vignette|Miniature islamique représentant une foule mecquoise menée par Abou Lahab tentant de lapider Mahomet et Abou Bakr au souk d'Okaz.
En islam, la lapidation (en arabe : rajm, parfois orthographié rajam ; رجم)E. Ann Black, Hossein Esmaeili and Nadirsyah Hosen (2014), Modern Perspectives on Islamic Law, , pp. 222-223Rudolph Peters, Crime and Punishment in Islamic Law, Cambridge University Press, , pp. 37 est un châtiment issu des hudud, dans lequel un individu est mis à mort par les pierres qui lui sont lancées.
Selon certaines versions de la loi islamique (charia), c'est le châtiment prescrit en cas d'adultère commis par une personne mariée, qui exige soit l'aveu de l'adultère, soit la production de quatre témoins de la pénétration sexuelleIsmail Poonwala (2007), The Pillars of Islam: Laws pertaining to human intercourse, Oxford University Press, , pp. 448-457.
La lapidation pour adultère est un cas particulier en droit islamique car elle contrevient aux prescriptions coraniques relatives aux relations sexuelles avant et hors mariage que l'on trouve dans la sourate An-Nur, verset 2 : « La femme et l'homme coupables d'adultère ou de fornication (zina), fouettez-les chacun de cent coups de fouet », Quote - "The woman and the man guilty of adultery or fornication, flog each of them with a hundred stripes: Let not compassion move you in their case, in a matter prescribed by Allah, if ye believe in Allah and the Last Day: and let a party of the Believers witness their punishment.". C'est pourquoi certaines minorités musulmanes, comme les anciens kharijites, et modernistes islamiques comme les coranistes contestent la légalité de la lapidation.
La lapidation trouve cependant sa source dans de nombreux hadiths (récits rapportant les paroles et gestes de Mahomet)Nisrine Abiad (2008), Sharia, Muslim States and International Human Rights Treaty Obligations, British Institute of International and Comparative Law, , pp. 24-25, et par conséquent, la plupart des écoles de jurisprudence islamique l'acceptent comme une peine prescrite pour l'adultère. Si son application est attestée par les hadiths dans les premiers temps de l'islam, elle est devenue très rare en raison des exigences très strictes en matière de preuves stipulées par la jurisprudence islamique.
Pratique vignette|360x360px|Pays où la lapidation publique est une forme de châtiment judiciaire ou extrajudiciaire, en date de 2013.
L'application légale de la lapidation a été très rare dans l'histoire islamique. Durant les 623 ans d'histoire de l'Empire ottoman, pour lesquels il existe d'abondantes archives judiciaires, un seul cas documenté fait état d'un juge condamnant une personne à mort par lapidation. Cette décision est pourtant considérée comme contrevenant à la loi islamique, du fait de l'insuffisance de preuves et la religion juive du condamné, alors que la loi stipulait que la peine capitale pour relations sexuelles illicites ne devait être appliquée qu'aux musulmansMarc Baer, "Death in the Hippodrome: Sexual Politics and Legal Culture in the Reign of Mehmed IV," Past & Present 210, 2011, pp. 61-91 .
Aucune condamnation par lapidation n'a été enregistrée en Syrie durant la domination musulmane. À Istanbul, sous l'Empire ottoman, un seul cas de lapidation a été recensé, selon les archives ottomanes.
Les juristes musulmans ont employé diverses techniques pour éviter l'application de la peine de lapidation. Ils interprétaient les exigences en matière de preuve de manière si stricte devient pratiquement impossible de prouver l'infraction. Ils encourageaient activement les témoins à taire leur témoignage, arguant que cela était moralement préférable. Ils définissaient l'infraction de façon restrictive afin d'exclure de nombreux types d'activités sexuelles. Ils ont développé le concept juridique de shubha (doute), selon lequel, lorsqu'un acte sexuel illégal ressemblait d'une manière ou d'une autre à un acte sexuel légal, la peine de lapidation ne devait pas être appliquéeJames E. Baldwin, "Prostitution, Islamic Law and Ottoman Societies," Journal of the Economic and Social History of the Orient, 55, 2012, pp. 117-52 .
