. Issus de familles de guerriers, ils étaient formés dès leur plus jeune âge aux arts martiaux par le biais d'un enseignement privé. Le maniement du sabre, le tir à l'arc et l'équitation constituaient leurs principales compétences martiales ; et, dans l'histoire du Japon, seuls les samouraïs avaient souvent le droit de posséder ces armes. La maîtrise de ces armes exigeait des années d'entraînement, et cet engagement conférait aux samouraïs une supériorité sur les conscrits et sur les miliciens, ces derniers ne recevant généralement que quelques jours de formation. Les samouraïs étudiaient également la littérature, la calligraphie et la philosophie confucéenne, compétences nécessaires à leur rôle de fonctionnaires sous les shoguns.

L'importance militaire des samouraïs a diminué avec l'introduction des armes à feu au Japon à la fin du . Alors que le maniement du sabre et le tir à l'arc exigent des années d'entraînement, les armes à feu ne nécessitent que quelques jours de formation pour acquérir les bases et quelques semaines pour les maîtriser. Cela les rend aisément accessibles aux conscrits paysans, qui constituent dès lors l'essentiel des armées japonaises. En 1868, l'armée impériale supprime complètement les archers et la cavalerie, les progrès technologiques en matière d'armes à feu les ayant rendu obsolètes.

Le rôle social des samouraïs a évolué au fil du temps. Durant la période médiévale japonaise (1185-1603), ils étaient des vassaux féodaux : ils vivaient de l'agriculture et étaient tenus de servir occasionnellement leurs supérieurs comme guerriers ou gardes. Sous le shogunat Tokugawa (1603-1867), la plupart des samouraïs n'étaient pas autorisés à posséder de terres et recevaient une rente de leurs maîtres. En dehors des combats, ils étaient cantonnés à des fonctions administratives. Lors de la transition du Japon vers le capitalisme et la centralisation du gouvernement, les samouraïs se retrouvent sans seigneurs à servir. La classe des samouraïs fut officiellement abolie et les anciens samouraïs furent libres d'exercer la profession de leur choix.

Étymologie En français Le terme français « samouraï » vient du verbe japonais 侍 saburau, « servir ». .

En japonais vignette|gauche|Le mot japonais mono no fu no michi (武士の道, voie du guerrier) est encadré, tel qu'il apparait dans le Koyo Gunkan (甲陽軍鑑) de Kōsaka Masanobu, compilé en 1616 de notre ère. Avant l'époque Edo, les guerriers étaient plutôt désignés par les termes mono no fu, jusqu'au , puis . ou , l'un et l'autre traduisibles par « homme d'armes ».

Les guerriers sont souvent décrits comme des « Ebisu », c’est-à-dire des barbares, dans le Heiji monogatari. À partir de la période Edo, les termes bushi et samouraï ne sont pas tout à fait synonymes, il existe une différence subtile (voir l'article Bushi).

Le terme buke (wikt:武家), qui désigne la noblesse militaire attachée au bakufu (gouvernement militaire), s'oppose au mot kuge (wikt:公家), noblesse de cour attachée à l'empereur. Les buke sont apparus durant l'ère Kamakura (1185-1333).

Histoire Jusqu'à la fin du après JC, le Japon disposait d'une armée fondée sur la conscription, inspirée du modèle chinois. Les conscrits sont alors considérés comme des soldats médiocres, à utiliser seulement en cas d'urgence. Ce système se révèle totalement inefficace pour lutter contre les Emishi, redoutables cavaliers dans le nord du Japon. L'empereur met fin à la conscription en 792.

La force de l’armée réside dans les archers montés. Ce sont des guerriers professionnels issus de familles aisées. Il leur fallait des années de formation et de pratique pour acquérir leurs compétences. L'empereur ne fournit pas cet entrainement, il préfére engager des hommes qui possèdent déjà ces compétences, et seules les familles aisées pouvaient offrir cette éducation à leurs fils. Ces familles de guerriers sont surnommées : buke.

Pendant cette période, le système fiscal régressif entraîne un transfert de richesse de la cour impériale vers les propriétaires fonciers provinciaux. Au cours des un nombre croissant de familles fait l'acquisition des domaines exonérés d'impôts, d'une part, grâce à leurs relations avec la cour impériale. D'autre part, l'empereur accorde des exemptions fiscales aux terres récupérées sur les terres sauvages. De nombreux fermiers joignent leurs terres à ces domaines pour bénéficier de l'exonération fiscale. D'autres se marient dans la noblesse. Il en résulte le manque de fonds pour le trésor imperial et donc son incapacité de maintenir l'ordre public dans les provinces.

L'empereur alors délègue la tâche aux familles de propriétaires terriens dans les provinces. Ces familles de guerriers deviennent de plus en plus puissantes, jusqu'à ce qu'elles arrachent le pouvoir de l'empereur vers la fin du .

Ère Heian

Si l'ère Heian est pour la cour impériale une période de paix et de prospérité, les provinces, en revanche, étaient secouées de révoltes paysannes dues aux lourds impôts, réprimées par les kokushi (gouverneurs de provinces nommés par le gouvernement impérial). Les petits fermiers se placèrent sous la protection de puissantes familles de propriétaires terriens, qui s'enrichirent et furent bientôt en mesure de recruter des armées privées, constituées de guerriers professionnels, ainsi que de simples civils (paysans, artisans, citadins).

Ces armées conféraient une certaine puissance et une indépendance grandissante à ces propriétaires terriens, riches et dénigrés par l'aristocratie de Kyōto. Elles leur permettaient de défendre leurs terres contre les menaces diverses et de s'étendre aux dépens de leurs voisins. De plus, certains tentaient de se dégager de la tutelle du gouvernement central, ce qui provoqua des révoltes auxquelles prirent part certains des premiers gouvernements samouraïs.

