Pie VII est le de l'Église catholique. Né Barnaba Chiaramonti le à Césène et mort le à Rome, il se fait aussi appeler, en religion, dom Grégoire (don Gregorio). Moine bénédictin, il est d'abord prieur de la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, puis consacré évêque pour le diocèse de Tivoli en 1782, puis transféré à Imola et créé cardinal en 1785. Il est élu souverain pontife le et prend le nom de .
Jeunesse Barnaba est l'avant-dernier enfant du comte Scipione Chiaramonti (1698-1750) et de Giovanna Coronata Ghini (1713-1777), fille du marquis Barnaba Eufrasio Ghini, femme profondément religieuse qui, veuve, entrera au carmel de Fano et y terminera sa vie. Son fils prendra exemple sur elle durant toute sa vie, particulièrement aux moments les plus difficiles de son pontificat. Les Chiaramonti sont une famille de vieille noblesse, amie des Braschi (famille dont est issu ), le prédécesseur du pape. C'est une famille noble mais assez pauvre.
vignette|gauche|alt=Vue aérienne de l'abbaye de Santa Maria del Monte|Abbaye bénédictine de Santa Maria del Monte, à Césène.
Comme ses frères, le jeune Barnaba fréquente d'abord le Collegio dei Nobili de Ravenne, mais, à sa demande, il est admis à l'âge de 14 ans () comme novice à l'abbaye bénédictine de Santa Maria del Monte, à Césène. Il y étudie sous la direction de dom Gregorio Caldarera. Deux ans plus tard (), il prend l'habit sous le nom de dom Gregorio. Jusqu'en 1763, il étudie à l'abbaye Sainte-Justine de Padoue, où il est soupçonné de jansénisme par l'Inquisition vénitienne. Ses qualités intellectuelles conduisent ses supérieurs à l'envoyer ensuite au collège pontifical Saint-Anselme, à Rome, adjacent à la résidence urbaine de l'abbaye de Saint-Paul-hors-les-Murs qui était destinée aux étudiants les plus prometteurs de la congrégation bénédictine du Mont-Cassin.
Le , il est ordonné prêtre et peu après, obtient son doctorat en théologie. Il enseigne, à partir de 1766, à l'abbaye Saint-Jean-l'Évangéliste de Parme, duché ouvert aux idées nouvelles. Amoureux de la culture et soucieux de donner un enseignement moderne, proche des réalités sociales et scientifiques de son temps, il souscrit à l'Encyclopédie de Diderot et se montre curieux des idées de Locke et Condillac, alors précepteur du prince héritier, l’infant don Ferdinand, et dont il traduit l’Essai sur l'origine des connaissances humaines.
En 1772 lui est attribué le grade académique de « lecteur », par lequel l'ordre bénédictin l'habilite à l'enseignement de la théologie et du droit canonique. De 1772 à 1781, il se trouve au collège Saint-Anselme, cette fois en tant que professeur de théologie et bibliothécaire. Il est ensuite nommé abbé titulaire du monastère Santa Maria del Monte dont il avait été oblat dans son enfance.
Le jeune moine Chiaramonti ressent le besoin d'un profond renouveau pour l'ordre bénédictin, en particulier dans le domaine de la formation. Il souhaite, d'une part, le retour à l'inspiration originelle de la vie monastique et, de l'autre, une modernisation des programmes d'enseignement, de façon à conduire les jeunes moines à un contact plus direct avec les réalités concrètes.
En 1773, il devient confesseur du cardinal Angelo Braschi, qui deviendra le pape en 1775, et qui le tient en haute estime. En 1782, ce dernier le nomme prieur de l'abbaye romaine de Saint-Paul-hors-les-Murs, où il semble avoir été accueilli comme un intrus par les autres moines, jaloux de leur droit d'élire leur prieur, et qui, semble-t-il, tenteront même de l'empoisonner. Jean Cohen écrit : Jean Cohen, Précis historique sur , contenant divers détails ignorés ou peu connus, tirés de mémoires inédits sur la famille, le caractère, la vie privée, l'élection et le gouvernement de ce pontife : le tout accompagné de notes et pièces justificatives, telles que lettres, bulles, et autres actes, Delaunay, 1823, .. On peut douter de l'authenticité de cette anecdote.