Parmi les arguments avancés pour contester la preuve de l'adultère du fait de la grossesse d'une femme célibataire, divorcée ou re-mariée, on trouve des présomptions extravagantes concernant la durée maximale de la gestation humaine. Les savants musulmans ont ainsi admis le concept d'« embryon dormant », selon lequel une femme divorcée pouvait échapper à la lapidation si elle restait célibataire et tombait enceinte dans les cinq ans suivant son divorce, étant entendu qu'elle avait été fécondée par son précédent mari mais que l'embryon était resté dormant pendant cinq ans. Les juristes hanafites classiques estimaient cette période à deux ans maximum et les chaféites quatre ans.
Plus tard, les savants musulmans malikites ont admis le concept d'« embryon dormant », selon lequel une femme divorcée pouvait échapper à la lapidation si elle restait célibataire et tombait enceinte dans les cinq ans suivant son divorce, étant entendu qu'elle avait été fécondée par son précédent mari mais que l'embryon était resté dormant pendant cinq ans.
Selon le journaliste Max Rodenbeck ,Dans la quasi-totalité des cas où elle a été appliquée ces dernières années, la lapidation a eu lieu dans des zones tribales ou rebelles échappant au contrôle des gouvernements centraux – les talibans en Afghanistan, l’État islamique en Irak et en Syrie et Boko Haram au Nigéria par exemples. Sur les quarante-neuf États à majorité musulmane dans le monde, six maintiennent ce châtiment par respect pour la tradition juridique islamique… Parmi ces pays, seul l’Iran, qui a officiellement instauré un moratoire sur la lapidation en 2002 tout en laissant une marge de manœuvre aux juges, l’a effectivement appliquée.
L'Arabie saoudite a condamné quatre personnes à la lapidation entre 1980 et 1992. En 2005, la lapidation était envisagée ou appliquée au Nigéria et en Somalie pour les crimes d'adultère et de sodomie (homosexualité). Depuis l'introduction de la charia dans le nord du Nigéria en 2000, plus d'une douzaine de musulmans ont été condamnés à mort par lapidation. Dans une affaire, une cour d'appel de l'État de Sokoto a cassé une condamnation à la lapidation au motif que la prévenue, divorcée, n'avait peut-être pas conçu son enfant en zina (fornication) car sa grossesse aurait pu durer jusqu'à cinq ans, et donc avoir été conçu lors de son précédent mariage. Une autre cour d'appel nigériane a fixé la limite maximale de gestation à sept ans.
Au Pakistan, « plus de trois décennies d’islamisation officielle n’ont jusqu’à présent abouti à aucune lapidation », cette dernière ayant introduite en 1979 avant d'être supprimée en 2006 par la loi de protection des femmes. L’Iran a officiellement instauré un moratoire sur la lapidation en 2002, mais laisse encore une certaine latitude aux juges pour prononcer des peines de lapidation. Les condamnations à la lapidation ont suscité de vives réactions de la part des organisations de défense des droits humains, qui considèrent la lapidation comme une forme d’exécution par torture.
De à , au moins 16 personnes, dont neuf ont été exécutées (pas toutes par rajm), par l'État islamique d'Irak et du Levant (EIIL) en Syrie pour les crimes d'adultère ou d'homosexualité, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme.
Textes vignette|La lapidation d'une femme adultère, illustration d'un manuscrit des Mille et Une Nuits par Abu'l Hasan Ghaffari ou son atelier. Téhéran, 1853-1857.
Si la lapidation n'est pas mentionnée comme forme de peine capitale dans le texte canonique du Coran, de nombreux hadiths jugés authentiques (sahih) par les érudits sunnites décrivent la lapidation. Le Musannaf d'Abd al-Razzaq, un texte islamique ancien, son chapitre sur le Rajm recense 70 hadiths relatant des cas de lapidations attribués à Mahomet, et 100 à ses compagnons et à d'autres autoritésChristopher Melchert (1997), The Formation of the Sunni Schools of Law: 9th-10th Centuries CE, Brill Academic, , pp. 16 with footnote 78.
