Sacha Guitry est un acteur, dramaturge, metteur en scène, réalisateur et scénariste français né le à Saint-Pétersbourg (Russie) et mort le à .

Auteur dramatique prolifique, il signe cent-vingt-quatre pièces de théâtre, dont beaucoup sont de grands succès. Il réalise trente-six longs-métrages (dont dix-sept adaptations de ses pièces), jouant dans la quasi-totalité d'entre eux, parmi lesquels on peut citer Le Roman d'un tricheur, Désiré, Mon père avait raison, Quadrille, Ils étaient neuf célibataires ou encore Si Versailles m'était conté….

Biographie Jeunesse et études Alexandre dit « Sacha »Diminutif russe d'Alexandre. Guitry est le fils du célèbre comédien Lucien Guitry (1860-1925) et de Renée Delmas (1858-1902), fille du journaliste René Delmas de Pont-Jest, laquelle s'est essayée, elle aussi, au théâtre. Sacha est le troisième de quatre fils, dont deux mourront au berceau, l'aîné, en 1883, le benjamin, en 1887. Le cadet, prénommé Jean, naît en 1884 à Saint-Pétersbourg et devient comédien et journaliste, avant de périr dans un accident d'automobile en 1920Jacques Lorcey, Sacha Guitry et son monde, : « Son père, ses femmes, son personnel », éditions Séguier, 2001., à 36 ans.

Comme ses deux aînés, Alexandre naît dans la capitale de l'Empire russe où son père a signé un contrat de neuf ans avec le théâtre Michel pour la saison d'hiver. Il doit son prénom de baptême à son parrain, le tsar Alexandre III, lequel apprécie le talent de Lucien GuitrySacha Guitry, , Si j'ai bonne mémoire, 1934..

Renée Delmas suit son mari à Saint-Pétersbourg jusqu'à la saison d'hiver du théâtre en 1888, l'année de leur séparation. Sacha Guitry a alors 3 ans. Elle n'admet pas les nombreuses liaisons de son mari, notamment avec l'éminente actrice Sarah Bernhardt. Le divorce est prononcé en et le jeune Sacha est confié à sa mère. Mais Lucien enlève son fils en pour le ramener à Saint-Pétersbourg, et le garder pour sa saison théâtrale. Il le fait jouer devant le Tsar et la famille impériale. Sacha Guitry retrouve sa mère et son frère à son retour en France au printemps 1890.

Élève médiocre et indiscipliné, Sacha est expulsé de onze établissements différents, comme il le révèle dans son Discours de cent lignes, prononcé lors du banquet du cinquantenaire du lycée Janson-de-Sailly en 1934. Il arrête ses études à l'âge de seize ans, début 1902, après avoir redoublé dix fois sa (qui correspond aujourd'hui à l'entrée en école secondaire) : à l'époque, un élève ayant changé d'établissement recommence son année scolaire, ce qui est constamment son cas, du fait de ses multiples expulsions ..

En , peu avant ses 17 ans, sa mère Renée, malade, meurt à l'âge de 44 ans.

vignette|Le jeune Sacha Guitry, photographié par Nadar au tout début du .

Les débuts L'écrivain humoriste et ami de son père Alphonse Allais le fait entrer au magazine humoristique Le Sourire.

Sur la recommandation de Francis de Croisset, Guitry soumet sa première pièce à Marguerite Deval, directrice du théâtre des Mathurins, laquelle l'accepte mais sous réserve qu'elle soit transformée en opérette. Le Page est créé le et atteint 35 représentations.

Mis devant le fait accompli, Lucien Guitry qui dirige le théâtre de la Renaissance, fait faire ses débuts de comédien à Sacha sous le nom de Jacques Lorcey (pseudonyme qui sera utilisé ultérieurement par le metteur en scène et historien Jacques Falgueirettes, grand admirateur de Lucien Guitry) dans L'Escalier de Maurice Donnay en 1904. Lors de cette création, Sacha fait la connaissance de Charlotte Lysès, une jeune protégée de son père. La rivalité amoureuse entre les deux hommes ainsi qu'une entrée ratée dans une autre pièce qu'il joue à la Renaissance, le conduit l'année suivante se brouiller avec son père durant treize années.

