Cet article présente l'histoire de la culture des céréales dans les années 1920.

Années 1920 Après la guerre de 14-18, lorsque les États européens ont repris leur production normale, les cours mondiaux ont chuté« Le blé », par M. L. Debesse-Arviset et R. Clozier, dans L'Information Géographique de 1936 . Ainsi, {citation|à partir d'un pic de par boisseau en , le prix du blé a commencé une lente baisse, jusqu'à moins d'un dollar le boisseau à la fin de 1923MacEwan, Harvest, 103.. Cette fin de la stabilité des prix de 1919-1920 a confirmé l'agriculteur dans ses soupçons envers le marché privé.

Le Canada résiste à cette chute grâce au Pool du blé canadien, qui assure la moitié des exportations de céréales dans le Monde en 1925Le Winnipeg Grain Exchange et la Commercialisation des céréales canadiennes par J. L. Junod, licencié ès sciences commerciales et économiques., avant de céder un peu de terrain à l'Australie lors de la seconde moitié des années 1920. C'est surtout au cours de la première moitié des années 1920 que le géant Canadien progresse : il fait plus que doubler sa part de marché. Au Canada, une lutte très âpre oppose alors les partisans de l'intervention inconditionnelle de l'État à ceux qui croient beaucoup plus à l'efficacité d'un système libre et privé.

Aux États-Unis, pays à régime libéral, vingt-cinq ans de tâtonnements des expériences d'économie dirigée ont caractérisé l'intervention de l'État dans ce domaine de la commercialisation des céréales, avec des succès mitigés jusqu'à la Seconde Guerre mondiale pendant laquelle le dirigisme l'emporte nettement.

Les grands intermédiaires coopératifs ou privés qui sont montés en puissance pendant la Première Guerre mondiale doivent alors gérer la surproduction. Le marché mondial est en effet marqué par la rationalisation du commerce par de vastes coopératives qui ont imposé une classification simple des espèces et simplifié le transport et la distribution. La « Canadian Cooperative » faisait les cinq septièmes de l'exportation du Canada, la coopérative Marketing Policy est puissante en Australie. En Argentine, une maison de négoce française et une autre belge font 60 % à 70 % des exportations.

Krach du début des années 1920 Parmi les expériences d'économie planifiée de la Première Guerre mondiale, la création du Board of Grain Commissioners en 1912, remplacé en 1917 par le Board of Grain Supervisors, qui possédait un monopole sur l'achat de blé lui permettant de fixer des prix uniformes dans le pays, sur un marché jusque-là dominé par la Canadian Pacific Railway et les grandes firmes de négoce du Winnipeg Grain Exchange. Ces géants négociaient les prix du blé en position de force, contraignant les agriculteurs à accepter des baisses importantes. Mais dès la dissolution de la Commission des superviseurs, le prix du blé chute de près des deux tiers en trois ans, de le boisseau en 1920 à moins d'un dollar à la fin 1923, dans le contexte général de baisse des prix du blé du début des années 1920.

Des coopératives d'achats, créées sur le modèle de l'United Grain Growers de 1906, avec des subventions publiques, échouent à enrayer cette chute des prix puis sont emportées par la crise de 1929. Le gouvernement fédéral canadien décide alors de ressusciter le Board of Grain Commissioners de la Première Guerre mondiale : il fonde en 1935, la Commission canadienne du blé. Basée à Winnipeg (Manitoba), elle a pour mission d'égaliser les conditions de concurrence et commercialisation pour tous les producteurs issus des « Prairies » : Alberta, Saskatchewan, Manitoba et une partie de la Colombie-Britannique. Les céréaliculteurs recevaient un paiement intérimaire et un paiement final qui dépendait des prix et des ventes totaux. En 1943, la Loi sur les mesures de guerre oblige les céréaliers à adhérer à la Commission, chargée du contrôle des prix de nombreuses autres grandes cultures : maïs, tournesol, etc.

Pool canadien du blé, prix garantis et stockage démocratisé En 1919, une commission est créée pour commercialiser la récolte de blé de l'annéeL'INDUSTRIE CÉRÉALIÈRE AU CANADA, par Sonya Dakers et Jean-Denis Fréchette, 2001 , qui semblait plus difficile du fait de la fin de la guerre. Le port de Montréal atteint un fret de trois millions de tonnes en 1919. Ensuite, même si le gouvernement n’avait envisagé cette Commission qu’à titre de mesure de guerre, les agriculteurs demandent au début des années 1920 le rétablissement de cet organisme de commercialisation.