Le Sahih al-Bukhari, le livre de hadiths considéré comme le plus fiable après le Coran, contient plusieurs sunnas concernant la lapidation. Par exempleElyse Semerdjian (2008), "Off the Straight Path": Illicit Sex, Law, and Community in Ottoman Aleppo, Syracuse University Press, , pp. 8-14 :
Le livre 17 du Sahih Muslim contient plusieurs hadiths mentionannt spécifiquement la lapidation (17:4198, 17:4199, 17:4191-4209 et 17:4914).
Jurisprudence La lapidation a été largement discutée dans les textes de la jurisprudence islamique (fiqh) des époques ancienne, médiévale et moderne.
Hanafisme Les juristes hanafites estiment que, pour être puni de de lapidation, l'accusé doit être un muhsan au moment de l'acte sexuel interdit par la religion, c'est-à-dire un musulman adulte et libre ayant déjà eu des relations sexuelles légitimes dans le cadre du mariage, que celui-ci soit toujours en vigueur ou non. Autrement dit, la lapidation ne s'applique pas à une personne n'ayant jamais été mariée et seuls les coups de fouet publics constituent la peine obligatoire dans ce casElyse Semerdjian (2008), "Off the Straight Path": Illicit Sex, Law, and Community in Ottoman Aleppo, Syracuse University Press, , pp. 22-23.
En matière de preuve, la jurisprudence hanafite accepte l'aveu spontané ou le témoignage de quatre témoins masculins (les témoins féminins ne sont pas acceptées)Elyse Semerdjian (2008), "Off the Straight Path": Illicit Sex, Law, and Community in Ottoman Aleppo, Syracuse University Press, ISBN 978-0815631736, pp. 22-23. La littérature juridique islamique hanafite spécifie deux types de lapidation : le premier, lorsque la peine est fondée sur la bayyina, ou preuve concrète (quatre témoins masculins). Dans ce cas, la personne est ligotée, une fosse est creusée, la personne ligotée y est placée et partiellement enterrée afin qu'elle ne puisse pas s'échapper, avant la lapidation en public. Une femme condamnée à la lapidation doit être partiellement enterrée jusqu'à la poitrineElyse Semerdjian (2008), "Off the Straight Path": Illicit Sex, Law, and Community in Ottoman Aleppo, Syracuse University Press, , pp. 23-25. Les premières pierres sont jetées par les témoins et l'accusateur, puis par la communauté musulmane présente, selon Abū Ḥanīfa et d'autres savants hanafites. Dans le second type de lapidation, lorsque la peine est fondée sur l'aveu spontané, la lapidation est effectuée sans creuser de fosse ni enterrer partiellement la personne. Dans ce cas, le cadi (juge) doit jeter la première pierre avant que les autres musulmans ne se joignent à lui. De plus, si la personne parvient à prendre la fuite, elle est autorisée à partir.
Les érudits hanafites précisent que la pierre utilisée pour la lapidation doit avoir la taille d'une main. Elle ne doit être ni trop grosse, au risque de provoquer une mort trop rapide, ni trop petite, au risque de ne pas causer la mort.
Les hanafites ont traditionnellement soutenu que les témoins devaient jeter les premières pierres dans le cas où la condamnation aurait été obtenue par des témoins, et que le cadi devait jeter les premières pierres dans le cas où la condamnation aurait été obtenue par un aveu.
Chaféisme La littérature de l'école chaféite présente la même analyse du droit islamique que l'école hanafite. Cependant, elle recommande que la première pierre soit jetée par l'imam ou son adjoint dans tous les cas, suivie de la lapidation en présence de la communauté musulmaneElyse Semerdjian (2008), "Off the Straight Path": Illicit Sex, Law, and Community in Ottoman Aleppo, Syracuse University Press, ISBN 978-0815631736, pp. 23-25.
Hanbalisme