Ravensbrück ou le camp de concentration de Ravensbrück est un camp de concentration nazi situé sur l'ancienne commune d'Allemagne de Ravensbrück, englobée depuis 1950 dans la ville de Fürstenberg/Havel, à au nord de Berlin. Le camp était réservé aux femmes, mais des enfants s'y trouvaient aussi. Mis en place par le Troisième Reich de 1939 à 1945, le camp fut construit sur les bords du lac Schwedtsee dans une zone de dunes et de marécages du nord du Brandebourg.

Historique Succédant en 1939 au camp de concentration de Lichtenburg, le camp de Ravensbrück devint rapidement le centre de détention de femmes le plus important du pays : au moins et enfants y furent déportésBernhard Strebel, Ravensbrück : un complexe concentrationnaire, Paris, Fayard, mai 2005, ..

Le camp, destiné en premier lieu aux détenues politiques (opposantes politiques, communistes, résistantes polonaises, allemandes, françaises, belges, néerlandaises et prisonnières de guerre russes) accueille également des détenues juives, tziganes et roms. Il fournit en main-d'œuvre féminine l'ensemble des industries d'armement allemandes et les mines de sel, sur place ou au sein de l'une des disséminées de la mer Baltique à la Bavière. Une immense usine Siemens était voisine du camp et exploitait les prisonnières.

Les détenues provenant de tous les pays d'Europe occupés par l'Allemagne, dont les Polonaises ont constitué le premier contingent.

À partir d', hommes y furent également détenus, mais dans un camp annexeBernhard Strebel, Ravensbrück : un complexe concentrationnaire, Paris, Fayard, mai 2005, .. Le camp ne sera libéré par l'Armée rouge que le Claire Pahaut, Ces Dames de Ravensbrück, op. cit., p. 32., deux jours avant la chute de Berlin.

Au total général quelque trouvèrent la mort dans le complexe concentrationnaire de RavensbrückBernhard Strebel, Ravensbrück : un complexe concentrationnaire, Paris, Fayard, mai 2005, ..

vignette|Photo aérienne du camp de Ravensbrück. vignette|Plan du camp de Ravensbrück. vignette|Blanchisserie du camp de Ravensbrück.

Détenues et détenus

vignette|Femmes de Ravensbrück attendant d'être évacuées par la Croix-Rouge suédoise. La croix blanche sur leur dos indique que ce sont des prisonnières condamnées à mort.

Les premières prisonnières, 974 dont au moins ., furent transférées du camp de concentration de Lichtenburg en Saxe.

À la fin de l'année 1942, la population carcérale passa à . Parmi elles, des enfants arrivés avec leurs mères juives ou roms, ou nés sur place. Leur nombre augmenta considérablement entre avril et ; une première vague, composée d'enfants tziganes amenés avec leurs mères arriva après la fermeture du camp rom d'Auschwitz, suivie par les enfants polonais du ghetto de Varsovie après l'échec de l'insurrection, puis par ceux du ghetto de Budapest à la suite de la fermeture de ce dernier. La plupart moururent de dénutrition. Le nombre de prisonniers atteignit plus de en

Les détenues portaient un triangle coloré selon leur catégorie, une lettre au centre indiquant leur nationalité : rouge pour les prisonnières politiques, jaune pour les Juives, vert pour les criminelles de droit commun, violet pour les Témoins de Jéhovah, noir pour les Tziganes et les prostituées, etc. Certaines eurent le crâne rasé à l'arrivée, ce qui ne fut toutefois jamais le cas des « aryennes ». En , toutes les détenues juives furent déportées à Auschwitz. En effet, Himmler avait décidé de rendre les camps allemands Judenfrei, c'est-à-dire sans Juifs. En 1943, le camp accueillit des Juives de « sang mêlé ». À partir de 1944, des Juives hongroises y arrivèrent.

Depuis les années 2010 et l'avancée des recherches sur le génocide rom et sinté, dont les études sont toujours en cours sur place, il est avéré que de nombreuses Tziganes y ont été torturées puis déportées à Auschwitz. Le nombre de victimes est encore à l'étude.