À partir de l'automne de 1922, les fermiers canadiens se groupent en organisations fédérant leurs coopératives« L'Actualité économique Les problèmes de marché du blé canadien », par Guy Brisebois, dans L'Actualité économique de 1955 , d'Alberta, du Saskatchewan et du Manitoba, qui forment à l'automne de 1924 la « Canadian Cooperative Wheat Producers Ltd »« De Montréal à Victoria », par Esdras Minville , appelé aussi Pool canadien du blé, afin de tirer parti en commun de leur poids sur le marché. Selon l'économiste et sociologue québécois Esdras Minville, qui aida plus tard à fonder plusieurs coopératives dans la province de Québec, le fonctionnement du pool du blé montre comment la coopération peut être un outil extrêmement sûr et efficace dans le développement économique« Esdras Minville et le nationalisme économique », 1923-1939, par Dominique Foisy-Geoffroy, Centre de recherche en civilisation canadienne-française de l'Université de Montréal. La Central Selling Agency, organisme central, est fondée par trois entreprises de stockage de céréales, un pour chacune des trois provinces céréalières de l'ouest, qui fédèrent quasiment toutes les coopératives et mettent en commun leurs contacts, afin de mieux exporter leur blé et recourir à des emprunts bancaires. Le Pool canadien du blé devient un acteur redouté par sa force de frappe sur le marché mondial, et parfois considéré comme un cartel« R. Lewinsohn : Trusts et cartels dans l'économie mondiale », par René Clozier dans L'Information Géographique de 1951 , grâce à des capacités énormes de stockage et de transport. Le Pool canadien du blé regroupe Visions d'histoire du Canada et du Canada français, par Esdras Minville, Éditions Fides, 1992 ., commercialise au milieu des années 1920 de 51 % à 53 % des récoltes, puis 70 % en 1929Risk Management, Speculation, and Derivative Securities, par Geoffrey Poitras, Academic Press, 2002, qui près lui-même la moitié du commerce mondial du blé dès 1925. Pool Canadien du Blé vend sur les Bourses aux grains de Winnipeg et Calgary mais surtout sur les marchés étrangers, les deux-cinquièmes des exportations passant entre ses mains. La part de l'Angleterre dans les exportations de blé canadiennes passe de 89 % en 1909 à 72 % en 1925 et 59 % en 1931. Les États-Unis sont de leur côté évincés du marché, leur part chutant dès le début des années 1920 : de 1920 à 1929, le Canada fournit 63 % des exportations du blé en provenance de l'Amérique du Nord. Le « Pool » est solidement soutenu politiquement : John Archibald Maharg, président de la Saskatchewan Grain Growers' Association est dès 1921, ministre provincial de l'agriculture. et lors de l'élection générale albertaine de 1921, l'United Farmers of Alberta fait élire 38 députés sur 45 présentés, formant un gouvernement majoritaire qui chasse le Parti libéral de l'Alberta du pouvoir.

Le Pool canadien du blé met aussi en avant une participation des fermiers aux élections pour ses instances de direction. Le Pool canadien du blé signe avec le fermier un contrat sur cinq ans qui permet à ce dernier de préfinancer sa récolte via un paiement initial, le complément étant assuré en fonction de l'État du marché. Du coup, le fermier bénéficie d'un prix garanti sur une partie de son offre. Le Pool Canadien du Blé a rapidement contrôlé la moitié des silos-élévateurs à grains, de l'ouest canadien et permis d'étaler la vente des récoltes sur toute l'année, voire d'imposer un bras de fer aux importateurs dans les moments de faiblesse. Certains auteurs estiment qu'ils n'ont pas obtenu de prix plus élevés que ceux du marché à terme mais c'est déjà un succès pour leurs habitués jusque là à recevoir beaucoup moins que les négociants et spéculateurs : ils deviennent copropriétaires de silos à grande échelle. Le PIB du Canada est alors stimulé par une augmentation rapide des exportations, qui passent de 3,5 milliards de dollars en 1921 à 6,1 milliards en 1929Une histoire du Canada, par Robert Bothwell, 2009.. En 1926, le blé devint la première source du commerce extérieur et assure plus de 71 % des revenus de la population des Prairies.

Le Pool canadien du blé va inspirer le développement des coopératives dans d'autres pays, en France dès 1924, puis les systèmes de prix garantis de la seconde partie du . Revers de la médaille, ce sont les contribuables qui se répartissent les pertes : dès 1930, les pools connurent un déficit de 24,3 millions de dollars canadiens et les gouvernements provinciaux couvrirent le déficit. L'assurance d'un prix garanti et l'espoir de versements additionnels amène les producteurs à ne considérer que le marché contrôlé et se lancer dans la surproduction. La grande crise de 1929 voit leurs revenus agricoles diminuer de 94 % entre 1929 et 1933 alors que l'accumulation des stocks à partir de 1924 aurait pu laisser entrevoir la gravité du problème. Le prix du blé tomba à seulement 42 cents le boisseau en 1932 mais les superficies emblavées restèrent à la hausse. Les revenus des producteurs passèrent de 441 millions de dollars canadiens en 1928 à 90 millions en 1931, 109 millions en 1933 et 142 millions en 1935, soit trois fois moins qu'en 1928.

Création de l'AGPB, ferment du mouvement coopératif céréalier en France Au lendemain de la Première Guerre mondiale, le contrôle des importations devient le levier principal de la politique céréalière nationale.. L'Association des producteurs de blé des régions Nord et parisienne(APBRNP) fédère 13 départements parmi les plus gros producteurs de blé qui pèsent 31 % des récoltes françaises et devient l’Association générale des producteurs de blé (AGPB) en . Ses fondateurs sont fortement engagés dans des actions techniques : René Aubergé, premier président de l’AGPB (1924-1926), Georges Rémond, deuxième président de l'AGPB (de 1927 à 1934), comme Pierre Hallé, premier secrétaire de l'AGPB, sont tous trois d’anciens élèves de l'Institut national agronomique, facilitant ainsi les relations de travail avec les responsables des Services agricoles dans les départements. L'AGPB est animée par des agriculteurs issus de régions agricoles plutôt favorisées, et se pose en porte-parole de grandes exploitations, où la main-d’œuvre agricole est une part importante des coûts de production. La multiplication des fraudes amène l'AGPB à proposer au ministère de l'Agriculture d'assurer, sous sa tutelle, l'organisation du contrôle de ces fraudes.

Après une récolte record en 1929, les stocks de blé s'accumulent, causant la chute des cours. L'AGPB s'engage avec quelques coopératives céréalières proches de sa mouvance dans une action d'exportation directe de blé, renforçant sa crédibilité auprès des pouvoirs publics. De 1928 à 1935, le nombre de coopératives céréalières passe de 74 à 650. Les responsables locaux des coopératives sont souvent membres de l'AGPB et le mouvement coopératif céréalier participe statutairement à 20 % du budget de AGPB.

Projet d'union douanière européenne dans les années 1920