Le Service du travail obligatoire (STO) fut, durant l'occupation de la France par l'Allemagne nazie, la réquisition et le transfert vers l'Allemagne de centaines de milliers de travailleurs français contre leur gré, afin de participer à l'effort de guerre allemand que les revers militaires contraignaient à être sans cesse grandissant (usines, agriculture, chemins de fer). Les personnes réquisitionnées dans le cadre du étaient hébergées dans des camps de travailleurs localisés sur le sol allemand.
La Relève motivant et sollicitant une forme de volontariat de travailleurs pour l'Allemagne est annoncée dans un discours de Pierre Laval le .
La loi du relative à institue la réquisition pour le travail possible pour tous les hommes de 18 à 50 ans et pour les femmes célibataires âgées de 21 à 35 ans( la destination vers l'Allemagne n'est pas cité).
À la fin de , le résultat de est très en deçà des nouvelles exigences de l'occupant .
Le est instauré par la loi du concernant les personnes nées en 1920, 1921, 1922 et qui fait suite au relatif échec des politiques de volontariat et du système dit de Relève ou de la réquisition par la loi du .
La loi du continue à s'appliquer à l'instauration du .
vignette|upright=0.8|Certificat de recensement modèle N°2 État français commissariat général au STO 1943.
En 1943, l'Allemagne nazie imposa au gouvernement de Vichy la mise en place du , pour essayer de compenser le manque de main-d'œuvre dû à l'envoi d'un grand nombre de soldats allemands sur le front de l'Est, où la situation ne cessait de se dégrader. De fait, les travailleurs français sont les seuls d'Europe à avoir été requis par les lois de leur propre État et non par une ordonnance allemande. C'est une conséquence indirecte de la plus grande autonomie négociée par le gouvernement de Vichy comparativement aux autres pays occupés, qui ne disposaient plus de gouvernement propre.
Un total de à travailleurs français fut acheminé vers l'Allemagne entre et .
Après une longue bataille parlementaire et judiciaire, les associations d'anciens « requis du travail obligatoire » obtiennent, par décret du , la dénomination officielle de « victimes du travail forcé en Allemagne nazie ».
le STO a provoqué le départ dans la clandestinité de près de réfractaire, dont environ un quart gagne les maquis
La Résistance a volé ou détruit de nombreux registres d'état-civil, listes de recensement et fichiers du STO.
Historique
De France, dès l'automne 1940, des volontaires, au début majoritairement d'origine étrangère (notamment Russes, Polonais, Italiens) partent travailler en Allemagne.
À l'automne 1940, l'occupant procède à des rafles arbitraires de main-d'œuvre dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, rattachés à Bruxelles. Le secteur minier est le premier concerné.
Le , le journal officiel de Belgique, Verordnungsblatt, publie une ordonnance signée par le commandant militaire allemand pour la Belgique et le Nord de la France, qui instaure le Service du travail obligatoire sur ces territoires. Le , une nouvelle ordonnance allemande introduit le travail obligatoire en Allemagne.
La « Relève » (1942) thumb|upright=0.8|Affiche de propagande allemande pour inciter les Français à aller travailler en Allemagne (Musée de la Résistance en Bretagne).
Fritz Sauckel, surnommé le « négrier de l'Europe », est chargé le d'amener de la main-d'œuvre de toute l'Europe par tous les moyens. Il s'intéresse particulièrement à la France. Sa nomination est à peu près concomitante du retour au pouvoir de Pierre Laval. Jusqu'alors, moins de français volontaires sont partis travailler en AllemagneJean-Paul Cointet, Pierre Laval, Fayard, 1993 , p. 378-380.. Le refus d'envoyer qualifiés a été l'une des causes de la chute de DarlanFred Kupferman, Pierre Laval, Balland, 1987, Tallandier, 2006, p. 383-388.. Au cours des et 1943, Sauckel use d'intimidation et de menaces pour remplir ces objectifs. Face à lui, Laval, tour à tour négocie, temporise et obtempère, si bien que les relations entre les deux hommes sont tumultueuses, Sauckel louant Laval pour sa coopération ou le condamnant pour son obstructionH. Roderick Kedward, STO et Maquis, dans La France des années noires, tome 2, Seuil, 1993, p. 271-294.. Les exigences de main-d'œuvre formulées par Sauckel entre le et le sont connues sous le nom d'« actions Sauckel ».