Premières rébellions En 935, Taira no Masakado, gouverneur de la province de Shimosa, tua son oncle Kunika et rallia à lui de nombreux guerriers, gagnant ainsi le contrôle de la quasi-totalité du Kantō et s'autoproclama empereur en 939. La même année, sur les côtes de la mer intérieure, Fujiwara no Sumitomo rassembla des wakō (pirates) et se révolta également.

Le gouvernement n'eut pas de mal à réprimer ces premières révoltes samouraïs, se contentant d'engager d'autres clans pour lutter contre les premiers, lors de ce qui fut désigné comme rébellion de Jōhei Tengyō.

En 1028, Taira no Tadatsune se révolta également et prit le contrôle du Kantō. La cour tarda alors à réagir, selon Louis Frédéric (Le Japon, dictionnaire et civilisation, []), « les forces impériales [étaient] trop faibles pour intervenir efficacement contre lui ». Au bout de quatre mois, cependant, la cour envoya contre lui Taira no Naokata, qui fut vaincu. En 1031, Minamoto no Yorinobu se joignit aux forces de pacification impériale, obligea Tadatsune à se rendre, et prit le contrôle du Kantō.

Par la suite, les familles de samouraïs les plus influentes, notamment les Taira et les Minamoto, furent appelées à la cour pour assurer la sécurité de l'empereur et de l'aristocratie, avec qui elles tissèrent peu à peu des liens, bien que gardant un statut très inférieur. Les jōkō, notamment, s'entouraient de gardes du corps samouraïs à demeure dans leur palais, les hokumen no bushi (« samouraïs du côté nord »).

Guerres dans le nord de Honshū Dans les provinces du Tōhoku, la partie nord de l'île de Honshū, plus récemment colonisée et loin de la capitale, des seigneurs tentaient d'échapper à l'influence de la cour.

En 1051, Abe no Yoritoki se souleva et la province de Mutsu fut secouée par les affrontements de la guerre de Zenkunen, qui dura en réalité jusqu'en 1062, le général des forces impériales, Minamoto no Yoriyoshi (fils de Yorinobu) ayant fait appel au clan Kiyohara de la province de Dewa. La cour attribua les biens du clan Abe à ces derniers, et, lorsqu'en 1083, Minamoto no Yoshiie, fils de Yoriyoshi, fut nommé juge dans une querelle interne des Kiyohara, il en profita pour les anéantir au cours de la guerre de Gosannen. Estimant qu'il avait agi pour des raisons personnelles, la cour refusa de lui attribuer une récompense et il dut prélever des parcelles sur son propre domaine pour payer ses hommes. Selon Mitsuo Kure (Samouraïs, ), cet acte le rendit très populaire et de nombreuses familles de samouraïs se mirent à son service.

Intrigues à la cour Ces premières rébellions samouraïs, actions isolées et menées loin de la cour, eurent finalement peu d'impact dans l'arrivée au pouvoir à la fin du . En revanche, les clans de samouraïs présents à la cour tirèrent parti de la lutte de pouvoir entre l'empereur Go-Shirakawa et l'empereur retiré Sutoku en 1156. À l'issue de la rébellion de Hōgen, l'influence des régents Fujiwara diminua considérablement et les clans Taira et Minamoto parvinrent à gagner des positions importantes à la cour.

En 1159, lorsque Minamoto no Yoshitomo et Fujiwara no Nobuyori tentèrent un coup d'État connu sous le nom de rébellion de Heiji, Taira no Kiyomori écrasa les Minamoto, massacrant une bonne partie du clan et entama une ascension qui l'amena en 1167 au poste de dajō-daijin, premier ministre.

En 1180 éclata la guerre de Genpei, une guerre de succession au trône impérial, les Minamoto reconstitués soutenant un candidat différent de celui des Taira. Au terme de cinq années de guerre, les Taira furent finalement éliminés et Minamoto no Yoritomo mit en place le premier bakufu, avant d'être nommé shogun en 1192. Pour la première fois, le Japon était dirigé par des samouraïs et le resta jusqu'en 1868.

Réincarnation en crabes En 1185, les clans Taira et Minamoto s'affrontent dans la baie de Dan-no-ura. Lors de cette bataille décisive, le jeune empereur Antoku, âgé de six ans, sentant la défaite finale, plonge dans les eaux avec sa grand-mère pour se donner la mort plutôt que de subir le déshonneur d'une capture. Plusieurs samouraïs imitent son geste.

La légende prétend que les guerriers Taira se sont réincarnés en crabes, d'où cet ornement qu'on retrouve quelquefois sur des casques de samouraïs. Encore aujourd'hui, les pêcheurs qui attrapent des crabes dont la carapace évoque un visage les rejettent à l'eauUesugi Kenshin, « Le temps des samouraïs », dans Richard Béliveau, Samouraïs, Les Éditions Libre Expression, 2012 , .. Il s'agit en fait d'une espèce endémique : le heikegani, dont l’aspect proviendrait d’une sélection artificielle par cette coutume.

Époque medievale (1185-1603) Le shogunat de Kamakura reposait sur un système féodal. Dans sa structure fondamentale, un bushi de rang ou d'influence moindre s'engageait à servir un bushi plus puissant en échange d'une concession foncière ou d'un document confirmant son droit de propriété sur une terre qu'il possédait déjà. À l'époque médiévale, la condition essentielle pour être considéré comme un bushi était de posséder des terres abritant sa demeure ancestrale et lui assurant ses moyens de subsistance. Bien que cela ne fût pas une obligation légale, cette possession constituait le fondement même de l'honneur du guerrier.