est une chanson des Beatles, qui clôt leur album Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band paru le au Royaume-Uni et le lendemain aux États-Unis. Portant la signature Lennon/McCartney, il s’agit en fait d’un collage de deux morceaux inachevés, l’un de John Lennon et l’autre de Paul McCartney, ce dernier étant placé au milieu de celui de Lennon.

Marquée par l’atmosphère psychédélique qui règne autour de la production de Sgt. Pepper, A Day in the Life est souvent considérée comme le joyau de l’album, tant pour sa conception que pour son contenu. Elle est également remarquable pour les paroles surréalistes, l'aspect musicalement impressionniste, les techniques de production innovantes et l'arrangement orchestral complexe comportant une montée cacophonique et partiellement improvisée.

Composition Lorsque John Lennon et Paul McCartney, les principaux auteurs-compositeurs des Beatles, se mettent à écrire une chanson ensemble, celle-ci est souvent, au départ, une composition de l'un des deux musiciens dont la trame est plus ou moins avancée, l'autre apportant sa touche pour la compléter, avec un pont, des paroles ou une idée supplémentaires. , explique Lennon..

thumb|250px|La mort de Tara Browne dans un accident de voiture, au volant de sa Lotus Elan, a inspiré une partie des paroles. John commence à écrire la chanson après avoir lu deux articles dans le Daily Mail du .. L’un de ces titres traitait du décès de Tara Browne, héritier des brasseries Guinness, victime d’un accident de la route mortel, après avoir heurté un camion au volant de sa Lotus Elan le .. Il était un proche des Beatles et des Rolling Stones et avait notamment assisté aux séances d’enregistrement de l’album Revolver quelques mois avant sa mort. L’autre article parlait de quatre mille nids-de-poule dans les rues de Blackburn, dans le Lancashire. Lennon ajoute aussi une information à propos d’un film dans lequel , référence à son rôle dans le film How I Won the War, qui est sorti le .

Toutefois, la partie centrale de la chanson n’est pas encore composée. Pour compléter le morceau, Paul McCartney ajoute une courte pièce au piano qu’il avait travaillée précédemment à propos d’un jeune homme qui se réveille et se dépêche de se préparer pour partir à l’école. Cette partie est basée sur les souvenirs d'enfance de Paul McCartney :

Paul McCartney est aussi à l’origine de la plus remarquable des caractéristiques de la chanson : Ce « quelque chose de nouveau » aboutit à la décision de convoquer un orchestre symphonique pour exécuter la fameuse montée orchestrale sur vingt-quatre mesures assurant la transition entre les trois premiers couplets chantés par John Lennon et la partie de Paul McCartney. Cependant, l’idée est dans un premier temps rejetée par leur producteur George Martin, qui juge que le coût pour faire venir un orchestre de quatre-vingt-dix musiciens serait trop élevé pour une section aussi courte. Mais Ringo Starr a le dernier mot : C’est la solution adoptée, la montée étant effectivement répétée à la fin du morceau..

Le bassiste des Beatles imagine également la phrase de liaison que John Lennon chante au lancement de la montée orchestrale, et qu'il appréciera particulièrement, assumant pleinement sa connotation psychédélique et ses conséquences prévisibles .

Enregistrement Piste de base left|thumb|C’est aux studios EMI d’Abbey Road qu’est enregistrée A Day in the Life. Les Beatles commencent l’enregistrement de la chanson le au studio 2 d’Abbey Road, sous le titre .. Quatre pistes de base sont enregistrées, sur lesquelles on entend John Lennon à la guitare acoustique et au chant , Paul McCartney au piano, George Harrison aux maracas et Ringo Starr aux bongos. Selon l’ingénieur du son Geoff Emerick, Lennon et McCartney ont déjà une idée claire de leur chanson et des parties instrumentales qu’ils doivent interpréter, et ils n’ont pas assigné de rôle particulier à George Harrison, qui se retrouve donc avec une paire de maracas en main. On remarque à cette occasion que pour donner le décompte, au lieu de dire , John Lennon répète en plaisantant Ce personnage est tiré de Dance of the Sugarplum Fairy (Danse de la Fée Dragée), un passage du ballet Casse-Noisette de Tchaikovsky. La première prise de la chanson, dans cette configuration et avec cette plaisanterie de Lennon, se retrouve sur l’album Anthology 2, et son décompte loufoque est rajouté à la version originale placée sur la compilation Love...

