L’assaut espagnol sur Djerba est une expédition militaire menée en 1510 par Ferdinand II d'Aragon contre l’île tunisienne de Djerba. L’opération, qui se solde par la mort de plusieurs milliers de soldats, est souvent appelée le « désastre de Djerba » ().

Contexte La conquête espagnole d'Oran (1509) suscite un enthousiasme qui pousse la couronne à organiser de nouvelles expéditions. En , une force se rassemble à Ibiza et Formentera sous le commandement de Pedro Navarro, avec pour objectif de prendre plusieurs points de la côte des Barbaresques. Le , vingt navires et entre quatre et cinq mille hommes appareillent vers Béjaïa, qu’ils prennent le 5 en dépit d’une faible résistance.

Une bataille aux abords de la ville encourage Alger et Tunis à rendre hommage – au moins nominalement – au roi Ferdinand. Après une épidémie faisant une centaine de morts, les Espagnols se replient sur Favignana pour se réapprovisionner. Le , ils embarquent pour Tripoli. La ville est assaillie et mise à sac : des milliers de défenseurs sont tués et la majorité de la population civile est réduite en esclavage ou prise en captivité.

Le désastre de Djerba Le , Pedro Navarro quitte Tripoli avec quelques bâtiments pour exiger la soumission de Djerba. Face au refus, il revient à Tripoli. arrive avec et le grade de capitaine général, remplaçant Pedro Navarro à la tête des troupes. Le , l’armée embarque et atteint Djerba le 29.

Le débarquement s’effectue en chaloupes. Les n’ayant pas de bêtes de somme, ils doivent tracter eux-mêmes l’artillerie et porter munitions et poudre sur leurs épaules. Les unités se mettent en ordre de marche vers le château de Djerba. La chaleur et le manque d’eau provoquent de fortes souffrances et les soldats quittent progressivement les rangs pour gagner des puits dans une palmeraie.

À proximité, des défenseurs à cheval les attendent et écrasent plusieurs centaines d’hommes de l’avant-garde espagnole qui se désaltéraient. Aussitôt, l’infanterie espagnole prend la fuite, entraînant d’autres soldats séparés de leurs unités pour rejoindre les puits, et propageant la panique. Beaucoup abandonnent armes et armures pour courir plus vite. García Álvarez de Toledo y Zúñiga saisit une pique et tente d’organiser la défense, mais il est tué par les assaillants.

Les troupes se replient vers le point de débarquement. Les chaloupes ayant été envoyées surveiller l’étroit passage reliant l’île au continent, les autres navires ne peuvent manœuvrer près du rivage. Les soldats se jettent à la mer pour tenter de les atteindre ; leurs capitaines envoient des esquifs pour les récupérer. Beaucoup se noient dans des embarcations surchargées.

À la nuit tombée, attendent encore l’embarquement. Nombre d’entre eux sont tués ou capturés pendant la nuit, d’autres au matin. Certains capitaines refusent d’embarquer plus d’hommes faute d’eau à bord et mettent le cap sur Naples. Une tempête se lève ensuite : deux caravelles et un galion s’échouent et la plupart des hommes se noient. Quelques survivants s’accrochent aux mâts ; Navarro envoie deux navires les récupérer.

Suites Le mardi , avec un vent favorable, la flotte appareille mais des vents au large dispersent les bâtiments. On estime que l’expédition a coûté la vie à . Le , le gros de ce qui reste de la flotte — sur 60 navires — quitte Tripoli vers le nord, mais une nouvelle tempête provoque d’autres pertes. Les survivants se regroupent à Tripoli : 30 navires et embarqués partent ensuite pour Lampedusa, où ils hivernent.

Héritage La défaite de 1510 marque profondément la mémoire espagnole et est commémorée par des vers et dictons. Garcilaso de la Vega écrit : « » (« Ô patrie en larmes, comme tu tournes les yeux vers Djerba en soupirant… Le sable brûlait, le soleil flamboyait, les hommes tombaient à moitié morts… »). La campagne est aussi évoquée par Luis de Góngora dans : « » (« Je suis né à Djerba, l’année où vous fûtes défaits à Djerba, d’une noble Berbère et d’un Turc fanfaron. »).

Le désastre inspire aussi l’expression : et « » (« La veuve de Djerba pleurait, des coiffes blanches en années tendres »).

Le protagoniste du est décrit comme le fils d’un homme mort lors de l’action de Djerba. Le débat pour savoir s’il s’agit de l’opération de 1510 ou de celle de 1520 est lié à la question de la datation de l’ouvrage.

Voir aussi Bataille de Djerba (1560)

Références

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