Le techno-orientalisme ou sino-futurisme. est un concept et une esthétique artistiques utilisés dans la science-fiction dans la seconde moitié du .
L'Asie de l'Est, principalement la Chine et le Japon, est imaginé comme ayant une influence majeure sur les aspects culturels d'une société dystopique. On retrouve le techno-orientalisme dans des œuvres d'anticipation et de cyberpunk comme Blade Runner ou Matrix.
Historique vignette|Chongqing, Chine. Le terme techno-orientalisme apparaît dans la seconde moitié du . Il est souvent vu comme une mutation contemporaine de l’orientalisme. Là où l’orientalisme enfermait l’Orient dans un passé figé, le techno-orientalisme est la vision d'un futur hyper-technologique saturé d’imaginaire asiatiqueDavid S. Roh, Betsy Huang, Greta A. Niu - Co-auteurs de Techno-Orientalism: Imagining Asia in Speculative Fiction, History, and Media, référence majeure sur le sujet (MELUS, Volume 41, 2016).
Le techno-orientalisme reflète les inquiétudes de l'Occident du développement technologique et économique du continent asiatique. Dans les années 1980, le Japon est alors le leader mondial dans l’électronique, l’automobile et les semi-conducteurs, suivi de la Chine et de l'Asie du Sud-Est qui vont rivaliser pour leur rythme de production et leurs grands groupes, suscitant une véritable crainte aux États-Unis et en Europe de perdre leur hégémonie économiqueL'Express Spécial Japon, 1988.
Cette inquiétude se traduit dans la culture populaire par des représentations stéréotypées de l'Asie de l'Est comme un ensemble de sociétés robotisées et déconnectées de l’humain. Les auteurs de science-fiction américains réduisent le Japon et la Chine à une culture futuriste et dominante où la technologie (cybernétique, intelligence artificielle, téléphonie, informatique) et l'architecture (inspirée par le corridor du Tōkaidō, Shanghai, Hong-Kong ou Séoul) envahissent l'espace occidental. Le plus souvent, le techno-orientalisme imagine le futur avec une architecture démesurée, des ruelles bondées, des langues et des écritures (kanji, hiragana, katakana), des gadgets et des codes visuels inspirés par les manga et les anime. On note également une fétichisation des femmes asiatiques, souvent représentées comme des androïdes, des clones ou des cyborgs. C'est la naissance du cyberpunk.
Dans de Ridley Scott (1982), la ville de Los Angeles est par exemple une mégapole étouffante saturée de néons colorés et de publicités en sinogrammes. Au début du film, le personnage de Rick Deckard s'abrite de la pluie sous une échoppe de street food où il commande des rāmen (nouilles), tandis qu'une geisha sourit sur un immense panneau publicitaire. L’imaginaire du film fusionne des éléments de la culture asiatique (temples, lanternes) avec des technologies avancées. Ridley Scott avait envisagé de tourner à Hong Kong, mais a dû renoncer pour des raisons budgétaires..
Exemples
vignette|Le romancier William Gibson, spécialiste du cyberpunk.
Neuromancien Dans le roman Neuromancien de William Gibson, publié en 1984, le Japon est décrit comme le — une société obsédée par la technologie, les implants cybernétiques et les mégacorporations. Case, un ancien hacker, vit dans les bas-fonds de Chiba City, une mégapole japonaise de gratte-ciels et de néons multicolores. Dans le quartier de Ninsei se trouvent des échoppes de cuisine japonaise, de salons de massage et des bornes d'arcades. Le Chatsubo est un bar qui sert des bières Kirin et Tsingtao William Gibson, Neuromancer, chap. 1 « Chiba Blues », Ace Books, 1984..
William Gibson, spécialiste du cyberpunk, a lui-même reconnu que son imaginaire du futur vient de sa première visite de Tokyo, où il a dit avoir l’impression d’être dans un roman qu’il n’a pas encore écrit « Post-National Cool: William Gibson’s Japan », Science Fiction Studies, vol. 38, n°3, 2011..
Dans le roman de Neal Stephenson, publié en 1992, une Amérique fragmentée est dominée par des conglomérats et des mafias japonaises. Le protagoniste, Hiro, manie le katana dans le Métavers. L'auteur pastiche le genre cyberpunk, où le Japon est vu comme un empire technologique fétichisé.
Dans la franchise cinématographique , adaptée du roman de Philip K. Dick Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, le Los Angeles futuriste est une mégapole où la culture asiatique est omniprésente, reflet d’une mondialisation poussée à l’extrême. Une geisha vante sur d'immenses panneaux publicitaires les mérites d'une pilule, tandis que les haut-parleurs diffusent la musique d'une pièce de théâtre nô, « Iri Hi Katamuku » (littéralement « Le soleil couchant descend »). Des sinogrammes tapissent les façades des gratte-ciels. Toutefois, aucun personnage asiatique n’a un rôle central dans les films.
Matrix vignette|Dans Matrix, le code de la matrice est composé de sinogrammes.
Dans la franchise cinématographique Matrix (série de films) des Wachowski, l’interface du code de la matrice, une réalité virtuelle dans lequel les humains sont enfermés, intègre des idéogrammes chinois. Matrix mobilise une forte imagerie orientale pour créer un univers de rébellion technologique. La quête de Neo pour guider les autres vers la libération est une recherche d'éveil spirituel, inspiré du taoïsme, du bouddhisme, de l'hindouisme. Dans cette simulation, les arts martiaux incarnent la discipline intérieure, la maîtrise de soi et la conscience du moment présentCollectif, Matrix, machine philosophique, Ellipses, 2003..
Cet univers asiatique se retrouve dans la série d'animation de courts-métrages dérivée Animatrix, sortie en 2003.
Cinéma et télévision Ghost in the Shell (2017) : dans cette adaptation cinématographique du manga de Mamoru Oshii, l'esthétique du techno-orientalisme est omniprésente, mais le rôle principal japonais est joué par Scarlett Johansson, ce qui a suscité des critiques pour appropriation culturelle et whitewashingGhost in the Shell, entre complexité et whitewashing, Pop Fixion.. Altered Carbon : dans cette série télévisée, la mégapole Bay City (anciennement San Francisco) est saturée de néons, sinogrammes et architecture asiatique. Big Hero 6 : la ville fictive de San Fransokyo fusionne San Francisco et Tokyo.
Jeux vidéo Cyberpunk 2077 : l’esthétique de Night City est fortement influencée par l’Asie de l’Est. Pourtant, les personnages asiatiques sont peu développés ou stéréotypés. Mirror's Edge Catalyst : la ville de Glass évoque une métropole asiatique futuriste, avec ses lignes épurées, ses idéogrammes et son ambiance high-tech. Deus Ex: Human Revolution : l’Asie est représentée comme le cœur du transhumanisme et comme un espace de surveillance, de contrôle et de corporatisme. Stray : dans son ensemble, le jeu est ..
Notes et références
Liens externes
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