(, de son nom complet, « Fête de l'Édification », , transcrire : Ḥănukkā) est une fête juive d'institution rabbinique, qui commémore l’inauguration de l'autel des offrandes dans le Second Temple de Jérusalem, lors de son retour au culte judaïque, après trois ans d'interruption et de fermeture par le roi séleucide au Elle marque donc une importante victoire militaire des Maccabées et symbolise la résistance spirituelle du judaïsme à l'assimilation hellénistique.
Selon la tradition rabbinique, cette victoire s’accompagne du miracle de la fiole d'huile lors de la consécration du Temple, qui permet à ses prêtres de faire brûler pendant huit jours une quantité d'huile à peine suffisante pour une journée. Elle prescrit donc huit jours de louange pendant lesquels est par la récitation complète du et l'allumage de chandeliers à neuf branches au devant ou aux fenêtres des habitations. D'autres coutumes s’y rattachent dont la consommation de friandises à base d'huile d'olive (, , , …) ou les jeux de toupies à quatre faces, et c’est pour cette fête que le plus grand nombre de chants a été composé.
Elle est célébrée à partir du 25 (qui correspond, selon les années, aux mois de novembre ou décembre dans le calendrier grégorien) et dure huit jours, jusqu'au 2 ou 3 (en fonction de la longueur de ).
dans les sources juives dans les livres des Maccabées
vignette|gauche| priant une idole anthropomorphe et cornue dans le temple de Jérusalem (Amiens, 1300-1310). La réédification de l’autel du second temple de Jérusalem, en 164 , se place dans le contexte de la révolte des Maccabées, rapportée dans les deux premiers Livres des Maccabées.
Selon le premier Livre des Maccabées, la révolte répond aux mesures de persécution imposées par Antiochos IV contre la Loi d’Israël. Mattathias l'Hasmonéen, Prêtre du dieu d’Israël à , refuse de sacrifier aux idoles, et prend les armes puis le maquis contre les Séleucides et ceux des Juifs qui les suivent. Ses fils, dont Judas dit le Maccabée, le « Marteau » qui écrase ses adversaires séleucides ; ., poursuivent la lutte jusqu’à la reprise du Temple après trois ans de combats :
La raison pour les huit jours de la fête, est donnée dans le deuxième Livre des Maccabées : Toutefois, la réédification du Temple sur laquelle le livre fait fond pour symboliser cette victoire, ne représente, du point de vue historique, qu’un épisode d’une révolte qui se poursuivra encore vingt ans jusqu'à ce que les Juifs retrouvent une indépendance de fait.. vignette| , manuscrit vers 1360Le panneau inférieur représente la mort d'Eléazar, le plus jeune des frères de Judas Maccabée, qui s'est précipité sous un éléphant de guerre lors de la bataille de Beth Zacharia (:32-33). Le panneau supérieur représente, peut-être, qui meurt pour ne pas transgresser la Loi de Dieu (:18-31).
Les deux ouvrages diffèrent en outre dans leur perspective : , rédigé en hébreu, vise à légitimer la dynastie hasmonéenne et passe sous silence les divisions internes du peuple.. , composé en grec sur base des écrits de Jason de Cyrène (), met en lumière les tensions entre partisans et opposants à l'hellénisation, initialement promue mais non imposée. Les décrets d'Antiochos contre la Loi juive poursuivent alors un but d'apaisement politique mais provoquent l'insurrection des Juifs fidèles à leur tradition. Ce sont eux, et non plus seulement Judas, que le livre dénomme « Maccabées. » Champions du (ainsi dénommé pour la première fois en , comme désignant l’ensemble des mœurs judéennes ou juives) face à l’, ils passent de vie à trépas pour leurs coutumes et leur foi plutôt qu'au combat. Le second livre accorde en effet une place importante au martyre, consacrant un chapitre entier au supplice d'une pour avoir refusé d’ingurgiter de la viande de porc (:1-41). évoque également un prodige plus ancien : lors de la purification du temple, également opérée un 25 mais au temps de Néhémie (), un liquide épais et gras appelé , aurait pris feu dès les premières lueurs du soleil, comme le « feu sacré » de jadis (:18-36).