Au total, auraient été déportées à RavensbrückDictionnaire de la Shoah, . , énumère de femmes déportées à Ravensbrück. Elle comporte 24,9 % de Polonaises, 19,9 % d'Allemandes, 15,1 % de Juives (en majorité hongroises), 15 % de Russes, 7,3 % de Françaises, 5,4 % de Tziganes et 12,4 % d'autres origines, réparties dans les catégories suivantes : 83,54 % de politiques, 12,35 % d'anti-sociaux, 2,02 % de criminels, 1,11 % de Témoins de Jéhovah, 0,78 % de « hontes de la race » et 0,2 % d'autres cas. Cette liste est l'un des rares documents sauvés de la destruction qui précéda la fuite des SS devant les forces alliées par les , un groupe clandestin de guides polonaises formé au camp dans le but de fournir de la nourriture et des soins médicaux aux détenues les plus faibles.

Claire Pahaut a publié en 2024 une liste nominative avec leur parcours individuel de qui furent déportées à Ravensbrück à partir de la Belgique ou qui s'y sont installées après la guerreClaire Pahaut, Ces Dames de Ravensbrück, Contribution au mémorial belge des femmes déportées à Ravensbrück, 1939-1945, Bruxelles, Archives générales du Royaume, 2024, . La liste reprend également pour chaque déportée des informations avec dates concernant son parcours..

Le camp rassemblait plusieurs types de détenues : les détenues politiques, républicaines espagnoles et résistantes, comme Conxita Grangé i Beleta, et de nombreuses françaises, enfermées pour leurs propres faits de résistance ou pour les faits de résistance de leurs maris ou de leurs frères, femmes de soldats et d'officiers entrés en résistance : Violette Szabo, Jacqueline Pery d'Alincourt, Claire Audibert née Doré-Graslin épouse du général Audibert, Anne de Bauffremont, Simone de Bretteville, Lili de Chambure, Laure Diebold, Yvonne Jaubert épouse du colonel Léon Duboin., Marie Graziella Ély née Ortoli, épouse du général Paul Ély Cronica di Corsica , Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Anise Girard-Postel-Vinay, comtesse Yvonne de La Rochefoucauld, Elise Berthe Mérit Français Libres épouse du général Lelong, Jeanne L'Herminier, Suzanne Olivier (1922-1968), comtesse Amalric de Rambuteau (arrière-arrière-petite-fille du roi ), Simone Saint-Clair, Anne-Marie Renaud de Saint Georges, Katharina Staritz, Germaine Tillion, Marie-Claude Vaillant-Couturier, Hilda Sturm etc. et des républicaines espagnoles comme Conxita les prisonnières de guerre (services de santé et de transmissions de l'Armée rouge) ; les détenues raciales : Juives, Tsiganes, Roms ; les détenues de droit commun et prostituées.

Les prisonnières de Ravensbrück furent l'objet de sévices permanents, battues, astreintes au travail et assassinées lorsqu'elles n'en étaient plus capables, ou pour un acte de rébellion ou sans raison particulière. Les prisonnières jugées inaptes au travail étaient tuées par balle jusqu'en 1942. Après cette date, elles furent transférées à Auschwitz et vers d'autres centres d'extermination. Plusieurs furent exécutées à l'infirmerie du camp par injection létale.

À partir de l'été 1942, des expériences médicales furent menées sur au moins , dont , connues sous le nom de Lapines. La première série porte sur l'efficacité des sulfamides dans le traitement des blessés de guerre, la seconde sur la régénération des os, muscles et nerfs et la possibilité de transplanter des os. Cinq en moururent, six furent exécutées car souffrant de blessures non guéries et la plupart des survivantes gardèrent des séquelles à vie. Quatre d'entre elles témoignèrent lors du procès des Médecins en 1946. En , entre 120 et tziganes furent stérilisées après s'être vu promettre la libération si elles consentaient à l'opération.

Les corps des détenues décédées étaient brûlés au crématorium situé près de Fürstenberg jusqu'en 1943, date à laquelle les autorités SS construisirent un four crématoire à proximité du camp.