Le lendemain, , les quatre prises sont assemblées sur une seule piste, transférée sur un autre magnétophone ., ce qui donne les prises 5, 6 et 7, les trois étant mixées différemment. À partir de la sixième, considérée comme la meilleure, de nouvelles pistes vocales de John , de la basse de Paul et de la batterie de Ringo sont enregistrées.

Le travail reprend le , après que les Beatles ont écouté les résultats de leurs enregistrements. Trouvant les parties de basse et de batterie insatisfaisantes, Paul et Ringo les réenregistrent, effaçant leurs tentatives précédentes. Ringo tente une approche différente, en jouant sur les toms, donnant à ce titre ce son de percussions distinctif. George Martin se souvient : D’autres overdubs sont enregistrés, et la partie vocale de Paul est refaite.

Montée orchestrale Lorsque les Beatles commencent l’enregistrement de la chanson, ils n’ont pas encore décidé comment sera rempli le vide de vingt-quatre mesures entre ses deux parties. Lors des premières sessions d’enregistrement, cette section ne contient qu’un accord de piano répété et la voix de l’assistant Mal Evans comptant les mesures. De l’écho a été ajouté à la voix d’Evans, le groupe, et particulièrement John Lennon, aimant beaucoup utiliser l’écho. Une sonnerie de réveil est programmée pour marquer la fin des vingt-quatre mesures de la montée orchestrale. Au départ il est prévu de la supprimer du mixage ultérieurement, mais, comme elle concorde parfaitement avec la première phrase du morceau de McCartney (, ), le groupe décide de garder le son sur la bande.

Le , un orchestre de quarante musiciens est à pied d’œuvre à Abbey Road. Paul McCartney demande aux musiciens de jouer la note la plus basse de leur instrument et de monter jusqu’à la plus haute qu’ils puissent jouer, à la vitesse qu’ils désirent, sur vingt-quatre mesures, avec juste un point de départ et un point d’arrivée.

Pour mettre à l’aise ces musiciens classiques nullement habitués à improviser ou à jouer sans partition, les Beatles ont une idée farfelue. Ils vont faire de l’énorme studio 1 d’Abbey Road une véritable salle des fêtes, invitant de nombreux amis du Swinging London (dont les Rolling Stones) et proposant aux membres de l’orchestre de se travestir avec des faux nez, des grandes oreilles, des chapeaux haut de forme, et autres accessoires qu’ils leur fournissent.

Pour réussir à enregistrer l’orchestre symphonique par-dessus la bande musicale des Beatles, et pour multiplier cet enregistrement par quatre , le personnel technique des studios EMI doit de nouveau imaginer des solutions adaptées. Ainsi, George Martin demande à l’ingénieur Ken Townsend de faire tourner deux magnétophones quatre pistes ensemble, ce qui n’a encore jamais été fait. Ce dernier trouve la solution en les synchronisant grâce à un procédé particulièrement inventif leur permettant de se renvoyer le signal, le principe étant d’enregistrer un signal de sur une piste libre du premier magnétophone, d’envoyer ce signal dans le second magnétophone à synchroniser, tout en augmentant sa tension à l’aide d’un amplificateur, jusqu’à ce que le moteur du cabestan du second magnétophone démarre. Ken Townsend explique : Le producteur lui-même ajoute cependant que .

Il existe à cette montée orchestrale deux précédents bien connus des amateurs de musique contemporaine : Metastasis, de Iannis Xenakis (orchestral), et Thrène à la mémoire des victimes d'Hiroshima, de Krzysztof Penderecki (vocal).

