Le camp de concentration de Castuera est un camp de concentration franquiste qui était situé à proximité de la localité espagnole de Castuera, dans la province de Badajoz, dont l'activité s'est développée après la guerre civile espagnole afin de loger un grand nombre de prisonniers de guerre républicains du «Front d'Estrémadure», dont il est considéré le camp de concentration le plus important, ainsi que des civils, des syndicalistes et des prisonniers politiques.
Situé à environ 3 km du noyau urbain, dans un lieu appelé propriété La Verilleja, le camp a opéré pendant un an, entre mars/avril 1939 et mars 1940. Selon Paul Preston, il a été dirigé par Ernesto Navarrete Alcal et s'y trouvent de «gigantesques» fosses communes, produit des assassinats en masse qui y ont eu lieu, dont l'une des victimes fut le maire républicain de Zafra José González Barrero, envoyé à Castuera et exécuté en avril 1939. Les prisonniers ont subi aussi la surpopulation (1), la sous-alimentation (2) et les travaux forcés (3). Il y a eu aussi des "sacas" de prisonniers entre le camp et les localités de Villanueva de la Serena et Magacela. Le 31 juillet 2008 a été engagé un dossier de déclaration de bien d'intérêt culturel pour ce camp de concentration, dans la catégorie de lieu historique. D'après Julián Chaves, directeur du projet pour la récupération de la mémoire historique de l'Estrémadure, le camp a hébergé entre 8000 et 9000 prisonniers, bien que d'autres sources estiment un total de 15 000 à 20 000'.
Description vignette|Restes du camp de concentration de Castuera. Le camp de concentration de Castuera était une enceinte délimitée par un fossé bordé d'une double rangée de fil de fer barbelé. Il comportait aussi des installations, aujourd'hui disparues, avec des baraquements préfabriqués aussi bien à l'intérieur de l'enceinte grillagée qu'à l'extérieur. Les baraquements extérieurs étaient destinés aux militaires et milices franquistes, des phalangistes et des requetés, d'où ils se consacraient à la surveillance et à l'organisation du camp de concentration. Les baraquements à l'intérieur étaient utilisés presque exclusivement par les prisonniers. Il y avait huit rues de baraquements, plus une rangée plus petite qui couvrait quatre baraquements. Les rangées elles-mêmes étaient distribuées sur le terrain en deux blocs de quatre rangées de baraquements chacun. Entre ces deux blocs s'ouvrait un espace dégagé, sorte de place du camp, où avaient lieu les revues des prisonniers et des messes de campagnes ou n'importe quel autre évènement. Cette place était présidée par une croix qui s'élevait sur un socle de ciment. Chaque rangée de baraquements était intercalée de rues pavées, les rues atteignant une longueur totale de 177,60 mètres, orientées nord-sud, et communiquaient entre elles par des couloirs établis entre les baraquements. Chacune de ces rangées comportait dix baraquements, ce qui faisait un total de 84 baraquements. Et il faut y ajouter ceux étaient dans l'enceinte polygonale qui fut bâtie à côté du poste de commandement pour abriter ceux qui étaient placés à l'isolement.Les dimensions des baraquements étaient de 15,50 mètres de long par 4,50 mètres de large. Deux puits avaient été réalisés pour le captage d'eaux. Sur celui qui avait le plus de débit on avait installé un balancier pour puiser l'eau et approvisionner le lavoir à 10 bacs bâti avec du mortier, où les prisonniers avaient accès car il était dans l'enceinte grillagée. Au nord, derrière un petit promontoire se situaient les latrines (3) auxquelles on accédait par une extrémité du camp, formées par deux fossés pas très profonds prolongés vers le nord, en direction du tracé du train. Dans la même zone étaient situées les poubelles du camp. En dehors de l'enceinte était la maison du chef de camp située au début du flanc de la montagne, avant d'arriver au chemin qui va de Castuera à Benquerencia de la Serena. Egalement en dehors du camp, à quatre-vingt-dix mètres à l'ouest de la croix était le bloc de ciment qui soutenait le drapeau. Le petit château de la Gamonita était à l'extérieur de l'enceinte et a contenu des dépendances annexes et une partie de la bureaucratie du camp: réception de prisonniers, arrivée de communications des familles de prisonniers. gauche|vignette|Localité de Castuera en 2010. Située à à peine 3 kilomètres de l'emplacement du camp. Le bien se trouve dans la propriété privée «La Verilleja». Il s'agit d'un terrain de pâturage insuffisant pour la culture. Grâce à ces caractéristiques sa structure est restée intacte. On reconnaît facilement sur le terrain un fossé de périmètre et l'entrée principale, avec des rues pavées et des rues de baraquements, une place et un socle de ciment pour soutenir la croix, les lavoires, les latrines et la décharge, un siège où était le baraquement du chef de camp et les tranchées pour des mitrailleuses, le petit château de la mine de la Gamonita, le socle de ciment où était placé le drapeau, la décharge mina Tetuán où était situé l'un des postes de contrôle et surveillance du camp de concentration. Près du camp il y a une zone de tranchées qui bordent la colline où est la mine de la Gamonita et un chemin pavé bâti par les prisonniers, aussi bien ceux qui étaient dans le camp que ceux qui faisaient partie des bataillons de travailleurs.