Sacha s'installe avec Charlotte Lysès et écrit pour elle sa troisième pièce, Le KWTZ, créée au théâtre des Capucines le . Toutefois, il remporte son premier grand succès au théâtre avec Nono huit mois plus tard, au théâtre des Mathurins. Charlotte et Sacha se marient le à Honfleur.

Brillant comédien, Guitry va dès lors s'affirmer dans l'écriture. Faisant partie, comme Henri Bernstein, de la nouvelle génération de boulevardiers dans la lignée de Feydeau, Meilhac et Halévy ou Flers et Caillavet, il écrit lui-même ses pièces, parfois en moins de trois jours, et en assure la mise en scène et l'interprétation.

En 1907, l'échec de La Clef, écrite pour la comédienne Réjane, décourage un temps Guitry. Le soutien indéfectible de l'écrivain Octave Mirbeau lui donne le courage de continuer ; admiratif et reconnaissant, Sacha Guitry sollicite de lui une préface pour sa Petite Hollande en 1908 et, plus tard, lui consacre une pièce, Un sujet de roman, créée en 1924 par son père Lucien Guitry dans le rôle de Mirbeau (Sarah Bernhardt doit être aussi de la création, dans le rôle d'Alice Regnault, mais la comédienne meurt avant la première).

Il écrit sur mesure pour sa deuxième épouse Yvonne Printemps plusieurs comédies musicales qui remportent un très grand succès (Mozart, L'Amour masqué) et sept revues avec son ami Albert Willemetz. Il lance aussi la carrière de Raimu dans Faisons un rêve en 1916.

Homme d'esprit à l'humour caustique, qui a la verve facile et le goût du bon mot., il fait les délices du public mais ne s'attire pas toujours la faveur des critiques. Guitry utilise déjà au théâtre la méthode qu'il utilisera plus tard au cinéma : s'approprier les règles, les codes d'un genre, les détourner et les plier à son propre style.

Du théâtre au cinéma vignette|Sacha Guitry jouant le rôle de Grimm dans sa comédie musicale Mozart en 1926. vignette|Sacha Guitry et Jacqueline Delubac dans une scène de Geneviève en 1936. Avec le cinéma, les rapports de Guitry sont alors plutôt complexes. En 1912, il écrit Sacha Guitry, Le Cinéma et moi.. Ce qui ne l'empêche pas de faire, en 1915, une première tentative en réalisant Ceux de chez nous, en réaction à un manifeste allemand exaltant la culture germanique. Il y filme, entre autres, des amis de son père, Auguste Rodin, Claude Monet, Anatole France, Auguste Renoir. Il note leurs paroles et les répète durant les diffusions publiques, recourant en quelque sorte avant l'heure à la postsynchronisation. Non mobilisé au cours de la Première Guerre mondiale car malade et perclus de rhumatismes, il reste fidèle à son antigermanisme après la guerre, refusant de représenter ses pièces en Allemagne après l'armistice de 1918.

Comme Louis Jouvet, il reproche au cinéma de ne pas avoir la même puissance que le théâtre et ne s'y intéresse réellement qu'au milieu des années 1930, peut-être sous l'influence de sa future épouse Jacqueline Delubac. Comprenant que le cinéma permet une plus grande pérennité que le théâtre en fixant les images sur la pellicule, il décide d'adapter à l'écran certaines de ses pièces. D'abord Pasteur, écrite pour son père Lucien Guitry et créée par ce dernier, pièce qui donne libre cours à sa passion pour l'histoire et les personnages historiques. Dans une scène, Louis Pasteur, joué par Sacha Guitry, déclare à ses confrères : « Messieurs, je sais que je n'utilise pas le style conventionnel auquel vous êtes habitués », phrase qui semble destinée aux critiques qui le dénigrent depuis qu'il fait du cinéma. La même année, il réalise Bonne Chance d'après un scénario original et confie le premier rôle féminin à Jacqueline Delubac. Le style de Guitry s'y affirme déjà nettement.