Épilogue L’accord de piano que l'on entend à la fin remplace en fait une expérimentation vocale enregistrée le : après que les musiciens de l’orchestre ont quitté le studio, les Beatles enregistrent pour le final leurs voix chantonnant l’accord mais, même après de multiples overdubs, ils concluent qu’ils veulent un effet qui ait plus d’impact. Le ils monopolisent donc tous les pianos disponibles à Abbey Road, et John Lennon, Paul McCartney, Ringo Starr, George Martin et Mal Evans jouent simultanément un accord de mi majeur sur quatre pianos différents. Ils recommencent neuf fois l’attaque des notes, jusqu’à être parfaitement synchronisés. Ils atteignent finalement une longue décroissance sonore d’une durée de cinquante-trois secondes . Ce jour-là, George Martin ajoute également une partie d’harmonium, à la demande de Paul McCartney qui souhaite apporter une texture supplémentaire à la chanson. Le producteur met ainsi en boîte le tout dernier des nombreux overdubs..

En tout, trente-quatre heures ont été nécessaires pour enregistrer la seule chanson A Day in the Life, ce qui présente un certain contraste avec le premier album du groupe, Please Please Me, qui avait été enregistré, dans sa totalité, en moins de dix heuresL'album Please Please Me a été enregistré dans la seule journée du en , soit 9 heures et 45 minutes... L’enregistrement de l’orchestre est combiné avec la prise 6, ce qui donne la prise 7. Pour finir, le , le mixage est effectué, et neuf nouvelles prises sont montées. Le mixage final est réalisé à partir des prises 6, 7 et 9.

Dans la carrière du groupe, en dehors de A Day in the Life, le seul cas où les Beatles auront enregistré deux chansons distinctes de John Lennon et Paul McCartney mises bout à bout et jouées d'une seule traite est celui de Polythene Pam/She Came In Through the Bathroom Window au cœur du medley de l'album Abbey Road..

Structure musicale est jouée dans la tonalité de sol majeur (G), mais comme l’explique le musicologue Alan W. Pollack, .. Les couplets sont en sol majeur et mi mineur (Em) et le pont est en mi majeur (E). La mesure est en 4/4 tout du long.

Le morceau est constitué de six sections : la première partie du morceau de John Lennon , une montée orchestrale, un court morceau de Paul McCartney, la seconde partie du morceau de Lennon, suivie d’une seconde montée d’orchestre, un accord de piano long de , et un « sillon » appelé le qui, sur le 33 tours original en mono, jouait sans fin. Cette composition très complexe a été écrite par John Lennon et Paul McCartney qui, par ailleurs, ne savaient pas lire la musique. Ils ont été aidés par leur producteur George Martin, qui, lui, savait lire et écrire une partition.

Première partie (jusqu’à 1:45) La chanson commence avec le bruit de la foule provenant de la chanson précédente, Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (Reprise), qui termine à quatre secondes du début, laissant place à une guitare acoustique jouant l’introduction suivie d’un piano et de la basse qui entrent à sept secondes. À , la partie vocale commence () et des maracas se font entendre. L’ensemble est très calme, souligné par les accords de piano qui donnent l’intensité à la chanson. Après quarante-huit secondes, la batterie commence à jouer, faisant quelques roulements de toms espacés, puis jouant un rythme normal soutenu par la caisse claire et les toms. Tout au long des couplets, la mélodie est la même, à quelques exceptions près, jusqu’à 1:38, lorsque Lennon chante , sa voix se perdant dans l’orchestre qui entre dans un .

Première montée orchestrale (1:46 à 2:15) Cet orchestre de entame une montée, tous les instruments partant de la note la plus basse et grimpant jusqu’à la plus haute, chacun à sa propre vitesse. Le tout est soutenu par un accord de piano venant de la première partie. La montée s’interrompt brusquement, ne laissant que l’accord de piano et la ligne de basse. Le bruit d’une sonnerie de réveil programmée par Mal Evans se fait entendre et la partie vocale chantée par McCartney commence.

Deuxième partie (2:16 à 3:18)