Le travail obligatoire est institué en Europe de l'Ouest par un Anordnung de Sauckel du Robert Paxton, La France de Vichy, éditions du Seuil, collection de poche, 1997, p. 421-25, française en 1972.. Sauckel demande supplémentaires avant la fin du mois de juillet. Face à cette exigence, Laval recourt à sa méthode favorite qui consiste à négocier, gagner du temps et chercher des moyens d'échanges.
thumb|upright=0.8|Photo de propagande : à Paris, en juillet 1942, des officiers allemands accueillent des volontaires de la « Relève ».
C'est ainsi qu'il en vient à proposer le système de la Relève consistant à libérer un prisonnier de guerre pour trois départs en Allemagne de travailleurs libres ; cette relève est instituée et annoncée dans un discours du . Dans le même discours, Laval proclame : . Dans une lettre envoyée le même jour au ministre allemand des Affaires étrangères, Ribbentrop, Laval place cette politique de la relève dans le cadre d'une participation de la France à l'effort de guerre allemand contre le bolchevisme, au travers de l'envoi de travailleurs.
vignette|upright=0.8|Journal Le Petit Parisien du . vignette|upright=0.8|Affiche de propagande pour la relève : « Ils donnent leur sang. Donnez votre travail pour sauver l'Europe du bolchévisme ». Le manque de succès de cette mesure ( seulement à fin août) sonne le glas du volontariat. Le , une directive de Sauckel précise qu'il faut désormais recourir au recrutement forcéPierre Durand, Histoire de la Deuxième Guerre mondiale, éditions complexes, 1997, p. 356-360 Comme Paxton, Durand se réfère généralement à Edward L. Homze, Foreign Labour in Nazi Germany, Princeton, 1967..
Du point de vue de Sauckel, la Relève a été un échec puisque moins de français sont partis en Allemagne à la fin du mois d'août. Il menace alors de recourir à une ordonnance pour réquisitionner la main-d'œuvre masculine et féminine, ordonnance qui ne peut s'appliquer qu'en zone occupée. Laval négocie l'abandon de l'ordonnance allemande au profit d'une loi française concernant les deux zonesCointet, p. 393-394..
La conscription obligatoire (automne 1942)
La réquisition, conscription obligatoire, d'ouvriers spécialisés en fonction des besoins du Reich est la conséquence de la loi française du . Ce Service du Travail obligatoire déguisé contraint les ouvriers spécialisés de la métallurgie, de la sidérurgie et du bâtiment à travailler en Allemagne. Cette loi stipule dans ces articles 8 et 9 que les Français ciblés se doivent de justifier d’un emploi régulier sous peine d’être réquisitionné pour un travail désigné par l'État. Tous les hommes de et les femmes célibataires âgées de sont concernésLoi du 4 septembre 1942 relative à l’utilisation et à l’orientation de la main-d’œuvre (Journal Officiel de l'État français) sur Wikisource. Cette loi a permis . Cette loi de coercition est impopulaire et, au sein même du gouvernement, quatre ministres auraient manifesté leur oppositionRobert Aron, Histoire de Vichy, 1940-1944, Fayard, 1954, p. 535.. En , l'objectif de de la première action Sauckel est atteintJean-Pierre Azéma, De Munich à la Libération, 1938-1944, éditions du Seuil, 1979, p. 210-213..
Toutefois, la réquisition forcée d'ouvriers, gardés par des gendarmes jusqu'à leur embarquement en train, suscite de nombreuses réactions hostiles. Le éclate une grève aux ateliers d'Oullins, dans la banlieue lyonnaise, qui va s'étendre jusqu'au 17 dans le Rhône, à Saint-Étienne et Chambéry. On écrit sur les trains « Laval assassin ! »Kupferman, p. 413-416..
