La Conférence Mondiale de la Décennie des Nations Unies pour les Femmes en 1980, ou Deuxième Conférence Mondiale sur les Femmes, s'est tenue du 14 au 30 juillet 1980 à Copenhague, au Danemark. Elle visait à évaluer les progrès et les échecs de la mise en œuvre des objectifs fixés par le Plan d'action mondial lors de la conférence inaugurale sur les femmes de 1975. L'événement le plus marquant de cette conférence a été la signature officielle de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, lors de la cérémonie d'ouverture. Entachée de conflits et de la politisation d'événements internationaux et nationaux qui n'avaient que peu à voir avec les questions féminines, la conférence a été considérée par certains participants comme un échec. Elle a permis l'adoption d'un Programme d'action mondial modifié visant à élargir les objectifs précédents pour améliorer la condition féminine et l'établissement d'une conférence de suivi pour la fin de la décennie.
Histoire La Conférence de 1980, qui s'est tenue du 14 au 30 juillet à Copenhague, au Danemark était la suite directe de la Première Conférence mondiale sur les femmes, qui s'était tenue à Mexico en 1975, établissant le Plan d'action mondial et la Déclaration du Mexique sur l'égalité des femmes et leur contribution au développement et à la paix. À partir des thèmes directeurs des Nations Unies (Développement, Égalité et Paix), ces documents ont élaboré des lignes directrices à l'intention des nations afin d'atteindre des objectifs à long terme d'amélioration de la vie des femmes. A l'occasion de leur adoption, l'ONU a annoncé que la période 1975-1985 serait la « Décennie pour les femmes » et a mis en œuvre un plan prévoyant des conférences ultérieures pour évaluer les progrès accomplis. Le format de la conférence était le même, avec une session officielle composée de délégués représentant leurs gouvernements et la Tribune représentant les ONG.
Comme lors de la conférence de Mexico, celle de Copenhague a été marquée par les divisions géopolitiques de la guerre froide et par la question quels étaient les facteurs les plus importants de subordination de la femme, entre l'économie, le racisme ou le sexisme. Elle devait initialement se tenir à Téhéran, et la révolution iranienne de 1979 ainsi que la crise des otages américains en Iran ont exacerbé le contexte politique, tout comme les tensions persistantes liées aux conflits au Moyen-Orient . Les sujets des femmes palestiniennes, des réfugiés et de l'apartheid ont été ajoutés à l'ordre du jour, ce qui a permis de politiser l'événement par les différents participants, et de le décentrer des strictes questions relatives aux femmes. Le Congrès des États-Unis avait donné pour instruction à ses délégués de n'approuver aucune résolution qui tenterait de transformer ce qui devrait être une conférence apolitique en une mise en accusation de la politique gouvernementale, ou toute résolution qui mentionnerait le mot « sionisme ». L'Arabie saoudite et l’Afrique du Sud ont boycotté l'intégralité de la convention. Le déplacement précipité de la conférence au Danemark a également eu un impact sur les hébergements disponibles, car il n'y avait pas d'espace suffisamment grand pour accueillir l'ensemble de la Tribune, et le groupe a donc été divisé en divers lieux, plutôt que de participer ensemble aux échanges.
Conférence officielle La conférence était présidée par Lise Østergaard, ministre de la Culture du Danemark. La secrétaire générale de la conférence était Lucille Mair, une universitaire jamaïcaine et mère célibataire, dont le centre d'intérêt principal était le thème du développement de la triade. Les discussions sur le Nouvel ordre économique international ont détourné le débat des besoins des femmes vers les besoins des différents gouvernements vis-à-vis des femmes ou de la manière dont les femmes pouvaient atteindre leurs objectifs nationaux. Il a été suggéré que, si les pays occidentalisés accordaient davantage de fonds au développement économique, la discrimination à l’égard des femmes disparaîtrait. Ces divisions se sont notamment manifestées par l'insertion dans les débats de questions politiques partisanes, telles que le système économique socialiste dans la section traitant de la perspective historique sur les femmes, les interruptions répétées des délégués israéliens par des percussionnistes et des chanteurs musulmans, et l'irruption de la conférence par des femmes protestant contre le coup d'État bolivien.
Cent quarante-cinq États, représentés par environ 1 500 délégués, ont participé à la session officielle. parmi les délégués figuraient notamment Aleksandra Pavlovna Biryukova (URSS) ; Shirley Field-Ridley (Guyana), Ana Sixta González de Cuadros (Colombie), Helga Hörz pour l'(Allemagne de l'Est), Maïmouna Kane (Sénégal), Sheila Kaul (Inde), Ifigenia Martínez (Mexique), Gabriele Matzner-Holzer (Autriche), Inonge Mbikusita-Lewanika (Zambie), Elizabeth Anne Reid (Australie); Ginko Sato (Japon), Umayya Toukan (Jordanie) et Sarah Weddington (Etats-Unis). La Palestinienne May Sayegh était également présente à la conférence. Sally Mugabe, l'épouse de Robert Mugabe, Premier ministre du Zimbabwe nouvellement indépendant, a été élue vice-présidente de la conférence, dans l'objectif de mettre en avant le rôle des femmes zimbabwéennes dans la lutte anticoloniale.