En 1936, il tourne à partir de la pièce qu'il a écrite Le Nouveau Testament. Puis, toujours en 1936, il réalise Le Roman d'un tricheur, son chef-d'œuvre pour beaucoup de spécialistes. Dans ce film, presque sans dialogues à l'exception de quelques scènes, Guitry met en scène l'unique roman qu'il a écrit, Mémoires d'un tricheur. Tout Guitry est contenu déjà dans ses quatre premiers films : jeu avec les procédés filmiques, reconstitution d'événements ou biographie de personnages historiques, adaptations théâtrales. De 1935 à 1937, Guitry réalise dix films, dont au moins trois « chefs-d'œuvre ».

Son nom est proposé pour l'Académie française mais Guitry refuse la condition qu'on lui impose : abandonner son activité de comédien. En 1939, il est élu à l'académie Goncourt et réalise Ils étaient neuf célibataires. Guitry y traite le thème, déjà abordé par d'autres, du mariage blanc. Le film est cependant en prise presque directe avec l'actualité, car l'histoire part d'un décret qui oblige les étrangers à quitter la France. Le lendemain de la première de son film, la Seconde Guerre mondiale éclate.

Le , Sacha Guitry., accompagné de son épouse Yvonne Printemps. aurait convoyée dans ses bagages l'une des machines Enigma de cryptage allemand, fabriquées par les français sur la base de celles rapportées de Pologne, la première qui servira de base aux travaux de déchiffrement britanniques.

Sous l'Occupation L'armistice de 1940 survient alors que Sacha Guitry est en traitement à Dax. Il est forcé d'y prolonger son séjour, dans l'attente de deux sauf-conduits pour Paris, l'un pour lui, l'autre qu'il demande pour le philosophe Henri Bergson qui, lui aussi, veut retourner à Paris dans Sacha Guitry, « Premier contact », Quatre ans d'occupations, éditions de l'Élan, 1947.. Dans la ville de Dax, un officier allemand (Biegel) les reconnaissant, lui et Bergson, leur adresse un laisser-passer et un bon pour d'essence renouvelable en chemin, ordonnant aux officiers qui les croiseraient de réagir . Cet officier est également celui qui s'adresse à Guitry en ces termes : . Cette phrase, dit Sacha Guitry, reste gravée de 1940 à 1944 dans sa mémoire et va l'encourager à défendre la culture française : .

Revenu à Paris, Guitry entend poursuivre ses activités d'auteur, d'acteur et de cinéaste. Il reprend notamment Pasteur, pièce qui glorifie la France en la personne de Louis Pasteur. Deux pièces seront interdites par la censure allemande, dont Mon auguste grand-père qui se moque du statut ignoble des Juifs et interdite par les Allemands en . Pendant quatre ans, il continue sa vie d'homme de théâtre et de cinéma. Dominique Desanti évoque « une réussite maintenue à travers l'horreur de l'Occupation, comme si de préserver les succès et le luxe de Guitry était nécessaire à la survie de la France. »

Certaines tirades provoquent des réactions patriotiques dans la salle au bout d’un certain temps interdites par les autorités allemandes. D’autres œuvres n’ont pas de lien direct avec l’actualité.

Le film Donne-moi tes yeux, qui porte une , fait figurer une dizaine de peintres vivants, tels Utrillo, Dufy ou Derain devant leur œuvres accrochées au Musée national d'Art moderne, enfin partiellement ouvert depuis le en succédant au Musée du Luxembourg, occasion de célébrer l'influence de la Culture française.