Une fête, plusieurs noms
La fête instituée après la réédification du Temple de Jérusalem en 164 , tient une place de choix dans la , une liste de jours fastes rédigée en judéo-araméen par un Pharisien, qui est la première à l'appeler par son nom actuel et dont elle reste l’un des seuls vestiges à l’époque de la ( 19b). Sa popularité au cours du est attestée dans l’Évangile selon Jean 10:22, où elle est appelée « encénies » (, traduit ), marquant le « renouvellement » du culte article « Encénie » dans le dictionnaire de Trévoux, 1771 et la version araméenne du passage, qui porte — ., et dans les écrits de Flavius Josèphe, où il l’appelle « Lumières » (). Josèphe, qui fait remonter son ascendance à Jonathan, grand-prêtre d'Israël hasmonéen, insiste sur la symbolique de la lumière, inespérée et donc miraculeuse, qu'il met en relation avec l'accession à l'indépendance nationale. :
Toutefois, ces explications ne figurent pas dans la ni son « complément, » la . Différentes mentions de la fête indiquent que son importance est validée par les sages d’Israël car des émissaires sont dépêchés de Jérusalem aux communautés de la diaspora pour leur annoncer la néoménie de ( 1:3) afin qu'on n'y décrète pas de jeûne public ( 2:10, 3:8), et sur le plan liturgique, on prescrit la lecture d’une section biblique particulière où , à raison d'une donation par jour ( 3:5-6) et une prière de grâce pour la grande victoire ( 3:14) ainsi que la lecture complète du ( 3:2). Cependant, qui ne se fie qu'à ces traditions, serait en peine de comprendre le lien entre et les victoires des Maccabées.
vignette|Section de la rapportant le miracle de la fiole d’huile et la prescription de l’allumage en judéo-araméen babylonien, vocalisée à la manière babylonienne et accompagnée d’une traduction judéo-arabe. Hanoucca dans la littérature pré-talmudique
Les sages n’ont pas inclus les Livres des Maccabées dans la Bible hébraïque, considérant que le Livre d’Esther signe ( 29a), et la mémoire des évènements se perd (quatre Livres des Maccabées seront en revanche intégrés au canon biblique chrétien, qui en récupère l’idéologie pour renforcer la foi des premiers chrétiens face aux persécutions de l’empire romain). C'est la ou , qu'on dit provenir des écoles de Hillel et de Shammaï, qui servira de référence aux Juifs araméophones..
Or, par comparaison avec les Livres des Maccabées, la est plus chiche en récits de batailles, ne se poursuit pas au-delà de la mort de Bagris (c’est-à-dire Bacchidès, le de .) et, surtout, elle apporte une nouvelle explication aux huit jours de la fête, en présentant une autre version du miracle qui eut lieu le 25 : parvenus dans le Temple de Jérusalem et ayant entrepris de le purifier, les gens de la maison de n'y trouvent qu'un petit flacon, scellé du sceau du grand-prêtre depuis le temps de Samuel et donc intact de toute impureté . Cependant, la quantité d’huile qu’il contient est à peine suffisante pour alimenter le candélabre à sept branches du Temple pendant une journée mais cette fiole dure miraculeusement huit jours, le temps d'extraire une nouvelle huile des oliviers.