(Note: l'ensemble de la description du camp est extraite de la résolution d'inscription comme lieu de la mémoire historique publiée au journal officiel.)
Conditions d'internement Dès qu'ils descendaient des camions qui les amenaient au camp, les prisonniers étaient placés en formation et, tandis qu'ils entraient, recevaient des coups et des mauvais traitements. Les gardiens frappaient les détenus avec des instruments lacérants comme divertissement, donnant des raclées de façon arbitraire. Dans ces premiers moments un deuxième fichage du prisonnier était réalisé, plus détaillé que celui fait initialement lors de l'arrestation.
Les conditions de surpopulation dans lesquelles étaient hébergés les prisonniers étaient spécialement terribles. Un soldat franquiste chargé de surveiller le champ a déclaré, des années après, à ce sujet: «Dans chacun des baraquements, si ils étaient conçus pour 70 ou 80 prisonniers au maximum, il y en avait jusqu'à 150. Ils ne pouvaient pas bouger». Ils ne disposaient pas non plus d'eau courante pour se laver ni pour laver leurs vêtements.
La corruption des responsables du camp a aggravé la misère de ceux qui y étaient internés. L'historien Antonio López Rodríguez a documenté le détournement d'argent destiné à l'alimentation des prisonniers, la nourriture chaude étant substituée par quelques boîtes de sardines à se partager et des quignons de pain. Cela a entraîné une multiplication des morts par inanition et des maladies, ainsi qu'une grande augmentation des fuites. D'après le témoignage de l'un des gardiens, la faim s'est acharnée en particulier sur les internés qui ne disposaient pas de soutien de famille, en l'occurrence des prisonniers de la région du Levant dont les cadavres furent jetés à l'une des fosses communes du camp.
Comme dans presque tous les centres d'internement franquistes de la guerre et de l'après-guerre, s'est déchaînée une répression sanglante des prisonniers républicains. Parallèlement, un grand soin a été apporté à dissimuler ces faits et à en minimiser les conséquences. Ainsi, il a été prouvé que les autorités médico-légales du district judiciaire de Castuera ont modifié des certificats de décès dans ce sens: dans un cas, un rapport initial qui attribuait le décès d'un prisonnier à «des blessures produites par arme à feu» a été rédigé en indiquant une «péritonite traumatique». On a aussi constaté que, pour une vingtaine de morts inscrits sur le registre, il y a eu un nombre très supérieur de visites du médecin légiste qui certifiait les décès.
Les assassinats de prisonniers se sont produits, majoritairement, dans les premiers mois après l'ouverture des installations. Le chef du camp, Ernesto Navarrete Alcal, avait déjà dirigé deux ans auparavant le massacre de 307 personnes dans son village, Fuente de Cantos. À Castuera, il a organisé des "sacas" quotidiennes à partir des baraquements destinés aux prisonniers placés à l'isolement. Selon le témoignage d'un des soldats de la garde: «Chaque nuit sortaient deux ou trois camions chargés d'hommes et ils les enlevaient [en espagnol "los sacaban", du verbe "sacar" qui a donné son nom à cette pratique]. Je ne sais pas bien où ils allaient, on disait "par là", comme vers Magacela. Chaque jour ils nommaient les pelotons pour les exécutions».
Les hommes internés dans le camp n'étaient pas les seules victimes de la répression franquiste; les épouses et les familles des prisonniers ont aussi subi des vexations et des mauvais traitements. Certains gardes exigeaient des faveurs sexuelles aux femmes des prisonniers si elles voulaient faire passer des vêtements ou des vivres à leurs êtres aimés pour qu'ils ne meurent pas de faim ou de maladie. Les habitants de Castuera ont été témoin de la manière dont des groupes de phalangistes et de militaires ivres profitaient de la présence des épouses et filles des prisonniers à proximité du camp pour abuser d'elles.
Notes
Des recherches ont estimé un rapport d'un maximum de 1m2 par personne dans les baraquements du camp de concentration. Les prisonniers étaient nourris essentiellement de pain, sardines et, dans une proportion moindre, légumes secs. Employées comme élément d'humiliation par les gardiens.
Références
Bibliographie
Liens externes
Cet article est une oeuvre dérivée d'un texte publié dans le JO N.º 292 Du 4 décembre 2008 (texte), qui est libre de contraintes connues en vertu du droit d'auteur conformément à ce qui est disposé dans l'article 13 de la Loi de Propriété Intellectuelle espagnole.
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