Expérience pastorale vignette|gauche|La façade de la cathédrale Saint-Laurent de Tivoli. Il ne fait pas de doute cependant que la nomination de Chiaramonti à l'abbaye de Saint-Paul-hors-les-Murs est fraîchement accueillie par les autres religieux. en est conscient et, pour raffermir son autorité, il lui confie la responsabilité du diocèse de Tivoli. Le , il est sacré évêque dans la cathédrale Saint-Laurent.
Trois ans plus tard, alors qu'il n'a que 42 ans, il est créé cardinal lors du consistoire du et en reçoit les insignes le . Il devient évêque-cardinal d'Imola.
En juin 1796, son diocèse d'Imola est envahi par les troupes françaises d'Augereau. Rappelé à Rome en 1797, il se range dans le camp des modérés et soutient, au grand dam des conservateurs, l'établissement des négociations menant au traité de Tolentino. Dans une lettre adressée aux habitants de son diocèse, il leur demande de se soumettre, . Avec une belle audace, il affirme même, dans son homélie de Noël 1797, qu'il n'y a pas opposition entre catholicisme et démocratie :
Il intercède d'ailleurs personnellement auprès du général Augereau pour le convaincre d'épargner les habitants de Lugo qui ne s'étaient guère montrés sensibles à ses conseils pacifiques. Cette politique modérée évitera bien des malheurs au diocèse d'Imola, mais n'empêchera pas le reste de l'Église catholique de continuer à vivre des moments dramatiques.
Contexte politique en Italie et dernières années de Pie VI Le Directoire veut intervenir à Rome où il soutient les partisans d'une révolution et organise diverses provocations. À la nouvelle de la mort du général Léonard Duphot, agent du Directoire tué accidentellement par la gendarmerie pontificale, les Français tirent parti de cet évènement pour entrer dans les États pontificaux, le , et pour occuper Rome. Le général Gaspard Monge part le pour la Ville Éternelle. Une révolution des partisans de la république y éclate le . La « République romaine » est proclamée « par le peuple », lors d'une réunion de ses partisans au .
Le pape est d'abord contraint par la République française de renoncer à son pouvoir temporel et de se limiter à ses prérogatives spirituelles. Mais après maintes vexations, on le force à quitter Rome. , qui a 80 ans, est enlevé du Quirinal dans la nuit du 19 au . Après le renvoi de Masséna, Gaspard Monge fait toutes les nominations (sauf les finances).
Emmené à Sienne puis à la chartreuse de Florence (en juin 1798), est prisonnier des troupes françaises. Sa déportation se poursuit successivement à Bologne, Parme, Turin, puis Briançon, Grenoble, et enfin Valence.
vignette|200px|alt=Cathédrale d'Imola|Cathédrale Saint-Cassien d'Imola.
Malgré les bouleversements que connaissait alors la France, le pape octogénaire reçoit néanmoins de nombreuses marques de respect, de compassion et de communion dans la foi de la part des foules des villes et des campagnes françaises, tout au long de sa route, entre Briançon et Valence considéré comme le « Père commun des fidèles ».
Celui que l'on surnommait il Papa bello, imposant et séduisant du temps des débuts de son pontificat, affable et cultivé, est désormais un vieillard que les épreuves ont brisé, presque impotent. Il meurt en prison à Valence, épuisé de tribulations, le dans sa année. Certains pensaient qu'avec la mort du pape-prisonnier s'achèverait la « Papauté » comme institution. Cependant le pape avait laissé des instructions canoniques quant à la tenue du conclave qui suivrait sa mort.
Les États pontificaux, symbole du pouvoir temporel du pape, institution qui durait depuis plus de mille ans (donation de Pépin), sont remplacés par la République romaine sous la pression des révolutionnaires français, avant d'être simplement annexés par , dont le fils portera le titre de .
Pontificat Le conclave de 1800 vignette|gauche|alt= Monastère de San Giorgio Maggiore et ses bâtiments abbatiaux|Monastère de San Giorgio Maggiore et ses bâtiments abbatiaux, à Venise.