À mesure que l'Armée rouge avançait en Pologne, les camps orientaux furent évacués (Treblinka, Maïdanek, Auschwitz). En , furent transférés d'Auschwitz à Ravensbrück. Dans le même temps, les responsables des camps orientaux furent mutés dans les camps plus à l'ouest, dont Ravensbrück, et y introduisirent la chambre à gaz et leurs techniques d'extermination. La mortalité s'amplifia effroyablementRapport du Major Steward au président du tribunal du procès Suhren-Pflaum, Centre des archives diplomatiques de La Courneuve, 1AJ/6340. : en 1943 : 5 à 10 détenues périssaient chaque mois ; en 1944 : 160 à 180 détenues périssaient chaque mois ; fin et mois suivants : 40 à 60 détenues périrent chaque jour.

Plusieurs milliers de détenues furent exécutées juste avant la libération du camp en . Les derniers assassinats se produisirent le , lorsque onze détenues employées au crématorium furent empoisonnéesTémoignage de Mina Lepadies au procès de Hambourg, cité par Germaine Tillion, Ravensbrück, Seuil, 1988, ..

Quand l'Armée rouge arriva le , il ne restait que et non évacués. Les SS avaient entraîné les détenues capables de marcher, environ , dans une marche forcée vers le nord du Mecklembourg après en avoir confié à des délégués de la Croix-Rouge suédoise et danoise. Ils furent interceptés après quelques heures par une unité d'éclaireurs russes.

Parmi les déportées Personnes déportées à Ravensbrück Personnes mortes à Ravensbrück Survivantes de Ravensbrück

L'encadrement du camp Commandants du camp Max Koegel (1895-1946), officier SS Hauptsturmführer, commandant du camp dès son ouverture le avec le transfert de depuis le camp de concentration de Lichtenburg, jusqu'en . Il dirige ensuite le camp d'extermination de Majdanek à côté de Lublin puis le camp de concentration de Flossenbürg. Il met fin à ses jours en prison, après sa capture en Bavière en . Fritz Suhren (1908-1950), officier SS, commandant du camp d' à . Sa politique est d'exterminer les femmes par le travail, les mauvais traitements et le moins de nourriture possible. Il met des prisonnières à disposition du médecin d'Himmler, le Karl Gebhardt pour des expérimentations médicales, et des stérilisations de Tziganes. Après s'être échappé des mains des Américains et une longue fuite, il est capturé en 1949, jugé par un tribunal militaire français, puis exécuté, à proximité de Baden-Baden, le Centre des archives diplomatiques de La Courneuve, 1AJ/6338-6344..

Autres responsables du camp Edmund Brauning (1905-1945), Schutzhaftlagerführer, adjoint de Fritz Suhren. Hans Pflaum (1910-1950), Chef de la section travail. Albert Sauer (1898-1945), arrivé en même temps que Johann Schwarzhuber, amenant d'Auschwitz, adjoint de Fritz Suhren en . Johann Schwarzhuber (1904-1947), adjoint de Fritz Suhren, remplace Edmund Bräuning vers . C'est lui qui introduisit la chambre à gaz

Gardiennes À côté du personnel masculin, environ SS ont été assignées à la surveillance des détenues. Pendant les six ans de fonctionnement du camp, () y ont été formées sous la responsabilité de : la stellvertretende Oberaufseherin Dorothea Binz (1920-1947), condamnée à mort et exécutée l’Oberaufseherin Johanna Langefeld (1900-1974) (de à ), évadée de prison et son assistante Emma Zimmer (1888-1948) (de à ), condamnée à mort et exécutée ; l’Oberaufseherin Maria Mandl (1912-1948) (de à ), condamnée à mort et exécutée Johanna Langefeld, entretemps à Auschwitz (de à ) ; l’Oberaufseherin Anna Klein-Plaubel (1900-1990 ?), acquittée avec Dorothea Binz comme adjointe (de à ), condamnée à mort et exécutée ; l’Oberaufseherin Luise Brunner (1908-1977), avec Dorothea Binz comme adjointe (de à ), condamnée à trois ans de prison ; En 1973, Hermine Braunsteiner (1919-1999) fut extradée par les États-Unis vers l'Allemagne pour y répondre de crimes de guerre, condamnée à la réclusion criminelle à perpétuelle et graciée ; En 2006, fut expulsée à l'âge de , après avoir vécu à San Francisco à partir de 1959, pas de jugement.

Médecins Karl Gebhardt (1897-1948), principal responsable des expériences médicales sur les prisonniers ; condamné à mort au procès des médecins à Nuremberg le . Il est pendu à la prison de Landsberg le .