Une fête rabbinique absente des textes rabbiniques
Bien que fêtée au temps des rabbins et mentionnée dans leurs textes, ne possède pas son propre traité dans la Mishna, alors que toutes les fêtes du Pentateuque et même la fête post-exilique de , en ont un. Le passage du traité Shabbat () qui remplit cette fonction dans le Talmud de Babylone, fait fond sur le miracle de la fiole d'huile, en indiquant tangentiellement qu'il se produisit après que . De plus, ce que les récits du Talmud retiennent des Livres des Maccabées, prône, plutôt que la lutte, le martyre de la qui refusent de s'incliner devant une idole ( 57b), et ils ne présentent pas la dynastie hasmonéenne sous un angle favorable : Alexandre Jannée ourdit des persécutions contre les sages à l'instigation des Sadducéens ( 66a) et lors de la guerre de succession entre Hyrcan et Aristobule, un vieil hellénisant, , incite le premier à envoyer un porc en offrande pour que les murailles de Jérusalem s'effondrent ( Sota 49b). vignette|150 px|gauche|Un luminaire de de l'ère de la Mishna à la poignée cassée, trouvé près de Jérusalem. C'est pourquoi des érudits du judaïsme et des rabbins de l’ère moderne ont supputé que la fête glorifiant les Maccabées déplaisait à l'auteur de la Mishna, Juda Hanassi, car les Hasmonéens auraient usurpé la place de la maison de David dont lui-même provient. D'autres ont penché pour l'autocensure et la crainte d'agacer les autorités romaines après que celles-ci avaient mis la Judée à feu et à sang pour écraser la révolte de Bar Kokhba, en 132-135. D'autres encore ont supposé une obsolescence de la fête nationaliste, sortie de son oubli pour réaffirmer la foi des Juifs de Babylone face au culte zoroastrien du feu. Ces hypothèses sont cependant contestées tant par les spécialistes des études juives que par les rabbins contemporains. : les sages d’Israël ont activement participé à la lutte contre l’abolition de la Loi d’Israël, et cette lutte a servi de cadre pour évaluer les limites respectives de « mourir plutôt qu'enfreindre » et d’ ( 83a-85b & 5a, ). Il n'y a pas lieu de s'appuyer sur l'absence d’un traité car elle peut s'expliquer, selon le rabbin Menachem Mendel Schneerson, par la proximité temporelle entre la révolte des Maccabées et la compilation de la Mishna : ceci ne laisse, d'une part, pas le temps à la fête de se développer au-delà des traditions de la et de la et celles-ci fournissent, d'autre part, toutes les informations nécessaires, ce qui rend un traité talmudique superflu..
vignette|Suivant l'avis de Hillel l'Ancien, le luminaire de , portant huit lumières pour marquer le huitième jour de la fête, est placé près d'une fenêtre (sur cette photographie de Rachel Posner en 1931, la fenêtre et la hanoukkia d’, rabbin de la communauté juive de Kiel, fait face au quartier général nazi de cette ville, avant que ceux-ci ne prennent le pouvoir en 1933).
Enfin, la question à laquelle répondent les ordonnances de Shabbat 21b-23a, n’est pas , comme le portent les éditions courantes du Talmud, mais : interrogés par une pratique d’allumage qui ne présente de prime abord pas de rapport avec la victoire des Maccabées et qui est décrite dans une tradition talmudique concurrente comme la célébration par Adam du « retour du soleil » soit le solstice d'hiver ( 8a), qui est observée, à cette époque, à Rome, en Perse et peut-être même par les Séleucides en Syrie.., les rabbins la justifient comme une façon de « divulguer le miracle » (judéo-araméen : ) de la fiole d'huile (en s’appuyant peut-être sur une ancienne fête de récolte d’huile qui aurait eu lieu aux alentours du 25 ..).
Cette divulgation du miracle se fait par la lecture complète du , qui est particulière à mais ne lui est pas spécifique ( 10a), et par l’allumage chez soi d’un luminaire pendant huit jours, à la tombée de la nuit. Le 21b fait ici état de trois degrés dans l'accomplissement de cette action : l'obligation élémentaire est d'allumer un luminaire dans le foyer chaque soir (). Il est cependant plus recherché () d’allumer un luminaire pour chaque membre du foyer. Le summum du raffinement () consiste à faire varier le nombre de lumières chaque soir, et là aussi, deux opinions s’affrontent : l’école de Shammaï prescrit d'allumer huit lumières le premier soir et d'en retirer une à chaque jour qui passe car c'est ainsi que l'on procède avec les de . L’école de Hillel prescrit au contraire d'ajouter une lumière supplémentaire à chaque soir car .