À la suite de ces événements, le gouvernement est forcé de reculer en zone sud, si bien qu'au , seuls requis ont en tout et pour tout quitté la zone sudRaphaël Spina, Impacts du STO sur le travail des entreprises dans Actes du colloque Travailler dans les entreprises sous l'occupation, Christian Chevandier et Jean-Claude Daumas, Presses universitaires de Franche-Comté, 2007..
Le service du travail obligatoire (1943-1944) Le , après qu'Hitler eut ordonné le versement dans l'armée de allemands, Sauckel exige, le , qu'en plus des déjà partis en Allemagne, un nouveau contingent de soit expédié d'ici la mi-mars.
Pour satisfaire cette deuxième « action Sauckel », le Pierre Laval, après avoir vainement négociéJean-Pierre Azéma et Olivier Wieviorka, Vichy, 1940-1944, Tempus Perrin, 2004, p. 255-257, 1997., précise la loi du (art. 1) en instaurant le Service du travail obligatoire (STO) qui mobilise pour deux ans les jeunes gens et en fait de l'économie allemande.Lors de l'élaboration de la loi, la dénomination "service obligatoire du travail" avait d'abord été utilisée mais l'abréviation SOT suscitant les railleries, elle est remplacée au bout d'une semaine par STO. On retrouve, malgré tout, cette dénomination, par la suite, dans le Journal officiel.. Le , Pierre Laval menace publiquement de prendre des mesures non seulement contre les réfractaires au mais aussi contre les personnes qui les aideraient. La loi du prévoit des amendes très élevées contre toute personne ayant sciemment hébergé ou assisté un réfractaire, y compris les membres de sa famille.
Les réquisitions liées à la loi du ne concernaient théoriquement que des ouvriers qualifiés. Avec la mise en place du , le recrutement, de catégoriel, se fait désormais par classes d'âge entières.
Les jeunes gens nés entre 1920 et 1922, c'est-à-dire ceux des classes 1940, 1941 et 1942 ont l'obligation de partir travailler en Allemagne (ou en France), s'agissant d'un substitut au service militaire. La jeunesse, dans son ensemble, devient la cible du . La classe 1942 est la plus touchée. Dès le , les étudiants savent qu'ils seront soumis au à la prochaine rentréeDécret du 24 février concernant les étudiants (Journal Officiel de l'État français) sur Wikisource. Les exemptions ou sursis initialement promis aux agriculteurs disparaissent dès juin. Le public visé étant strictement le même que celui de la loi du , théoriquement, les jeunes femmes sont aussi concernées mais, par peur des réactions de la population et de l'Église, hormis quelques cas individuels, elles ne sont pas touchées par le . Parmi les requis de cette deuxième action Sauckel, on compte des chantiers de jeunesse, du dernier contingent de la classe 1942. Des résistants communistes autrichiens exilés en France ont utilisé ce dispositif pour retourner résister dans leur pays sous de fausses identités françaises ce qui entraînera une forte répression au cours du premier semestre 1944.
La date fixée par Sauckel étant mi-mars, l'opération est menée tambour battant : la loi est signée le et publiée au , avec le décret d'application, le lendemain ; les préfets font le recensement des jeunes avec comme date-butoir le , des outils étant déjà prêts ; les convocations aux visites médicales sont envoyées dans la foulée ; les premiers conseils de révisionÀ cette époque, ce moment était considéré comme un rite de passage à l'âge adulte. C'était un moment de fête pour les jeunes hommes. Trois ans que cela ne s'était pas produit ! Accompagnés parfois des maires, certains vont même à la "ville" (voir "Rafles des 2 et 5 mars 1943 à Nancy). pour les trois classes ont lieu dans les chefs-lieux de canton dès le avec comme date-butoir le ; les convocations pour le départ des trains en partance pour l'Allemagne sont remises le lendemain ; les premiers convois sont organisés le surlendemain (les premières défections sont nombreuses).