Louis Praiss, de son nom d'état civil Louis Preiss, né le à Gleiwitz, en Prusse, et mort le à Plainpalais, dans le canton de Genève, est un forain, directeur de théâtre ambulant et exploitant de cinématographe ambulant d'origine prussienne, naturalisé suisse en 1899.

Directeur d'un théâtre forain qui parcourt la Suisse, l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et l'Italie à partir des années 1880, il donne d'abord des spectacles de gymnastique, d'acrobatie, de physique amusante et d'illusions où figurent ses propres enfants. Au printemps 1896, son Grand Théâtre des Variétés est installé au Parc de Plaisance de l'Exposition nationale suisse de Genève, où il découvre le Cinématographe Lumière ; dès l'automne suivant, il introduit la projection de vues animées dans son programme. L'historienne Caroline Neeser le désigne comme le premier forain à avoir introduit le cinéma dans le canton de Neuchâtel. À partir de 1901, il tourne des actualités locales dans les villes qu'il traverse ; en 1904, son établissement dispose d'un wagon-laboratoire permettant de développer les bandes sur place et de les projeter le jour même. Le Dictionnaire historique de la Suisse le range parmi les dynasties d'entrepreneurs de cinéma itinérant actives à l'échelle internationale. Ses fils reprennent progressivement l'activité à partir du milieu de la décennie, d'abord en parallèle de leur père : Louis et Gustave exploitent ensemble l'enseigne en 1906 et 1907. Louis Praiss vend son propre matériel en 1909, l'année qui suit la mort accidentelle de son fils aîné. Gustave devient chef opérateur dans le cinéma allemand de la République de Weimar.

Biographie

Origines et famille Louis Praiss naît à Gleiwitz, en Haute-Silésie prussienne, le 16 juillet 1851. Il est le fils de Marie Preiss, morte à Gleiwitz le 4 janvier 1863Acte de mariage , commune de Ronchamp (Haute-Saône), 29 avril 1880, Archives départementales de la Haute-Saône, 5 Mi 184..

Le 29 avril 1880, alors domicilié à Ronchamp, en Haute-Saône, et qualifié de directeur de théâtre, il y épouse Rosine Mohler, née à Gelterkinden le 2 juin 1856, fille de Johannes Mohler et d'Anna Schaub, qui donnent leur consentement par procuration passée devant les autorités suisses. Les époux déclarent et reconnaissent à cette occasion deux enfants déjà nés : Bertha, née le 16 octobre 1876 à Appenzell, et Louis, né à Niederurnen.

Cinq autres enfants naissent ensuite, dans autant de localités différentes, ce qui donne la mesure de l'itinérance de la famille : Édouard (Winterthour, ), Gustave (Weinfelden, – Zurich, ), Charles (Straubing, ), Rosine (Baden, ) et Wilhelm (Trèves, ). Louis, l'aîné des garçons, est né le Autorisation fédérale de naturalisation , Conseil fédéral suisse, Berne, 20 avril 1898, avec état de la famille du requérant..

Domicilié à Carouge, dans le canton de Genève, depuis 1895, Louis Preiss obtient du Conseil fédéral, le 20 avril 1898, l'autorisation de se faire recevoir citoyen d'un canton et d'une commune suisses, pour lui-même, son épouse et ses six enfants mineurs ; il y est qualifié de négociant. Sa fille aînée, majeure, n'est pas comprise dans l'autorisation. La naturalisation est acquise l'année suivante : les époux Praiss reçoivent en 1899 un passeport suisse commun, et la commune d'origine de la famille est CarougeRépertoire des passeports, Archives d'État de Genève, cote Chancellerie Ab : Louis Preiss et Rosine née Mohler, 1899, registre 97, passeport .Acte de décès , arrondissement de Plainpalais (Genève), 3 novembre 1921, registre des décès A, folio 414.. Un recensement genevois ultérieur le désigne comme « industriel forain »Archives d'État de Genève, CHAEG, Recensement L, registre 62, folio 139 (années 1882-1903)..

Le théâtre forain (1880-1895) Louis Praiss est déjà directeur de théâtre en avril 1880. La première trace connue de l'entreprise en Suisse remonte à 1881, année où la ville du Locle accorde une autorisation au « Théâtre de physique et de gymnastique des Praiss »Neeser 1992, .. En août 1883, le Tagblatt der Stadt Biel signale à Bienne, sur le Viehmarktplatz, le « Grand Théâtre Central » de L. Praiß, seul divertissement subsistant après la fête cantonale de gymnastique« Lokales », Tagblatt der Stadt Biel, 3 août 1883..