Dans cette situation où Rome était occupée par les troupes françaises et où le pape ne disposait plus de son pouvoir temporel, les cardinaux se trouvaient dans une position délicate. Ils furent obligés de tenir le conclave à Venise, alors sous contrôle autrichien, et ce fut le dernier jusqu'à nos jours à se tenir hors de Rome. Ils répondaient ainsi à deux ordonnances de ( et ) à propos des mesures à prendre après son décès. Craignant que la papauté ne soit abolie, il y indiquait que le conclave devait être convoqué par le doyen du Collège des cardinaux et se tenir dans la ville qui comptait, au sein de sa population, le plus grand nombre de cardinaux.
C’est le monastère bénédictin de San Giorgio Maggiore qui fut choisi. La ville de Venise, ainsi que d’autres villes du Nord de l’Italie, étant sous la domination du souverain du Saint-Empire romain germanique, l'Empereur accepta de couvrir les frais du conclave. Chiaramonti faillit ne pas y participer : comme il avait dépensé tous ses revenus à soulager les pauvres de son diocèse, il n'avait pas de quoi payer le voyage. Un de ses amis lui prêta mille écus.
Le conclave débuta trois mois après la mort du pape, le . Les cardinaux ne parvinrent pas à se déterminer entre les trois candidats favoris jusqu’au mois de . Trente-quatre cardinaux étaient présents depuis le début (le nombre le plus faible entre 1513 et nos jours). Un trente-cinquième allait bientôt se joindre à eux : Franziskus von Paula Herzan von Harras qui était aussi le représentant de l’empereur romain germanique et qui allait par deux fois utiliser son droit de veto.
Ercole Consalvi avait été choisi à l’unanimité comme secrétaire du conclave. Il allait devenir un personnage-clé pour l’élection du nouveau pape. Carlo Bellisomi était le grand favori et bénéficiait de nombreux soutiens, mais les cardinaux autrichiens lui préféraient Mattei et utilisèrent leur droit de veto. Le conclave porta alors son dévolu sur un troisième candidat possible : le cardinal Hyacinthe-Sigismond Gerdil mais il fut lui aussi victime du veto de l’Autriche.
Alors que le conclave entrait dans son troisième mois, le cardinal Maury, neutre depuis le début, suggéra le nom de Chiaramonti qui fit savoir qu’il n’était absolument pas candidat (et qui fit à nouveau appel à son ami, cette fois pour pourvoir à ses frais de nourriture et d'hébergement). C’est sur l’insistance d’Ercole Consalvi qu’il finit par accepter et qu’il fut élu le après de conclave et après la mort de (le plus long siège vacant entre 1415 et nos jours). Il prit le nom de en hommage à son prédécesseur, surnommé le « pape martyr ». Immédiatement après son retour à Rome, il nomma Consalvi cardinal et pro-secrétaire d'État (le ). Pendant , malgré tous les revers, Consalvi restera fidèle à celui qu’il avait fait élire et c’est lui qui assistera lors de ses derniers moments, le .
L’Autriche prit acte de l’élection sans aucun enthousiasme (puisque son candidat n'avait finalement pas été élu) et refusa que le nouveau pape soit couronné dans la basilique Saint-Marc de Venise. En conséquence, le pape déclina l'invitation de l'empereur François II et refusa de se rendre à Vienne. Il sera couronné le dans une petite chapelle attenante au monastère de San Giorgio. Comme les vêtements et insignes pontificaux étaient restés à Rome, ce furent des femmes nobles de Venise qui réalisèrent une tiare de papier mâché qu’elles décorèrent avec leurs propres bijoux et qui servit pour le couronnement.
La restauration des États pontificaux vignette|gauche|alt=Signature du Concordat entre Pie VII et la France|Signature du concordat de 1801 entre et la France. À la bataille de Marengo, le , la France arrache le Nord de l’Italie à l’Autriche. Le nouveau pape, toujours à Venise, se trouve donc soudainement sous autorité française. Ce n'est pas un inconnu pour Napoléon qui avait qualifié son discours de Noël 1797 à Imola de « jacobin ». Bonaparte décide de reconnaître le nouveau pape et de restaurer les États pontificaux dans les limites du traité de Tolentino.