Après les remarques d'ouverture de Kurt Waldheim, Secrétaire général des Nations Unies, la reine Margrethe II de Danemark a souhaité la bienvenue aux participantes et participants, et a exprimé son espoir que la conférence serait productive. Anker Jørgensen, Premier ministre danois, a pris brièvement la parole, suivi des remarques d'ouverture de Lise Østergaard, puis de la discussion générale. Les débats ont été fortement influencés par les revendications postcoloniales et socialistes en faveur de la promotion des femmes dans les économies centralisées planifiées où l’État avait l’obligation et la responsabilité de prévenir la discrimination à l’égard des femmes. L'examen des données statistiques sur la situation des femmes, issues des mécanismes de remontées de données mis en place lors de la conférence précédente, a montré que la sécurité des femmes s'était dégradée au cours des cinq années précédentes. Des statistiques montraient que si les femmes effectuaient les deux tiers des heures de travail, elles ne recevaient qu'un dixième des revenus et ne possédaient qu'un centième des actifs. La stagnation économique et l'industrialisation de cette période ont entraîné une augmentation significative du chômage et du versement de prestations sociales pour les femmes. L'offre disponibles confinait les femmes à des emplois précaires, mal rémunérés et stéréotypés, et comme une grande partie de leur travail était destinée à une production non rémunérée, celui-ci restait invisible dans les rapports économiques. La baisse des revenus a accru les enjeux sanitaires. Si les taux d’alphabétisation des femmes de la classe moyenne a augmenté, l’analphabétisme global chez les femmes a également augmenté. L'une des questions abordées les plus controversées concernait la situation des ménages menés par des femmes. De nombreux responsables contestaient qu'une telle chose puisse exister, car, légalement, dans leurs pays, les femmes n'étaient pas autorisées à être cheffes de famille. La conférence a permis la signature par les délégués de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) le 17 juillet 1980.
Le premier comité, présidé par Maïmouna Kane (Sénégal), avec comme vice-présidentes Rafidah Aziz (Malaisie), Maria Groza (Roumanie) et Leónidas Páez de Virgili (Paraguay), et comme rapporteuse Marijke Van Hemeldonck (Belgique), a examiné les effets de l’apartheid et de l'occupation de territoires par Israël sur les femmes, les progrès accomplis et les obstacles rencontrés dans la réalisation des objectifs du Plan d’action mondial et la proposition de Programme d’action mondial pour la seconde moitié de la Décennie pour les femmes. L’insécurité de l’emploi, causée par l’introduction de technologies qui remplaçaient les travailleuses ou par le caractère informel de nombreux emplois accessibles aux femmes dans les pays en développement, constituait une sujet de discussion majeur. Le comité a discuté des importants efforts nécessaires pour former les travailleurs et travailleuses dont les emplois sont supprimés par les progrès technologiques et de mettre en place des protections juridiques. L’éducation des femmes était également un sujet de discussion, pour éliminer l’analphabétisme, mais aussi pour sensibiliser les femmes aux processus sociaux et politiques et à la manière dont elles pouvaient participer aux mécanismes de prise de décision. Le comité a condamné l'apartheid et le racisme, ainsi que la politique sioniste d'Israël, qu'il associait au racisme. La discussion sur le droit palestinien à l’autodétermination a été approuvée, bien qu’il ait été noté que lorsque le peuple palestinien dans son ensemble se voyait refuser les droits humains fondamentaux, discuter des droits des seules femmes était futile. Divers projets de résolution, visant notamment à améliorer l’éducation et la formation, à prendre en compte les femmes handicapées, à apporter un soutien aux femmes migrantes et réfugiées, à assurer la sécurité économique des femmes âgées et à lutter contre les violences faites aux femmes. Après modification, le comité a recommandé l’approbation du Programme et a accepté la CEDAW avec quelques réserves.
La deuxième commission, présidée par Sheila Kaul, avec comme vice-présidents Nermin Abadan-Unat (Turquie), María de Lourdes Castro e Silva de Vincenzi (Brésil) et Chavdar Kyuranov (Bulgarie), avec le rapporteur Ali Benbouchta (Maroc) a discuté d'un ordre du jour identique à celui des points focaux de la première commission. L’apartheid a été condamné et le comité a recommandé qu’après son éradication, les femmes d’Afrique du Sud et des États de limitrophes ayant accueilli des réfugiés soient indemnisées en leur donnant les moyens de reconstruire leurs sociétés de manière à créer des possibilités de participation des femmes. S’agissant de l’examen du Programme, le comité a noté que, sans changement des systèmes socio-économiques, l’égalité des femmes restait un objectif hors de portée. Il a été noté que la mondialisation entraînait un besoin croissant de poursuivre des voies vers le désarmement, la paix et la coopération internationale. Il a également été noté que les systèmes régionaux devaient être pleinement intégrés pour permettre la participation des femmes, mais qu'il convenait en outre de mettre en place de nouveaux programmes organisés spécifiquement pour les femmes. La situation des femmes réfugiées a été étudiée, mettant en avant leur vulnérabilité à l’exploitation et à la violence et la nécessité de protéger leurs droits humains. Sur la question des femmes palestiniennes, le comité a reconnu que l’aide matérielle ne suffirait pas à mettre fin à l’insécurité tant qu’Israël n’aurait pas mis fin à sa colonisation, restitué les terres à leurs propriétaires et œuvré à une paix durable. Le comité a examiné plusieurs projets de résolution concernant les initiatives de paix, les réfugiés, l’insécurité hydrique et l’ajout des femmes aux chiffres de recensement, ainsi que des projets de résolution sur la santé et le bien-être, la protection des familles contre le non-respect des obligations alimentaires, le trafic de drogue, les disparitions forcées, et l’intégration des femmes dans le système et les programmes des Nations Unies. Avec des modifications, le comité a recommandé l’approbation du Programme.
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