Le programme associe numéros de cirque et attractions techniques. Les annonces publiées dans L'Impartial et la Feuille d'avis de Neuchâtel au printemps 1885 annoncent « Physique — Illusions — Gymnastique — Acrobatie — Danses comiques », avec l'équilibriste Crémon sur fil de fer, le double trapèze exécuté par Louis et Bertha Praiss, les jeux acrobatiques de la famille Jolinski, l'haltérophile Dietrich et sa barre de 170 livres, ainsi qu'une fontaine électrique à mille couleurs. L'établissement produit alors sa propre électricité au moyen d'une dynamo Gramme entraînée par une machine à vapeurAnnonces, L'Impartial, La Chaux-de-Fonds, 24, 26, 27, 29 et 31 mai 1885, en particulier celle du 29 mai pour la dynamo et la machine à vapeur ; Feuille d'avis de Neuchâtel, 12, 13 et 15 juin 1885 ; La Suisse libérale, 12 juin 1885..

En mai 1890, à La Chaux-de-Fonds, l'établissement est décrit comme confortable, de deux mille pieds carrés, bien couvert et bien éclairé, réunissant vingt-cinq artistes et un orchestre attaché à la maison. Outre les numéros d'acrobatie, le programme comprend des automates parlants en grandeur naturelle présentés par le ventriloque Charles Giuseppo et des « apparitions de fantômes et spectres vivants, mais impalpables, d'après Robert-Houdin, de Paris » ; les places vont de 50 centimes à 2 francsAnnonces, L'Impartial, La Chaux-de-Fonds, 22, 23, 24, 25 et 27 mai 1890 ; La Sentinelle, 24, 27 et 28 mai 1890.. En juillet suivant, à Frauenfeld, l'affiche allemande porte le titre de « Grand Théâtre Central Variété » et crédite Rosine Praiss, désignée comme , de la mise en scène de Flamina, die Tochter der Hölle, numéro d'apparitionsAnnonce, Thurgauer Zeitung, 18 juillet 1890.. L'annonce de mai 1891, à La Chaux-de-Fonds, ajoute l'« hydraulique » à la liste des genres pratiqués et représente une fontaine lumineuse à jets multiples avec apparition de nymphes et de naïadesAnnonce, L'Impartial, La Chaux-de-Fonds, 9 mai 1891..

L'établissement circule bien au-delà de la Suisse romande. On le relève notamment à Braunau am Inn en juin 1884, à Lausanne en février 1885, à Vevey et Montreux en mars 1885, à Neuchâtel en juin 1887, à Bregenz en septembre 1887, à Feldkirch en avril 1888, à Winterthour en novembre 1889Annonce, Der Landbote, Winterthour, 24 novembre 1889., à Berne en avril 1890, où la foire de printemps présente le Théâtre central du directeur Louis Praiß comme l'une de ses curiosités les plus remarquablesIntelligenzblatt für die Stadt Bern, 11 avril 1890., à Porrentruy en février 1891 sous le nom de « Grand Théâtre Central des Variétés »Annonce, Le Jura, Porrentruy, 24 et 27 février 1891., puis de nouveau à Winterthour en novembre 1895 et à Frauenfeld en décembre, avec une troupe de trente personnesThurgauer Zeitung, 5 et 6 décembre 1895 ; annonce, Der Landbote, Winterthour, 26 novembre 1895.. En janvier 1891, à Genève, un incendie se déclare place Bel-Air dans une roulotte appartenant à « M. Praiss, propriétaire d'un théâtre forain »« Chronique locale », La Tribune de Genève, 6 janvier 1891..

Louis Praiss s'installe à Carouge en 1895. La baraque porte désormais le nom de « Grand Théâtre des Variétés » ; cinq enfants Praiss y travaillent, aux côtés de Praiss. Le changement d'enseigne est suffisamment fréquent pour dérouter le public : la chronique locale de L'Impartial précise le 4 juin 1897 que le Théâtre des Variétés est le même établissement que l'ancien Théâtre Central.

L'Exposition nationale de Genève et l'arrivée du cinématographe (1896) L'Exposition nationale suisse, ouverte à Genève du au 18 octobre suivant, constitue un moment charnière. Le 22 février 1896, Louis Praiss signe avec le Comité central de l'Exposition — représenté par son président Théodore Turrettini, son directeur général Louis Cartier et l'administrateur du Parc de Plaisance A.-M. Cherbuliez — une convention lui louant un emplacement d'environ 250 mètres carrés pour y édifier un théâtre de variétés « avec gymnastes, acrobates, pantomimes, physique […], animaux dressés ». Le bail court jusqu'au 15 octobre 1896, au prix de quinze francs le mètre carré« Convention définitive 37 : Louis Praiss, à Colmar, pour un théâtre de variétés avec gymnastes, acrobates, speeches et animaux dressés. Emplacement 1 K », 22 février 1896, Archives d'État de Genève, CHAEG, Exposition nationale 57/350/37 (dossier 247). Selon l'inventaire du fonds, l'emplacement 1 K n'a pas été réattribué..

Le papier à lettres de l'entreprise la présente comme « le plus grand établissement transportable de ce genre en Europe »Lettres de Louis Praiss à A.-M. Cherbuliez, Berne, 16, 20 et 23 avril 1896, Archives d'État de Genève, CHAEG, Exposition nationale 57/350/37 (dossier 247).. La correspondance échangée avec Cherbuliez en avril 1896 documente un différend sur la date d'arrivée : retenu jusqu'au 26 avril par la foire de Berne, Praiss explique qu'un théâtre ne peut se déplacer comme un carrousel, qu'il supporte de 250 à 300 francs de frais généraux par jour et rémunère certains artistes de 1000 à 1200 francs par mois. Il annonce son arrivée avec trois wagons acheminés par le Jura-Simplon pour le 28 ou le 29 avril, afin d'ouvrir le mai comme convenu.

Le Grand Théâtre des Variétés est effectivement présent au Parc de Plaisance au printemps 1896, où voisine notamment le Cinématographe Lumière présenté par François-Henri Lavanchy-Clarke, concessionnaire pour la Suisse. Selon l'historienne du cinéma Anne Paech, c'est là que Praiss fait la connaissance de l'appareil. Son séjour est bref : dès le 16 mai, le Théâtre des Variétés est annoncé à Neuchâtel, avec ses trente personnes, où il joue jusqu'au 25Annonces, Feuille d'avis de Neuchâtel, 16, 18, 22, 23 et 25 mai 1896..

C'est à Constance, en septembre 1896, qu'il annonce pour la première fois la projection de vues animées, au moyen d'un « kinomatograph » dont l'origine reste inconnue, au bout de quatorze jours de représentations. En décembre 1896, à la foire de Genève, sa baraque est installée sur le pont de l'Île, mais il n'est pas encore question de projections.

Du théâtre de variétés au cinématographe (1897-1903) Le 25 février 1897, Louis Praiss présente à Neuchâtel « le plus nouveau cinématographe parisien » ; le Grand Théâtre s'installe place du Port le 28 février et, outre les « cinq frères et sœurs Praiss », gymnastes, il propose « la photographie animée ». L'affluence conduit à prolonger jusqu'au 9 mars les trois représentations initialement prévues. Une annonce publiée le 3 mars dans la Feuille d'avis de Neuchâtel donne à l'établissement le nom de « Théâtre électrique L. Praiss » et à l'appareil celui de « Bioscope, le seul véritable cinématographe géant américain », en vantant des photographies animées projetées sur douze mètres carrés et un répertoire de deux cent cinquante vuesAnnonce, Feuille d'avis de Neuchâtel, 3 mars 1897, .. Le vocabulaire publicitaire témoigne du flottement sémantique de l'époque : la même année, le Grand Théâtre des Variétés annonce la « photographie animée produite par la lumière électrique » ; en 1904, le Phono-Cinématographe Théâtre Biographone proposera des « photographies animées, parlantes, chantantes, faisant de la musique », grâce à la présence d'un phonographeNeeser 1992, ..

L'échelle de l'entreprise la distingue nettement des autres attractions foraines : un orchestre à cordes est engagé et la salle est décrite comme confortablement aménagée. Les meilleures places sont aussi chères qu'un billet de théâtre ou de concert, là où les tarifs des attractions foraines concurrentes se situent autour de 50 centimesNeeser 1992, ..